‹ L'empire chinoisChapitre 99 sur 154 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

■et où donc as-tu appris les riles ? C'est probablement chez les Mongols, n'est-ce pas?... Le pauvre cousin comprit qu'il avait fait une sottise ; il se contenta de balbutier quelques paroles d'excuses, et, après avoir bourré et allumé sa pipe, il s'en alla.

Nousétions présent à cette délicieuse petite représentation. Aussitôtque le cousin futparti, le moins que nous pûmes faire, ce fut de rire un peu à notre aise ; mais le maître delà maison ne riait pas, il était indigné. Il nous demandait si nous avions jamais vu un homme aussi ridicule,aussi borné, aussidépourvu d'intelligence que son cousin, et il en revenait toujours au grand principe, c'est-à-dire qu'un homme bien élevé doittoujours rendre politesse pour poli tesse,qu'on doitgracieusementref user lesoffres de celui qui a l'honnêteté devous en faire. — Sans cela, s'écria-t-il , où en serait-on? Nous l'écoutâmessans rien dire ni pour ni contre, car^ en beaucoup de choses, il est très-dilUcile d'avoir une règle sûre et applicable à tous les hommes, surtout en ce qui tient aux coutumes des peuples. En y regardant de près, il nous a semblé comprendre les motifs de cette manière d'entendre la politesse. D'une part, chacun se donne, à peu de frais, la satisfaction de se montrer généreux et empressé envers tout le monde ; d'autre part, tout le monde peut se flatter de recevoir de chacun de gracieuses invitations et d'avoir le bon esprit de les refuser... C'est bien là, il faut en convenir, de lapure chinoiserie.

Malgré les vives sollicitations des mandarins d'Ouchan, le lendemain nousnous mîmes en route, comme gens qui savent vivre et ont étudié les rites ailleurs que dans les déserts de la Mongolie. Cette journée de mar-

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che fut assez pénible ; d'abord, parce qu'ilyaTaîldeus ^ours que nous n'aTioos été en palanquin et que nos jambes avaient perdu le pli ; ensuite parce que nous avions à traverser un pays de montagnes. L'aspect de la campagne était, d'ailleurs, peu gracieux ; elle présentait généralement une teinte triste et sauvage. Le sol, rempli de sable et de gravier, semblait se prêter difficilement à la culture. Aussi rencontrâmes-nous rarement des villages ; on voyait seulement de temps en temps dans les creux des vallons de misérables fermes dont les habitants accouraient sur notre passage, pour nous demander l'aumône de quelques sapêques. Versl'après-midi, nous gravissions une colline assez escarpée, et maître Ting allait en tête de la colonne. Aussitôt qu'il fut parvenu au sommet, il sortit de son palanquin, et, à mesure que les autres arrivaient, il les faisait arrêter. Nous ne comprenions pas trop le sens de cette manceuvre. Quand nous fûmes au haut de la colline, maître Ting nous invita à sortir de nos palanquins : Venez voir, nous dit-il ; ici finit la province du Sse-tchouen, nous allons entrer dans celle du Hou-pé. Ce petit fossé est la séparation des deux provinces ; je n'ai pas voulu traverser la montagne sans vous le faire remarquer. — Tenez, ajouta-t-il, en se mettant en quelque sorte à califourchon sur le fossé, voilà que j'ai la jambe droite dans le Sse-tchouen et la gauche dans le Hou-pé ; puis il resta un moment immobile, pour nous faire bien voir l'expérience. Plusieurs porteurs de palanquin qui, sans doute, trouvaient fort curieux d'avoir un«^ambe dans le Sse-tchouen et l'autre dans le Hou-pé, répétèrent plusieurs fois l'expérience ety réus-

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