CHAPITRE VI. S3S
' Chinois pleins de froideur et d'imouctabce pour un culte renfermant. Unt de croyances contradictoires et qui offusquent le bon sens. — C'est cela, nous répondit-il, votre merveilleuse intelligence a saisi le véritable point de la difficulté. — Les hommes peuvent se laisser séduire, pour-un temps, par de vaines superstitions ; mais tôt ou tard ils en aperçoivent la futilité, et ils s'en détachent facilement. — Ces paroles sont pleines de netteté et de précision. — Une religion qui n'a pas sa racine dansla vérité ne saurait satisfaire ni l'esprit ni le coeur de l'htHnme; Les peuples peuvent y croire un instant, mais leur foi n'est ni fei'me, ni durable. — Voilà la vétitable explication. La nation centrale ne croit plus, et c'est pourquoi mes quêteurs reviennent les mains vides. II est connu que les religions sont nombreuses, et qu'elles n'ont qu'un temps, mais le '/y, « la r^son, » est immuable. — Les religioD,s fausses, basées sur le menamge, n'oniqu'un temps, c'est vrai. La vérité est éternelle, elle est, par conséquent, de tous les temps et de tous les lieux. La religion du Seigçeur du ciel, qui est J^espression de la vérité, est pour tous les hommes ; elle est immuable comme son fondetneiit... Ce chef des bonzes connaissait sufOsamment la religion chrétienne ; il avait lu plusieurs livres de doctrine, et entre autres, le fameux traité du P. Ricci, Sur la viritable notion dt J>ieu.,\\ eut la politesse de nous dire que notre religioa était sublime, incomparable, et que la sienne, à lui, n'avait pas le senacommun ; puis il ajouta la formule.à la mode parmi les Chinois : Pou-toun-kitto, foun-Ijf, «t lés religions sont diverses, la raisçin est une... » Et, i^rès cette déplorable copclusioD, il changea bruâque-
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meot de sujet, éo nous parlant des beaux ftlàos qu'il avait en télé pour la restauration - de ses pagodes.
Au moment où nous quittions Pou-tou nous rencontr&mes plusieurs barques, se dirigeant vers le petit port de l'Ile. Elles étaient cbai^iées 'de bonzes qui revenaient de faire la quête. Nous leur demandâmes si leur tournée avait été heureuse. — Oui, s'écria avec transport un jeune novice ; oui, nous avcms été heureux, nous rapportons beaucoup de sapèques. — A peine eut-il prononcé ces mots, qu'un vieux bonze, qui se tenait accroupi à côté de cet indiscret, Ini appliqua un rude coup de poing sur la tête. — : Diable rasé, lui cria-t-il, est-ce que tu ue le corrigeras pas de dire des mensonges à tout le m(H]de ? Oii avons-nous des sapèqUes, nous autres T L'enfant se cacha avec ses deux mains, et se mit à pleai^ nicber. 11 parut comprendre, mais un peu tard, qu'U avait commis une imprudence, et qu'il n'est pas bon de révéler au premier venu le secret de ses richesses. Le vieux bonze avait une plus longue expérience. — Tiens, dît-il, eu frappant encore du poing son pauvre novice, voilà pour tes mensonges ; je te donnerai plus de coups que nousn'avons de sapèques... Puis, s'adressant à nous avec beaucoup de politesse : — Il faut, dit-il, corriger la jeunesse, quand elle outrage la vérité ; c'est un principe incontestable. Notre excursion dans le district de Hari-Tcheoun'a pasétéiéconde. La moisson de riz a'yant été mauvaise, les peuples sontdans l'indigence ; comment songeraient-ils à faire des aumônes à la famille de Bouddha t En revanche, nous avons eu le bonbeur de recueillirune grande quantitédË papier abandonné, etde souAraire ainsi àla profanation d'innombrables caracti-
res... Eki prooonçaiil ces paroles, il nous monlrait une petite barque renfermant une cai^aîson de chiffons de papier. — Le respect pour les caractères, ajouta-t-îl, a été recommandé par les saints de l'antiquité. Après ce petit incident, la flotUUe de bonzes continua sa route.
Nous étions en droit de penser que cette compagnie de quêteurs avait fait une assez bonne collecte ;sanscela, le vieux bonze n'eût pas donné de coup de poiog an jeune Dovice. Quand les Gbinob ont de l'u^nt, ils ne le disent pas, et, lorsqu'ils se vantent d'en avoir, on peut être presque toujours assuré que leur bourse est vide. Cette manie n'est pas tellement propre au carao tère chinois, qu'on ne puisse aussi quelquefois la retrouver ailleurs.
En nous montrant une barque remplie de cbifTons je papier, le vieux bonze quêteur nous avait dit que le respect pour les caractères avait été recommandé par les saints de l'antiquité. Nous avons en effet remarqué, durant notre long séjour dans le Céleste Empire, que, généralement, tous les Chinois professaient une profonde vénération pour la parole écrite. Ils ont grand soin de ne pas employer à des usages profanes le papier qui contient des caractères imprimés ou tracés au pinceau. Ils fabriquent du papier grossier et à bas pris,, destiné aux enveloppes, a.ux emballages et à une foule d'autres usages. On conserve avec respect celui qui est écrit, on évite de le fouler aux pieds et de lui laisser contracter des souillures. Les enfants mêmes ont cette habitude. Nous ne pensons pas que les Chinois attachent à cette pratique aucune idée superstitieuse. 11 nousasemblé qu'ils enten-> duent simplement honorer de cette mamère la pensée
humaioe, qui s'incarne en quelque.sorie,. et se fixe dam l'écriture. A un tel point de vue, cette sollicitude scrupuleuse des Chinws pour leurs caractères est, peut-être, digue, de quelque admiration.
Tout le monde n'étant pas également soigneux à l'égard du papier écrit, il arrive quelquefois, soit oubli, soit négligence, qu'on le laisse exposé à la profanation. Afin d'obvier à cet inpouvéoient, 11 existe une classe de bonzes dont la mission est d'en faire partout une recherdte exacte et minutieuse. Ils parcourent les villes, les villages et les chemins les plus fréquentés, le dos chai^ d'une hotte et armés d'un crodiet. Ils s'arrêtent de préférence dans les endroits où l'ou jette tesimmondices, etrecueillent religieusement tous les caractères qu'ils peuvent rencontrer. Ces débris de papiers stmt ensuite piortés dans une pagode pour ^ être brûlés en présence des images des sages de l'antiquité.
La plupartdespagodescélèbresdelaCbtnesootàpea près dans le méaie état que celle de Pou-fou. La décadence, le manque de foi, se font remarquer partoul,' et rien n'annonce que ces édifices bouddhiques soient près de recouvrer leur ancien lustre. Le souvenir de leur antique renommée 7 .attire bien encore, à certaines époques, i^ certain nombre de visiteurs; mais c'est la curiosité et non la religion qui les y conduit. On'u'y va plus pour brûler de l'encens aux pieds des idoles, ou demander des prières aux bonzes ; ce sont des parties de plaisir, de petits voyages d'agrément où la piété n'a plus ^ucune part. On peut bien encore rencontrer de temps en temps quelques promeneurs dans les Lieux consacrés an bouddbismej maison n'y voit pas de véritables pèlerins.
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Il n'exiàle' plus, à propremeot parler, de monastères où les bonzes Tiveat en communauté. Les religieux bouddhistes, disséminés dans les diverses provinces de l'empire, sbut indépendants les nnsdes autres, sans être unis entre eux par aucun lien de discipline ou de biérarchie. Dans chaque mitisan il y a bien uo chet; mais c'est plutôt un administrateur des bienE temporels qu'un supérieur, li n'exerce aucune autorité sur ses confrères, qui vivent sans règle, au gré de leurs caprices, tantôt d'un eôté,.tantôtd'un autre, faisantde Icmgues absences loin du monastère, vagabondant à travers le pays, tant qu'ils y trouvent de quoi subsister, et ne reparaissant au 1<^ .que lorsqu'ils sont poussés par la faim. S'ils rencontrent quelque part une position à leur convenance, on ne les voit plus revenir. De même que, pour se faire bonze, il suffit de se raser la tête et d'endosser une robe à lobgues et laides manefaes, pour cesser de l'être, Iqs formalités ne sont pas plus compUiftiées ; il n'y a qu'à changer d'habits et qu'à laisser croître ses cheveux. En attendant qu'ils soient assez longs, on use seulement d'une-queue postiche et voilà tout, onn'est plus bonze. On voit que les religieux bouddhistes de la Chine sont loin d'avoir l'importance et l'influence des lamas de la Tartane et du Thibet.
Les couvents de bonzesees sont assez çombreux en Chine, surtout dans les provinces du Midi. Leur costume ne diffère guère de celui deS' bonzes; elles ont également la tête tasée; ellesne sont pas cltdtrées, et on les rencontre assez fréquemment dans les rues. S'il faut ajouter foi aux rumeurs de l'opinion publique, il rég^iertût-de graves désordres dam l'intérieur de ces établisse-
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mente. R est certaio que les geos honnêtes et tant atài peu jaloux de leur réputation entrait d'y mettre les pieds.
De tout ce que nous venons de dire sur l'état actuel des divers cultes admis en Chine et de la positiou de leurs ministres, il est permis de conclure que les Chinois vivent absolument sans religion. Il leur reste encore quelques pratiquessuperstitieusesauxquelles ils se livrent plutôt par habitude que par conviction, et dont, on là voit se détacher journellement avec une extrême facilité. Les croyances religieuses n'entrent pour rieu dans la législatiffli, et les magistrats n'en parlent plus que pour tes tourner en dérision. L'idée d'un gouvernement athée, d'une loi athée, qu'on avait essayé de préconiser ea France du haut de la tribune de la Chambre des députés, ne trouve réalisée en Chine, et on ne remarque pas que ce peuple y ait beaucoup gagné en grandeur et en prospérité.
Durant notre séjourà Ou-tchang-feu,dan8 l'établissement nommé 5i-fnCTi-yuei>, « Jardin (le la porte occidentale, -a nous fûmes témoin d'un événement où nous vîmes comment les Chinois savent concilier les pratiques superstitieuses avec leur défaut de convictions religieuses. Nous avons dit que ce vasie établissement, où nous attendions le jour de notre départ, avait plusieurs locataires de diverses conditions. Eu face des départemeais qu'on nous avait assignés, dans une- grande cour, était un autre corps de logis construit avec tine certaine élégance. Un vieux mandarin retraité et sa nombreuse famille l'occupaient depuis deux ans. Ce mandarin, qui avait exercé à Ou-tchaug-fou une charge importante
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daos la magistrature, s'était résigné à retarder son retour dans son pays natal, dans l'espoir que son influence auprès des premiers fonctionnaires de la ville pourrait (dttenir pour son fils atné un petit mandarinat. Cet aspirant avait le simple grade debacbelief; il était marié et père de trois enfants.
Pendant ces deui années d'attente, les espérances du Tieuï mandarin ne s'étaient pas encore réalisées, et son fils atoé, au lieu d'être promu aux fonctions publiques, avait contracté une maladie qui devait le conduire au tombeau. Lors de notre arrivée dans L'établissement, nous trouvâmes cette pauvre famille plongée dans la désolation; l'état du malade était tellement grave, qu'on se disposait déjà à lui préparer un cercueil. La mort de ce jeune lettré devait être, pour tous les membres de la famille, un terrible événement; car il en était l'espoir et le soutien.
Dès la première nuit que nous passâmes dans notre nouveau logement, le Jardin de la porte occidentale retentit de cris et de détonations de pétards, qui se faisaient entendre taïUôt sur un point, tantôt Sur un autre, mais sans interruption. Tout ce tumulte avait pour but de sauver le moribond. Les Chinois pensent que lamort est le résultat de la séparation définitive de Tàme d'avec le corps. Jusque-là, ils sont dans le vrai. La gravité de la maladie est toujours en raison directe des tentatives que fait l'âme pour s'échapper ; et, lorsque le malade éprouve de ces crises terribles qui mettent ses jours en péril, c'est une preuve qu'il y a des absences momenta- Bées ; que l'âme s'éloigne à une certaine distance, mais pwir rentrer bientôt. L'éloignement n'est pas tellement
tit L OTIBK CHIKOH.
coii8Îdértd>le, qu'elle ne puisse eacore exercer «minfioeocesur le corps el le maintenir en vie, quoiqu'il souffre borriblemeot de cette séparation passagère. Si le iDoriboDd entre eu a^^oie, il est évident que l'Ame en a pris son parti, el qu'elle se sauve avec lafeimedétennioation de ne plus revenir. Cependant tout espoir n'est pas encore perdu, et il y a moyen de lui faire rebrousser chemin et de l'engager à reprendre son poste dans le CorpB do malheureux qui lutte avec la inort. On cherche d'abord à l'émouvoir ; on lui adresse des prières et des sapplications ; on court aprèselle, on la conjure de reloamer à son logis, ou lui expose, en des termes pathétiques et pleins d'onction, le lamentable état auquel on va se trouver réduit, si elle s'obstine à s'en aller. On essaye de lui faire bien comprendre que c'est d'elle que dépend le bonheur ou l'infortune d'une famille entière. On la presse, on la flatte, on l'accable d'invocatims : Reriais, reviens, lui crie-t-on ; que t'a-t-on fait ? Pourquoi nous abandonner? Quel motif as-tu de t'en aller? Reviois, nous t'en conjurons... Et, comme on ne sait pas an juste de quel câté l'&me s'est sauvée, on court dans tous les sens, on fait mille évdutions, dans l'espcnr de la 'rencontrer et de l'attendrir par les prières et par les larmes. ■ ,
" ' Si' les moyenï d'insinuation et de donceor ne réussissent pas, si l'âme se montre sourde aux supplications et s'obstine à aller froidement son chemin, alors on procède par voie d'intimidation ; on cherche à |ni faire peur, on pousse des cris, on lance des pétards, à l'improviste, dans toutes les directions par où elle poarraît s'échapper, on étend les bras pour lui. barrer le passage,
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et l'on pousse en avant avec les mains, comme pour la forcer de retourner chez elle, de rentrer dans le corps du moribond. Parmi ceux qui s'érertuent de ta sorte à la suite de cette ftme réfractaire, il y a toujours quelqu'un de plus habile que les aatres et qui finit par ta dépnter. Alors il appelle aii secours : Etie est par ici, s'écrie-t-il ; et aussitàt tout te monde d'accourir. On réunit ses forces, on concentre tous ses moyens d'action ; on pleure, on gémît, on selameute;les cris retentissent sur tous les tons ; les pétards éclatent de toute part, on fait un effroyable charivari à cette pauvre âme ; on la pousse de toutes les manières im^nabtes, de sorte que, si elle ne cède pas à de telles inJMictions, aa est en droit de lui supr poser beaucoup de mauvaise votoolé el un grand fond d'obstination.
Quand on procède à cette étrange perquisition, on ne manque jamais de se munir de lanternes, afin d'éclairer l'âme, de lui indiquer la route, et de lui enlever ainsi tout prétexte de ne pas retdumer. Ces cérémonies ont lien, le plus souvent, pendant la nuit, parce que, disent les Cbraois, l'âme est dans l'usage de profiter de l'obscurité pour s'en aller. Cette opinion se rapproche un peu de l'idée émise par M. de Haistre dans ses 5oir^« de Snnt-Piter^murg (i) : « L'air de la nuit ne vaut Hen « pour l'bomme matériel, les animaux nous l'apprennent f ens'abritant tous pour dormir. Nos maladies nous l'ap- « prennent en sévissant toutes pendant la nuit. Pourc quoi envoyez-vous, le matin, chez votre ami malade, « demander comment il a passé la nuit, plutôt que vous
m l'bipirb chikois.
