CHAPITRE VU
Tout officier du gouTernement qui reçtut une dou- TeIle.sembUble, doit prendre le deuit et cesser immédiatemeDf ses fonctions. Il devra s'abstenir de tous les actes de son mÎDÎstère pendant toute la durée du deuil. Si, pour éviter cette cessation de services, il représente faussement que la personne décédée était un parent infôrieur, il subira la peine de cent coups, perdra sa place ■et seca déclaré incapable d'exercer, à l'avenir, aucun emploi public.
; I^ loi précédente sur les avis reçus de la mort d'un père ou d'upe mère n'oblige point ceux des officiers du gouvernement qui remplissent des emplois civils importants et éloignés, ou des commandements militaires loin de la cour. L& conduite qu'ils auront à tenir, dans de telles occasions, sera déterminée par les ordres exprès de l'empereur (1).
On voit par tous ces détails, ce que peut être une piété filiale, qpi, pour ne pas s'émousser, a toujours besoin d'être fortement stimulée par le bambou.
Parmi les lois rituelles, nous en avons remarqué fiuelques-unes qui méritent d'être signalées à cause de leur excentricité. « Tout ce qui concerne la science des < astres, comme le soleil, là lune, les cinq planètes, 1^ c vingt-huit constellations principales et les autres, ainsi « que l'observation des éclipses, des météores, des cor « mêles et des autres apparences célestes, sera du res- « sort des officiers composant le conseil astronomique « de P^ing. Si ces officiers négligent d'observer exac- « lement lesdites apparences, et de marquer le temps où
(l)Taiiie I, p. 310 et su.
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« elles aurcnt lieu pour en rendre compte à Sa Majesté « l'empereur, ils en seront punis de soixante coups de « bambou (1). »
Voici une autre disposition, qui n'est peut-être pas entièrement dépourvue de sagesse, a II est défendu aux c magiciens, aux sorciers et aux diseurs de bonne aveo- « ture, de fréquenter les maisons des officiers civils on « militaires du gouTemement, sous prétexte de leur a annoncer les calamités qui menaçait la nation ou les « événements dont elle aura à se louer, et ils subiront « la peine de cinq cents coups pour cbactine de ces a prédictions. Cette loi cependant n'entend pas les « empêcher de tirer l'horoscope des individus qui les « consulteront, ni de leur pronostiquer des naîs- « sances, en consultant les étmles en la manière accou- « tumée {2). »
La nation chinwse, dont on connaît la empiète indifférence en matière de religion, a cependant des lois très-détaillées et trè^^sérères concernant le culte officiel ; toute négligence, imperfection ou Irrégularité dans l'observance des rites , est réprimée par le bambou appliqué au délinquant et à l'intendant des cérémonies dont la surveillance aura été en défaut. Ainsi, lorsque l'officier du gouvernement chargé de l'éducation des cochons sacrés qu'on engraisse dans les pagodes pour les sacrifices solennels, ne les nourrira pas conformément à la loi, de mabière que l'un d'eux sooffre on devienne maigre, il subir» quarante coups de bambou et sera passible d'une augmentation de peine pour cba-
H) ToDiG I, p. 30B.
(S) Tome I, p. 309.
que animal en roauTaîs étal (1). Un cochon malade est donc un événement majeur et capable de plonger dans la consternation tons les officiers d'une pagode.
La loi chinoise frappe d'une espèce de mort civile let bonzes et les tao-sse ou docteurs de la raison. 11 leur est défendu de visiter leur père et leur mère, de sacrifier k leurs ancêtres, et, chose remarquable, de porter le deuil pour' leurs parents morts, à' peine de cent coups de bambou (2).
Le Code pénal de la Chine, dont nous avons essa^ de tracer une légère esquisse, entre souvent dans les détails les plus minutieui sur des points dont les législations européennes n'ont pas même jugé à propos de s'occuper. En parcourant ce nombre infipi de prescriptions et de règlements de tout genre, nous avons dû plus d'une fois faire la remarque que les lois de la Chine ne sont pas toujours d'accord avec la pratique de ses habitants. L'autorité ayant perdu sa force et son énei^e, le peuple vit à peu près comme il l'entend, sans se préoccuper du Code et des lois qu'il renferme. Les mandarins eux-mêmes exercent leur pouvoir selon leur caprice. Dans les aBaîres les plus graves, lorsqu'ils doivent, par exemple, torturer un accusé pour obtenir l'aveu de son crime, ou lorsqu'il faut appliquer la peine de mort, la loi a beau diriger la conduite du m^istrat, il n'en tient aucun compte, et l'arbitraire et la fantaisie sont souvent 80Q unique règle.
En 1849, nous traversions, pendantl'élé, la province du Chan-toung pour nous rendre à Péking. Un soir nous
(I) Tomel, p. !81.
(ij'Tome I, p. 307.
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mmous, snr an chariot deloaage, la ronte impériale bordée de f^nds arbres. Peudant que te Toiturier, assis sur uii des brancards du véhicule, était occupé à fumer sa pipe et à fouetter ses maigres mulets, nos yeus ernùeat vaguement sur une plaine triste et mouottrae, qui s'étendait devant nous à perle de vue. Le phaéti» chincHS, après avoir secoué les dernières cendrea de sa pipe, sauta à terre et courut un peu en avani, la tête en l'air, etregardantà droite età gauche comme un homme qai va à la découverte. Il revînt ea coùnst et^aous dit : Regardez eu haut des arbres qui bottent la route. ~ Nous levâmes \e» yeux vera la direction qu'il nous indl^ quait avec le manche de son UmM, et nous aperçûmes comme de nombreuses petites . cages suspendues' «ux branches d^ arbres ; on eût dit des appareils pour prendre des, oiseaux. — Qu'est-ce donc quetela ? demandâmes-nousauvoiturier. — RegSrdesattenttvenient, vous le saurez bientôt. — Le chariot avan^, et nous Times, eu frissonuaut d*borreur, une cinquantaine de cages, grossièrement fabriquées avec des barreaux de bambou et reafermaiit deslètes humaines. Presque loutesétaientea putréfaction et faisaientdesgrimaces affreuses. Plusieurs cages s'étanl disloquées ' et disjointes, quelques télés pendaient accrochées liux barreaux par la barbe ou les cheveux, d'autres étaient tombées à terre, et on les voyait encore «u piedides arbres. Nos yeux ne purent soulenir longtemps cebideux et dégoûtant spectacle.
Le voitiirier nous raconta que le district était infesté de bandes de voleurs qui désolaient la contrée, et dont les mandarins n'avaient jamais pu s'emparer. Au eommen-