CHAPITRE V
Tentatives pour voir le gonTemeDr de la proTlnM. — Nous farcottt la garde de gon palidi. — Le gouTemear du Hoo-pé. — Entretien avec ce haut penonnage. — Boa résultat de cette vlBlte. — Démëoagemeot. — Coaitotsle d'on cuisinier. ~- Adieux de maître Ttng et de l'escorte dn See-tcbonen. — Le mandarin Ueou, on le • Saule plenreur, ■ chef de la Deavelle escorte. — Archlteetnre dilnoUe. — Lee toun. — Lea pagodes. — Beaai-arla. — Religions. — Doctrine des lettrés. — Honneun Inonia rendui i Coofuclos. — Docteurs de la nlioQ, — vie et opinions dn philosophe Lao-tié. — l.e bouddhisnie.
— Légende de Bonddba. — See principes dogmatiques et moraux.
— Les bouddhistes persécntés par tes brahmanes. — Causes de ces penâcntions. — Dlspersloa des booddbisiea dans les direrces contrée* de l'Arie.
Nous avons dit, au commaiceineDt du cfaapilre précédent, comment, dès notre arrivée à Ou-tchaog-fou, on nous avifit confinés dans une étroite cellule de pagode, où nous étions menacés de mourir asphyxiés. Nous avions espéré que les hauts fonctionnaires, après avoir vu de leurs propres yeux ce réduit meurtrier, comprendraient que nous ne pouvions pas vivre sans air, et finiraient peut-être par nous procurer un autre l<^ement, en attendant le jour du départ. Ces espérances, quoique bien légitimes, paraissaient peu devoir se réaliser. Les magistrats de La capitale ne s'occupaient nullement de nous ; et, à part quelques petits officiers -de peu d'importance, perscmne ne venait nous vinter. La
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chose était,' nous eo couTenQns, un peu blessante' poM notre anlour-pM^re ; cepeadant .il nous eût été encore très-facile de supporter .cette é|w«uve, pourvu qu'on . nous eût. accordé une dose suffisante d'air et assez d'esr pace pour nous promener. Être délaissés par nos aimables et chers mandarins, passe éaçore ; mais être délaissés dans un trou ne pouvait nous conTenir en ancune manière.
Il y avait deux jours que nous étions dans cette posi*tion peu commode, lorsque nous résolûmes de tenter . un vigoureui effort pour en sortir, et essayer de reprendre rinÛuence que nous . avions perdue par notre faute. Après nous être revêtus de nos habits de parade, nous time» appeler des porteurs de palanquin, et nous leur command&mes de nous UHiduire au palais du gouverneur, de la province. Ils nous regardèrent avec hésitation ; mais nous les payâmes d'avance, en leur promettaot un généceux pourixHre au.retour, etils partirent pleins d'ardeur. , ,
Nous traversâmes la place où le vénérable Perboyre . avait été étranglé ; nous allions à ce ipéme teibunal oii il avait été si cruellement torturé, et où fut prooo^Qée . contre lui la sentence de mort. K&a ne pouvait nous faire espérer un sort semblable, -une lio si glorieuse. Cêpeudant tous ces souvenirs de constance-et de courais emvraieot nos âmes et nous inspiraient une ^ergie incomparable, non pas pour mourir, nous n'eç étions. pas dignes, caBis pour vivre, carnous pensioas eu avoir le droit.
Nous descendîmes dé nos palanquins à l'entrée du palais. Jusque-là, l'entrepris^ n'avait pas été difficile. Nous
iTS l'uipiu CBniois.
TraDcfalnies le nuil, Ihmi détemiinéfi à renreneF tous les obstacles qui voudraient aous empâdier d'arrÎTer jusqu'as gouTerneuE. A peine fûmes-nous an milieu de la pfemière cour, que nous lûmes environnée par une foute de satellites et de valets dont les avenues des grands tribanaux sont toi^ours encombrées. Toutes ces physio- ComieS'noisttes, tous ces types de bourreaux avec lesquels nous étiom Familiarisés depuis longtéiAps, nous émurent peu. Nous contmuÂmes notre marche avec assurance, sans paraître entendre les mille réflexions extravagantes qui se faisaient autour de nous au sujet du boœiet jaune et de la ceinture rouge.