«n'enroyez demander, le soir, comment il a passé la « jouniée ? 11 faut bien que ta nuit ait quelque chose de « mauTais. »
Dans le Jardin de la porte occidentale, il y avaiti nous l'avoDS déjà dit, une belle pagode consacrée à Bouddba, dont on vojaît, sur l'autel, iioe grande statue dorée. La porte de ce temple était ourerte jour et nuit! Les parents, les amis et les serviteurs de ce jeune lettré passaient et repassaient continuellement devant l'image de Bouddha, et nous n'en vîmes jamais un seul s'arrêter dans ce temple pour y faire une prière, brûler un pea d'encens, et implorer une guérison qui leur .tenait tant à cceur. C'est que, sans doute, ces gens étaient sans foi, sans religion ; ils n'avaient pas l'air de soupçonner qu!U eiiste un Être tout-puissant, maître de la vie et de la mort, etlenant entre ses maios les destinées de tous tes hommes. Ils savaîentseulement que, lorsqu'un malade se trouve en danger de mort, il est d'usage de courir, de côté et d'autre, à la poursuite de son âme pour tâcher de la ramener ; el ils s'abandonnaient à ces pratiques uniquement pour faire comme les autres, sans se demander si la chose était raisonnable ou ridicule, et, probablemeot, sans y avoir une grande confiance.
Durant la' nuit tout entière, nous fumés tenus en éveil par les incroyables manœuvres de ces pauvres ChiaoiG qui donnaient la chasse à l'Âme du lettré mourant. Us s'arrêtaient quelquefois sous nos fenêtres, et nous les enleodions adresser à cette âme fugitive les supplications les plus étranges, les prières les plus burlesques. La scène eût été pour nous vraiment risible et amusante, si nous n'avions su qu'il s'agissait d'une nonlbreuse famille dans
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l'attente d'un affreux malheur et eo proie aui plus cruelles angoisses. La voix de ces petits enfauts et' de ce vieillard, appelant àgrands cris l'âme d'un père et d'an fils, avait quelque diose de navrant.
Le lendemain matin, comme nous nous rendions auprès de cette famille éplorée dam le but de lui apporter, s'il était possible, quelques paroles de consolation, un des domestiques de la maison nous arrêta, en nous disant que le malade, venait de mourir. -Les Chinois ont une foule de tournures pour exprimer que quelqu'un est trépassé. U n'existe plus, il est mort, il a salué 1« siècle, il est parti, il est monté au ciel, sont autant d'expressions plus ou moins élégantes qu'on doit employer suivant la qualité des personnes dont on parle. Quand it est question de l'empereur, on dit qu'il s'est icrou/é. La mort du chef de l'empire est considérée comme une immense catastrophe, dont te retentissement n'est comparahle qu'au fracas produit par l'écroulement d'une montagne.
Nous ne tardâmes pas à voir les personnes qui allaient et venaient dans la maison du mort, revêtues des habits de deuil, c'est-à-dire d'un bomiet et d'une ceinture en toile blanche. Ledeuil complet et de parade exige que tous les habits soient blancs ; on n'en excepte pas même les souliers, ni le petit cordon de soie avec lequel on tresse et noue les cheveux en forme de queue. Les nsages chinois étant presque toujours en opposition avec ceux de l'Europe, il fallait bi«i s'attendre à ce que le blanc fût paritii eux la couleur du deuil.
Les Chinois ont l'habitude de garder les morts chez eus pendant fort longtemps ; on ne les enterre souvent que le jour anniversaire de leur décès ; en attendant, le
W l'EMMBE CHIIfOlB.
corps est placé dans une bière d'une épaisseur extraordinaire, on le Tecouvre ensuite de chaux vive et oh peut ainsi l'avoir dans l'intérieur de la maison sans incouYénient. Cette pratique a pour but d'honorer le mort et surtout de donner le temps de se préparer aux funéraîiles. L'enterrement est l'aâaire la plus séiieuse du Chinois, l'objet de son plus grand souci. La mort est peu de chose,,il ne s'en met pas en peine ; mais la qualité du cercueil, la cérémonie des funérailles, le choix de la sépulture et de l'endroit où l'on creusera la fosse, Toilà l'important. Le mort lègue sur ce point toute sa sollicitude à ses parents. 11 nous a semblé que, dans ces circonstances, la vanité et l'ostentation jouaient le principal rMe. On veut faire les choses en grand, atec pompe, de manière à se donner du relief dans le pays. Il faut faire concurrence à l'oi^eil de tous ses concitoyens. Pourobt^ir un pareil résultat, on temporise, afin de ramasser la somme nécessaire à ces énormes dépenses. On ne recule devant aucun sacrifice, on Tend volontiers seS propriétés, et il n'est pas rare de voir des familles se ruiner complètement pour enterrer un mort. Confucius ne voulait pas que, pour accomplir les devoirs de la piété filiale, on se laissât aller à ces extrémités'; mais il conseillât de consacrer à l'enterremeat de'ses parents jusqu'à la moitié de ses biens. La dynastie actuelle a fait des règlements pour mettre des bornes à ces dépenses exorbitantes et inutiles;' mais ces lois ne paraissent regarder que les Mantchous, et les Chinois continuent toujours desuivre, à eet égard, leurs anciens usages.
Après qu'on a déposé le corps dans le cercueil, les
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parente et les amis da morX se réuDissent, à certaioes heures déterminées, pour pleurer tous ensemble, et exprimer leurs r^rets et leur douleur. Nous avons assisté plusieurs fois à ces cérémonies funèbres, où les Cfainds déploient, avec une merreilleuse faâlité, leur prodigiens talent pour la dissimulation. Les hommes et les femmes se rassembleut dans des appartements séparés. En attendant que le moment de pleurer soit venu, on est occupé à boire du tbé, à fumer, à jaser, à rire, mais avec tant d'abandon et de laisser aller, qn'<Hi ne s'imaginerait guère avoir là, sous les yeux, une réunion de pleureurs. Quand l'heure est arrivée, le plus proche parent du mort avertit l'assemblée, et l'on va se placer en cercle autour du cercueil. Les conversations continuent bruyamment jusqu'à ce qu'on donne le signal; alors les lamentations commencent, et ces figures, naguère si réjouies et de si belle humeur, prennent subitement l'expression de la douleur et de la désolation. On adresse au mort les paroles les plus attendrissantes ; diacun lui fait son monologue entrecoupé de sanglots et de gémissements et, ce qu'il y a de plus extraordinaire, de pins inconcevable, c'est que des larmes, mais des lannes réelles, véritables, coulent en alxHtdance. Ces gens-là se lamentent, se désolent avec tant de naturel, qu'(H) les crmrait inconsolables; mais ce ne sont, après tout, que d'habiles comédiens du deuil et de la douleur. Ann s^naldonné, tout cesse brusquement ;. on n'a qu'à passer le revers de la main sur les yeux et la source des larmes est tarie. On n'achève pas même un géoiisseoient, un sanglot commencé ; chacun prend sa pipe, ef l'on voit ces incomparables Chinois retourner en riant
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à leur thé etàlenrs causeries. Personne ne se douterait, assurémeot, qu'ils viennent de pleurer à chaudes larmes.
Quand TÎeat te tour des femmes d'aller se ranger autour du cercueil, la comédie est jouée avec uoe perfection qui Qe laisse rien à désirer. Toutes ces douleurs postiches prennent une telle expression de sincérité, les larmes switsi abondantes, les soupirs si étouffés, la voix si pleine de sanglots, que, malgré la persuasion où l'on est que tout cela est une représentation parement mensongère, on ne peut s'empêcher d'éb« ému de cotopassioD à la vue de ces pauvres femmes qui fondent en larmes et paraissent suffoquées par une vraie et profonde douleur.
Les Chinois ne manquent pas d'exploiter, dans une foule de circonstances, leur étonnante facilité à se désoler à froid et à verser, en guise de larmes, une prodigieuse abondance d'eau, qu'ils font venir on ne sait d'où. Quoiqu'ils soient tous parfaitement au courant de ces moyens d'inQuaice et d'insinuation, ils ne laissent pas, pour ceUi des'y laisser prendre eux-mêmes fort souvent et de s'attraper mutuellement. C'est surtout avec les étrangers qu'ils ont beau jeu et qu'ils obtiennent de brillants succès. Les missionnaires nouvellement arrivés en Chine, et qui n'ont pas encore eu le temps d'étudier et d'apprécier cesnatures flexibles, ces caractères si hal»les à prendre tour à tour et à volonté l'expression des sentiments les plus opposés, s'imi^inent souvent avoir affaire aux hommes les plus sensibles, les plus impressicmnables du monde, mais ils ne tardent pas ^ s'apercevoir que, dans leurs larmes comme dans leur langage, le plus souvent tout est factice et bt>mpear. La sincérité
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et la cordialité soot deux seatimeats qa'oD trouve biài rarement chez les Chinois.
Les riches habitants du Céleste Empire déploient dans les eoterrements beaucoup d'ostentation et de luxe. Ils ifirilent le plus qu'ils peuvent de parents et d'amis, afin d'avoir un imposant cortège. Tous les habits de deuil dont sont'revêtus ceux qui assistent aux funérailles sont à la cbat^ de la famille du défunt, qui, de plus, est oUigée~ de leur servir, quelquefois pendaAt plusieurs jours, des repas spleudides. On convoque, en outre, un grand nombre de musiçieiiii et de pleureuses ; car, quoique tout le monde, en Chine, soit assez habile pour verser des larmes à volonté, il existe encore des pleureuses de profession, qui oot poussé aussi loin que pOBsiblel'art du sanglot et du gémissement. Elles suivent le cercueil, la tète échevelée, revêtues de. longues robes Manches et serrées à la ceinture avec de la filasse de chanvre. Leurs tamentaUonsODl pour accompagnement le bruit des gongs, les sons aigus et discordants des in^ tnimenls de musique et les détonatious continuelles des pétards. On prétend que ces explosions soudaines et l'odeur de la poudre ont pour but d'effrayer les démons et de les empêcher de s'emparer de la pauvre âme du défunt, laquelle ne manque jamais de suivre le cercueil ; et, comme ces esprits malfaisants ont la réputation d'être pleins de cupidité et dominés par l'amour des ridiesses, on cherche aus^i à tes prendre par leur faible. Qn laisse donc tomber, le long de la roule, une quantité considérable de «apèques et de billets de banque que le vent emporte de tous côtés. Bien entendu que cette monnaie n'est qu'une -attrape et qu'elle consiste simplement en
moroeaui de papier blanc. CepeDdaat les démons étant, ea Chine, bien mohis ruaés que les hommes, ils se laissent prendre k ce stratagème avec une adioairable candeur. Pendant qu'ils sont occupés à la poursuite de ces richesses trompeuses, l'&me du mort, profitant de leur distraction, peut, tranquillement accompa^er le cercueil sans danger d'être arrêtée.
Les sceptiques chinois se passent volontiers, pour les enterrements, du concours des bonzes et des tao~s«e. N^ayant aucun besoin de religion pendant leur vie, ils concluent, très-logiquement, qu'après ieur mort elle leur est, à plus forte raison, parfaitement inutile. Les disciples de Coofucius surtout admettraient difficilement la nécessité des prières et des sacrifices pour les trépassés, car ils professent de croire que l'homme meurt tout entier, que l'âme s'évanouit. aussi bien que le corps et tombe également dans le néant. Cependant les bonzes sont quelquefois invités anx enterrements à cause de la plus grande pompe qui doit nécessairement résulter de leur présence. Nous avons vu, aux environs de Péking, les funérailles d'un grand dignitaire de l'empire où assistaient tous les lamas, les bonzes et les tao-sse qu'on avait pu découvrir dans la contrée. Chacun faisait de son côté les cérémonies et chantait les prières de son' culte. C'était une réalisation de la fameuse formule : San-kiao, y-hiao, «Les trois religions n'en sont qu'une. »
Les Chinois sont dans l'usage d'offrir aux moi-ts des mets et, quelquefois même, des repas splendides. On les leur sert devant la bière, tant qu'on la garde dans la. famille, ou sur le tombeau, après l'iidiumation. Quelle est l'idée des Chinois au sujet de cette pratique? Ken
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des gens oQt cm et écrit que, dans leur o|MD(ion, les âmes des défunts aimaient à venir se régaler des parties les plus subtiles et les plus délicate?, des essences, en quelque sorte, des itaets qu'on leur offrait. Il nous semtde que les Chinois De sont pas tellertient dépourvus d'intelligence, qu'ils poussent l'idiotisme jusqueJà. Lee masses observent ces pratiques machinalement et sans diercher à s'en rendre compte ; quant k ceux qui ont l^habitude de réfléchir à ce qu'ils font, nous pensons qu'ils ne vont pas jusqu'à se' faire, à ce sujet, une illuâoa si grossière. Comment, par exemple, les confucéens pourraient-ils croire que les morts reviennent pour manger, eus qui adnaettent l'anéantissemoif complet du corps et de l'âme ? Un Jour, nous demandâmes à' un mandarin de nos amis, qui venait d'offrir un somptueux repas devant le cercueil d'un de ses confrères défunt, s'il était dans l'opinion que les morts eussent besoin de nourriture. — Comment pouvez-vous me supposer line pareille pensée? nous répondit-il avec étonnement..... Mon intelligence serait-elle bornée au point de ne pas voir que ce serait là une folie î — Quel est donc le but de ces repas mortuaires? — .Nous prétendons honorer la mémoire de nos parents et de nos «mis, leur témoigner qu'ils sontloujours vivants dans notre souvenir et que nous aimons encore à les servjr comme s'ils existaient. Qui serait assez insensé pour croire que les morts ont besoin de manger? Parmi le petit peuple, on raconte beaucoup de fables ; mais qui ne sait que les gens grossiers et ignorants sont toujours crédule^?
Nous sommes assez porté à croire qu'en Chine les
ISl t'EMPIM CHIIWIB.
hommes quelque peu instruits et habibiés à réfléchir apprécient comme ce mandarin des pratiques auxquelles les masses attachent quelquefois des idées superstitieuses.
Le culte des artcétres, qui autrefois a soulevé de^ù loi^ues et si déplorables discussions entre les raissioanaires jésuites et dominicains, ressemble peut-être beaucoup aux offrandes faites aux morts. Les Chinois ont toujours été dans l'usi^^ de réserver, dans l'intérieur de leur maison, un lieu destiné à honorer les ancêtres. Chez les princes, les grands, ies mandarins, et tous ceux qui sont assez riches pour avoir un grand nombre d'appartements, il existe une sorte de sanctuaire domestique, dans lequel sont des tablettes où l'on a gravé les noms des lûenx, depuis celui qui compte pour être le diefde la famille, jusqu'au dernier défunt. Quelquefois il n'y a que la tablette du chef, parce qu'il est censé représenter tous les autres. C'est dans ce sanctuaire que se rendent les membres de la famille, pour y faire les cér rémonies prescrites par les rites, brûler les parfums, présenter des offrandes et faire des prostratî(»is. Us y vont encore toutes les fois qu'il s'agit de quelque importante entreprise, d'une faveur reçue ou d'un malheur essuyé. Us doivent, en un mot, avertir les ancêtres, et lear faire part des biens et des maux qui leur arrivent. Les pauvres et ceux qui out tout au plus le strict nécessaire pour loger les vivants, se contentent de placer les aïeux sur une petite planche ou dans une niche au fond de leur chambt^. Autrefois, même en temps de guerre, le général avait dans sa tente un lieu destiné pour la ta- Uette des ancêtres ; en commençant le stége d'une place,
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la veille d'une bataille, toutes les fois qu'il y avait apparence de qudque événeinent important, il allait, à la fAte des officiers généraux, se prosterner devant la tablette, et donner avis aux ancêtres de la sitDatîoD des affaires.
Ces usines, tolérés par certains niissiODDaires comme étant des hommages purement civils rendus à la mémoinvdesaTeux, fiïrentréprouvés par d'autres, qui trouvèrent dans ces cérémonies tous les caractères d'un culte superstitieux. De là naquirent ces lamentables contestations qui paralysèrent complètement, à celte époque, le succès des missions. , La question était réellement difficile à résoudre. Les pai-tisans et les adversaires des rites pratiqués en l'honneur des aUcétres et de Confucius, ne doutant pas que leurs opinions ne fussent appuyées sur d'excellentes preuves, la lutte s' envenima, .et tout faisait présumer que la paix et la concorde seraient désormais impossibles dans ces chrétieolés naissantes. Hais Rome, ce tribunal souverain et infaillible aux yeux de tout bon calhdique, trancha la question, condamna le culte des ancêtres et de Confucins, et prit des mesures ^caces pour prévenir le retour de ces malheureuses querelles, qui portèrent aux missions de Chine un coup plus terrible que les violentes persécutions des mandarins.
