CHAPITRE IT. 14B
« 8(Hme, en voyant la âgure, n'aurait douté que ce ne fût c on véritable épi, et qu'un moineau était réellemeot « Tenu se percher dessus. L^étoffe resta quelque temps « exposée ; enfin un bossu, étant vepu à passer, critiqua a le travail. Aussitôt bu l'admit auprès du gouverneur ot de ta ville ; en même tempe, on fit venir l'artiste ; « ensuite on demanda au borau ce qu'il avait à dire. Le a bossu dit : C'est ^n faitadmispattoutte mbnde, sans « excepti<»i, qu'un moineau ne pourrait pas se poser sur «un épi sans^ faire ployer ; or,' l'artiste a représenté « r^i droit et sans courbure, et il a figuré un moineau « perché dessus : c'est une faute. L'observation fnt « trouvée juste, et l'artiste ne reçut aucune récompense;
« Le but des Chinois, daiu cela et dans les choses de « tbéme genre, est d'exercer le talent des artistes et de « les forcer à réfléchir mûrement sur ce qu'ils entre- « prennent, et à mettre tous leurs soins aux ouvrages « qui sortent de leurs mains (1-). »
Il est facile de comprendre combien ces expositions permanentes devaient exciter l'émulation et favoriser les prc^rès de topt genre. Aussi, à cette époque, les procédés artbtiques-et industriels de la Chine av^ent une supériorité si marquée sur ceux des pays voisins, que son commerce extérieui* prit un développement prodigieux. C'est prîadpatement le commerce de la soie,'qui se faisait avecles Romains, par l'entremise des Bbukhales, des Asses et des Persans, qui a fait Connaître les Chinois en Occident et appelé les Occidentaux en Chine. Les étrangers qui. fréquentaient ses ports étaient si uom-
(1) Tdid6 h, p. 71 et 78.
146 mPIM CHinOH.
breux que, vers la fia du néUTième siècle, cçot yio^ mille forent' massacrés à Han-tcheou-fou, capitale An. Tehé-kiang. Voioi de quelle maiiière l'écmain arabe raconte ces terribles exécutions : ~ .
tt Des évéuetneDls sont aurrenus qui ont fait cesser « les expéditions dirigées vers ces contrées (la Chine), K qui ont ruiné ce pays, qiii en ont aboli les coatumes € et qui ont dissous sa puissance. Je vais, s'il pl^ à « Dieu, exposer ce que j'ai lu relativement à ces évér- «joetnents.
ttCequiafaitsortirlaCbinedela situation où elle se « trouvait en fût de lois et de justice,' et ce qui a interarompu les expéditions dirigées vers ces régions du « port de Syraf , c'est l'entreprise d'un rebelle, -qai n'ap- «. partenait pas à la maison royale, et qu'on nommait te Bauscbcna. Cet bomme débuta par une conduite a artificieuse et par riadiscipUne ; puis il prit les anues « et se mit à rançonner les pyticuUers. Peu à peu les. « hommes malintentionDés se rangèrent autour de lui ; « son nom devint redoutable, ses ressources s'accvureùt, s son ambition prit de l'essor, et, panni les villes de la a Cbine qu'il attaqua, était Kban-fou, port où les mor-r & cbands arabes abordent. Entre cette ville et la mer, il a y a une distance de quelques jouroées ; sa situation « est sur une grande rivière et elle est baignée par l'eau « douce {1). '
« Les babitants de Khan-fou ayant fermé leurs portes,
(1) Ces indlcaliong De sauraient être d'one pliu grande exactitude. Nous avons été sur les lieux où ëlait Kban-fou; le porf n'existe plus aujourdliui j U a été comblé par les eablee ; mais lea Chinois du toIlioage ont conserré le MUTenir de MO Ifflportuue contmerclate.
CBAPITtK IV. 147
« le rebelle les assiégea pendant ïodgtemps. Gela se pa»' «soit dans le cours de tWoée 264 de l'heure (87'8 de « J. G.) . La Tille fut enSn- prise, et lee habitants furent € passés au fit de l'épée. Les personnes qui sont au cou- « rant des évéamients de la Chine rapportent qu'il périt « en cette occasion cent' vingt mille mùsulnjbns, juifs, K chrétiens et mages, qui étaient établis dans la ville et
< qui y exerçaient le commerce, sans compter les pemni- « œs qui furent tuées d'entre tes indigènes. On a india que la nombre pï^is des personnes de ces qualï» « rehgitniB qui perdirent la vie, parce que le gonver- « nement chinois prélevait sur elles un impôt d'après' «leur nombre. De plus, le rebelle fit couper les mùs riers et les autres arbres qui se trouvaient sur le « territoire de la ville ; nous nommons les mûriers en « particulier, parce que la feuille de cet arbre sert à « nourrir l'insecte qui fait la soie, jusqu'au moment où «l'animal s'est construit sa dernière demeure. Cette-
< drcoiistance fut cause que la soie cessa d'être oivo'yée a dans les contrées arabes et dans d'autres régions. »
Pendant que les étrangers affluaient dans les ports du C^este Empire, les marchands chinois parcouraient , avec leurs jonques'l^ met? de l'iude. et allaient trafiquer jusqu'en Arabie et en Egypte. Us visitent encore de nos jours, dans des vties commerciales; les' lies de l'Archipel oriental, les ports de la Gocbincbiue et du Japon, la presqu'île de Malacca et même le Bengale. Quant au commerce par terre, ils s'en sont occupés à dlfféreutes époques avec activité, et l'on ue peut douter que les intérêts du négoce n'àent conduit en TartaKô les colonies chi- Dobes qui s'y sont établies, et attiré vers les pays occi-
44S l'iWI
denbux tes années que le gouTernement chinois y a souvent envoyées. Aujourd'hui le commerce extérieur se fait par terre sur toute la frontière du nord et de l'ouest. Les Chinois se procurent des chevaux de Tartane, du jade, du musc et des chiles de Khotan et du Thibèt, des foorrures de la Sibérie et des draps, du savon, des cuirs, des fils d'or et d'ai^ent de Silésie et de Russie. Les villes voisines ^du pays des Birmans reçoivent, de ce côté, des marchandises européennes. C'est par la voie de la petite Boukharie et dés villes placées au DÔrd-ouest du Kan-sou que les premières soieries sont autrefois arrivées en Europe ; mais les difficultés du transport rendent, depuis longtemps, le commerce extérieur par teri« beaucoup moins important que te commerce maritime.
