CHAPITRE VII
parmi les dix mille royaumes de la terre. Leur bienveillance à notre égard fut portée si loin, qu'ils allèrent jusqu'à nous inviter, très-sérieusement et très-sincèrement, à rester encore un jourà Ou-chan; la tentation était forte; mais nous sûmes y résister, parce qu'il était essentiel de conserver à nos haltes extraordinaires le caractère que nous avions essayé de leurdonner; d'ailleurs, puisque les mandarins d'Ou-chan avaient la courtoisie de nous invitera rester, nous devions leur faire la politesse de partir; les convenances avant tout. Il est d'usage, en Chine, qu'on se fasse les invitations les plus pressantes; mais c'est à condition qu'elles seront refusées ; les accepter serait la preuve d'une trèsmauvaise éducation.
Pendant que nous étions dans nos missions du nord, nous fûmes témoin d'un fait fort bizarre, mais qui caractérise à merveille les Chinois. C'était un jour de grandefète,nous devions célébrer les saints offices chez le premir catéchiste du village, qui avait dans sa maison une assez vaste chapelle ; leschrétiens des villages voisins s'y rendirent en grand nombre. Après la cérémonie, le maître de la maison se posta au milieu de la cour, et se mit à crier aux chrétiens qui sortaient de la chapelle : Que personne ne s'en aille, aujourd'hui j'invite tout le monde à manger le riz dans ma maison ; puis il courait aux uns et aux autres pour les presser de rester ; mais chacun alléguait des raisons et partait. Il en paraissait désolé, lorsqu'il avisa un de ses cousins qui gagnait aussi la porte ;ilse précipita vers lui en disant: Comment I mon cousin, toi aussi, tu pars.... Oh I c'est impossible, aujourd'hui c'est jour de fête, je veux que
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308 L'EUMRB chinois. .
lu restes. — Noo, ne me presse pas, il faut que je retourne dans ma famille , j'ai un peu d'affaires. — Un peu d'affaires 1 maisc'estaujourd'huijour de repos ; absolument tu resteras, je oetelàchcrai pas. En même teints, il le saisit par sa robe, et fait tous ses efforts pour entraîner son cousin, qui se débat de son mieux, et chep che à lui prouver que ses affaires ae lui permettent pas de s'arrêter. — Puisque je ne puis obtenirque tu manges le riz avec nous, au moins buvons ensemble quelques petits verres de vin; je perdrais nia face, si un cousin s'en allait de chez moi sans rien prendre. — Un verre de vin, dit le cousin, cela ne dépense pas beaucoup de temps, buvons donc ensemble un verre de vie ; el les voilà entréset assis dans ta salle des botes. Le maître de la maison ordonne à haute vois, mais sans s'adresser à personne, de faire chauffer le vin et frire deux œufs. En attendant que les œufs frits elle vin chaud arrivent, on allume la ptpe et on fume, puis on cause et on fume encore, mais le vin se fait toujours attendre. Le cousin qui,sans doute, était réellementpressé, demande à son gracieux parent s'il y en aura encore pour longtemps avant que le vin soit chaud. — Du vin ! fît celui-ci tout émerveillé, du vin ! est-ce que nous en avons ici ? est-ce que tu ne sais pas que je ne bois jamais de vin, qu'il me fait mal au ventre ? — Dans ce cas tu pouvais bien me laisser partir ; pourquoi me tant presser ? — A ces mots le maître de la maison se lève, et, prenant devant son cousin une posture indignée : En vérité, lui ditil, je voudrais bien savoir de quel pays tu es sorti; comment je te fais, moi, la politesse de t'invitera boire du vin, el toi, tune me fais pas celle de refuser!
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