La du^ ordinaire du deuU pour un père ou une mère doit être de trois ans. 11 a été réduit à vingt-sept mois en' faveur des fonctionnaires du gouvernement. Pendant ce temps, on ne peut exercer aucun office public. Un mandarin est obligé de quitter sa charge-, un ministre d'Etat, de renmcer à l'administratioD des affai-
S84 L'un
rea, pour vivre dans là retraite. Il ne d(Ht rendre aucnne TÎsite, et ses relaliiHis officielles avec le monde sont interrompues. Chaque année, on fait, au moins une fins, une cérémonie commémorative au tombeau des ancêtres. Tous les descendants d'une même famttle, hommes, femmes et eofaots, s'y rendent exactement On nettoie la sépulture ; puis, après avoir émaillé le sol de découpures en.papier de diverses couleurs, on fait ]es prostraticHis prescrites par le cérémonial ; on brûle des parfums, et l'on dépose sur le gazouj ou sur les pierres tumulaires, de petits vases contenant des mets plus on moins exquis. Quelque profond que soit le scepticisme des Chinois modernes, il est incontestable que ces pratiques sont basées sur la croyance à une vie future. Prrs- K que tous les hommes, dit Bossuet, sacrifiaient aux m^ « n^, c'est-à-dire aux âmes des morts ; ce qui nous fait < voir combien était ancienne la croyance de l'imoioi^ « talité de l'&me, et nous montrequ'elle doit être rangée « parmi les premières traditions du genrabumain (1).» Dans toutes les prescriptions liturgiques pour les fonérailles, le deuil et les sacrifices devant les tablettes et les tombeaux des ancêtres, il est facile de voir la consécration du grand principe de la piété filiale, base de la société (^inoise. ii n'est pas de pratiquée, d'as^es,'qai, examinés de près, ne semblent avoir pour but d'înenlquer dans l'esprit des peuples le respect pour l'autorité paternelle. Ces tendances sont surtout frappantes dans les nombreuses cérémonies du mariage^ Nous allons entrer dans quelques détails sur cette matière, et l'cm
ti) bùeottrs ntr Phittoirt vniwneUt.
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verra quelle part iinmense est faite au pouvoir pateAiel ptir les nuBu» et les loi? du pays.
CeBt un' principe incontesté en Chine que les pères lOU'les mères, ou, à leur défaut, tes aïeux, ou enfin les plus probes parents, ont sur les enfants, lorsqu'il s'Af|it de les marier, une autorité entièrement arbitraire, à laquelle ils ne peuv^t se soustraire. Les Chinois se ma^ rieot fort jmines, ce qui paraît contraire aux usages observés dans l'antiquité, etaux prescriptions du Livre dtt riteê. Cet écrit canonique établit de la manière suivante la division des d^ de l'homme ^ ■ Les hommes, à l'âge K de dix ans, ont le cerveau aussi faible que le corps, et « peuvent tout au plup s'appliquer aux - premiers étéc mente des'Bciences. Les hommes de vîi^ ans n'ont pas « enoHre toute laur force ; ils aperçoivent à peine les « premiers rayons de la raison. Cependant, comme ils « commençait à devenir hommes, on doit leur donner «Je chapeau viril. A trente ans, l'homme est vraiment « homme ; il est robuste,, vigoureux, et cet âge convient « au mariage. On peut confier à un homme de quarante « ans les magistratures médiocres; et à un homme de H cinquante ans les emplois tes plus difficiles et les plus <t étendus. A stôxante ans, on vieillit,.et il ne reste plus « qu'une pmdoice sans rigueur, de sorte que ceux de « cet âge ne doivent rien faire par eux-mêmes, mais « prescrire seulement ce qu'ils veulent que l'on fasse. Il « convient à un septuagénaire, dont les forces du corps. « et de l'esprit sont désormais atténuées et impuissantes, K d'abandonner aux enfants le souci des affaires domes- « tiques. L'âge décrépit est celui de quatre-vingt et qua- « tre-vingt-dix ftns ; les iiommes de cet ftge, semblables
IM l'bmpikb ghihois.
a aux enfants, ne sont pas sujets des lois, et, s'ils arri- « vent jusqu'à cent ans, ils ne doÏTent plus s'occuper que « du Bcùn d'entretenir le sourOe de la vie qui leur reste. »
Selon le livre des rites, la Ténérable antiquité pensait donc que l'âge de trente ans est le plus convenable pour le mariage ; mais aujourd'hui les Ghiuois, plus précoces sans doute qu'atjtrefoîs,' ont abandonné, à cet égard, les anciens usages. Rien n'est plus ordinaire que de conclure les marif^es longtemps avant que les contractants aient atteint l'âge de puberté. H arrive même souvent que les parents prennent des engagements avant la naissance des futurs époui. Deux amis se promettent, très-sérieusement et avec serment, d'unir par le mariage les enfants qui naîtront du leur, s'ils sont de sexe différent, et la solennité de cette promesse consiste à déchirer sa tunique et à s'en donner réciproquement une partie. Il est évident que des mariages contractés de cette maniàe sont difScilement basés sur la convenance et la sympathie des caractères. Les autres, du reste, ne présentent pas non plus de grandes garanties, puisqu'on se marie ordinairement sans s'être vus, et que la«etile volonté des. parents est la raison du lien conjugal.
Dans les mariages chinois, non-seulement la &lle n'apporte aucune dot, mais encore on est obligé de l'acheter et de donner aux parents une somme d'argent f^ipplée par avance. Ce sont des arrhes dont on paye une partie après que le contrat estsigné,' et l'autre partie quelques jours avant la célébration du mariage. Outre ces arrhes, les parents de l'époux font à ceux de l'épouse un présent d'étoffes de soip, de riz, de fruits, de vin, tic. Si lès parents reçoivent les arrhes et le présent, le
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contrat est censé parfait, et il D'est plus permis Ae se dédire. Quoique l'épouse ne soit pas dotée, il est d'usage cependaut, quand elle u'a pas de frère, que ses parents lui donnent par pure libéralité, un trousseau plus ou moins important. U arrive même quelquefois, en pareil cas, que le beau-père fait venir son gendre dans la maison, et le constitue héritier d'une partie de ses biens. Hais il ne peut se dispenser de léguer l'autre à quelqu'un de sa famille et de son nom, pour accomplir les cérémonies devant les tablettes des ancêtres. Celte pratique est, aus jeui des Chinois, d'une telle importance, qu'elle adonné lieu aux adoptions. Ceux qui n'ont pas de descendant mâle adoptent ou plutôt achètent un enfant qui ne reconnaît plus ensuite d'autre père que le père adoptif. Il en prend le nom, et, après sa mort, il doit en porter le deuil. S'il arrive que. le père adoptif ait des enfants, l'adoption subsiste toujours, et l'adopté a droit à une portion de biens ^le à celle des autres enfants.
Tous les mariages se font par des entremetteurs et des entremetteuses, tant du côté de l'homme que de celui de la femme. Ils se chai^nt gratuitement des négociations et de tous les préparatifs. On regarde même comme un honneur d'être jugé digne de remplir des fonctions si délicates;
Nous ne pensons pas que la polygamie soit, en Chine, une institution légale. Autrefois il n'était, permis qu'aux mandarins et aux hommes de quarante ans, qui n'avaient pas d'enfants, de prendre des femmes secondaires, ou petiteg ftmmet, selon l'expression chinoise. Le livre des rites prescrit même les punitions qu'on doit attadier à la transgression de cette loi. « Un conn. 17
SS8 L EMPIRE CBlItOrS.
n.cubinaire, dit-il, sera puni de ceot coupa de veiges « Bur les épaules. » Mais ces lois ne subsistent plus que dans les livres, et actuellement chacDu peut aTDïr autant de femmes secondaires qu'il lui plait, Sa fantaisie n'a d'autres limites que celles de sa fortune, et encore pas toujours.
Quel que soit le nombre des femmes secondaires, il ne peut jamais y avoir qu'une seule femme légitime, qui est la maitrease de la maison, et à laquelle toutes lea antres doivent être subordonnées. Les enfants qui naissent des femmes secondaires reconnaissent pour leor mèrela femme légitime deleur père ; iisne portent point le deuil de leur mère naturelle, c'est à la première qu'ils prodiguent les témoignages de respect, d'affection et d'obéissance. La femme secondaire est si inférieure, si dépendante, qu'elle obéit exactement à la femme légitime en tout ce qui lui est ordonné. Elle n'appelle jamais le chef de la maison que du simple nom de père de famille.
Il n'estjamais permis aux femmes secondaires d'abandonner leur mari pour quelque cause que ce puisse être. Elles sont tout simplement la propriété de eeità qui les a achetées ; mais le mari peut les répudier, ks chasser, les revendre quand bon lui semble ; auemie loi ne le lui défend. « Si quelqu'un, dit le code, chas» « sa femme légitime sans raison, (m l'obligera de la « reprendre, et il recevra quatre-vii^ts coups de bfi- <t ton. » La loi ne dit rien àe la petite femme, et ce silence autorise les Chinois à la traiter suivant leur caprice.
Quand les Chinois se marient, ils s(Uit convaiocos
GBAPITRR TI. SS9
qu'ils conUucteDt uq lien indissoluble, et ks lois écrites de l'empire sont conformes, à cet égard, à la conviction générale. Ellee imposent des chÂtimeots séTèree contre les personnes, mariées qpi s'écartent ouveriement' des devoii» de leur^t. Toutefois, elles admettent le dir TOFce en plusieurs circonstances; mab, il estàremarqoer.qoe la l^islation concernant cette matière est entièrement en fa-veur du mari. Comme dans toutes les spciétés paiemies,. la femme est toujours esctaTe ou Tlctime de l'homme, l^ loi ne s'en occupe pas, on, n elfe en parle, ce n'est jamais que pour lui remettre de- Tant les yeux l'infériorité de sa conditiou^ et lui rappeler qu'elle n'est en ce monde que ponr obéir et souffrir.
Parmi les empêchements de mariage reconnus par la loi, il en est quelques-uns d'assez, remarquables, qui concernent les magistrats. La loi, par exemple, interdit au mandarin toute sorte d'alliance dans la province où il eierce quelque emploi public. Si un mandarin civil (la loi exempte les officiers militaires) se marie ou prend une femme secondaire dans le pays où il est magistrat, iï est condamné à quab^e-viagts coups de bâton, et son mariage est déclaré nul. Si le mandarin .épouse la fille d'un plaideur, dont il doit juger le procès, le nombre des coups de bâton est doublé, et, dans ces deux cas, les entremetteurs sont punis de la même manière. La femme est renvoyée chez ses parents, et les présents oupfiaui sont confisqués au profit du trésor, public. ' ,
Nous n'entrerons pas dans les longs détails des formalités et des cérémonies en usage dans la célébration du mari^. On distingue six rites principaus, qui ne s'observent rlgooreusement «qu'entre les familles con.si-
^60 l'empihb camois.
dérables, et dont se dispensent en partie les gens de amdition inférieure. Le premier rite consiste à convenir du mariage ; le second, à demander le nom de ]a fille» le nnois et le jour de sa naissance, car l'étiquette exige abgoliiment que la (îlle paraisse être tout à fait ibconnoe à l'époux auquel on la destine ; le troisième, à consulter les devins sur le mariage futur, et à en porter l'heuFeux augure aux parents de la fille ; le quatrième, à offrir des étoffes de soie et d'autres présents, comme gage de l'intention où l'on est d'efieCtuer le mariage ; le cinquième, à proposer le jour des noces, et enfin le sixième, à' aller au-devant de Tépouse, pour la conduire ensuite dans la maison de l'époux. L'accomplissement de ces rites est accompagné par leè deux familles d'une foule d'observances minutieuses, dont on n'oserait s' écarter. La for^ mule des missives que l'on s'adresse, les paroles qu'on emploie, les salutations, tout est déterminé d'avance, selon les règles de la politesse la plus exquise. Cependant le râle que joue, dans toutes ces cérémcmies, la famille de l'épouse, porte toujours un caractère pins profond de déférence et de modestie. Ainsi, quand (m fait demander le nom de la fille, le père doit répondre de la manière suivante : — J'ai reçu avec respect les marques de bonté que vous avez pour moi. Le choix que vous daignez faire de ma fille, pour être l'épouse de votre fils, me fait connaître que vous estimez ma pativrt et froide famille plus qu'elle ne mérite. Ma fitleest grossière et sans esprit, et je n'ai pas eu le talent de la tâ&t élever ; cependant je me fais gloire de vous obéir dans cette occasion. Vous trouverez écrit sur un pli séparé le nom de ma fille et celui de sa mère, avec le jour de sa
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naissance. ..Quand il reçoit les présents et l'a noavelle du jour choisi pour la célébration du mariage, i! répond eo ces termes : — J'ai reçu Totre dernière résolutiou. Vous voulez que les noces se fassent ; je suis seulement fflcbé que ma tille ait si peu de mériteet qu'elle n'ait pas eu toute l'éducation désirable. Je crains qu'elle ne soit bonne à rien ; cependant, puisque l'augure est favorable, je n'ose vous désobéir ; j'accepte votre présent; je vous salue, et je consens au jour marqué pour les noces. J'aarài soin de préparer tout ce qu'il faudra.
Au jour marqué pour la célébration du mariage, l'époux se revêt de magnifiques babits. Quand les parents sont réunis dans le sanctuaire domestique des ancêtres, il se meta genoux etse prosterne la face contre terre. Les parfums brûlent devant la tablette des aïeux ; on leur annonce l'événement important de la famille. Cependant le maître des cérémonies invile te père à prendre place sur un siège qui lui est préparé. Aussitôt qu'il est assis, l'époux reçoit à genoux une coupe pleine de vin, en répand quelques gouttes à terre en forme de libations et fait, avant de boire, quatre génuflexions devant son père ; ensuite, il s'avance vers le siège et reçoit ses ordres à genoux , Allez, mon fils, lui dit le père, allez chercher votre épouse, comportez-vous en toutes choses avec prudence et avec sagesse. Le fils, se prosternant quatre fois devant son père, lui i-épond qu'il obéira ; après cela il entre dans un palanquiu préparé à la porte de la maison. Ses amis t^t de nombreux domestiques marchent devant lui avec des lanternes aux brillantes conteurs, usage qu'on a conservé parce qu'autrefois tous les mariages se faisaient pendant la nuit. Lorsqu'il est
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anÎTé à la maisMi de l'époase, il s'arrête à la porte de la seconde cour et attend que son beau-pèrb vienne le prendre pour l'introduire.
' On observe, dans la maison de l'épouse, les mêmes cérémonies dont nous venons de parler. Après k libation ordinaire et après avoir bu la coupe devin, réponse se met à genoax devant son père, qui l'exhorte à obéir' pODCtuelIement aux ordres de son beau-père et de sa belle-mère. Ensuite sa mère lui met une guirlande sur la tête, d'oîi pend un grand voile qui lui couvre tout le visage : Ayez bon courage, ma fille, lui dit-elle, sojez toujours soumïeèaax volontés de votre épOux.
On va recevoir solennellement l'époux, qui attend à l'entrée de ta seconde cour. Le cortège avance, et, lorsqu'mest aniyé au milieu de la cour, l'époux se met à genoux et offre à son beau-père un canard sauvage, que le maître des cérémonies porte' à l'épouse. EnSo les deux époux se rencontrent pour la première fois ; ils se saluent l'un l'aube fort gravement et «i se faisant une ioclination profonde. Ensuite ils se mettent à genoux pour adorer ensemble le ciel et la terre. Il parait que cet acte est le point essentiel de la cérémonie, et qu'il est, en quelque sorte, le symbole du lien conjugal. Lm^u'on vent exprimer que quelqu'un s'est marié, on dit communémwil : Il a aàori te cid et la terre. Après être restés un instant à genoux, l'épouse est conduite à un palanquin recouvert de taffetas couleur de rose, l'époux entre aussi dans son palanquin, et le côi^ lége se met en roule. Le nombre des personnes de l'escorte est considérablement augmenté ; car, outre les lanternes dont il a été déjà parlé, on porte tout ce qui
D,q,l,.cdbvG00glf ■
CBAPITBB Vr. 263
sert à QD ménage, comme lit?, tables, chaises, etc.