Le pwt de Canton a été longtemps le seul ouvert au commerce européen qui, jusqu'à la fin du dix-huitième ùècle, n'envoyait en Chine que «on ai^^it, pour être échangé contre du- thé; depuis le commencem«it du dix-neuvième, il a commencé à imp<H'ter des (iotonnadês, des draja, des métaux travaillés, des montres, etc. L'Inde fournit ses épices, du camphre, de l'ivoire, surtout une énorme quantité d'opium, dont le goût s'est si rapidement propagé en Chine, a Ce vaste continent livre au- « jourd'hiii au commerce étranger une valeur de cent « soixante-dîi-sept millions de francs en échange de deux «.cent vingtrsix millions de [ffoduits hruts ou manufac-
cturés, que lui versent l'Iode ou l'Occident La con-
c sommation plus ou moins considérable des principaux « produits de la Chine, le thé et la soie grége, détermine «.l'importance des échanges que Ton peut opérer avec
GtaAPITlS tV. H9
« les sujets du Céleste Empire. -La Chipe a besom de « vendre, non d'acheter. A TexceptioD de Topiuin et da t coton 4te rinde, ce qu'aile accepte du commerce étraoa ger, elle ne l'accepte qu'en vue de favoriser l'écoule- « ment de ses propres articles. D'après une pareille a dounée, il est facile de prévoir le rôle commercial que « la France peut se créer sur ce noiiveau terrain à côté « des autres puissances de rOccident. L'Angleterre im- « porte dans ses entrepâts 25 millions de kllc^rammes « de thé, les États-Unis 8 millions, la Russie 4 millions ; « quant à la France, die ne transporte qlie le thé néces- « saire à sa consommation, et n'en reçoit pas 300,000 ki- « logramraes par an. La soie grége n'est esportée qae t par l'Angleterre et les États-Unis ; l'Angleterre en de- « mande au Céleste Empire plus d'un million de kilo- « grammes, représentant une valeur d'environ 35 mil- < lions de francs. De tous les pays qui cherchent en « Chine un débouché pour leurs produits, l'Inde anglaise « est le seul qui y trouve un marché facile, et qui puisse « y faire pencher la balance des échanges en sa faveur. « La Chine reçoit annuellement de Calcutta et de Bomc bay pour 30 millions de colon-brut, pour i 10 millions « d'opium. Les manufactures britanniques, en se con- « damnant à ne vendre leurs tissils qu'à vil prix, sont « parvenues cependant, malgré la concurrence de l'in- « dustrie chinoise, à faire entrer dans les ports de Canton « et de Shang-h^'une valeur de 33 millions en fils de «coton et en cotonnades, de 11 millions en tissas de « laine. Les draps russes offerts à Kîakhta et dans l'Asie « cenbvle, les cotonnades américaines importées à « Shaug-btui acceptent les mêmes ccuditions et se rési-
« gneDiaux mêmes sacrifices. Ce commerce mérenx se - « soutient i l'aide des béDéfices réalisés -sur les cfaarge- ■ ments de retour et contribue encore à exclure les « produite français de l'extrême Orient ; aussi, dans Tes « meilléares années, les éclianges de la France avec la « Oiioe n'ont-ils pas dépassé 2 raiUion8'(l). Afin qu'on puisse saisir d'un coup d'œil le degré d'îm- ' portance des opérations commercûdes que les diveTses naU(H>s:étrangères fontavec le Chine, nous allons dooner un ti^leau exactdu nombre debâtiments marchands qui ont été expédiés dans ses ports pendant une de ces •demies années.
mPQRTATIonS EN CHU» IN IStO. ,
AngleUrre. ; 374
Buts-iiDis i..i.. isa .
Hollande 39
Espagne. 13
Royaumee diven ..'. 23
Ce grand mouveiueutconiimercial est, sans doute , d'une mportance considérable pour l'Àagl^ten'e et les États- Unis ; mais son influence se fait bien peu sentir dans ce Vaste empire chinois et au milieu de cette immense population dé marchands. Le commerce avec les étrangers pourrait cesser complètement et tout d'un ixrnp, sans causer peut-être la m.oindrê sensation dans les proTÏnces intérieures. Les grands négociants chinois des ports
(I) Revtie de* Deu» Monde* , I' eeplembre 1641, pu H. Jarlendela CrsTiéra, dont les oombreui et intéreuaDls ouvrages sont une preuve qu'on pent être en mfime temps un Illustre mtnin et un écrlTaln dit-
COAPITRI IT. 151
ouverts aux Européens s'en Tessentiraîeut ; mais il est probable que la natioD chinoise ne s'aperceTrait même pas de cette interruption. Le prix du tbé et de la soie diminuerait, et celui de l'opium augment^^l, mais seulement pour peu de temps ; car les Chinois se mettraient aussitôt à en fabriquer en abondance. La marche des affaires ne se trouTeraif nullement gênée, parce que, conmie l'a très-bien remarqué le capitaine Jurien delà Graviére, « la Chine a- besoin de vendre, uoa « d'acheter. » Ses riches et fertiles provinces lui fournissent tout ce qu'^ lui faut ; elle a chez eHe le nécessaire et l'utile, et les Européens ne peuvent lui fournir que dès objets de luxe et de fantaisie. Les cotonnades qu'on lui apporte, quelque énorme qu'en paraisse la quantité, ne sauraient être, en réalité, que d'une faible ressource pour l'immense' cwisommation de plus, de trois cents millions d'hommes.
Si donc le gouvemeAient chinois n'a jamais, à aucune époque, fovorisé' le commerce avec les Européens ; si, au contraire, il a -toujours cherché à le paralyser à l'écraser même, c'est parce qu'il l'a toujours considéré ccHiune nuisible aux véritables intérêts du pajs. La commerce, selon les Chinois, ne peut être utile à l'empire qu'autant qu'en cédant des choses superflues, on en acquiert de nécessaires ou d'utiles. Ce principe admis, ils en concluent que le commerce des éti-angers, diminuant la qi^ntilé usuelle des soies, des thés, des porcelaines, et occasionnant l'augmentation de leur prix dans- toutes les provinces, est véritablement désavantageux à l'empire ; aussi le gonvemement s'est-il tou* jmirs appliqué à l'entraver. Les objets de luxe, les pré^
ISS LBWmi CBIKCHI.
cieuses bt^t^e* qu'apportent les navires ne lui ont jamais fait illosion ; ils ne recherchent que le commerce avec les Tarlares ^et les Russes, qui founiit des pelleteries et des cuirs dont on a besoin d^ns toutes les proTiuces, et qui se fait par des échanges.