. Au moment où nous allions traverser une, salle d*at- ' lente pour entrer d^os la seconde cour, nous fûmes accostés par un petit mandarin à globule d'w, gui avait la fonction dé portier, ou, .pour mieux dire, d'introducteur des hâtes. 11 parut tout effaré de nous voir alla- si rondement. IL se porta sur notre passage, et nous demanda trois fms, coup sur coup, où nous. allions; et, eb même temps, il étendit ses deux bras borizontalËaieot, conmie pour nous faire barrière et nous empâcher de passer. — Nobs allrais chez Son Excellence le gouverneur. —^ Son Excellence n'y est pas-j on ne peut pas voir le gouverneur. Est-ce que les rites permettent de se transporter ' de la sorte chez le premier ma^listrat de la province?... En disantces paroles, il trépignait^ U gesticulait, et, toujours les bras étendus, il suivait tous nos mouvemeote, allant tantôt h drtnte et tantôt à gauche, pour nous barrer le chemin. Cependant nous avancions toujours un peu sans riMi dire, et nous forcions l'iatroducteur d'aller à reculons. Quand nous fûmes pervouis de la WHle jos-
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qu'à IVstrémité de la salle d'atteotë. Use retouraa brusquemeat, 'et se jeta sur les deux battants de la porte pour les fermer ; l'ayant saisi par le bras, nous lui dlnoes, du ton le plus impérieux, le plus magnétique qu'il nous fat possible de prendre : Malheur à toi, si tu ne laisses pas la portenuyerle ! Si tu nous arrêtes un. seul instant, tu es on homme perdu I,., G« paroles lui ayant inspiré une salutaire frayeur, il rouvrit Ja'portelai^ment, et nous pénétrantes dans la-seconde cour, pendant que l'intnH dncteur nous regardait passer avec Btupéfacëon et bouche béante.
Nous arrir&mes sans noaVel obstacle jusqu'aux appartements du gouverneur. Dans l'antichaaibre il y avait quatre mandariiis supérieurs qui, en nous voyant entrer, eurent Tair de nous prendre pour une apparition. Avant'de nous interroger, ils se. regardèrentlongtamps les uns les autres, se consultant en quelque sorte des yeux, pour savoirce qu'il y avait à faire dans cette circoBatance imprévue ; enfin l'un d'eui se hasarda à nousdemander qui nous étions. -^ Nous sommes Fran^ çais, lui r^Kmdlmes-nous ; nous avons été à Péking, pois de Péking à Lha-ssa dans te Tbibet, et nous voulons parier tout de suite à SoQ E^cellenee le gouverneur,
— Mais Son Excellence eslrelle instrûte de votre pràseDc&à Ou-tchaug-fou? lui a-lron aancHicé votre visite ?
— Une dépêche de l'empereur a dû lui taire connaître notre passage dans la capitale du Hou-pé... Noiis remarquâmes que la dépêche de l'empereur faisait sensation ciiezles mandarins. Notre interlocuteur, a^thi avoir filé un instant sur nous son regard inquisiieur, disparut ' pu une petite porte. Nous soupçcunt&mes qu'il avait été
cha le gouvernear, pour lai aimonèer la curieuse dé* couTertè qu'il Tenait de faire. 11 ne tarda pas à reparaître. -^ Le gonvemeûr est absent, nous dil>il, d'un air tout à fait dégagé et comme s'il n'eût pas fait un mensonge, le gouverneur est absent ; quand il sera rentré, il tous fera appeler, s'il a à tous parla*. Maintenant, retournez à votre logement. — Qni est-ce qui nous invite à nous en aller? Qni t'a chargé de nous dire que le gouverneur nous ferait appeler? Pourquoi vouloir Doos tromper et prononcer des pwoles qui ne sont pas conformeB à la vérité ? Le gouverneur est ici, tu vims de lui parler, et nous ue sortirons pas avant de l'avoir vu. .. En disant ces mots, nous nous assîmes sur un large divan, qui occupait une grasde partie de la salle. Les mandarins, étonnés de notre attitude, sortirent tous ensemble et nous laissèrent seuls.
A,Han-yang, noua dîmes-nous, nous avons été pleins de faiblesse ^ il fâiit aujourd'hui réparer cette faute, si nous voulons arriver jusqu'à Canton et ne pas périr de misère le long de la-route. Les dispositious si bienveillantes du vice-roi du Sse-tchonen De pouvaient nous protéger que jusqu'à Ou-tcfaang-fou ; le gouverneur dU'Hou-pé va maintenant disposer de nous jusqu'à ta capitale du Kiang^i, il nous importe donc abs<dument de lui parier, pQur qu'il ne nous abandonne pas à la voracité des petits mandarins. .. On nous laissa seuls assez iMigtemps, et nous pûmes nous tracer tout à notre aise 1» ligne de conduite que nous voulions suivre.