Quand l'époux est arrivé à la porte de sa maison, il descend de sa chaise à porteurs et invite son épouse à entrer. Il marche devant elle et'pénètre dans la cour intérieure ou le repas nuptial Ç9t préparé; alors l'épouse lève son voile et salue son mari ; l'époux la salue à- son tour, et l'unefTautre lave ses mains, l'époux an côté septentrional et l'épouse au côté méridional du portique. Avant de se mettre à table, l'épouse fait quatre génuflexiouR devant son mari, qui en fait à son tour deux devant elle. Ils se mettent seuls à table et en face l'un de l'autre. Avant de boire et de manger, ils îoal une libation avec du vin et mettent à part des viandes pour être offertes aux ancêtres.
Après avoir g;oûté à quelques mets, dans le plus profond silence, l'époux se lève, invite 8<»i épouse à boire, et se remet incontinent à table. L'épouse pratique ausâtôt la même cérémonie à l'égard de son mari, et en même temps on apporte . deux tasses pleines de vin. Us en boivent une parUe, et mettent ce qui reste dans une seule tasse, pour se le -partager ensuite et achever de boire. ,
Cependant le père de l'époux donne no grand repas à ses parents dam un appartement voisin. La mère de l'épouse en donne un autre, en même temps, aux femmes invitées. La journée entière n'est qu'un long festin', où les choses se passent avec un peu plus d'enbwn et de gaieté qu'entre les nouveaux mariés. Le lendemain, f épouse, véfuede «es habits nuptiaux, et accompagnée de son époux et d'une maltresse de cérémonies, qui porïe deux pièces d'étoffes de soie, se renddans
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la seconde cour de la maÎBOD où le bean-père et la bellemère, assis chacun à Une table particulière, attendent sa visite. Les nouveaux mariés les saluent en faisant quatre prostrations devant eux ; après quoi le mari se retire dans une salle voisine, et l'épouse fait à son beaupère et à sa belle-mère l'offrande des étoffes de soie. Le reste de la journée et les jours suivants sont employés à faire les visites. L'épouse doit saluer tous les parents de son mari, en faisant quatre génuOexions devant eux. Le mari se conduit de la même manière auprès des parents de son épouse.
Tel est, en abrégé, le cérémonial des mariages clii- Qob. Nous avons remarqué que tout le monde, en Chine, professait un grand respect pour cet acte solennel de la vie de l'homme. Quand le cortège d'un mariage ridie ou pauvre passe quelque part, on est obligé de lui céder le paB. Les mandarins, même les plus élevés en dignité, s'arrêtent avec tous les gens de leur suite. S'ils sont à cheval, la politesse veut qu'jls en descendent pour faire honneur aux nouveaux mariés.
Il serait peut-être superflu d'ajouter que les mariages chinois sont rarement heureux. La paix, la concorde et l'union habitent rarement dans le ménage. Sans parler des nombreuses causes de jalousie et de discorde qui doiveut naître de la présence de plusieurs femmes secondaires dans uoe même maison, on comprend que ce serait un- bien grand hasard si les deux époux, qui ne se sont connus en aucune manière avant leur mariage, pouvaient se convenir. Lesantipathieade «araclère ne tardent pas à se manifester, et peu à peu naissent les répulsions invincibles et les haines profondes. De là.
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des querelles peqtétuelles, des rixes el souvent des batailles sanglantes. Sauf quelques rares esceptions, la femme est toujours viclime. Des pmatioos de tout genre et de tous les jours, des invectives, des malédictions, et, de temps en temps, des coups, qu'elle doit recevoir en patience, voilà son partage. Danscertaines localités, battie sa femme est une chose tellement à la mode et de boulon, que les maris se garderaient bien d'y manquer. Se montrer négligent sur ce point, serait afficher sa niaiserie, compromettre sa dignité d'homme et laisser voir à tout te monde qu'on ne comprend rien à ses prérogatives.
Un jour nous étions chez une famille chinoise que nous connaissions très-particulièrement, 11 s'était formé une nombreuse réunion autour d'une jenne femme qui était sur le point de rendre le dernier soupir. Peu de jours auparavant elle était l'image de la santé. En ce moment, elle n'était plus reconnaissable, tant elle avait la figure ensanglantée et meurtrie de coups ; elle ne pouvait ni se mouvoir, ni articuler une seule parole. Ses yeux noyés de larmes et les violents battements de soa cœur indiquaient combien étaient atroces les. douleurs dont elle était accablée... Nous demandâmes des explications sur tes causes de ce déchirant spectacle. — C'est son mari, nous répondit-on, qui a réduit en cet état cette pauvre créature... Le mari était là, morne, silendeui, presque hébété, et les yeux fixés sur sa malheureuse victime. — Quel motif a donc pu le porter à un pareil excès ? lui dîmea-nous. Quel crime a donc commis la femme pour la traiter de ta sorte... ? — Aucun, aucun^ répondilril d'une voix entrecoupée de sanglots;
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elle n'a jamais mérité de reproche ; il y a deux ans, TOUS )e savez, que nous sommes mariés et nous avons tOQJours vécti en paix. Depuis plusieurs jours j'avds l'esprit préoccupé; je me figurais qu'on se. moquait partout de moi, parce qae je n'avais jamus battu mafemme, ' et'ce malin j'ai cédé à noe pensée mauvaise. Aussitôt ce jeune homme, que nous n'eussims jamais soupçonné d'un semblable coup de folie, s'abandonna à de tardifs ei inutiles regrets. Deux jours après , cette pauvre femme, qui avait toujours été un ange de douceur et de bonté, mourait au miliev d'affreuses convulsions.
L'intérêt est le seul motif capable de mettre des bornes à la dureté des Chinois envers leurs épouses. S'ib le» traitent avec modération et ménagement, c'est quelquefois par principe d'économie ; on ménage bien une bitede somme, parce qu'elle coûte de l'argent, parce qa'oB en a besoin et parce que, si on la tuait, il faudrait le remplacer. Ce hideux calcul n'est nullement cfaimétique en Chine, Dans un gros village, au nord de Péking, nous fûmes témoin d'une violente querelle entre m mari et sa femme. Après s'être toogtemfe accablés, l'an l'autre, d'outrages et de malédictions et s'être lancé quelques projectiles assez inoffensifs, la coltre montant teujours par degrés, ils en vinrent à tout casser dans la maison. Plusieurs personnesdu voisinage essayaient de les contenir sans pouvoir y réussir. Entin, le mari saiat dans la cour un. énorme pavé et se précipita, tout furieux, vers la cuisine, où sa femme faisait tomber sa rage sur la vaisselle et jonchait le plancher de débris de porcelaine. En voyant l'homme accourir armé d'un pavé, tout le monde s'empressa d'aller s'opposer à un
malbeÙF ittihi»eat ^ mais il n'étaitplus temps ;... ce fhrieui avait lancé son pa'vé contre la grande marmite en fonte de fer et 4' avait défoncée du coup. La femmcf ne pouvant pas renctiérir sur cette extravagancp, la que:rdle cessa. Un mauvais plaisant, qui se trouvait là, dit au' mari, en riant : — Tu es un imbécile, mon frère abié ;' plutôt que de crever la marmite avec ton pavé, que ne cassais-ta la tête à ta femme? De cettemanière, tu' serais éûf d'avoir la paix dans le ménage, — J'y ai tùen pensé, répondit froidement ce gracieux mari ; mais c'eût éte une sottise. Avec deux cwits sapèques je ferai raocommoder ma marmite, au lieu que, pour acheter Jjne' femme quelconque^ il faut toujours une somme un peu forte.... Une pareille réponsen'a rien de surprenant pour ceux qui connaissent^ les Chinois.
Les femmes du Céleste Empire soot si malheureuses, ' que, dans plusieurs endroits, la vue des maux qu'elles ont à souffrir eu cette vie acoQtribuéàleur faire concevoir des espérances pour une vie future. On a le cœur pavré en voyant ces pauvres victimes d'une civilisation sceptique et corrompue s'agiter au milieu de leurs souffrances, chercher partout vainement quelques consolations, et, faute de connaître la religion chrétienne, se jeter avec * ardeur dans les extravagances de la métempsycose. Il s'est formé une secte, dite deg abitinentes, qui prend un grand accroissement, surtout dans les provinces méridionales. Les femmes qui s'enrôlent dans cette confrérie font vœu de ne jamais manger ni viande ni poisson, rien de ce qui aeu vie ; de se nourrir simplement de légumes. Elles pensent qu'après la mort leur ftme transmigrera dans un autre corps, et que, si elles
S68 L'mptu CBiiion.
ont âdèlemeot observé le Tœu des abstinenteB, eUesaurcmt le bonheur de sortir de la condition de femmes et de renaître hommea. L'espoir d'obtenir un pareil avantage les aide à pratiquer des morliâcations journalières et les soutifflit au milieu des peines et des contradietiom qne les hommesleur font endurer. Elles^e promettent, sans doute, un ample dédomma^ment après leur métamorphose, et ce ne serait peut^tre pas fùre on jugement téméraire qne de supposer que quelques-unes d'entre elles savourent déjà, par avance, un petit avantgoût de vengeance dans le cas où elles viendraient à retrouver leur mari transformé en femme.
A diverses époques de l'année, les associées de la confrérie des abstinentes font des processions à certaines pagodes. Nous en avons rencontré plusieurs fois, et c'est vraiment pitié de voir ces pauvres femmes, appuyées sur un bâton et clopinant avec leurs petits pieds de chèvre, exécuter d'assez longs pèlerinages dans l'espérance de prendre, après lear mort, une bonne revanche sur les hommes.
Mpgrt de la capitale dn HoD-pd. — Visite d'adieax an gouTerneur d« la ville. — Sépulture de deux martyrs. — Ëtat du cbristiaDisme dans leHou-pé. — Oéa sgrérnenta deJa route. — Point de vivre* dans Due Ville de trolalème ordre. — Visite au palais du prétet de la ville. — Criminel soumis à la question. — Horribles délaila d'un jugement.— Le touattkouen ou bandit chinois.— Manière de rendre la Jusllce. ^ Code des lois et'iUtuts de I* Chine. — Considérations générales ènr la législation chinoise. — Caractère pénal et matérialisle dn Code. — Défaut de précision dans certaines lois. — Principe de solidarité. — Lois relatives aux fonctionnaires. — Organisation de la famille. — De la répression des délits. — Lois rllnelles. — De l'impût et de la propriété teirilorlale. — Nombreuses létes de voleurs suspendues aux branches d'uD arbre.
Après quatre jours de repos au Jardin de la porte occideniale, nous songeâmes à reprendre notre inlermtnàbte route. Presque à bout-denos forces etde notre courage, il fallait faire encore plus de trois cents lieues, durant la saison la plus chaude de l'année et en nous dirigeant toujours vers le midi. Nous avions certes bien besoin de mettre notre confiance en la protection de la Providence, pour espérer d'arriver un jour à Macao, et de trouver un peu de repos à la suite de dos promenades excessives.
Les pr^ratifs da départ étaient déjà faits ; on avait rafraîchi et vernissé à neuf nos palanquins un peu rongés par la poussière et calcinés par les ardeurs du soleil. La nouvelle escorte avait été r^nlièrement coos-
,.cdb.GooyIc
270 LBHPlRB CHINOU.
tituée, SOUS ia présidmce de maifa'e Lt'râu, ou « saale pleureur, » et notre domestique, Wei-chan, avait commencé l'éducation de nos futurs compagnons de voyage. U leur avait insinué, en son langage pittoresque et imagé, qu'il leur serait nécessaire de se plier souvent avec beaucoup de souplesse, aBn de ne pas s'écorcher à ce qu'il pouvait y avoir d'uu peu anguleux dans notre nature. Avant de quitter déflattivement la capitale du Houpé, nous allâmes saluer Son Excellence le gouverneur de la province. Il nous reçut tout juste avec convenance .et politesse ; son langage et ses manières n'avaient rien de cetle bienveillance, de cette affabilité, qui nous avaient fait tant aimer le vénérable et excellent Pao-hing, viceroi de la province du Sse-tchouen. De notre côté, nous eûmes aussi tout simplement de rurbanitâ, et nous nous en tînmes strictement aux prescriptions du rituel. — Cheminez en paix, nous' dit-il, en nous saluant de la main. — Soyes assis' tranquillement, lui répondîmesnous ;... et, aprèsluiavoir envoyé une modeste ioclioâtion dé tète, nous sortîmes.
Il y avait tout au plus une demi-heure que nom avions quitté celte grande et populeuse ville d'(httcbang'fou, lorsque nous entrâmes dans un pays tnontueux et rougeâtre, sillonné en tous sens par une foulb de petits sentiers. Ce site nous frappa, et nons crÛDfts le reconnaître, linon» sembla qu'au commencement de l'année 1840, quand, pour la première .fois, nous traversâmes l'empire chinois, nous avions fait furtivem«itt un pèlerioage à travers les sinuosités de ces nombreuses collines. Ce souvenir plongaa notre âme dans un-ineffable ravissement de tristesse. ARu d« noue Ineii
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assurer que nous n'étions pas dans l'erreur, nous interrogeâmes un des porteurs de palanquin, et nous lui demandâmes le nom delà contrée que nous traversiMU. Htyung-chan, nous répondit-il, « la montagne rouge.» Cétait bien cela ; ce ^nom était graré prorondément dans notre mémoire.
En longeant un étroit ebemin bordé d'arbustes épineux,' qu'enlaçaient de nombreuses plantes grimpantes, nous aperçûmes^ à quelques pas de nous, sur le panchant d'une colline, deux modestes tombeaux placés côte à côte. Cette vue remplit nos yeux de larmes et nos cœurs de vives et douces émotions. Sons ces deux pierres tumultùres reposaient les précieuses retiques àe deux enfants de saint Vincent de Paul, des vénérables Clet et Perbojre, martyrisés pour la foi, l'un en 1822, l'autre en 1838. Oh ! que notre consolation eût été grande, si nous avions pu nous arrêter un instant au pied de cette colline sainte, nous agenouiller, nous prosterner sur ces tombeauxde famille, baiser avec respect cette terre consacrée par lesang des martyrs, et demander à Dieu, au nom de ces hommes forts, de ces héros de la foi, un peu de cette intrépidité toujours si nécessaire au milieu des tribulations de ce monde ; car, quel que soit le poste que nous assigne ici-bas la volonté de Dieu, nous n'en sommes pas moins les enfants du Calvaire, et notre sublime vocationaloujoursquelque fAmse de celle dn martyre.
La prudence ne nous petmit pas de nous arrêter. 11 y eût eu danger de découvrir un si précieux trésor aux nombreuses personnes qui nous accompagnaient. En 1840, lorsque nous visitâmes ces chères tombes,
ATS LZMPIU CHINOIS.
nous étions seul avec un jeune chrétien de Oa-tchangfou, qui nous serrait de guide. Voici ce que nous écrivions, à cette époque, à nos frères de France : a Lee a restes précieux de M. Clet et de M. Perbojre repo- « sent côte à c6te, sur une verte colline, au delà de h «ville de Ou-tchang-fou. Oh', qu'elle fnt enivrante « l'heure que je passai auprès de ces deux modestes « tombes de gazon ,! Sur une terre idolâtre, au tnilien « del'empire chinois, j'avais deux tertres sous mes yeui, « et une félicite inconnue remplissait et dilatait num « âme. On ne voit pas de marbre ciselé sur la terre qui « recouvre les ossements des deux glorieux enfants de « saiut Vincent de Paul; mais Dieu semble s'être chai^ « lui-même des frais du mausolée ; des plantes rapipan- « tes et épineuses, assez semblaUes par la forme à l'a- « cacia d.'Europe, croissent naturellement sur les dem «t tombes. Au-dessus de ce tapis de verdure sui^ssent « avec profusion des mimosas remarquables de fra!- « cheur et d'élégance. En voyant toutes ces brillantes a corolles s'échapper à travers on épais tissu d'épines, « on pense involontairement à la gloire dont sontcourc»- « nées dans le ciel les souffrances des martyrs. »
Les deux précieuses tombes étaient encore dans le même état; rien n'avait été changé; les pierres et les inscriptions nous parurentintacles. Seulement, le temps des fleurs était passé, et les mimosas n'épanouissaient plus parmi la verdure leurs fraîches corolles. L'beihe était desséchée, et quelques cotdons de liserons sauvages, dépouillés de leurs feuilles, rampaient d'utie tombe h l'autre, comme pour les unir, les envelopper toutes deux dans une m^e trame.