Les Chinois n'ont pas tout à fait les mêmes idées que les Européens sur le commerce. Voici comment s'exprimait, il y a plus de deux mille ans, Kouan-lse, célèbre écooomisie du Céleste Empire : « L'aient qui entre « par le commerce n'enricbit un royaume qu'autan^ 0. qu'il sa sort par le commeree. 11 n'y a de ««nnlerce « longtemps avantageux que celui des échanges on « nécessaires ou utiles. Le commerce des objets de « faste, de délicatesse et de curiosité, soit qu'il se fasse « par édianges ou par achats, sni^H»e le luxe. Or, le « hixe, qui est l'aboodance du superflu chez certains « citoyens, suppose le manque du nécessaire chei «. beaucoup .d'autres. Plus les riches mettent de cbeu Taux à leurs chars, plus il y a de gras qui vont à « pied ; plus leurs maisons sont vastes et magnifiques, a plus celles des pauvres sont petites et misérables; plus « leur table est couverte de mets, plus il y a de gens a quisont réduits uniquement à leur riz. Ce que les « hommes en société peuvent fùre de mieux à force « d'industrie et de travail, d'économie et de sagesse, a dans un royaume bien peuplé, c'est d'avoir tous le « nécessùre, et de procurer le commode à quelqucs- «' uns. »
D'après ces idées, qui sont cellesde l'admimstration chinoise, il est facile de {w^oirque les produits européens n'obtimdront jaraais un grand écoukOient dans
le Céleste Em{Hre ; et cet état de chose» dorera tant qae les Chiaois voudront rester ce qu'ils soat, sans modifier leurs goûts et leurs habitudes. Le commerce extérieur D'ayant à leur offrir aucun objet de première nécessité, pas même d'une utilité réelle, ils s'intéresseront fort peu à son extension, ils le verront s'arrêter non-seulement sans inquiétude, ma» encore avec un certain sentiment de satisfaction.
11 n'en serait ceFtainement pas ainsi du côté des An-, glois ; une interruption totale du commerce avec la Chine serait pour l'Angleterre un événement désastreux. La vie et te mouvement de cette puissance colossale se trouveraientausBÏtôt paralysés dans les Iodes; des extrémités, le mal gagoerait rapidement le cœur, et l'fm ne tKrderait pas à apercevoir dans la métropole les sympt^nes d'une maladie peut-être mortelle. La source la plus féconde de la richesse et de la force de la Graude- Bret^ne se trouve dans ses colonies de l'Inde, et c'est surtout par la Ghioe qu'elle s'alimente. Les Anglais le savent bien ; aussi, les a-t-on vus, dans ces dernières années, prendre bravement la résolution d'endurer avec patience et résignation toutes les avanies du gonvemement chinois, plutôt que. d'en venir à une nouvelle raptare et d'arrêter ce grand mouvement commercial, qui est une des principales sources de la prospérité des lades.
Une raison excellente pour laquelle la Chine aime médiocrement à faire le négoce avec les étrangers, c'est que son commerce intérieur est immense. EUe.y emploie des bâtiments de toute grandeur, qui sillonnent continuellement les rivières et les canaux dtmt l'empire est
IM l'bmpiu chihois.
arrosé dans tonte bod étendue. H «Huiste principalement en échange de grainB, Kts, métaux et autres productions naturelles et artificielles des difiëreutee pro- -rinces. La Chine est an pays si vaste, si riche et si Tuié, que le trafic intérieur suffit surabondamment pour occuper la partie de la nation qui peut se Urrer aux opératiMiB mercantiles. Il y a, dans toutes les TÎlles importantes de grandes maisons de commerce qui sont comme les réservoirs ou rieaaent se décharger les marchandises de toutes les provinces. De fous les points de l'empire on accourt s'approrisionner dans ces vastes entrepôts. Aussi remarque^t-on, de toutes parts, un mouvement, une activité fiévreuse, qu'on ne trouverait pas dans nos plus importantes villes d'Europe. Les voies de communication, quoique souvent très-peu conforta- Ues, ^nt sans cesse encombrées de marchandises qu'on «mporte sur des barques, des chariots, des brouettes, à dos d'hommes et de bètes de somme.
Le gouvernement fait lui-même le commerce^ en conservant, dans des greniers affectés aux divers chefslieux, l'excédant des grains qu'il reçoit en impôt, et les vendante ses sujets dans les temps de disette. Une partie des nombreuses maisons de prfils sur gages qui existent eu Chine appartient aussi au gouvernement. Le taux d'intérêt est, par mois, deux pour cent pour les dépôts d'habillements et trois pour cent pour les dépôts de bijoaz et objets métalliques. Le taux légal de l'at^nt «été fixé à trente pour cent pat an, et, comme ceft inté* rét se paye par lune ou mois lunaire, c'est trois pour cent par mois, la sixième, la douzième lune et la lune intercalaire, quand il y ena, ne portant point d'intérêt.
Gupmi n. IBS
On sera peiit-4ti;e curieux de savoir quel bat s'est [vopceé le gouTeroement chinois, en- portaul si haut l'intérêt de l'argent, et de coDuatlre . la manière dont OD envisi^e, clans.ce singulier pajs, les quêtions d'éconoinie politique et sodale. Selon Tchao-yng, écrivain distingué du Céleste Empire, l'État a voulu empêcher que la valeur des biens-fonds n'augmentât et que celle del'i^^ntnediininu&t par la médiocrité de l'intérêt En le portant à un taux considérable, il a essayé de rendre la distribution des. hiens-fonds .proportionnelle an nombre des familles et la circulation de l'argot plus activeet plus uniforme.
«U est évident,, dit,!' écrivain chinois, que l'ai^;ent « étant.au-dessQus des, biens-fonds, parce qu'il est plus « casuel. en lui-même et dans les revenus, la même «valeur en biens-fonds sera toujours préférée à celle a qui est en argent. Il est évident encore que, pour nç « pas courir le risque du casuel de l'argent, on aimera a mîejiT posséder une moindre valeur en biens-fonds « avec plue de sécurité. GeUe moindre valeur est pro- « pMiionnée aux risqueis de l'argent et de ses profits. ' « Plus l'intérêt d& l'argent est élevé, plus U faut de a biens-fonds, tous les risques compensés, pouréquivar « ktir à l'argent, comme il faut plus d'arpents de mau- « vûse terre pour équivaloir à une terre excdleotë et « fertile. Or,, plus il faut de biens-fonds pour équiveloirà c l'aient, {Jus il est aisé aux pauvres citoyens de con- « server ceux qu'ils ont et d'^n acquérir même une eerv ctaine quantité, puisque cela ne suppose pas la ri- «chesse; plus, par la même raison, les partages sont «ladles dans les famiUes etavantageux à l'État pour les
ISS L'nmM cmmu.