Enfin un vieil appariteur se {Mrésenta, et, après avoir, pour ainsi dire, appliqué sa B^te sur la nôtre pour bien nous considérerj il nous dit, de savoix chevrotante, que
(XAmiB V. iSi
Soi) Excellence le gourenieur invitait nos illustres pei^ sonne» à se rendre auprès de lui. Cette formiile de potitesse nous fit comprendre qU^il nous serait peuMStre &cilede nous réhabiliter. Nous suivîmes le vieil appariteur, qui nous conduisit dans un magnifique salon, où, panniune foule de chinoiseries de luxe, nous remarquâmes une pendule française et deux j^dis vases de porcelaine de la fabrique de Sèvres ; sur Jes murs B y avait quelques tableaux qui nous parurent être de falffication anglaise. Les riches Chinois aiment assez à décorer leurs appartements de quelques objets européens ; ce n'est pas qu'à leurs yeux ils aient une grande valeur comme œuvre d'art ; mais ils viennent de fort loin, de par delà les mers occidentales, et cela suffit. Les Chinois ressemblent un peu en cela aux Européens. Qui n'est heureux d'avoir dans son salon un magot en bronze ou en porceWoe, une chinoiserie quelconque, pourvu qu'il soit incontestable que c'est un [utHluit bien authentique de la Chine 7
Nous admirions avec vanité l'élégance et la finesse des vases de Sèvres bien supérieurs aux porceltûnes qui sortent des fabriques chinoises, lorsque le gouverneur entra. 11 irawrsa le salon en branlant les bras sans regarder ni à droite ni à gauche, et alla s'asseoir, à côté d'un guâidon, sur un lai^ fauteuil laqué, dont le dossier était recouvert d'uiie pièce de drap rouge ornée de broderies en soie. Nous le saluâmes respectueusement, etnouB attendîmes qu'il voulût bien nous adresser la parole. Ce personnage ne nous parat pas avoir autant de ûmplicité et de honte que le vicâ-roi du Sse-tchoueu. Agé tout au plus d'une cinquantaine d'années, sa figure
tSf L'Bimu cniRou.
maigre «t brune mnoDçait un caractère dnret sévère. -^ Votre illustre pays, nous dit-D, c'est le royaume de France ; il y a longtemps que vous l'àvâ quitté?^ H y a déjà plusieurs «nuées. — Vous avez, sans doute, quelque affaire à me communiquer, puisque vous étés venus cbez moi? — D'abord nous avons vdnlu reniplîr un devoir de civilité. — Ah 1 jesuis confus. — Ensuite nous désirerions savoir si le vice-rai du Sse-tcbouen a expédié une dépêche pour annoncer notre passage par Ou-tohaug'fou. — Sans doute ; il y a longtemps qu'elle est arrivée ; ce sont les courriers accélérés qui apportent jes dépêches'. — En voyant la manière dont nous sommes traités à Oo-tcbang-fou, nous avions pensé que la dépèche n'était pas encore arrivée. L'empereur a donné ordre au vice^roi Pao-hing de nous faire conduire jusqu'àCanlon avec tous les égards convenables. D'atxml pendant notre séjour à Tch&ig-tou-fou, nous n'avons en -qu'à nons louer des bons traitements que nous y avons reçus de la part de l'autorité. L'illustre et vénérable Paohing, que uouis avons vu plusieurs fois, a été pour nous plein- d'attentions ; sur toute la route les grands et les petits mandarins ont respecté les dispositions qu'il avait prises à notre sujet, et nous avons pu faire notre voyage commodément et, avec honneur. -:r C'est l'osage de notre pays, interrompit avec morgue le gouverneur ; on y traite 1h«i les étrangers. — 11 parait, lui répondimes- Qous, quecét usage n'est pas général ; cela doit dépendre, peut-être, des gouverneurs de province ; lé livre des rites est le même pour tout l'empire,- mais, dans le Hou-pé, m ne l'interpràte pas de la même manière quttdans' letieetchouen. A Han-ya^, de l'autre côté du fleuve, nous