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n Taut espérer que le sang des martyrs, qui était autrefois cooime une semence de chrétiens, n'aura pas perdu, en Chine, de sa fécondité. Cette terre a été, sans doute, jusqu'ici, d'uQe bien désolante stérilité ; maïs, quand viendra l'heure Sxée par celui qui est assez puissant pour transformer les pierres mêmes en enfants d'Abraham, on verra ce sol de granit se ramollir, et faire germer de son sein d'innombrables adorateurs de Jésus-Christ.
L'état du christianisme dans le Hon-pé n'est pas aussi florissant que dans la province du Sse-tchouen. On y compte tout au plus douze ou quatorze mille chrétiens, la plupart pauvres et appartenant aux classes inférieures de la société. Les nombreuses et violentes persécutions dont cette province a été presque toujours tour- .mentée sont peut-être la cause de ces succès peu rapides dans l'œuvre de la propagation de la foi. Le petit nombre des chrétiens, et tes vexations continuelles qu'ils ont a subir de la part des mandaiïns, contribuent peut-être beaucoup à les rendre timides et à diminuer en eux cette ardeur et cette énergie nécessaires au prosélytisme. En parcourant, durant notre voyage, les points principaux de cette province, nous avons remarqué que , les chrétiens se tenaient cachés ; ils n'osaient se montrer sur notre passage; nous ne recevions pas leur visite dans les palais communaux, tout au plus en découvrions-noue quelques-uns, de loin en loin, qui faisaient furtivement le signe de la croix, afin de nous faire savoir, ce qu'ils étaient. On ne voyait nulle part ce mouvement, cet entrain, que nous avions aperçus dans les missions du Ssetchoueo, et qui dénotent, sinon une foi plus vive, du
S74 L^CMPIBB caiHOIS.
moins un zèle plus andentpaarlu conversiondes infidèles.
La mission du Hou-pé est maintenant ccmfiâe à la bollicitude des missionnaires italiens, Sous la direction de monseigneur Rizzolatti, vicaire apostolique, qui est entré dans les missions de Cbiaedepuis un grand nombre d'anoées. Sous l'influencede salongiie expérience, le vicanat du Hou-pé prenait de jour en jour des accroissemenls considérables, lorsqu'une persécution est malheureiïsemeot venue séparer le pasteur de son troupeau. Mowse^neuF Rizzolatti, arrêté par les mandarins, a été reconduit dans la cdionie ai^laise de Hong-kong, où il ïltend que des circonstances favorables lui permettent de rentrer sans imprudence au sein de sa mésion.
Nous suivîmes, durant une journée entière, un pajs entrecoupé de ravins et de collines. Le terrain nous parut peu propre à la grande culture ; aussi rencontre-t-iHi rarement des villages ; on ne voit çà et là que des maisons et des fermes isolées, oîi quelques familles, à force de patience et d'industrie, cherchent à tirer le meiltecET parti possible de ce s(4 infécond. Avant le coucher du soleil, nous arrivâmes sur le bord du fleuve Bleu, que nous dûtnes traverser pour aller coocber dans un groc bourg situé sur la rive opposée, l^e chemin que> nous avions pris en quittant Ou-tchang-fou se dir^eait vert le nord-est et nous éloignait de 'Canton. Nous fûmes contraints de marcher de la sorte pendant trois jours, afin d'éfiter une foule de petits lacs qui, à chaque instant, nous eussent barré le passage. Il fallait, d'aillenn, aller .prendre la route impériale qui^vait ensuite nous conduire directement jusqu'à la capitale du Kiai^-si. ^ous eussions bien pu nous embarquer à Ou-lchang^
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fmi éldescenckele fleuTe Bteu jusqu'au grand lac Pouyai^, mais, comme on était alors k la saison des inondations et des tempêtes, l'administration avait Jugé prudent de nous faire partir par la voie de teire. La TDuteétait plus longue, moins agréable ; maisenlin il n'y avait pas à craindre les naufrages.
Après avoir traversé le fleuve Bleu, nous fîmes noire balte dans un gros village dont nous avons oublié le nom, et te n'est'pas assurément grand dommage, car nous n'avons pas des choses bien merveilleuses a en dire.
Nous y tronvâines mauvais gtie, mauvais souper» et, en sus, une effroyable quantité' de moustiques et de cancrelats. Lé cancrelat est un gros et puant insecte du genre des coléot>lères, foisonnant en Chine, dans les pays chauds, et faisant ses délices de ronger le plus délicatement possible l'extrémité des orteils et des oreilles de ceux qui dorment.
' Nous fAmes, en général, l<^s et nourris d'une manière 'pitoyable tant que nous restâmes sur cette roule de traverse. Les mandarins suivant ordinairement, dans leurs voyages, le cours du fleuve Bleu, l'administratim locale a*a pas disposé, comme ailleurs, d'étape en étape, des palais commmiaus pour recevoir les fonctionnaires puMics. On est obligé de se loger dans de misérables anbeii^es, mal tenues, d'une saleté înéDarrable, et où l'on a toutes les peines du monde à trouver de quoi ne pas mourir de faim. Nos conducteurs y mettaient bien tonte leur bonne volonté ; Lieou, le Saule pleureur, qui nous avait promis de nous rendre la vie si douce, si poétique, tant qu'il serait avec nous, donnait vainement des ordres à ses subordonnés, et il avait la douleur de voir
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que les résultats n'étaient jamais très-brillaots. Il eo était désolé, du moins nous remarquâmes que ses yeux larmoyaient souvent plus abondamment que de cootume. D'autre part, notre domestique, Wei-chan, était furieux. Sachant que nous l'avions gardé dans l'espoir qu'il imprimerait une bonne tournure à nos affaires, il sentait son honneur froissé et sa réputation compromise , toutes les fois que nous ne trouvions pas, comme dans le Sse-tcbouen, unsuperbepalaîscommunal avecunsplen- .dide festin. Il se mettait en colère à tout propos, insultait les gens de l'auberge et maudissait en bloc toute la province du Hou-pé. A l'entendre, il eût fallu ravager, incendier la ville ou le village où nous étions, et appliquer tous les habitants à la cangue ou les exiler au fond de la Boukbarie. Nous dûmes, plus d'une fois, modérer l'extravagance de son zèle et lui bien faire entendre que, si ordinairement nous montrions une grande énergie et une fermeté inébranlable pour réclamer nos droits, Dous savionsaussi être patients lorsque les circonstances l'exigeaient et que nous n'avions à nous plaindre de la mauvaise volonté de personne. Wei-chan écoutait docileoient notre sermon, mais cela ne l'empêchait pas de harceler tout le monde. Il n'admettait pas, quand nous arrivions quelque part, qu'on ne trouvât pas aussitôt un logement vaste, frais, commode et agréable.
La veille du jour où nous devions prendre la route impériale, nous arrivâmes, vers midi, dans une ville de troisième ordre nommée ICouang-iti-kien. On nous conduisit dans une maison assez bien conditionnée, doot les appartements nous rappelaient les beaux palais communaux que nous rencontrions tous les jours dans la
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province du Sse-tcbouen. Nous étions à nous épanouir dans un frais jardin, à l'ombre des larges feuilles d'un massif de bananiers, lorsque le Saule pleureur s'en vint à nous, et, nous regardant par-dessous ses lunettes et à travers ses larmes, nous adressa ces intéressantes paroles : — Le gardien de l'établissement n'est chargé que de nous Ic^er ; te tribunal lui a fait dire qu'il n'avait pas à s'occuper des Tivres. — C'est donc l'administratioD qui s'en aviee ; on nous enverra, sans doute, le dîner du tribunal 7 — Nullement ; on m'a dit que le tribunal ne devait pas s'en mêler. — Qui donc a-t>on cbai^ de ce soin ? — Personne, nous répondit le Saule pleureur, en étendant piteusement vers nous sa main droite, pendant que, de la gauche, il élanchait l'bumidité de ses yeux avec un lambeau de toile blanche. — Personne ! nous écriâmes-nous en nous levant aussitôt de nos sièges ; qu'on fasse venir les porteurs de palanquin et qu'on nous conduise chez le préfet de la ville... Le Saule pleureur, qui n'était pas accoutumé à nos procédés diplomatiques, fut saisi de frayeur ; mais Wei-chan le tranquillisa en lui disant que nous avions fait ainsi tout le long de la route, et qu'il n'en était résulté aucun malheur.
Les porteurs de palanquin arrivèrent aussitôt et nous partîmes pour le palais du préfet. Nous avions recommandé à uos porteurs d'entrer rondement dans la cour intérieure, sans s'arrêter à la porte. La consigne fut ponctuellement observée ; mais le portier, à la vue de cette façon inusitée de s'introduire dans l'tribunaU courut après nous pour nous demander où nous allî(His. — Parler au préfet. — Le préfet siège ; il fait an
jugement de première importancO... Nous pensâmes que c'était un faux prétexte pour aous empêcher d'entrer et nous ÎDsistàmes. — Au , moins, dit le portier,
donnez-moi votre carte de visite et j'irai annoncer
Dans la crainte que le préfet ne voulût pas se laisser voir,, nous répondîmes au portier que nous n'étions pas soumis aux rites de l'empire et que nous saurions nous, annoncer nous-mêmes... Nqus ordonnâmes donc aux porteurs de continuel' leur chemin, et nous pénétrâmes, ainsi dans la cour intérieure qui précède l'entrée dq prétoire. Cette cour était encombrée de monde, et nous soupçonnâmes que le premier magistrat de la ville pourrait fort bien, en effet, être occupé à rendre la justice. Un employé subalterne du palais vint à nous, an momentoù nous sortions de nos palanquins, et nous assura que le'préfet jugeait une affaire criminelle. Nous hésitâmes un instant, ne sachant trop quel parti nous avions à prendre, de retourner au li^s ou de nous présenter daQs la salle oîi se faisait le jugement. Comme nous tenions beaucoup à n'avoir pas fait une démarche inutile, et puis la curiosité nous poussant aussi un peu, nous fendîmes la foule et nous entrâmes.
Tous les yeux se fixèrent sur nous, et il s'opéra (kns l'assemblée un mouvement général de surprise. Deux hommes à grande barbe, en bonnet jaune et ceinture, rouge, c'était quelque chose comme une apparition fan; tastique. Pour nous, subikement saisis par une froide sueur et pouvant à peine nous soutenir sur nos jambes chancelants, nous fûmes sur le point de nous évanouir. Le regard fixe et la poitrine haletante, it nous semblait être sous l'impression d'un horrible cauchemar. Le
CBAPITRI TH. 279
premier objet qui s'était préseDté k notre Tue, en entrant dans le prétoire chinois, c'était l'accuEé, le prévenu, rbomme qu'on était en (rain de juger. Il était suspendu au milieu de la salle, comme uae de ces lanternes à forme bizarre et de dimension colossale ^'on rencontre dans les grandes pagodes. Des cordes attaché^ à une grosse poutre de la charpente triaient l'accu^ lié par les poignets et par les pieds, de acrte que le corps était obligé de prendre là forme d'un arc. Audessous de lui . étaient cinq ou six bourreaux armés de liuiières. de cuir et de racines de rotin.. Les gémisse-' méats étouffés qu'esbalaîtce malbeureux, ces memtuvs déchirés de coups et presque en lambeaux, et puis ces bourreaux dans une attitude féroce et dont la figure «t les habits dégouttaient de sang, tout cela présentait un t^leau hideux, qui nous Et frissonner d'horreur. Le pubUc qui assistait à cet épouvantable spectacle parais» sait parfailiïmeot tranquille. On eût dit que notre bonnet jaune le préoccupait plus que tout le reste. Plusietu^ riaient du saisissement que nous a.Tions éprouvé en entrant dans la salle.
Le magistrat,, qu'on s'était hâté de prévenir de notre arrivée, au tribunal, se- leva de son siège aussitôt qu'il nous f^Eçut ejt traversa la salle pour venir nous recevoir. En passant tout près des bourreaux il dut marcher sur la pointe dès pieds et relever un peu sa belle robe de soie, parce que le parquet était couvert de larges plaques de sang à moitié caillé. Après nous avoir salués en soignant, il nous dit qu'il allait suspendre un in»^ tant la séance. Il nous cwduisit ensuite dansun eabinel ùtué derrière son siège de juge. INous a
D,q,i,.cdb.GoogIc
tSO L'mPIIIK CHIROU.
plut6t nonsaous laissâmes tomber sur undivaD, etaoas fûmes quelques instants avant de pouvoir recueillir nos pensées et calmer notre émotion.
Le préret de Kouang-lsi-hien avait tout au plus une quarantaine d'années ; les traits de sa fi^re, le timbre de sa voix, son regard, sa pose, ses manières, tout en lui respirait tant de douceur et de bonté, que nous ne pouvions revenir de notre étooaement. Il nous semblait impossible que ce fût là. l'bomme qui avait ordonné l'affreuse exécution que nous avions eue toat à l'heure sous les yeux. Un vif sentiment de curiosité s'empara insensiblement de nous, et nous finîmes par lui demander s'il n'y aurait pas indiscrétion de notre part à l'interroger sur la terrible aOaire qu'il était occupé à juger. — An contraire, nous répondit-il, je désire beaucoup, moimême, que vous connaissiez la nature de ce procès. Vous m'avez paru étonnés de l'extrême sévérité que je déploie envers ce criminel; le supplice qu'il endure vous a émus de compassion. Les seotimenls qui ont agité votre cœur, quand vous êtes entrés dans la salle, sont montés à votre figure, et ils ont été visibles à tout le DMHide. Mais le criminel ne mérite aucune conimfsératicHi ; si vous connaissiez sa conduite, sans doute vous ne penseriez pas que je le trùte avec rigueur. Je suis naturellement porté à la douceur, et mon caractère est éloigné de la cruauté. Le magistrat, d'ailleurs, ne doit-il pas toujours être le père et la mère du peuple? — Quel ^nd crime a donc commis cet homme, pour être soumis à une si horrible torture ? — Cet' bomme est le chef d'une bande de scélérats. Depuis plus d'un an il désolait la contrée, se livrant au brigandage sur le grand
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fleuve, qu'il parcourait nuit et jour avec une grande barque. 11 a pillé ub norabre considérable de jonques marchandes et commis plus de cinquante assassinats. 11 a 6pî par avouer tous ses crimes, et, sur ce point, la vérité a été mise au jour ; mais il s'obstine à ne pas dénoticer ses compagnons de brigandage ; et je dois employer les moyens extrêmes pour atteindre tous les coupables. Quand on veut détruire un arbre, il ne suffit pas de couper le tronc, il faut encore arracher toutes les racines, sans cela il repoussera.
Le magistrat nous raconta ensuite quelques-unes des abominables atrocités commises par cette bande de brigands. Des hommes, des femmes, des enfants, à qui on coupait la langue, à qui on arrachait les yenx, qu'on dépeçait avec tous les raffinements d'une incroyable barbarie, tels étaient les amusements auxquels se livraient, sur leur barque, ces monstres à figure humaine. Ces détails, quelque horribles qu'ils fussent, ne nous étonnaient pourtant pas. Le long séjour que nous avions faits parmi les Chinois, nous avait appris jusqu'à quel poitttl'instinct du mal pouvait se développer en eus.
Le préfet de Kouang-tsi-hien, à qui nous avions exposé en deux mots le motif qui nous avait fait commettre l'indiscrétion devenir [etroirver dans son tribunal, nous déclara que ses préoccupations au sujet de cette grande affaire étaient la seule cause des négligences dont nous avions à nous plaindre. U ajouta que nous pouvions retouraw à notre logement avec la certitude d'y trouver les choses. oi^anisées conformément aux rites; que, pour lui, il allait remonter sur son siège pour CMitinuer la procédare de son fameux criminel.
S8t LKMPIM GHIHOH.