« terres que le gouTernement a eues surtout en vue. « Pourquoi cela? C'est que les fonds en terre produisent « toujours plus à ceui qui les foot valoir eux-mêmes, « et que les riches, qui eu possèdent, plus qu'ils n'en « peuvent cultiver^ perdent pour l'État, en les n^i- « géant, ou pour eux, en les donnant à d'autres, ce que a gagnent ceux qui les cultivent eux-mêmes ; perte « certaine et inévitable, perte, dans le demis' cas, à «' laquelle il faut ajouter les risques de la rëoite et le «casuel du payement; perte, par conséquent , qui, « étact a^^ravée parlés risques, leur rend l'achatdes « terres moins avantageux qu'aux pauvres, et doit autant « le faciliter aux derniers qu'elle doit en dégoûter les a premiers. »
Après avoir prouvé par l'expérience que les possessions territorides du peuple ont augmenté.à proporUon que l'intérêt de l'argent a été porté plus haut-, Tchao-yng conclut ainsi : a Le grand bien qu'a, cherché et qu'a « produit la loi de l'intérêt à trente pour cent, c'est que c les cultivateurs, qui sont la portion la plus- nombreuse, a la plus utile, la plus morale et la plus laborieuse « des citoyens, peuvent posséder assez de biens-fonds o en terre pour avoir dô quoi vivre sans être riches, e. et ne sont plus les malbenreui esclaves des rentiers, « des citoyens pécunieux, qui engraissent leur oisive « inutilité du fruit des travaux de loes infortunés. »
Tchao-yng essaye de prouver' ensuite que le taux de trente pour cent étant la moyenne entre le revenu des bonnes terres et lés profits du:coninierce'en gros, c'est celui précisément qu'il fallût déterminer poUr aiguillonner le commerce et faire circuler l'aident oisif. « Qui
« a cleboimesterrea,dit-il, ne les laissera pas «i friche, «parce qn*BnioiDS d'être insensé, il ne voudrait pas se c priver, en pure perte, des moissons dont, chaque an- «née, elles peuvent remplir ses greniers. Qui a des « fonds en argent serait aussi insensé s'il les laissait « chômer dans ses coffres ; car, s'il y a plus de danger « à les placer qu'à cultiver des terres et à tes n^etbe .en a valpar,ily aaussides profits plus considérables. Tout « le ,m(mde convient que l'ai^ni ne reste jamais en « caisse chez les négociants, parce que l'appât puissant « du gain l'en fait sortir sans cËsse. La loi de trente « pour cent étant établie, le même appât doit prodaîr«
■ le même effet chez tous ceui qui en ont ; aussi voyons-
• nous que, depuis que l'intérêt de l'argent a été porté « si haut, personne n'a plus songé à en faire des amas, « et la circulation en a été plus générale, plus vive, plus « continuelle. t>
Va autre économiste, nommé Tsien-tche, soutient que l'intérêt légal de trente^pour cent a pour but de faciliter le coromeree. On va voir que les Chincns sont tout, aussi avancés que nous dans l'art de faire des formules.
a Une société bien organisée, dit Tsien-tche, serait « Cfme où, chacun travaillant selon ses forces, son ta-
• lent et les besoins publics, tous les biens seraient ton-
■ joara partagés dans une proportion qui en fit jooir « tout le monde k la fois.
« L'État le pins liche serait celui où peu de travail « mettrait les productions de la nature et de l'art dans
■ une abondance supérieure, en tout temps, au nom- < 1»% et aux besoins dés habitants. La richesse a néces- « aairement une relation avec les besoins.
tS8 LKMPniR CBEtOlB.
« L'empire était plus riche avec inoios de biens, «sons les premières dynaslies, parce qu'on moindre c travail produisait plus par rapport au nombre des c habitants.
' t La population de l'empire est telle aujourd'hui, que « rintérètpressant de^ besoioscommuns demande qu'on « tire de la fertilité de la terre et de l'indostrie de « l'homme tout ce qu'on peut en tîi"er. Pour y réussir, il a faut ciilliTcr dans chaque endroit ce qui y vient le mieux, « et travailler les matériaux où on les trouve. Le 8ur>- « abondant des C(S)sOmmalions locales devient on secours « pour les autres endroits, et c'est au commerce à l'y «porter. ■
« La nécessité du commerce dans l'empire est ^ale à « la nécessité des échanges, et l'utilité du commerce î «it leur utilité ; c'est-à-dire qu'il est d'une nécessité absb- « lue et d'une utilité universelle et continuelle. ' a. 11 faut distinguer dans le commerce les choses et « les lieux; Sa totalité embrasse, dans les productions «delà nature et de l'art, le nécessaire, l'utile, le com- « mode, l'agréable et le superflu. H y a un commerce i de familles à familles, dans le même endroit ; an coma merce dé village à village, de Ville k villej de pro- « vince à province, et il est facile, continuel, universel^ « à cause de la prosimité ; un commerce, enfin, de la « capitale avec les provinces et des provinces entre elles « quelque éloignées qu'elles soient les imes des antres.
a Si tous les biens de l'empire appartenaient à l'État, « et que l'État-fût char^ de faire le partage, il faudrait « uécessairement qu'il se chai^eàt des écbai^^ que faif a le commerce en portant la surabondance d'un endroit
CfllPITIl [T. 199
« daDS l'autre, et^ dans ce cas, il assigoerait dee appoina tements à ceux qu'il chai^rait de ce soin, cotnme « il en donne aui magistrats, aux gens de guerre, etc.
■ Ce soin, qui n'a rien que de nobleetdegrand, pub» « qu'il se rapporte directement à la félicité publiqae; « deriendhitt honorable. '
<( Les commerçants se chargent, à leurs risques et A périls, de rendre cet important service à la société. La « proportion et la correspondance des- échanges en f produits ne seraient évidemment ni assez commodes^ « ni assez uniformes, ni assez constantes, pour subvepir taux -besoins si variés, si continuels, de \a société.
■ L'aient, comme signe et équivalent d'une valeur « fixe et reconnue, 7 supplée d'autant plus aisémebt; « qu'il se prête avec plus de facilité et de promptitude f à foutes les proportions, divisions et correspondances
■ des échangés. L'aient est donc le ressort et' le feN « ment du commerce ; le commerce ne peut donc être <t florissant qu'autant que la circulation de l'aient facia lile, augmente, hâte et perpétue la multitude des «échanges.
■ « L'équilibre antique de la répartition proportiou- « nelle des biens ajant été rompu, il est évident qu'il « y a un grand nombre de citoyens demi la dépense «st « moindre que la recette, et qui, pat conséquent, peu- « vent mettre de l'argent en réserve, ou du moins, a n'être pas pressés d'en faire usage. Il n'est pas moins «I évident, que, le gouvernement veillant à ce que la: « totalité de l'ai^ut qui circule dans l'empire soit pro* «portionnée à la valenretàla quantité des-écbanges tinnombraUes du. com£aerce,i'ai^eut qu'on enlèvei
KO l'smpiu raniois.