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, wrions morts de faim ,0 nous n'avions eu '4e l'wgent pour acheter des vivres dans une auberge ; ici, dans la capilale .même, depais deux jours que nous S(Hnaies arrivés, per^Qnenes'oecopede nous; on DOueaenfennés dans un réduit où nous n'avons pas assez d'espace p«ar nous remuer. Ëst-<:e que l'empereur aurait donné uo ordre pour nous faire expier dans Le Hou-pé les bons 'itraitemeots que nous avons re(us dans le Sse-tdiouen ? — Quelles paroles prononcez-vous ? La miséricorde de Tempereur s'étend à tous les lieux. Oii êtes-vous logea âfins la Tille ? — Le vice^tti du See-tchouep ne nous a jamais demandé oîi. nous étions logés ; il le savait parce .qu'il avait lui-même désigné notre logement. En arrivant ici^oo nous a conduits dans une étroite chambre où l'air . ne. pénètre pa&; nous y sommes depuis deux jpurs, sans voir personne à qui nous puissions nous plaindre. 'On délire probablement qne.notre voyage se t^ripiiie à Outchang-fou...Legouyerpeur se secoua dans son fauteuil aveC'Colère et indignation. Il prétendit que -qous faiHims iiyure au caractère des halHlanls de la paUon caitrale, el .sa voix criarde s'anipiantpar degrés, il se ipit à disserter avec tant de volubilité et d'animation, qjie nous ântmes par ne plus rieo comprendte à ce. qu'il disait. Noos nous gardâmes bien de rmtçrrompre'; uOns demeurâmes devant lui calmes et immobiles, attendant avec patfCQCO q«'il voulût hiens'apaisw et.se taire. Quand le moment fut arrivé, aous lui dîmes sur un ton très-bas. maisavec une certaine énergie froide etceacentrée ; Ëxcellèitee, il n'est pas dans DOS ^bitudes de prononcer des paroles blessantes et injurieuses ; U est mal de supposer à ses bkm des inlentiAis perv«-ses. Cependant nous bwdbms
mianoonaires de U relîgi<»i du Se^inenr du ciel, noas sommes Fraoçaîs, et nous ne potnrwu pas oublier jjùe cette ville ae nomme Ou-tdiangTfou. — Quel est lé sens de ces paroles? je ne le comprends pas. — Nous ne poavobs pas oublier qu'un de dos frères, un missionnaire, on Français, a été étranglé ici, à Ou-tchangrfon, il y a vingt-trois ans; qu'un aufa« de nos frères, missionnaire et Français, a été également mis à mort dans celte ville, il n'y a pas encore six ans... Eh entendant ces paroles, le gouvenieur parut un peu perdre contenance, l'expression de sa %ure annonçait qu'il éjMWivait intérieureDient uoevivé agitation. Aujourd'hui même, continuflmés-nous, en nous rendant ici, nous avons traversé la place sur laquelle nosfrères' ont été exécutés. Que peut-il donc y-avoir d'étonnant s'il nous vient des idées sinistres ; si nous pensons qu'on veut attenter à nos joursj alors que nous noua voyons logés à peu près comme dans un sépulcre? -~ Je ne dais pas ce que VOUE voulez dire, je ne connais pas ces affaires, répondit brusquement Je gouverneur ; aui époques dont vous parlez je n'étais pas dans la province.' — Nous le savoDs : le gouverneur qui était ici,' il y a six ans, aussitôt qu'il eutdonné ordre d'étranger le inissionuaire françaisj fut dégradé par l'empereur et condamné à un exil perpétuel. Il était évident pour -tout l'empire que le net voulait venger l'ianoeence. Chacun n^ répond que de ses actions ; maia aujourd'hui à qui la faute si nous sommes traités de la sorte 7 Nous avons étudié les livres du philosophe Meng-tse, et nous y avons lu ceci : Mengtae demanda un jour au roi de Leang s'il trouvait de la difiëreoce à tuer un homme avec une épée ou avec une
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i admiaistration, etleroî de Leang répondit : Je n'y trouve auCuoe différence.