Quoiqu'il fût déjà tard et que nous n'eussitHis eacon (HÏe dans la journée qu'une légère oolMion, nous nous trouvions médiocrement disposée à nous mettre à table. L'appétit s'en était allé au milieu de tout ee que nom avions vu et entendu d^uis que nous étions entrés an prétoire. NousdemandftmeS'aiiBiagistrats'ilverraît'quelque inconTénient à nous permettre d'assister un instant an jugement. Notre désir parut le surpreddre etl^en»barrasser un peu. Après quelques minatesdeTéfleiim, il noua dit : Si vous entrez dans la salle, je cnaiiis que votre présence ne soit pour tout le monde un sujet de préoccupation. On n'a jamais vn.dansces ctniirées, d'hommes des pays occidentaux. Les of6ciers du tribunal pburraientdifticilement apporter à leurs fonctions' l'application convenable. Cependant vous pouvez, sS voua le désirez, rester dans ce cabinet ; d'ici, il vous sera facile de tout voir et de tou( entendre, sans être apepçoj de personne. Il appela aussitôt un domestique aoquel il ordonna d'ouvrir une large fenêtre et d'abaisser m treillis en bambou. Pendant que nous nous arrangitms derrière cette grille, le juge rentra dans la salle, monta sur son siège et la séance recommença, quand les satellites, les bourreaux et les officiers dn tribunal euMnt crié par trois fois : Q^'on soit modeitt' ePrtltpecluAtx'!
Après avoir rapidement parcouru des yeux quelques pages d'un long cahier manuscrit qui, sans doute, était une des pièces du dossier, le juge chargea un foncticn^ naire, qui se tenait debout à sa gauche^ de demander à l'accusé s'il ne connaissait pas un nommé Ly-fai^} qui exerçait autrefois le métier de for^ron dans UB village voisin qu'il lui désigna. Nous noéb déjà dit qoé
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les mandarins, ne pouvant jamais exercer de chai^ dans leur propre province, ne connaissaient pas suffisamment: les idiomes des pays où ils se trouvaient, et qu'ils étaientobligés de se servir d'interprète toutes les fois qu'ils avaient à interner un homme de coodition inférieure/ Le fcBctionnaire interprète'^duîsit la question du juge à l'accusé. Celuirci souleva un peu la tète, qu'il tenait, affaissée sur . sa poitrine, lança un regard de bête fauve vers le juge, et répondit,. sur un ton plein d'insolence, qu'il avait entendu parler (ie Ly-fang. — Le connais-tu; as-tu eu des relions avec lui? — J'en ai ent^Mht parler, je .ne le connaia.pas. — Comment, tu ne le connais pas ? Il est démonù^ pourtant que cet homme' est resté longtemps sur ta barque ; ne persiste pas à ré-. pondre des mensonges ; parte avec nettetci : connais-tu Ly-fang ? — J'en aï entendu parler, je ne le cfmnais pas... Le mandarin choisit sur la taUe un long jeton en bambou, et le lança au milieu du prétoire. .Un chiffra est écrit sur ce jeton, et désigne le nombre de coups que doit recevoir l'accusé, en observant toutefois que les exécuteurs doublent toujours le nombre fixé par le magistrat. Un des bourreaux ramassa le jeton, examina le chiffre et cria, en chantant : Quinze coups ! C'est-à-dire, que l'accusé devait en recevoir trente, qui,, multipliés eucore par le nombre des bourreaux, devait fournir uu total effrayant. Il se fit aussitôt un mouvement dans l'assemblée;. tous les yeux se fixèrent, avec une ardente curioBilé, tantôt sur le malheureux accusé, tantôt sur. les bourreavx. Plusieurs souriaient et s'arrangeaient de, leurmieui, comme des gens qui s'apprêtent à contempler quelque chose d'intéressant. Les bçurreaux prirent.
tS4 L EllPIRS GBIROIB,
leur position, et bientôt on vit toumoyer et se balancer, sous une g^éle de coups, le corps du criminel, qui poussait des cris effroyables ; son sang jaillissait de toute part, coulait le long des verges de rotin, et rougissait les bras nus des bourreaux.
Il nous fut impossible de soutenir la vue d'un pareil spectacle. Nous demandâmes à un officier du tribunal, qui était avec nous dans le cabinet du préfet, s'il n'y aurait pas moyen de sortir sans traverser la salle du jugement. Il nous engagea vivement à attendre la fin de la séance, pourvoir, disait-il, comment ons'y prenait pour détacher l'accusé. Cette proposition nous ayant peu souri, il eut l'obligeance de nous reconduire par un long omv ridor, jusqu'à la porte où nous attendaient les palanquins. — Ce criminel est un bon kouan-kouen, nous dit l'officier en nous quittant. Dans votre pays y a-t-il un grand nombre de kouao-kouen ? — Non, lui répondimes-nous, cette classe d'bommes est inconnue cbei nous.
Il serait <1ifficile de trouver dans la langue française un équivalent de ce mot kouan-kouen. Il est donné, eu Chine, à une race de bandits qui se font un jeu et un honneur de fronder les lois et les magistrats, de commettre des injustices et des assassinats. Donner et recevoir des coups avec impassibilité, tuer les autres avec sang-froid et ne pas redouter la mort, voilà le sublime du genre. Les kouan-kouen sont très-nombreux en Chine ; ils forment entre eux des associations et se soutiennent mutuellement avec une imperturbable fidélité. Quelques-uns vivent isolément et ce sont les [dus féroces. Ils regarderaient comme indigne de leur valeur
CHAPITltE TH. SSS
d'avoir un associé, un appui quelconque ; ils ne veulent compter que sur l'énergie de leur caractère. Rien n'est comparable à l'audace de ces hommes. Les crimes les plus atroces, les forfaits les plus extravagants, ont pour eus un attrait irrésistible. Quelquefois ils vont, parfierté, se dénoncer eux-mêmes aux magistrats. Us font l'aveu de tous leurs crimes, s'appliquent à en fournir des preuves irrécusables, et demandent à être jugés ; puis, quand on instruit le procès, comme, d'après la législation chinoise, l'aveu du coupable est nécessaire, ils nient toutce qu'ils ont d'abord avoué, et endurent avec un stoïcisme inébranlable tous les genres de torture auxquels on les applique. On dirait même qu'ils trouvent un certain bonheur à voir leurs membres broyés, pourvu qu'ils puissent braver la justice et pousser à bout la colère des mandarins. 11 leur arrive souvent de les compromettre et de les faire casser ; c'est alors un de leurs plus beaux triomphes. On rencontre dans toutes les villes de la Chine de nombreuses collections de petites brochures, qiii composent en quelque sorte les fastes judiciaires et les causes célèbres de l'empire. Elles renferment les dramatiques biographies des plus fameux kouan-kouen ; le peuple dévore ces brochures, qui ne coûtent que quelques sapèques,
La manière de rendre la justice, en Chine, est extrêmement sommaire. Il est permis d'avancer, sans crainte d'exagération, qu'il y a, en France, quatre fois plus de JQges que dans tout l'empire Chinois, cette simplification, il faut en convenir, n'est nullement favorable à l'accusé, pour lequel il existe très-peu de véritables garanties. Sa fortune et sa vie dépendent presque toujours du caprice
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et de la rapacilé- des maDdarim-. Les tribiHiaux orâiiiait< res ne sonicoioposés que d'an seul juge. L'accasése tient à geDOui pendant le procès; le tnagiatrat rinferiY^, et il est seul pour apprécier la valence ses réponses. Point d'avocat qui prenue lù défrise ; on admet qael> quefois ses parents ou ses amis à plaider sa canse ; mais c'est une pure condescendance du mandarin, et un effet de Bo» bon plaisir. Les témoins à charge ou à décharge se trouvent souvent dans une ponction pire qae celle de raccusé, car, si leurs dépositions ne plaisent pas aux juges, ils sont à l'instant fouettés et souffletés ; an bouireau, chargé de les rappeler à Tordre, est toujours placé à leur côté. Ainsi l'accusé est absolomeot àla merci du mandarin qui le juge, ou ipliitàt des officiers subalternes du trihunal, qui ont déjà préparé'â l'avance la procédure, d'une manière' foiorahle di» coitf traire à l'accusé, suivant l'a^otqa'ils ont reçu. . Cicéroo nous a fait cono^tre, avec son énei^îqne éloquence, la méthode de l'iafâme Vetrès, quand il tai~ dait la justice en Sicile. « Les condamnés, dit-il, sont « renfermés dans la prison; le jour de lenr supfdice « est fixé ; on le commence dans la personne de leurs pa- « rents, déjà si malheureux. On les empêche d'armer a jusqu'à leurs Sis ; on les empêche de leur porter de U « nourriture et des vêtements ; ces malheureux pàvs « restaient étendus sur le seuil de la prison. Les mères « éplorées passaient tes nuits auprès du guii^et taiai (K-quilee privaUdes demiersi embraesemeiits de leurs A enfants ; elles demandaient pour toute faveur qu'il leat « fût permis de reco^llir leur dernier soupir. A la porte M veillait l'inexorable geôlier, le bourreau du ftéiau.
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« la mort et la terreur des aUiés etdes citoy^s, le licteur «Seslius, qui levait une tàie.Bur chaque géniisseinenty « sur chaque douleur. < — Pour ^trer, disait-il, -t6u< u medonnerez tant, tabtpour introduire iddes aliments; « poBonne ne s'y refusait. — Et tous, combien me « donnerra-TOus pour que je fasse mourir votre fils d'im « seul a>up ? Combien pour qu'il ne souffre pas lon^ « tempe? Combien pour qu'il ne soit pas frappé plu- «: sieurs fois ? Combien pour que je l'expédie sans qu'il « le sente,, sans-qu'il s! en aperçoive ? Et ces afireux ser- « vices, il fallait encore les payer an licteur (1 ) I :>> Il nous a toujours semblé que Verres avait dû avinr quelque- oonnaj^nce des usages chinois, tant nous a paru frappante la ressemblance entre les procédés des muidarinsdu Céleste Empire et ceux du préteur de Sicile...
Tout condamné a droit de faire appel aui tribunaux supérieurs et de poursuivre sa cause à Péking même, par-devant la cour souveraine. Pour arriver j,usque-là, il faut mettre en mouvement tant d'inÛuences et faire agir des ressofis si nombreux, que la plupartdes affaires se bàalent ordîna^^ment dans le? provincea. La justice chinoise est très-sévère pour les voleurs et les perturbateurs du repos public. Lies peines les plus ordinaires sont : la bastonnade, les amendes, les soufflets avec d'épaisses semelles de cuir, la cangue ou carcan portatif, la prison, les cages en fer où l'on doit rester accroupi, le bawissement dans l'intérieur de l'empire, l'exil perpétuel ou temporaire en Tartane, et la mort, qui se
(l}Cïc«ro,ï>i Verrem, De tupplieiit.
tSS kUPiu cflraon.
dcHine par stran^lation ou décapitation. Les rebelles sont coupés en morceaux, on mutilés de la manière la plus borrible. L'application des peines est le plus souvent arbitraire et précipitée, à l'exception toutefois de la peine de mort, pour laquelle, hors certains cas très-rares, on dcHt attendre la ratification de la sentence par l'empereur.
11 existe, en Chine, un code très-détaillé, une sorte de Corpi du droit chittois, comme diraient les légistes européens. 11 a pour titre ; Ta^tting-lu-Iii c'est-à-dire « Lois et statuts de la grande dynastie des Tsing. » Ce livre curieux a été traduit du chinois en anglais par sir Geoi^;eâ Thomas Staunton, sous le titi;e de Code pénal de la Chine. Un tel titre parait d'abord inexact et peu conforme au texte chinois et aux matières dont il est traité dons le cours de l'ouvrage, où il y a autre chose que le système des lois criminelles de la Chine. 11 est partagées sept divisions, dont voici les sujets : 1* lois générales ; 2° lois civiles ; 3° lois fiscales ; 4° lois rituelles ; 5° lois militaires ; 6' lois criminelles ; 7° lois sur les travaux publics. Cette qualification de Code piiud, quoique peu littérale, nous parait pourtant assez logique.
Ceux qui ont observé sérieusement les institutions et les mœurs chinoises ont été frappés de deux choses, bien propres en effet à exciter l'attention. D'un côté, c'est le caractère pénal affecté par la législation du Céleste Empire. Chaque prescription de la loi, chaque règlement, est l'objet d'une sanction pénale, non-seulement dans l'ordre criminel, mais encore dans l'ordre purement civil et administratif. Tous les manquements, toutes
.CEAPITRB TH. 289
Ifô irrégularités qui, dans la législation européenne, peuvent tout au plus entniiner des déchéances, des incapacités, des nullités, ou Uen seulement une légère réparation civile, sont punies, en Cbioe, par un nombre déterminé de|coups de bambou. Il pourra être intéressant de rechercher la cause de ce caractère particulier de la loi chinoise.
O'uD autre côté, la Chine tout entière, avec sa religion officielle, ses mœurs publiques et privée?, ses institutions politiques, sa. police et son administration, toute cette immense agglomération de trois cents millions d'hommes, parait être assise sur un principe unique, pivot de toute la -machine. Ce principe, dont nous avons souvent parlé, est le dogme de la piété fitiale, qui a été étendu au respect dû à l'empereur et à ses délégués^ et qui, en réalité, ne parait être autre chose que le culte des vieilles institutions,
La civilisation chinoise remonte à une antiquité si reculée, qu'on a beau scruter son passé, on ne peut jamais découvrir les traces d'un état d'enfance chez ce peuple. Ce fait est peu ordinaire, et nous sommes habitués, au contraire, à trouver toujours un point de départ bien délerminé dans l'histoire générale des nations, et les documents historiques, les traditions, les monuments qui nous en restent, tout nous permet de suivre, eu quelque sorte pas à pas, les progrès de chaque civilisation, d'assister à sa naissance, de constater son développement et sa marche ascendante, enSu d'être les témoins de sadécadenée et de sa chute. Pour les Chinois, jl n'en est pas ainsi; ils paraissent avoir toujours vécu au milieu de la civUisatioD que noas leur connaissons aujourd'hui et les
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lOO l'upim cbiikhs.
dobnées de l'tûâtiquité sont de nature k confirmer cette
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U ne serùt donc pas téméraire de supposer qu'il a dû se produira quelque érénement mystérieux et de la plus haute impcH^DCe, qui a initié braequement les Chinois à ce degré de cirilisation qui nous étonne. Ce fait a dû profondément frapper l'imagination de ces peuples. De là le respect, la véuération, la reconnaissance, pour les premiers fondateurs de leur vieille monarchie, qui les ont ainsi conduits à la lumière dNme manière si rapide. De là encore le culte des. ancêtres, des choses anciennes, de ceux qui, dans l'ordre politique, tiennent la place que le père et la mère occupent dans la famille. Les Chinois, en effet, ont toujours attaché l'idée de saint et de mystérieux à tout ce qui est uitique, à tout ce qui a traversé les siècles passés; ce respect généralisé a pris le nom de piété filiale. ' Ce sentiment, poussé jusqu'à l'exagératibn, a?ait pour conséquence nécessaire d'abord l'exclusivisme et même le mépris à l'égard des nations étrangères, des barbares, et, en second Heu, la stabilité dans la civilisation, qui est restée à peu près ce qu'elle était au commencement, sans pr^resser d'une manière sensible.
Les réSesiona qui précèdent nous permettront de restituer aux lois relatives à la piété filiale leur véritable importance politique et sociale.
' De même que le style c'est l'homme, les législations, qui sont le style des nations, reflètent fidèlement les mœurs, les habitudes et les instincts du peuple pour lequel elles ont été faites, et l'on peut dire de la législation chincHse qu'elle est le peuple chinois bien défini.
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. Les habitaiitsda Céleste Empire manquant de'crojan> ces religieuseB et virant an jour le jour, sans trop s'inquiéter ni dn pMsé ni de l'aveair, prorondément sceptiques et insouciants de tout ce qui touche au c6té moral de l'homme, n'ayant euQn de l^nei^e que pour amasser des sapèques, on comprend qu'ils ne peuvent éWe maintenus dans l'accorapliesement des lois par le sentiment du devoir. Le culte officiel de la Chine ne possède, en effet, ancun des caractères qui constituent ee qu'on appelle proprement line religion, et doit être, en conséquence, insuffisant pour donner aux peuples les idées morales qui font plus pour l'observance des lois que la sanction pénale la plus lerrible. Il est dès lors tout naturel qûè le bamboii soit l'accessoire nécessaire et indispensable de chaque prescription légale. La loi chinoise présentera donc toujours un csractère pénal, même lorsqu'elle aura seulement pour objet des intérêts purement civils ou adttiinistratife. ' ' Chaque' fois qu'une législation est obligée de prodiguer les peines, ou est en droit d'affirmer que le milieu social dans lequel elle est en vigueur est vicieux. te Code pinat de la Chirïe est une preuve de la vérité de ce principe. Les peines n'j sont, pas graduées d'après la gravité monde dû délitconsidéré en lui-même ; elles âépendent, au contraire,* de l'importance du préjudice Causé par le délit. Ainsi, la peine infligée au vol est proportionnelle à la valeur àe l'objet volé, d'«près une échelle spéciale dressée à cet effet, pourvu qu'au vol iiè se âoit pas réunie une des cit^xinstances qiiî ea font un crime particulier et spécialement réprimé par la loi. A ce pcrint de vue, |a législation pénale est basée sur le prin-
191 LIMPni CBmois.
dpe utilitaire. Cela De doit pas étonaer : le matérialisme de la toi chiaoise s'oppose à ce que le caractère moni de l'acte punissable soil pris en coasidération exclusive ; elle ne voit que le positif.