« cette circulation par d«s réserves diminue ia facilité, « l'uniformité et la continuité des échanges en propw- « tien de sa quantité. Donc, tout ce qui tend à le faiie «rentrer dans la circulation et à l'y conserver -est au « profit du commerce. La loi le fait autant qu''elle le « peut en mettaùt dans le cas d'une fim grande dépense «ceux à qui l'État . donne plus ; la bienséance et les «c mœurs générales le font aussi pour les autres, jn»- « qu'à iin certain point : cela ne suffît pas. Le haut « intérêt de l'aident y supplée en assurant des profits « qui amorcent et séduisent la cupidité. S'il en est qui «résistent à on appât si attrayant, c'est une nouvelle « preuve qu'un moindre intérêt eût encore moms fait s sortir d'argent et eût privé le commerce de beaucoup « de fonds.
« Comme le besoin d'argent dans te commerce est « toujours un peu pressant et universel, à cause de son « immen^té et de ses divisions et ramifications infinies, « les plus petites sommes y trouvent place et y sont « poussées par la séduction des profils, séduction d'au- « tant plus efficace pour le laboiu«ur et l'artîsaD^ que « la moindre perle attaque son bieo-étre, et que, s'il « confie de l'ârgait au commerce, il le retire quand « il veut.
« Les négociants et les manthands, eussent-ils des « foads suffisants pour se passer du secours des em- « prunts, ce qui est impossible à cause de l'in^ialité « des fortunes et de la proportion de l'aient qui ctréule « avec la valeur des échanges dans tout l'empire, les « négociants, dis-je, et les marchands pussent-ils se « passer du ]B«cours continuel des emprunts, il serait de
CBAFIIVI IT. 161
« t'iatérél du commerce qa'ila en fisseat et qa'ils les <t renàbseiit lucratifs pour intéresser le public à ses « succès. Si 1*90 veille partout avec tant de soin à la « facilité, à ]a commodité et à la . sûreté des transports c par terre et par eau ; si toutes les affaires qui concér» « Dent le commerce dans les ventes, achats et expédi- « tiens, sont terminées avec tant de cél^ité et de bonne a fiù ; si les privilèges des foires et des man^iés sont «conservée, si scrupuleusement ; si h pcdice qu'on 7 « garde est. si attentive et si douce; si les malversations « et les :tjranciies des douanes sont punies avec tant d'é' a clat, c'est que presque, tout le m^nde a des fonds dans c ]e commerce on s'intéresse à ceiix qui en ont. Le gou- « vernemcnt ne peut qu'exiger les secours qui lui sont a 'dus et qu'il importe aux citoyens de lui procurer; « le haut intérêt de l'aident les procure infailliblement. «I C'est un grand coup d'État que la loi de trente pour X cent. » '
L'économiste T«iea-tcfae réfute ensuite les' advei^ saires de la loi de trente pour cent. • — « Les anciens ne a toléraient.qup de petits intérêts, dit Leaug-tsien ; cea. lui de trente pour cent est une injustice et une oppresm sicm publique.. Oa ne peat pas imaginer d'usure plus « criante. -—-Nous pourrions nous contenter de Fépou- «dre: l°Que le^fait aUégué est au moins douteux, « puisqu'il ne faut qu'Ouvrir les anciens auteurs, et « même les livres sacrés, pour voir que les profits du « commerce étaient prodigieux, sous la' belle et célèbre c dynastie des Tcheou, et il n'est pas nahirel de peoser « que les commerçants, travaillassent sur leurs fonds, a. ni que ceux qui leur prêtaient ne voulussent pespar-
16S L'nmiK CBHOis.
« tager les béoéfices qu'on' faisait avec leur argent ; « tout ce qu'on peut dire de plus, c'est que les gros a intérêts n'étaient pas antorisés par la. loi. Du reste, «comme on .ne trouve pas qu'ils fussent prohibés, il K faudrait examiner si ce que nous avons perdu de ces « lois était ou la condamnation ou l'apologie de l'inté- « rét. 2* Que toutes les proportions ont changé par les « accroissement? de la population. Un père doit autre- « ment gouverner sa famille, lorsqu'il a douze enfants, « que lorsqu'il n'en avait que trois ou quaU«. 3" Qu'il « est terrible d'accuser d'injustice et -d'oppression usu- « raire une loi que le zèle du public a dictée, qui a été « reçue avec actions de grâces dans tout l'empire, qui « était gén^^le et au {vofit de tout le monde, qui, ne f ai- « sant que permettre, ne gène personne, qui date main- « tenant de pluûeurs siècles, et qui répond à toutes les a objections par l'état actuel de l'empire et du commerce. « Une boutique sur la grande rue qui aboutit à la a. première entrée du palais impéria.1, se loue le quadm- « pie de ce qu'elle se louerait, si elle était dans un quar^ A tier ordinaire et médiocrement fréquenté. Pourqucn « cette augmentation de loyer? Pourquoi cette dispro- « portion entre deux maisons dont la valeur réelle « est la même,' n'ayant pas plus coûté à b£tir l'une «que l'autre? C'est que, bien qu'il ne tienne qu'à « moi de profiter de l'avant^ du commerce que < in*oCh« sa position, je cède mon droit au marchand, à a condition qu'il m'en dédommagera, en. augmentant le « loyer à proportion du praBt qu'elle lui procurera et « que je lui cède. U en est de même de l'argent qu'on € prête aux oégodants.
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« Le commerce a ses révolntîfflifl, ses accidents, ses te fautes, ses pertes et ses manquements de bonne foi, 6 dont le Tésidtat général réduit la totalité du fonds « qu'on lui confie à un intérêt qui ne passe guère que « de quatre ou cinq pour cent le revenu ordinaire des a bonnes terres. Est-ce trop d'un par^ avantage pour « lui assurer les prêts dont il a besoin et pour dédom- « mager ceux qui lui remettent leur argent des risques « qu'ils courent ? La multitude gagne toujoure dans les « prêts faits au commerce ^ mais il y a toujours beau- « coup de particuliers qui y perdent ou l'iatérêt ou le cajHa lai. Le Qui et le reQux des pertes et de& gains-doit entrer « nécessairement dans la balance du taux de l'intérti de «l'argent ; on doit même y avoir d'autant plus d'égard, « que, soit à raison de la population, soit à raison de ta a cODstitutioa intime du gouvernemental de l'adminisa. tration- publique, la majeure partie des fondsda com* « merce doivent être des emprunts.