Le gouverneur parut tort éAoaué de nous enténâre dter DD passage des livrée clàssiquee. Il cfaercba à mettre de la mansaétùde dans sa physionomie et dans ses manières, et jugea à propos de nous rassurer sur les («violes qae nous paraisaoos avoir. 11 nous dit qae les mandarins chargés de prendre soin de nous avaient mal eiécuté ses ordres ; qu'il ordoDuerail une enquête sévère et qne les péchés de tout le monde seraient punis, parce qu'il entendait faire respecter la volonté de l'empereur, dont le eœur était plein d'une miséricorde toute paternelle pour les étrangers, comme nous en avions ressenti les effets dans la capitale du Sse-tchouen et le long de la roule. Il ajolita que nous- serions également bien traita dans la province .du Hou-pé ; qu'il ne Fallait pas croirç qu'on eût mis à mort, par le passé, aucun de nos coinpatriotes, que tout cela n'était que faux bruits et rameurs, oiseuses répandues par le petit peuple, dont la langue est extrêmement prompte, mobile et mensongère. ,
Nous ne crûmes pas devoir insister sur ce point, «t prouver an gouverneur que le martyre de MH. Qet et P^iwyre, -à Oa-tchang'rfou, était autre choçe qu'une rumeur oiseuse. JVous nous omtentâmes de lui dire qu'en connaissait toujours, en France, la manière avec laqoeUe cm traitait les Français dans les royaumes étrangers; que notre gou'^emement paraissait quelquefois l'ignorer, . mais qu'il ne manquait pas de s'en souvenir quand il le jugeait opportun. Somme toute, il nous sembla que nous avions produit qffîlqQe impression sur- l'e^HÎt du goavernenr et' que notre visite aurait peut- être un b^nré-
ItS L'nmn cgnoit.
sultat. Avant de. qnitlar te palaû, nous détendteus inieDsiblement la situation, en caoïaot an pea de notre long voyage, et de l'Earope, qui était, pour Son Excellence, nn monde à peu près inconnu. Eufia, nous fîmes les révérences exigées par les rites, i et nom alUmes retrouver à la porte nos porteurs de palanquin qui nous attendaient
En traverebnt la salle et les noinbreux pas-perdus du tribunal, nous comprimes, anx manières des employés, qu'on était déjà an courant du succès de notre visite. -On nous saluait avec courtoisie, et, lorsque dmis fûmes parvenus k la première cour d'entrée, l'introducteur des hâtes, qui ftvaît déployé tant de zèle pour npus burer le passage, s'empressa de venir au-devant de nous et de nous conduire jusqu'à nos palanquins en nousdonnant lestémoignagesd'uacordialetimpérissable dévouement Les porteurs nous chai^rent sur leurs épaules et nous reconduisirent, au pas de course, à notre 1<^.
n y avait à peine quelques heures que nous étions . rentrés dans notre ab(Hninable cellule, lorsque le tamtam résonna à la porte de la petite pagode. Un nuDdarin, accompagné de son personnel de valets et de satellites, te présenta en demandant les illustres natifs du grand royaume de. France. Aussit&t qu'il nous «perçut, s'empressa de nous annoncer qu'il était cbai^, par Son E^cellenœ le gouverneur, 4ti oous conduire dans on ■ logement plas convenable et phis conforme aux règles de rfaospitalité. — Quand partirons-nous?. lui denniH dâmes-noue. — A l'instant,- « voua voulez. Probablement que tout est prêt, car les- ordres ont été donnés aossit6t que vous' avez en quitté- le palais du gouvM^
nenr. — Partons immédiateraait, dtnies^otiB ; il doos tode de ressusciter et ile sortir de ce tombeau. — Oui, ■c'est cela, rjessuscitoos, s'éeria maître Tiçg, ^i n'était guère plus satisfait que nous de ce misérable logis, où Ù était oblige de se teoir accroupi en. fumant l'o^tniD, favted'un espace suffisait pour étendreses jambes.
' QiacoD ramassa dcmc à la h&te son bagage, et nous qQittftrnes sans regret ce détestable nid.. On nous condnisit à une des eitrëmité« de la viUe, presque dans la campagne, et nous fûmes iûstallés dans un vaste et bel élablissetneut, moitié civil et moitié religieux. C'était un rtcbe ^mple bouddbi<|ne, environné de nombreuxapparteroeutB destinés à recevoir les mandarins de distinction qui étaient de passage à Ou-tchang-fou: Des jardins, des cours plantées d'arbres de-haute futaie, des belvédères et des terrasses à- péristyles, dinmaient à cette fésideace un certain ton de pompe et de grandeur qui contrastait singulièrement avec la piteuçe exiguïté d? la ^ode que nous Tenions de quitter ; mais, ce que nous appréciâmes par^dessus tout, c'était l'air pur et frais de U <ampagne qu'il nous était donné de pouvoir resj^rer i pleins poumons.