La présence du principe utilitaire dans une législation indique assez généralement que le lieo social est artificiel, qu'il ne repose pas sur les vrais principes qui consliluent et conserrent les nationalités. L'immense population de' la Chine, dépravée, par l'absence des croyances religieuses et de toute éducation morale, absorbée par le culte des intérêts ntatériels, ne subsisterait pas longtemps en corps de nation et-swait bientôt démembrée, si l'on venait sûbslilDer brusquement, à l'étrange législation qui la gouverne, une lég:islali<Hi basée seulement sur les principes du droit et de la justice absolue. Chez un peuple de spéculateurs et de sceptiques, comme le sont les Chinois, le lien social doit se trouver dans la loi pénale, et non pas dans la loi morale. Le rotin et le bambou sont la seule garantie de l'accomplissement du devoir.
Et ce but ne saurait être encore atteint, si les mandarins cbaVgés de faire exécnler la loi ne trouvaient dans la loi elle-même la plus grande latitude possible. C'est ce qui explique le vague et le manque de précision qu'<»i remarque souvent dans le Codt pénal de la Chine.. Trèssouvent il lui arrive de ne pas définir, de ne pas qualifier les délits, ou, du moins, de ne le f^ire^que trèsimparfaitement ; de sorte que les magistrats ont la plus grande latitude dans l'interprétation de la loi, qui est, entre leurs niaios, d'une élasticité mcrv^Ueuse; elle semble faite tout exprès pour favoriser l'esprit iracaasier,
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GBAPITRB Til. 293
oppresseur, el surtout voleur, desmandarius chargés de l'appliquer; car, en l'absence de textes clairs et précis, ils trouvent toujours le moyen d& faire rentrer dans la catégorie des faits punis parla loi, des actes d'ailleurs très-innocents, ou qui, tout au moins, ne sauraient jamais subir l'action des lois positÎTes.
Ainsi, pour en donner un exemple, on trouve dans le tome I", page 274, du Code j>it\al, un article ainsi ccmçn : « Quand un marchand, après avoir observé la a nature des aBàîres que font ses voisins, s'assortit et K met des prix à ses marchandises, de manière à ce que « ses voisins ne puissent pas vendre -les leurs, et à ce « qu'il lut en revienne un bénéfice beaucoup plus grand « que celui qu'on fait ordinairement, il sera puni de «quarante coupa de bambou. » Quel est le marchand qui pourra être à l'abri des vexations du mandarin avec un pareil article toujours suspendu sur sa tête? En voici un autre qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer de plus odieux en ce genre, « Quiconque tiendra une « conduite qui blesse les convenances, et telle, qu'elle a soit contraire à l'esprit des lois, sans qu^elle dénote a une infraction spieiale à aucune de leurs dispositiong, u sera puni au moins de quarante coups, et il en rea cevra quatre-vingts quand Yitwonwnance sera d'une K nature plus grave. »
Les deux articles que nous venons àe citer suffirait à un mandarin pour rançonner tous, les habitants de sa juridiction et faire jpromptement une grosse fortune.
Mais ce n-était pas assez ; le chef-d'œuvre de la législation cbintùse en cette matière se trouve dans un
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294 l'empibb chinois.
vaste système de solidarilé qui rend en quelque sorte chaque sujet de l'empire garant de la conduite de son Toisin ou de son parent, de son supérieurou de son inférieur. Les foaetioniuïres publics sont principalement sonmis à celte terrible responsabilité comme nous verrons plus bas, et tes simples particuliers n'en sont pas exempts» Ainsi, dans chaque diviaioh territoriale composée de cent familles, il y a un chef «ommé par ses concitoyens pour veiller, avec six assesseurs, à la per^ oeptiou des impôts^ et à l'acquittement des autres droits et services publics (1).
Ce chef est responsable 4'une foole de délits qni peuvent se commettre dans son district Quand lef terres sont mal cultivées, la peine qu'il encourt Sotte entre vingt et quatre-vingts coups, suivant l'étendue du terrain en contravention (2),
Voici ce qu'on trouv« au chapitre premier du tome second : u Le crime de haute trahison est celui qu'<»i a commet, soit contre l'État en renversant le gouver- « neiuenl établi, ou en essayant de le faire, soit contre u lesouverain en détruisant le palais dans lequel il réa side, le temple où sa- famille est adorée, ou les toni' a beaux dans lesquels reposent les restesde ses ancêtres, «ou en tentant de les détruire.
« Toutes les personnes qui seront convaincues d'à- « voir commis ces forfaits exécrables, ou d'avoir eu te a projet de les commettre, subiront la mort par une « exécution lente et douloureuse, soit comme partie « principale ou comme complices.
(I) Tome l,p. ]&:.
(1) Tomel, p. I7t.
seth
a Tous les parents mâles des personnes tonvAint^es 8 6es forfaits ci-dessus^ au premier degré et igés de « soixante ans ou de [dus de soixante, ntimméoient : le « père, le grand-^père, les fils, les petits-fils,, les oncles <( pateniels et' -tons leurs fils respectifs, sans aucun « égard pour le lien de leur résidence, ni pour les iita firmités naturelles ou sarvepues à quetques-unb' «d'eux, seront décapités indistihclement.
u Tontes les personnes qui connaîtront des coupables' a de haute trahison, ou des individus qui aurool l'inten- «(' tion d'eu coDiraettte le crime, et qui connireront audit « crime en n'en dénonçant pas les auteurs, seroiit dé^ « capilées. -n '
■ Cet épouvantable principe de la .Solidarité langue i notre intelligence et à notre censcienœ de chrétien ; it est pourtant tout naturel qu'il soit, en Chine, d'une appNcation éner^que et constante. Quand on envisage! une nation composée de trois cents millione d'hommesj sans croyances religieuses, exclusivemait livrée à toas les hasards de la spéculation, on conçoit qu'il ait fallu dés movens peii ordinaires pour réunJr sous une même domination des éléments si rebelles, et maintenir l'uniVé politique de ces innombrables populations.
Et cependant' tontes cesirigueors ne sauraient empè^ cher les commotions politiques,, et les annales de ce peuple étrange sont là pour nous prouver que Ik Cfainb est le pajs le plus révolutionnaire du moAde. C'est qa'én effet, aVetde tels systèmes, on nb peut gHière fondit^ qu'un ordre facliceL Ix moindre' souffle euffit pour comt (ïromettre la solidité d'un édifice3lp^iblement,'msî»Bi mfil assis. Gda prouve encore ce dont -aUraienLété ca-
S8S l'smpibb cBinoie.
pables les CbiaoU, s'ils avaient voulu profiter des lumières que le dirisUanisme a répandues en si grande abondance sur les peuples occidentaux. Cest. en vérité, on grand spectacle que celui que nous présente la Chine : il y a quelque chose de profondément mystérieux dans cette civilisation si antique, ayant pu ré> sister, jusqu'à ce jour, au flux et reflux des révolutions, et se soustraire à une ruine complète, en dépit de l'instabilité de ses bases, de la fausseté de ses principes «t du peu de moralité de ses concitoyens.
Malgré les nombreuses imperfections que nous venons de signaler, le Code pénal de la Chine peut néanmoins être considéré comme un des beaux monumentc de l'esprit humain. On y retrouve tous ces grands principes que les législations modernes sont si fières de posséder. Les circonstances atténuantes, la noo-rétroaotivîté dans l'application des lois pénales, le droit de faire grâce accordé au souverain, le droit d'appel, le respect de la liberté individuelle garantie par la responsabilité des magistrats chargés de la répression des délits, la confusion des peines, dans le cas de conviction de plusieurs délits entraînant des peines différentes : voilà autant de principes reconnus par la loi, et qui protègent le peuple contre la tyrannie des mandarins.
Cependant, chose digne de remarque, la science du droit n'existe pas en Chine ; le ministère des avocats est inconnu ; il n'y a pas non plus de jurisprudence. On troilve bien quelquefois, dans tes édits publiés par les empereurs pour la confirmation des silences prononcées contre de grands coupables, un rappel des sentences précédentes rendues dans des circonstances
GHAPITAK VII. 29 7
aoalc^es ; mais un tel usage c'a d'autre but que de justifier un acte qu'on pourrait peut-être cousidérer comme une dérogation à la loi, ou d'expliquer, par un précédent, Finterprétation particulière d'un texte du' Code- Ces rappels ne sauraient constituer ce qu'on entend par jurisprudence. Chaque magistrat chargé d'appliquer la loi l'interprète d'après sa manière de voir et l'esprit général de la législation, Mais il n'y a pas de doctrine spéciale qui veille à ce qu'on ne s'écarte pas des principes du droit chinois ; par suite, il n'y a pas en Chine de jurisconsultes.
On prend toutefois certaines mesures, non-seulement pour que les magistrats entendent parfaitement les lois qu'ils sont chargés d'appliquer, mais encore pour vulgariser, autant que possible, la connaissance du Gode parmi le peuple.
Ainsi il est ordonné i tous les officiers et employés du gouvei'nement de faire une étude particulière des lois. Une disposition spéciale du Code exige qu'à la ha de chaque année, et dans toutes les localités, les oiâciers soient examinés sur les lois par leurs supérieurs respectifs ; si leurs réponses ne sont pas convenables, ils subissent une amende d'un mois de leurs émoluments, s'ils sont officiers du gouvernement, et reçoivent quarante coups de bambou, s'ils occupent des emplois inférieurs. Tous les individus, laboureurs,- artisans et autres, qui, pour leur premier délit commis par accident ou par lafante d'autres personnes, sanront expliquer les lois, leur nature et leur objet, seront excusés etcelaxés(l).
(ijTomel, p. lia.
298 L'ianu GBHIOIB.
Quoique les mandarins cbinoia jouissait -d'une gramiei puissaaoe, leur sOrt n'est pas auasi brtitaot qu'on <0 rimagioe communément. Ils ont, il est Tiai, beaucoup de facilité pour s'enrichir rapidemeut,' et, s'ils soat capables et habiles, arriver assez vite aux premiers em-i plois. Mais jamais ils oe.sont sûrs' du.lendsnuiip; ,il suffit d'un caprice de l'empereur, d'une â^onciatitUf d'un ennemi riche ouJuâuent, pour, les Wre casseTi envoyer en- exil, et quelquefois même à la mort.. ' ,'
Les emplois puMios sont ausâ pechercbés eo ChiiM qu'en Europe'. Ils le sont même peut-être daTantagCj à Von en juge par les (fféeautionsqui ont été prises peur éviter les sullicilations, «t oelie fièvre du:/bnçftoiMtarisme, qui aeicité, parmi nous^ tant d'indignation dans ces derniers- temp^.- Ces précautions sont trop curieuses pour que nous ne les fassions pas connaître, Peut-étof jugera-t-on à propos de faire en France quelque chose de semblable.
Le nombre des oraciers, dhns chaque -tribunal et dans chaque administraUon, est fixé par la loi. QnJcoi;^ que sera nommé officier surnuméraire, ou sera cause qu'un autre le devient sans faire partie du nonilve fixé par la loi, subira cent coup» de bambou, et unaccrois? sèment de peine par chaque surnuméraire dont il aura causé la nomina^on (I). — Si pareUle loi était eu vigueur dans notre pays, il est probable que l^rdeur des solliciteurs et le bon vouloir des protecteurs seraient ^ngulièrement refroidis. Itfais voici qui est prod^ieus,.
« Quand des officiers civils du gouvernement, qui
(1) Tomel, p. 8T.
-CBAPITM VU, i9»
«ne sont paa «^stingués par des. services énûaeats « rendus ài l'Etat, secoal recemtaaaàés aux boatés de (t t'emperear, comme digoea de pins grands booneurSy R ces officiers, et ceiïi qui lefl auroat recommaDdés eer' « roDtmïsen pdson et condamnés àëtre décapitéS'(l). «Lee adressée envoya àJ'erapereur en faveur ifun « des grands ofticiere de l'Etat soat cmisidérées commtf « ^prouvant r«(isteace d'une machination traitr«ssey « subversive du gouvernement, et leurs auteurs. aooA « punis de'mort, aiDsi-que.l'Dfficier^.ot^et<'de la lettre, a.8''il aparticipé au délit (3|. » . ' ■ ' ■ . ■ \. . Cette sévérité «xcesùve ne saurait. avoir seulement pour but de couper court à l'intrigue, «td'en^ècber de» ambitieux incapables d'arriver aux prsoùers emplois de l'État ; la toi vetkkprincipaleRienl s'opposer à ce que la moindre atteinte soil portée' au pouvoir de l'empereur^ Duis un vaste empire comme la Chine, et avec des populations t[ne ne retient pasle /reiade la religion et delà morale, on comprend que la souv^aineté soit ombra« geuse, et qu'elle, tremble en quelque sorte devant ces grands fooctionnairos, dépositaires d'un 'pouvoir qa^ leur peroiettraiti s'ils l'osaient^ de secouer le joug et de compromettre la solidité du Iràoe. Aussi la, loi cfainoisé est-elle d'une sévérité outrée pour le plus léger manquement au 'respect dû à l'empereur. «11 est défendu, « s«U8 peine 'de quatre-vingts coups de bambou, d'em- « ployer, dans une adresse à l'empereur, le.nom appel- «iatif deiSa > Majesté ; sous peine de quarante coups, « de s'en servir dans "une instructioù au peuple ; sous
l'i) Tomel, p. 9&.
(2) Tomel, p. 113.
300 l'upiiib chinois.
€ peine de cent coups, de le prendre pour soi ou pour a d'autres (1). » Enfin, le bambou sert'encore à réprimer le délit de celui qui lance des projectiles contre les résidences ou les temples impériaux
Les lois qui ré^sseot les fonctionnaires publics en Chine, quoique d'une grande eéTérité, sont néanmoins tempérées par de» formes ayant un certain rapport aTec ce qu'on appellei eu France, la garantie constilutionnelle.
Lorsqu'un officier du gouvernement, à la cour ou dans la province, commet un délit contre les lois, soil comme homme public, soit comme simple particulier, son supérieur, dans tons les cas importants, en soumettra à l'empereur un détail circonstancié, et l'on ne pourra procéder au jugement du coupable «ans la sanction expresse de Sa Majesté (2).
Les personnes privilégiées ne peuvent être poursuivies, pour délits contre les lois, que sur l'ordre positif de l'empereur, à qui toute la procédure devra être portée, ()Our, parlui, être statué définitivement. Mais le privilège cesse quand il s'agit de crimes qui tiennent de la trahison ; Ces crimes sont : la rébellion, la déloyauté, la désertion, le parricide, le massacre, le sacrilège, l'impiété, la discorde, l'insubordination, .l'inceste (3). , C'est surtout à l'égard des fonctionnaires publics que le système de responsabilité pénale, dont nous avons parlé plus haut, reçoit une application énergique. Chaque fois que les tribunaux, ou corps de fohctionnures
(I) Tome I. p. 110., (11 Tomel. p. 39.
(a) Tomel, p. -n.
CHAPITBB VII. 301
se sont reD<3us coupables, en prononçant des décisions erronées, ou contraires aux lois, ou trop douces ou trop séTëres, ou bien en apportant de ta n^ligence dans les poursuites, c'est le greffier qui est considéré comme auteur principal du crime ; tous les autres membres sont aussi punis, mais d'une peine, moindre, en descendant jusqu'au président. En Chine, plus les officiers sont inférieiirs, plus leur responsabilité augmente ; car OD admet que le crime ne se serait peut-être pas commis, s'ils avaient refusé leur ministère. Ainsi les employa suballenies sont eiposés à des peines terribles, s'ils prêtent leur concours à un acte illégal, et à tous les ressentiments de leurs supérieurs, s'ils s'y refusent. Ailleurs une position semblable serait impt^ible ; mais, en Chine, les fonctionnaires n'ont peur de rien, parce qu'ils sont assurés d'avoir toujours quelque. moyen de se tirer d'sLffmre.