« L'État n'a mis aucun autre impôt- sur le comdierce « que celui des douanes ; le négociant et le marchand, <t quelque riches qu'ils soient, quelques dépenses que K fasse l'Etat pour la facilité et l'utilité du commerce a dont ils recueillent les plus doux fruits, ne donnent « rien à l'Etat pour ces charges. Cette politique est très- « sage et très^uîtable, parce que le négociant et le « marchand, tirant leurs revenus du public par tes bé- « néfices du commerce, ils lui feraient payer les impôts « qu'on leur demanderait ; il se trouverait par là qne « l'État n'aurait fait que s créer receveurs de ces im- « pots ; si cependant les besoins de l'État exigeaient qu'il « leur demandât un impôt, comme les coosommations
164 LMfPI
« sont conunaneg à toos les ordres de l'Etat et propor- « tioDuées aux fortunes dès particulters, il est évident « que ce serait l'imp6t dont la répartitioa serait la plus « équitable et la moins à cfati^ aux pauvres ; loat le « inonde y applaudirait. Donc dos lettrés, qui ont crié « contre l'intérêt à bente pour cent, n'entendent ri^ c en fait d'administration politique ; changeons les « noms, et tout cela sera démontré. A qoM monte l'exc cédant des int^^ qu'on tire aujourd'hui dans tout « l'empire, sur ce qu'on en tirait sous la dynastie des € Tang, il y a neuf siècles 7 Supposons dix millions < d'onces d'argent ; qui trouverait mauvais que l'État « les exigeât en sus des impôts ordinaires pour BnhTmir « aux besoins du commerce intérieur de l'empire 1 Eh c bien '. la déclaration qui a porté à trente pourcent l'in- « térét de l'aient est un édit qui crée cet impôt, et l'État «le cède à ceux qui prêtent aux comm^i^aute, ouà « ceux qui sont dans le cas de prêter à leurs concîs toyens. Cest sur les profits du commerce, c'est snr le « public, que cet impôt est levé, et de la manière ta pins « avantageuse, puisqu'on ne te paye qu'à proportion de K ses consommations ; tout ce qu'il y a de particulier à a cei impôt, c'est que l'État le cède au public, sans h c ùiire passer par le trésor de l'empiré, et sans 'être « obligé de l'augmenter des frais de la recette. Tchang- (c sin a dit, à cette occasion : Un impôt pallié est un « glaive dans le fourreau, le fourreau s'use et le glmve « blesse. Ce raisoaaement prouve qu'on peut être un «trè»~habile lettré, et même un bon magistrat, sans « avoir la tête assez forte pour s^ir les affaires d'État. < En quoi le haut intérêt fixé par la loi étaid-il l'uti-
CBAPETBB tr. 168
« lité da commove ? En ce qu'il ai ouvre la carrière à « çeiu qui ont du taleol pour le faire, et le rend oéceft* « sairement plus réparti et p]us divisé. Le génie du com- « meree est un génie à part, comme celui des lettres, du a gouTernemeni, de la guerre et des arts ; peut^tre même « pourrait-on dire qu'il embrasse, à certains égards, tou- « tes tes espèces de génie. Or, le gûiie du commerce est « perdu pour iVmpire dans tous ceux quisont à portée de i suivre une autre carrière ; reste donc à le mettre en « CBurre d&ns ceux dont le cotnmerce est l'unique res- < source. Quoique le commerce soit infiniment nécessaire « à l'État, l'administration, qui fait tant de dépenses pour « faciliter les études et former par là deâ sujets propres « aux affaires, ne fait rien pour ceux qui ont le génie du «commerce, pour les aider à le déployer ; le haut in- « térèt de l'argent supplée à cette espèce d'oubli ; quel- « que pauvre que soit un jeune homme, s'U a de la con- « duite.et du talent, il trouvera à emprunter ass^ pour « faire des tentatives ; dès qu'elles réussissent, toutes ifls « bourses e*ouTrent pour lui, et l'intérêt donne à l'em-' a pire nn ciloy«i utile qui aurait été perdu s'il ne lui a eût tendu une main secourable. Or, dès qu'on peut « entrer dans le commerce, sans avoir de fonds & soi, le « commerce doit être nécessairement très-divisé et tel, a par conséquent, que le demande l'état actuel de la « populatioD.
« Un homme, quel qu'il soit, n'a qu'une certaine • mesure de temps et de forces à employer ; si le com-^ « merce dont il est chargé eu demande plus, il faut « qu'il appelle du secours, c'estÀ-dire qu'il achète des «services; ils lui coûtent peu pour l'ordinaire,' et il
166 l'bmpirb chinois.
« tftche d'eD retirer beaucoup ; ce qu'il gagne sur eux « le dispense peu à peu de travailler lui-même, et le « public est chargé du fardeau de son oisiveté. On de- « mandait à So-liug pourquoi it avait Tait prêter vingt « mille onces d'argent, sur le Trésor public, à douze a petits marchands. — C'est, i^poadit-il, afin que le « publicne paye plus les festins, les spectacles, les Ternis, « les concubines et les esclaves de celui qui a envahi « le commerce des soieries. La rivalité des venles oblige € les marchands à lutter d'industrie et de travail, c'est-à- « dire à rançonner moins le public. »
Nous -pensons qu'il serait superflu d'avertir le lecteur qne, en donnant ces citations, peut-être un peu trop longues, des économistes chinois, nous n'entendons nullement approuver leur doctrine. Ces questions épineuses et ardues sont tropau-dessus de nos connaissances pour qu'il nous soit permis de nous en établir le ji^ ; nous avons voulu seulement faire connaitre la trempe d'esprit des Chinois. On est si communément habitué à les apprécier d'après les dessins des paravents et des éventails, et à ne voir en eux que des magots plus ou moins civilbés, que nous avons été bien aise de montrer de quelle manière ils savent traiter les matières de haute pcrfitique et d'économie sociale.
Afin de faciliter ces opérations commerciales, les Chinois ont inventé des sociétés pécuniaires, répandues dans tout l'empire, et dont le but principal est d'éviter le fardeau des dettes fixes et qui pot-tent intérêt. Les membres de ces sociétés conviennent entre eux d'une certaine somme, que chacun versera le premier jour de dhaque mois ; ce jour même, la totalité des sommes se
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tire au sort ; on cootione ainsi chaque mois, jusqu'à ce que chacun ait eu le toi. Comme les deniîers 'Seraient bvp mal partagés et auraient fait inutilement toutes tes avances sans en retire^ aucun avantage, chaque mois le lot augmente d'un petit intérêt pajé par ceux qui en ont déjà profité.