AuBsitM que nous fûmes arrangés dans notre nouvelle demeure, , le mandarin qui nous y avait conduits fit appeler le cuisitâer en chef de l'établissement; Q arriva nn pnceau entre les dents, une feuille de papier d'une maînet un é(^toire de l'autre. Il se plaça Uibout'd'iine table, d^ya un peu d'encre sur le disqne d'une pierre ollaire et nous pria de lui indiquer les mets qui étaient le plus k potre convenance; — C'est un fatt cuuni de tout le monde, ajouta le mandarin, que les
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peaples occMentanx ne se DonnûtMit par Ae la mtoie manière que les habitants da royamne du Milieu, Autaat qu'il est possible, Une faut pas çoDtnuier les usages et les cbutum» des bommes. Nous remerciâmes le maadario de sa gracieuse attentiiHi : Il y a longtemps, lui dlmeft-DOus, que nous avons contracté fhabitude des mets ctÙDois ; l'intendant de la marmite n'a qu'à suivre les inspiratitms de son talent, et tout ira bien, une liste des metssenût une chose superflue, et nous eussioos pu ' ajouter trèfl-diffidle à faire. Nous avions, en effet, depub tant d'années, suivi des régimes si différents, changé si souvent.de système oïlinaire, et expérimenté uu si grand nombre de substances à saveijr excentrique .et aventureuse, qu'il nous eût été impossible de bi^ apprécier le mérite d'un bon moreeau. Nous n'avions plus -sur la cuisine que des idées ^trêmement vagues et confusesi Tout ce qui n'avait pas le goût de la farine d'avoine assaisonnée de suif nous semblait délicieux. Le cuisinier en chef reprit donc ses articles de bureau et s'en alla tout Qer et tout glorieux du témoignage de confiance 'qu'il venait de recevoir et dont, nous devons en contenir, il était difpae à tous égards. L'habileté avec laquelle il nous façonna- une foule de -ragoûts chinois, plus remarqaables les uns que les autres, était une preuve que nous n'avions pas en tott de compter sur son mérite et sur son savoii^faire. Le lendemain de notre déménagement,, maitre Ting, accompagné de son confrère le mandarin militaire et des nombreux stddats et satellites qui nous avaient «scortésdepuis notredépa rtde la capitale du Sfle-4c^oum, se rrâdirent en corps et avec une certaine solennité
dans nos appartements pour notls faire leurs adieux. Ayant été chatoies de Dons conduire seulement jusqu'à Ou-tdiang-fou, leur mission était terminée, et ils allaient rebrousser chemin pour retourner dans lew pays. Nous avions voyagé de compagnie par terre et-par eau, durant l'espace de deux mois ; nons nous étions ' insrasiblement accoutumés à vivre ensemble, nous avions partagé le bon et le mauvais temps de la fonte ;. aussi ce ne fut pas sans une certaine émotion que nous ^mes arriver le moment de nous séparer et de nous quitter poiu- toujours. Nos regrets n'étaient pas, sans doute, vite et profonds, comme ceux que nous éprouvâmes lorsque nous reçûmes, en sortant de Ta-tsienlou, les adieux dé l'esccnte thibétaiiie. Ce n'étaient pas des liens que nous avions à briser, mais simplement une certaine habitude de relations qu'on contracte si facilement durant de longs et pénibles voyages, et qu'il est toujours désagréable dé rompre pour en former de nouvelles. Maître Ting nous avait agacés dàos plus d'une* circonstance, nous nods étions souvent quereUés, et cependant, au résun^é,Qou6étioiiapaasablement bons amis. Cest qu'an fond maître Ting était un mandarin d'-assez bon aloi ; pourvu qu'on le laissât faire un peu le Chinois,, c'est-à-dire rapiner des sapèques à droite et à gauche, le long de ta roule, il était de boniie humeur, complaisant et safËsamment aimable.