Un chose encore digne de remarque, dans la loi que nous venons de mentionner, c'est qu'on fasse un crime aux tribunaux d'avoir rendu une décision erronée. Ce serait, en Europe, un singulier spectacle que de voir les juges bâtonnés lorsqu'ils se sont trompés. Eu Chine, un tribunal.n'est pa6 seulement punissable pour un arrêt inexact rendu sur le fait dont la connaissance lui est tout naturellement attribuée ; il l'est encore en appel, lorsque, par exemple, un tribunal supérieur confirme une décision erronée d'un tribunal inférieur, ou encore lorsqu'un tribunal inférieur confirme ladécision erronée qui lui a été renvoyée d'un tribunal supérieur.
La responsabilité des officiers subalternes va si loin, qn'il peut se présenter des cas où ils seront punis de
30S l'hiviii caimis.
mort, parw qa'une lettïe aura été ma) cachées. Qo&iid le sceau officiel sera mal apposé, ou apposé renversé; tous lesofSciersrespcmsàblesdeSaD'appontionreceTTODt qDafav-TÏDgte coups, et, si le destiuataire, par suite de cette irrégularité, d6ute de l'autbeoticite de l'acte, hésite pour l'exécuter, et qa'une opération militaire soit ainsi manqnée, le commis de bureau sera mit à mort (1). ' La cspaiGité mile des -fonctionnaires est restreinte dans certaines limites, et c'esilà, peut-être, une des dispositions les plus sages' de la législation Chinoise. — U est défendu à tous tes officiers du goUTemeraent qui ont une juridiction territoriale, et à leurs eooiniis ou greffiers,d'scquérir des terres dans l'-^lendoedetearjaridic^ tionetpendaottouteladuréedeleor autorité (4). — Il est mcore défendu aux officiers du gouTememoit, dans les tilles de premier, de deuxième et de troisièine ordre, de prendre une femme habitant dans l'étendue de leifr Jnridi'ctbQ & peine de qu«tre-vhig;ts coups de bambou. L'ofOcier coupable recevra cent coups, si le Uari ou të père de la femme a un procès devant son tribanai ; il subira la même peine, s'il fait épouser cette femme à son Als, petit-tils, frère cadet, ou neveu (3).
- L'échelle pénale établie par le Gode est très-siinpie. La peine la plus ordinaire est la cai^iie et les coups de bambou, appliqués tanlAt du gros iMUt; tantdt dy petit bout, et pouvant varier de qualre-ril^ à Cent. La peftie de soixanteà cent coups se combine souvent avec un bannissement temporaire ou perpétuel et aveC ta marque.
.(OTonwI.p. I3fr.
CHAPITBX Tn. 303
La peine de mert «st exécutée par straogHlation oii par décapitation, selon la gravité du délit; il; a aussi, pour les plusgrande forfaits, la mortlmle et douloureu$e ou le tupplic* dea couteaux, qui s'inflige de la manière suivante : on attache d'abord le coupable à une croix de Ba hauteur et qui est fixée en terre ; ensuite l'exécuteur prend au hasard dans un panier couvert un des couteaux qui y sont renfermés ei il coupe lemembre^ue'Iecou' ieau iadiqae. La famille du coupable cherche ordioai- Tement à abréger des souffrances aussi cruelles en donnant quelque argent à l'exécuteur pour qu'il trouve, le plus promptemeut possible, le couteau qui doit être enfoncé dans le cœur.
La loi chinoise, très-sévère pour la réptession des erjmes et détits, contient cependant plusieurs disposir tions reHiarquables et q«i ne dépareraient pas nos codes modernes. 11 y a surtout un système de circonstances «tténuanles qui a des bases peut-être plus morales que le système français. Chez nous, l'appréciation des circonstances atténuantes est laissée à l'arbitraire du jury, qui a seulement mîssien de déclarer qu'elles existent, sans <{u'il puisse slexpliquerà cet égard. Ainsi comprises, les citvonstaiKes atténuantes .ne sont pas. admises en Chine ; mais la loi prévoit spécialement certains faits 4uij lorsqu'ils sont coosialéa, enfavinent de plein drejt tantôt une réduction dans la p^ijie, tantôt la remission complète.
Dans certains cas particuliers, à l' occasion, par exemple, de quelque grand événement, l'empereur rend un édit de grâce générale, qui a l'effet d'un pardon pur et simple. Cet acte ne s'applique jamais de plein droit à
304 L'xmnst cHinois.
ceux qui ont commis ou des crimes de trahison on tout autre s^écîatemrat prévu. Les effets de cette amnistie g'étradent à tous ceux qui ont commis un crime par inadvertuice on qui se trouvent impliqués à cause do feil ou de leur responsabilité particulière. 1] y a, en outre, des grâces particulières que peut recevoir tout criminel sans exception (1 ),
La considération des parents entraîne quelquefois une réduction de peine pour le coupable qui eût mérité la mort. 11 faut, pour cela, qu'il n'ait pas d'enfants âgésile plus de seize ans, que ses parents aient dépassé soixante et dix ans ou .qu'ils soient infirmes, et que le crime, enfin, soit de nature à pouvoir être amnistié par uii acte de grâce. Il en est alors référé à l'empereur, qui statue à cet égard. Si le coupable a mérité le bannissement, il recevra, à la place, cent coups de bambou et payera une amende (2).
L'&ge ou les infirmités des coupables peuvent aussi leur attirer de l'indulgence. On doit exposer le cas à l'empereur dans un mémoire explicatif. Pour qu'il y ait lieu à réduction de peine, il suffit que les coupables aient l'âge ou les infirmités à l'époque du jugeœenl, quoiqu'ils ne'les aient pas eus à l'époque dp crime.
Le coupable qui se livre volontaifement au magistrat, sans que le crime ait été autrement découvert, obtiendra son pardon, sauf les réparations civiles. L'aveu a toujours pour résultat une réduction dans la peine, quelquefois même, s'il est fait dans certaines circonstances spéôalement prévues, il entraîne le par^ (I ) Tome I , p. 35 b se.
(J) Ton» 1,P' *6.
CHArrru tii. 30S
doiLcomplet, sauf toujours les réparations civiles. Uo tel système parait pleîa de sagesse, et les ChiDois soat peut-être, à cet égard, supérieurs aux autres peuples. En France, un aveu a presque toujours pour résultai une déclaration de circoostauces atténuantes qui entraîne de droit une réduction de peine ; mais ce n'est qu'un fait. Ne vaudmit'il pas mieux que la loi prononçât ellemême cette réduction, qui, ainsi, étant toujours de droit, amènerait peut-être le coupable à faire des aveux, par la certitude d'un adoucissement à sa peine?
Le contumax qui se livre et fait arrêter un complice aussi ou plus coupable que lui a droit au pardon (1).
La loi chinoise présente certains cas d'excuse léga.le, tout comme la loi française. Ainsi, il est défendu d'entrer, la nuit, sans autorisation, dans une maison habitée ; si le maître de maison tue quelqu'un qui s'est introduit de force chez lui, à une heure indue, il n'est pas puni ; le fait est considéré comme une extension du prindpe de légitime défense. Il en est de même du mari qui tue sa femme adultère et son complice (2).
La manière de traiter les coupables en prison et de leur faire subir leur peine est minutieusement déterminée par des règlements particuliers. Lorsque le magistrat fait emprisonner des criminels, et qu'il néglige de prendre, à leur égard, quelqu'une des mesures de rigueur prescrites par la loi, il est puni d'un nombre de coups de bambou proportionné aux crimes qu'ils ont commis (3). Il arrive quelquefois que les mandarins,
(1) Tome 1, p. SI.
(2) Tome II , p. 61 et 68.
(I) Tome II , p. us:
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^t6t que de s'exposer aux coups de bamboa, se codduisent envers leurs prisonniers avec une atn>cité telle, qu'il nous eiltété impossible d'y croire jamais, si noaS' ne t'eussions vn de nos propres yeux. Un jour, noos' reacontrânïes, sur une route qui conduisait à Péking, un convoi de plusieurs chariots sur lesquels étaient entassés de nombreux Chinois qui poussaient des cris horribles. Des bandes de soldats, ayant à leur téfe un officier militaire, escortaient ces charretées d'bommes. Au moment où nous nous arrêtâmes pour laisser passer cette cobue, noua fûmes saisis d'horreur en voyant tons ces malheureux cloués par une main aux planches des chariots. Un satellite, que nous interrogeâmes, nous dit avec un affreux sang-frmd : — Nous avons été dénicher des vdeur» dans un village vpisin. Nous en avons pris nn nombre considérable, et, comme nous n'avions pas apporté des chaînes en assez grande quantité, il a fallu imaginer un moyen pour les empêcher de se sauver. Voilà pourquoi vous les voyez cloués par la main. — Vous ne pensez donc pas qu'il puisse y avoir des innocents parmi eux ? — Qui pourrait le savoir ? on ne les a pas encore jugés. Nous tes conduisons »u tribunal, et BOUS avens pris cette mesure uniquement poui- prévenir l«s évasions, t^lus lard, s'il y a lieu, on séparera les voleurs de ceux qui ne le sont pas... Ce satellite trouvait la chose toute naturelle, il avait même l'air un peu fier et satisfait du procédé ingénieux qu'ils avaient ima-
giué contre les fuyards Le spectacle que nous eA-
mes un instant sous les yeux faisait horreur ; mais ce qu'il j avait de plus hideux, c'était l'hilarité, les ricanements des soldats, qui se montraient les uns aux
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antres les grimaces quela douleur faisait naître sur lesfigures de ces malheDiieux csptirB. On doit présumer jusqu'où doivtot a\ter îles «xcès des rétolutions et des guerres miles cbesud peuple capable de semblablas barbaries dans les temps calmes et réguliers. Il doil se passer actliellemrat en Cbine, dans les provinces envan ' hîes par l'insurrection, des abomioatitins incroyables;
Le Gode pénal s'occupe beaucoup, comme on peut le penser, de l'ok^anisàtion^e la Tâmille, qui est, en Chine, une iastitulioQ ea^queli^ue sorte autant politique que sociale. Quoiqu'on ait beaucoup préoonieé' te dogme de la ptélé filiale, il est constant qu'oaretrouve bien moin» de' véritable harmonie dans la famille chinoise que ches les peuples européens, et ta raison en est bien sim^tle : en Qiiae, c'est la loi et le bambou et non pas le dcToir et h religkm qui réglementent l'amour filial etcberdteat à conserver artificiellemeiit les liens de la famille. On peut croire qu'au commencement les lois qui ont été' portées sur cette matière étaient l'expression d'un senti* ment vif et véritable ; mais, depuis, le sentimeata disparu et la loi seule est;restée. La peur de la cangue et da rotin à dû nalurellement prendre la place de l'affec»' lion, et ce n'est plus maintenant qu'une a&ire d'habitude.
^'mariage, basede'la famille,' a ètë réglé avec smb et minutie par la légi^tioa chinoise. On y retreuva^ toujouis' ce capactà« de tvrannie domMtique qui disw tingue les mœurs de tous les peuples placés âi dehors dej TinQuence du cbristiimisme. En parlant des rites et des cérémonies observées dans la célébration des mariages, nous avons signalé celte despotique autorité des parents
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SOH L'XMPtItK CHnon.
à l'égard de leurs eafaDts. Ainsi, ce ne sont jamais les futurs coDJoiDts qui sont consultés ; c'est à leurs familles respectives qu'il appartient de faire les premières avances, de fixer les présents de noces, d'arrêter les articles du contrat, etc. Tous ces préliminaires ont lieu par l'entremise de tierces personnes, serrant d'intermédiaire entre les deux parties et faisant, en quelque sorte, la hausse et ta baisse de la denrée mariable. Quand on est tombé d'accord, on fait les fiançailles. Si ensuite une des familles refuse d'exécuter le contrat, son chef est condamné à recevoir cinquante coups de bambou, et le mariage se fait. S'il n'a l'as été dressé de contrat, l'acceptation des pr^nts de noces suffit pour attester le consentement des parties contractantes.
Il est très-facile, comme on le voit, de conclure un mariage sans consulter les principaux intéressés ; mais cela n'a lieu que pour un premier mariage. Un père de famille ne peut forcer ses enfants veufs à convoler à de secondes noces, sous peine de quatre-vingts coups de bambou (I).
Si, entre les fiançailles et le mariage, les parents de la future promettent sa main à un autre, le chef de famille reçoit soixante et dix coups ; il en reçoit quatre-vingts, si la future avait déjà'été présentée etagréée. Celui qui accepterait une promesse de mariage, en sachant que des négociations sont entamées pour un autre mariage, reçoit également quatre-vingts coups. Sont exceptés les cas où le vol ou l'adultère d'un des contractants est inrouvé avant le mariage ; car alors le contrat est résilié de plein droit.
(1) Tome I, p. IW .
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La loi chinoise détermine certaines circonstances où ToD ne peut contracter mariage. 11 y a des empêchements absolus, des empêchements relatifs et de simples obstacles dilatoires. It est défendu de se marier durant lé temps 6xé par la loi pour le deuil du père, de ta mère et du mari. Le mariage contracté dans ces circonstances est nul et puni, en outre, de cent coups de bambou. Le mariage contracté dans le temps du deuil d'un grandpère ou d'une grand'mère, d'im oacle ou d'une tante, d'un frère atné ou d'une sœur atnée, est valable ; mais il est puni de quatre-vingts coups ( 1 ) .
La loi déclare nul. le mariage contracté par une Teuve qui a reçu de l'empereur un rang d'honneur pendant la vie de son mari ; elle est punie de cent coiipe de bambou, dégradée de son rang, et séparée de son nouveau mari (2).
Les mariages contractés en^e ceux qui portent le même nom de famille, avec une personne qui se cache pour crime, avec des musiciens ou comédiens, sont déclarés nuls, et les délinquants punis de coups de bambou.
Une des conséquences de la manière dont se font les mariages en Chine est le. divorce, non-seulement pour cause déterminée, mais encore par consentement mutuel. Il parait assez naturel que des enfants qui n'ont pas été consultés sérieusement pour se marier, aient au moins la faculté de se séparer, s'ils ne se conviennent pas» Le mari peut répudier sa femme légitime pour lés causes suivantes, dont quelques-unes paraissent assez
(1) Tome [, p. ISS.
(S) Tome 1, p. IBS.
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bicarrés : 1» stérilité ; 2*imnH)rettté ; 3* RiépriB envers le père et la mère du mari ; 4*'propensioD à ia médiflance ; 5' penchant au to) ; 6*' caraclèt« jaltHii ; 7* maladie habituelle.
- L'impiété, qui est mise par la> lai chinoise au rai^ des plus grands crimes, n'est autre chose que le manquement aux devoirs de la famille. E^le est définie dans le Code de la manière suivante : h L'impiété est le ma»- « que de respect et de soins pour ceux à qui l'on doâ -«rétre,dequir-ontientrédiicaHonetdontonestprotë^. « Cest âtre encore impie que d'intenter procès à ses « proches parents, de les insulter, de ne pas porter leur « deuil et de ne pas en respecter la mémoire (1). »
Les peines encourues par le crime d'impiété sont leriribles. On est puni de mort pour avoir frappé ses ascmdants ; pour avoir porté contre eux une fausse accusation, pour leur avoir adressé des paroles outrageantes, pourvu que l'ascendant outragé porte plainte lal-mâtne «t qu'il aitentendu les paroles outrageantes. Le parricide est soumis au supplice des couteaux; s'il est mort eo prison, son cadavre subit la peine.
La toi fixe le mode et la durée du deuil auquel cfaaenn esttenu après la mort d'un menobre de la famille. Quiconque reçoit avis de la' mort de scm père, de sa mère, ou de son mari, sans prendre.aussitAt le deuil, est puni de soixante coups de bamtwu et d'nae- année de baonissement. Il subit la m^e peine, s'il quitte le deuil ■Tant l'époque voulue, ou si, pendant sa'durée, il prend part à des réjouissances. .
(1) Tome [, p. 33.
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