L'avantage de ces sociétés consiste à procurer tout d'un coup une somme considérable qu'on ne paye qu'en détail. Gomme le gouvernement ne se mêle en aueane ■nanlère de ces sociétés privées, leurs règles varient au gré de ceux qui les composent. 11 y a cependant deux ConditioDS qui paraissent invariables et admises dans toutes les provinces ; la première, c'est que le fondateur de la société a toujours le premier lot; la seconde, c'est que tout associé qui manqué une fois à fournir sa quote part perd toutes àes avances au profit du- chef de la loterie, lequel répond pour tout le monde ; mais ces cas arrivent très-rarement. Tous les membres se font un si grand point d'honneur d'être fidèles à ces sortes d'engagements, qu'on ne ponrrak y manquer sans se couvrir de honte et devenir, pour ses concitoyens, un objet de mépris. Lorsque quelqu'un se trouve pressé d'argent, il obtint facilenjent qu'on lui cède le lot, et, s'il ne peut pins continuer, il abandonne ses avances à un autre, qui répond pour lui. Ces sociétés sont tellement à la mode, que presque tous les Chinois en font partie ; les cultivateurs, les artisans, les petits marchands, tout le monde se réunit aindi par groupes et met ses ressources en commun. Le Chinois ne vit jamais danâ l'isolement ; mais c'est surtout dans les afiîûres d'intérêt et de commerce que wo esprit d'assodatitMi est remarquable.
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I8S L nrpim cfinrois.
L'immense population de la Chine, la ricbesse de son sol et la variété de ses praduits, la vaste étendue de sod territoire et la facilité des communications par terre et pareau, ractivité de ses habitante, les loia, les mœurs publiques, tout semble se réunir pour rendre cette natirai la plus commerçante du monde. De quelque côté qu'un étranger pénètre en Chine, quel que soit le point qn'oa visite, ce qui frappe avant tout, ce qui saisit d'étonné-. ment, c'est l'^tation prodigieuse de ce peuple, que k soif du gain, que le besoin du trafic tourmentent sans cesse. Du nord au midi, d'orient en occident, c'est comme un marché perpétuel, une foire qui dure toute l'anal sans interruption.
Et cependant, quand «m n'a pas pénétré jusqu'au c^tre de l'empire, quand on n'a pas vu ces trois grandes villes, Han-yang, Ou-tchang-fou et Han-keou, placées en face l'une de l'autre, il est impossible de sa former une idée esacte de l'activitéet de l'immensité de ce com^ merce intérieur. C'est surtout Han-keou, a la boocbe des entrepôts, » qu'il faut visiter ; tout y estboutique et magasin ; chaque produit a sa rue ou son quartier, qui lui est spécialement aCffîcté. De toutes parts on rencontre toujours une si grande affluence de piét(H]s, les masses sont tellement compactes et pressées, qu'on a toutes les peines du monde à se frayer un passage. Presque toutes les rues sont continuellemeat «illonoées par de longues files de portefaix, qui s'en vont au pas gjmnastique et en poussantun cri monotome et cadencé dont le son aigu domine les sourdes runaeurs de la multitude. Au mitieit de ce vaste tourbillonnement d'hommes, on remarque pourtant assez d'ordre et de tranquillité ; il 7 a peu do
querelles et de batailles, quoique la police soit loin d'être aussi nombreuse que dans nos villes d'Europe. Les Cbinois sont toujours retenus pu* on instinct salutaire, la crainte de se compromettre ;'ils s'ameutent volontiers, ikyocifèrent beaucoup; mais, après cela, la circulation re[H«nd son coara ordisaire.
En voyant les rues sans cesse encomlvées de monde, on serait assez porté à croire que tous les habitants de la ville sont en course et que les maisons sont vides. Mais qu'on jette un coup d'oeil dans les magasins ; ilSi sont toujours remplis de vendeurs et d'acheteurs. Les fabriques et les manufactures renfËrment^ en outre, xm nombre considérable d'ouvrietset d'artisans, et, si l'on q*oute àces mgltitudes les femmes^ les vieillards et les enfants, on ne sera nullement surpris qu'on élève à buit millions la population de Han-keou, de Uan-jang et de Ou-tchang-fou. Nous ne savons pas si I'chi ocunpre&d dans ce chiffre les habitants des barques. Le grand port de Han-keou est bien littéralement une immense forêt de mâts de navires ; on est saisi d'étonoemenl en voyant^' an mili^ de la Chine, des b&timents en si grand nombre et d'une telle dimension.
Noas avons dit que' Han-keou est, en quelque sorte, l'entrepôt, général des dix-huit provinces ; c'est là, en effet, qu'arrivent et c'est de là que partent les marchandises qui alimentent tout le commerce intérieur. Il n'est' pas, peut-être, au monde, de ville située plus favorablement et entourée par la nature de plus grands avanlage». Haoée au centct de l'empire, elle est, en quelque sorte,' entourée par le fleuve Bleu, qui la met en communica-' tion directe avec les proiitaées de l'est et de l'ouest. Ce
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même fleuve, décriTaot deux courbures à droite et à gauche, quand il s'éloigne -de Han-keou, conduit les grandes jonques du commerce vers le sud jusqu'au sein des lacs Pou-yang et Thoung-ting, qui sont comme deux mers intérieures. Une inSuité de rivières, qui se jettent dans ces lacs, peuvent recevoir, sur de plus petites barques, les marchandises venues de Hao-keou, et les répandre dans toutes les provinces du midi. Vers le nord, les Q>mlnuDÎcatioDS uaturelles sont moins faciles ; mais de gigantesques et ingénieux travaux sont venus y suppléer. Nous voulons parier de ces nombreux canaux ar1;tficids dont le nord de la Chine est entrecoupé, et qui, par de merveilleuses et savantes combinaisons, font correspondre entre eux tous les lacs et tous les fleuves navigables de l'empire, de sorte qu'il serait facile à quelqu'un de voyager dans toutes les provinces, sans jamais descendre de sa barque.
On voit dans les Annales de la Chine qu^ toutes les Cloques chaque dynastie s'est occupée avec le plus grand intérêt de la canalisation de l'empire ; mais rien n'est CtHnparable à ce qui fut exécuté par l'empereur Yang-tî, deladynastie des Tsin, qui monta siir le trône l'an 605 de l'ère chrétienne. La première année de son règne, il s'occupa à faire oreuser de nouveaux canaux ou agrandir les ancieDS, pour que les barques pus^eut aller du Hoangho au Yang-tse-kiang, et de oes deux grands fbuves danslefi prindpides rivières. Un savant, nommé Siaohoai, lui présenta un plan pour rendre toutes les rivières navigables dans tout leur cours, et les faire communiquer les upe« avec les autres par des canaux d'une nouvelle invention. Son projet fut adopté et exécuté, de mani^
qu'en fit, reât et répara plus de mille six crats lieues de canaux. Cette grande entreprise exigea dea travatix immenses, qui furent partagés entre les soldats et le peuple des villes et des campagnes. Chaque famille derait fonniir un homme ftgé de plus de quinze ans et de moins . dé cinquante, à qui le gouvernement ne donnait que la nourriture. Les soldats, qui avaient eu en pwtageletravailleplus pénible, recevaient une augmentation de paye. Quelques-uns de ces canaux furent revêtus de pierres de taille dans toute leur longueur. Pendant nos voyages nous en avons vu des restes qui attestent encore la beauté'de ces ouvrages. Celui qui allait de la cour du nord à celle du midi {i ) avait quarante pas dé large; et, sur les deux borde, il yavaitdesplantatioasen Mmeaux et en saules. Celui qui allait de la cour d'orieut il celle d'occident étut moins magnifique, mais bordé paiement d'une double rangée d'arbres. Les historiens diinois ont flétri la mémoire de l'empereur Yang-ti, qui, pendant son' règne, n'a cessé d'écraser le peuple de corvées, pour satisfaire son goût effréné du luxe et du fiute. Us reconnaissent cependant qu'il a lùeo mérité de tout l'empire, par l'utilité que le commerce intérieur a retirée de ses oaoauxt
Les richesses^ la Chine, son système de canalisatioD, tontes les causes que nous avons déjà assignée, ont, sam doute, beaucoup contribué à développer dans le pays cette prodigieuse activité commerciale qu'on y a remarquée à toutes les époques ; mais il faut convenir aussi qoe le caractère, le génie de ses habitants, les porte na-
(1) A cette époque, Il ; evilt qnatre coora impértatea.