Nos adieux furent très-verbenï, *t, au lien de pleurer, nous rliùes beaUcoupr car nous rappelâmes quelque»ans des épisodes les plus piquants du voy^;e. Nous lui fîmes ime courtoisie à ]& chinoise en lui demandant si, pécuniairement parlant, il était satisfait de nous avtnr
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accompAgnés , ^il avait pu rédisçr des éiconomies assez considérables pour s'arrondir une bonndte petite somme. — Oui, oui, nous dit-il, eu se frottaot-les mainâ, les affiures n*ont pas mal été, j'aurai gagné, dans G8 TOft^, quelques Kflgotsd'im assez joli volai^ ; mus TOUS coacevez, ce n'est assurément pas ' pour l'argent que j'ai voulu vous accompagner. — Non, «ans doute, qui pourrait s'imt^er cela t — U est évident ' que je n'aime pas l'argent et que je ne l'ai jamais aimé ; mais je serais heureux d'avoir à offrir nn petit cadeau à ma mère, à lïton retour ; c'est pour elle que je cherche à taire quelques profits. — C'est là, maître Tiog,un nt^le et beau sentiment ; -dans ce cas, en aimant l'argent, on pratique la piété filiale. — Oui, c'est cela même ; Ja piété filiale est la base des rapports sociaux, elle doit être le molùle-ide toutes dos actions... HaUre 'Fing nous souhaita, en nous quittant, l'étoile du Ikmh heur' pour t<mte la route jusqu'à Canton.' U s'en*^la' tout enchanté de nous laisser -dans la persuasion que -c'était par pur sentiment de piété filiale qu'il avait essayé de rançonner tes mandarins de tontes nos stations, depuis la ca[Htale du Sse-tcbonen jusqu'à Ou-tchang-fou. .
L'escorte du Sse-tcfaouen s'en retourna tout entière, à PexcepUon sealemeot de no}re domestique, Wei-chan, que le vice-roi Pao-bing avait mis à notre service. Ce jeune homme s'était acquitté de son devoir avec intdli* gence et activité. Il paraissait même avoir pour nous quelque aitachement, autant, du OKHOât qu'il est poesir ble d'en obtenird'un serviteur chinois. Wei-cban devait nous suivre, comme les autres, jusqu'à Ou-tcbaag-^ou. seolementj mus, la veiUedu départ de ses compagooss
ie Toya|e, i] était venu noos exprimer le déeir de rester , avec nous jusqo'à CmtoQ.Sa prepositù» ne soufirit^ de notre part, adcnne difflaulté, et nous l'accueilUmes, sanstrop le lui témoigoer, avec . un vif empressement. U était au courant de nos habitudes et connûseait parfaitement, 'setoDl'expressioo chinoise, le fomet de notre caract^ ; il nous c(HivËnait donc mieux d'avoir aSaire à ua bomme auquel nous étions d^à accoutumés et qui nous allait suffisamment. Wei-chan pouvait, d'ailleurs, nous .être d'un grand secours avec l'escoile nouvelle que nous allions prendreà Ou-tchang-roD. Celle qui s'en rettmr* • mit et qui, dans les derniers temps, ftmctiqnnait à merveille, y compris maître Ting, son chef, nous avait éoonnémait coulé à former. Nous y avions dépensé tant de patience et d'énergie, que l'idée d'avoir à recommencer noua incommodait un peu. Or,, nous pensioQBque la pressée de Wei-chan nous épargnerait en par^ ' les frais d'une nouvelle éducation à donner à nos futurs compagnons de route ; il serait là pour continuer les bonnes traditions et servir de modMe aux autres par ses btms exemples. 11 fut donc décidé qu^il vi^drait avec nous jusqu'à GantOD.
Le même mandarin qui nous avût installés dans notre nouveau logement, nous fit une vinte d'étiquette après le départ de l'escorte du Sse-téhouen, et nous annonça qu'il avait été désigné par Son Excellence le gouverneur pour nous coddatre jusqu'à Nan-tehang-fou, capitale do Kiang-si. U nous pria ensuite de lui exprimer notre O[nnion sur le choix que le gouverneur avait bien voulo faire de lui pour une œuvre deeette importance. Il n'y, avtit pas don manièrei de répendre à un GhÎDoit «i
IM l'hipi
pareille ârconttance. Un ptreil choix, lui dtmee^uHu, prouve, d'une manière incontestaUe, que Son Excelloice le gouverneur possède an plus haut degré le àoo si rare et si précieux de discerner les homities. Un pareil choix prouve encore, d'une manière non moins inemtestable, que. Son Excellence le gouverneur désire t»en sincèrement que nous fassions un voyage heureux et agréable. Avant notre départ, nous ne manquerons pas d'aller le remercier de sa selficitude et de sa bienveillance. Notre nouyeau conducteur s'humilia beaucoup en paroles et répondit.à notre courtoûie en nous disant qu'il n'avait jamais rencontré des hommes d'un coeur aussi miséricordieux et aussi vaste.