turellemènt au trafic. Le Chinois est capide et passionné à l'excès pour le lucre; il aime l'agiotage, les spéculations, et son esprit, plein de ruse et de finesse^ se pldt infiniment à calculer, à combinerles chances d'une opération commerciale ; le Cbiaois par excellence est an homme installé dn matin au soir derrière le comptoir d'une boutique, attendant sa pratique avec patience et résignation, et dans les intervalles de la vente, réunissEuit dans sa tête et supputant sur les boules de sa tablette de mathématiques les moyens d'accroître 8afortune;qudleS' qaesoient la nature et l'importance de son commerce, il ne néglige aucun bénéfice ; le plus.petit gain sera ton-' jours le bien venu, 11.1' accueillera avec empressemeat;. sa jouissance la plus grande, C'est, le soir, après avoir bien fermé et barricadé son magasin, de se retirer dans' nù recoin de sa maison , et là de compter reli^eusement s^s sapèques et d'apprécier la recette de la journée. -
Le Chinois apporte en naissant ce goût du commerce' et du trafic, qui grandit et se développe avec lui ; c'est sa nature et son instinct. Le premier objet pourleqnei an enfant se sent de l'attrait, c'est la sapèque ; le premio', usage qu'il fait de la parole et de l'intelligence, c'est d'apprendre et d'articuler la numération; lorsque ses doigts sont assez forts pour tenir le pinceau, ce sont des chiffres qu'il s'amuse à dessiner ; enfin, aussitôt que ce' petit être sait parler et marcher, le voilà capable de> vendre et d'acheter. En Chine on ne doit pas craindre d'envoyer un enfant faire une emplette quelcooqne, oq peut être assuré qu'il ne se laissera pas tittmper. Les< jeux mêmes auxquels se livrent les petits Chinois sont toujours impré^iés de cet esprit de mercantUisme ; ils
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s'amusent à tenir boutique, àouTrirdesmonts-de-piété, '. ei.ils se familiariieiit ainsi au jargon, aux ruses et aux sttbtilitrâ des marchands. Leurs connaissances surtout 'Ceqoir^iarde le commerce sont si précoces et si positives, qo'cHi ne fait pasde dignité de les mettre dans les Gonfidaices lesplue importantes, et de leur donner à traiter des afiaires sérieuses à- un fige où les enfants ne •aoat ordinaîremoit préoccupés que d'amusements et de .bagakfles.
Les habitants d« Céleste Empire ont la réputation bien inéritée d'être astocîeiuel rasés, et l'on comprend^qu'an -td caractère doit surtout jouer un très-grand rôle dans le commerce. U se feraitdes volumes sur les friponneries ' pins ou moins ingénieuses et audacietases des marchands lAintns; l'habitude est» générale, la mode si univer- <fleUe, qu'on ne s'en choque pas; c'est tout simplement de l'habileté etdu savoir-faire; un marchand-est tout glorieux lorsqu'il peut raconter les petits succès de sa -scélératesse. Cependant, pourâtre toutà fait juste envers iesGbHwis, nous devons ajouter que ceinanqUe de pro- .lûté et de bonne foi se remarque seulement chez les petits marchands; les grandes maisons -de coqimerce mettent, au contraire, dans leurs opératioEis, une loyauté et une bonn^eté' remarquables; elles se- montrent ea- -daves de leur parole et de leurs engagements. Les Européens qui' ont en des relations commerciales avec la dune sont unanimes pour vanter la probité irréprochable des grands n^odants chinois-; il est fâcheux que ceux-ci ne puissent en' dire autant des Européens.
Il n'existe pas, en Chine, -d'autre monnaie l^ale que de petites pièces nmdes ftndues, avec un allit^e de cui-
i74 LBiPnut CBmois.
Tre «t d'étaîn et appelées uien; tes Européens leur ont donné commuDémeot le nom de sapèques. Elles sont percées, au milieu, d'un favu carré, afin de pouvoir être enfilées avec une corde ; mille de ces pièces forment une enfilade équivalant, au cours moyen, à une once chinoise d'argent ; car l'or et l'aident ne sont jamais mimnayés en Chine. Bien que les sapèques ne soient halâtaellemenl employées que pour les achats de détail, l'or et l'argent, qui servent pour les achats plus considérables, se pèsent comme une denrée ordinaire, et les conventkms se font en enfilade» de sapèques. A cet effet les ChiiKHS des villes portent toujours avec eux de petites balances ppur acheter on vendre, et pèsent l'argent qu'ils dcKinent ou reçoivent. Les billets de banque payables au porteur sont en usage dans toute l'étendue de Tempire. Ils sont émis par les grandes m^scms de commerce et acc^ités dans toutes les villes importantes.
La sapèque, dont la valeur re[H^nte à pen prèsnn demi-centime de notre monnaie, esi d'un avantage incalculable pour le petit commerce de détail. Grâce à la sapèque on trafique, en Chine, sur les infimment petits. . On peut acheter une tranche de poire, une noix,. une douzdne de fèves frites, un cornet de graines de dtrouiUe, boire une tasse de thé, ou fumer quelques pipes de tabac, pour une sapèque. Tel ciloyai, qui n'est pas assez riche pour faire la dépense d'une orange, ne laisse pas que de se passer la fantaisie d'en acheter une côte. Cette division extrême de la monnaie chinoise a drame naissance à une infinité de petites industries qui fuit vivre des milliers d'individns. Avec^eux cents sapèques de capital un ChiniHS a'héràera pas à se lancer dans