Quand ces formules furent terminées, nous essayâmes de. parler un peu raisonnablement. Nous apprimés que noire mandarin était âgé de quarante ans, et qu'il se nommait lÀeou, c'est-à-dire « saule. » Lieou le Saule étaitde ta classe des lettrés, maiaàun degré très^inférieur; il avait administré pendant quelques années un petit district, etactuellement 11 se trouvait en disponilùlité. A son langage on reconnaissait facilement un homme du Nord; il était de ta province du Chang-long, patrie de Confudus, .ce qui ne proavait Nullement qu'il fût doué d'une mtelligence surprenante. Plus grave et mieux élevé que maître Ting, il jouissait d'un caractère concentré etb^'peu amusant; on né. trouvait pas graud chaîne à causer avec lui, car il s'exprimait avec une extrtoie di^cullé. Dans son calme ordinaire, il empâtait ses paroles jusqu'à dimner des impatiences à ceux qui l'écoutaient. Lorsqu'il voulait s'animer un pen, c'était une confusion, -un imbrc^Uo, auxquels on ne
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comprenait rien du tout. Sa pfaTsioiiomie était, du reste, très-iasignitiante ; il ne lui restait qoe quelques fragments de dents, et ses yeux bombés, qu'on voyait saillir à trarers les verres de ses lunettes, avaient llnconvé- Dient de larmoyer fréquemment, ce qui fut cause que nous nous laissâmes entraîner àajouter une épithète à son nom, et que, au lieu de dire tout court Lieou, « le Saule, » nous finîmes par l'appeler Saule- pleureur. Il fat convenu qu'on s'occuperait d'oi^niser une nouvelle escorte le plus promptement possible, de manière à être prêts à nous mettre en route dans quatre jours.
La visite que nous avions eu L'heureuse audace de faire au gouverneur de la province du Hou-pé nous avait procuré deux bons résultats. D'abord nous avions reconquis notre influence perdue, et, en second lieu, nous avions obtenu un excellent logement, où nous pouvions, en attendant le départ, nous reposer un peu des fatigues de notre long^ voyage, et trouver autour de nous de nombreuses distractions. Outre la compagnie des mandarins qui résidaient dans le même établissement, nous avions, de temps en temps, celle des principaux fonctionnaires de la ville, qui ne manquèrent pas de nous venir voir, aussildt qu'ils surent que le gouverneur nous était favorable. Nous pouvions ensuite, sans qu'il fût besoin de sortir, nous procurer tous les agréments de la promenade, tantôt dans tes cours ombragées de grands arbres, tantôt sous de longs péristyles ou dans un vaste jardin, moine ricfae et moins élégant, il est vrai, que celai dp Sse-ma-kouang, mds où l'on trouvait un joli belvédère et les sentiers les plus caprideux du monde. Quelquefois nous allions visiter le temple bouddhique
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situé au centre de rétablissement, et nous cherchiom à
deviner les sentences énigmatiques dont les murs étaient
ornés.
Il nous a été impo9sU>le de bien savoir au jaste ce qu'était cet établissement ; il y avait des «k^s de l(^ pour les mandarins voyageurs, de vastes salles destinées aux réunions des lettrés et aux assemblées de plusieurs autres corporations. Ony voyait, en outre,. un observar toire, un tfiéfttre et une pagode ; tout cCh s'appelait Siffwn-tfueit, <t Jardin de la porte ocddeotale. » On trouve souvent en Cbine, surtout dans les .viUes ks plus importantes, un gruid nombre de ce« édifices iodéfinissa- 'blés etqui ont une fiiule d'usages. Leur genre de cchistruction eet aussi très-difficile à prédser ; on peut dire 'que c'est ohioois. Les moauraents, les ttraples, les maisons, les viDes du Céleste Empire, ont on cacbet particulier, qui ne ressemble à aucun genre d'architaoture connue ; on pourrait l'appder le style chinois ; mais il faut avoir été en Qiiiie pour s'en faire une idée exacte.
Les villes sont presque toutes CMistruUes sur le même plan ; elles ont ordiourement la ftorme d'un qtiadrilat^ et sont entourées de hautes murailles, flanquées de tours d'espace ene^>ace-; elles .oat qoelquefoi&de bi^ fossés secs ou remplit d'eau. Dans les livres qui parlent de la Chine, il est dit que les rues sont laides et alignées au cordeau ; il n'en est pus moins vrai qu'elles sont étroite» et tortueuses, surtout dans les provinces du tmdi. Nous avons bien rencontré çà et là quelques exceptions, tnaiselles sont très-rares. Les maisms des villes, comme celles des campagnes, sont bas^ e(n-<nit or-