CHAPITRE Vlll
S'il faut en croire les ouvres européens qui parlent de la Chine et les livres chinois eux-mêmes, on aurait de tout tempSi et surtout dans l'antiquité, attaché ane grande importance à la musique, au point de la regarder comme un élément essenUel à tout bon gou- Temem^it et au braiheur des pépies. Parmi les livres sacrés, on comptait autrefois le ïo-ktng ou « le Livre de la musique, » qui a été perdu lors de l'incendie ordonné par l'empereur Tsing-che-boang-ti. Confucius parle de ce livre canonique avec les plus grands éloges et déplore la perte de ce précieux moDument de l'antiquité. L'estime et la vénération que l'on a toujours professées, dans les temps anciens, pour les rites et la musique, donneraient à ent^dre que ces deux noms servaient à dés^ner, avant l'introduction des cultes de Bouddha et de Lao-tze, la religion primitive des Chinois, dont les dogmes ne sont pas suffisamment connus, mais qui devaient être hases sur les grandes traditions confiées à l'humanité.
On pense que te Yo-king, «le Livre de la musique, » était un recueil des cantiques et des prières qn'on cbaotaitdans les sacriâces et les solennités religieuses, et qu'il contenait, de plus, la doctrine et les. enseignements de la rel%ion. Le Livre des rites en était le complément. Cette opinion que, dans l'antiquité chinoise, la musique et les rites étaient Tespression de la religion, pouirait être conârmée par fdusieurs exemples tirés des annales et des livres canoniques. On trouve dans le Li^ki les paroles suivantes ; « La musique est l'expression de l'union « de la terre avec le ciel... Avec le cérémonial etlamu- « eû]ue rien n'est diffidle dans l'empre. » Le même li-
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Tre sacré dit ailleurs : « La musique agit sur rintérienr « de l'homme et le fait entrer en commerce avec l'e»- « prit... Sa an principale est de régierles passons ; elle « enseigne aux pères et aux enfants, aux princes et aux « sujets, aux maris et aux épouses, leurs devoirs réô- « proques... Le sage trouve dans la musique des règles a de conduite, n Les philosophes de l'antiquité vont encore plus loin et enchérissent sur toutes ces idées, jusqu'à dire qu'elle est le point d'appui de l'autnité, le plus fort noeud de la société, le nœud des lus, etc. Évidemment on entendait parler des enseignements religieux contenus dans le Yo-ktng ou a Livre des cantiques. » Les annales et tous les anciens écrits s'aco»^ dent à dire que la musique fut, dans l'antiquité, l'obj^ continuel des méditations des sages et des soins du gouvernement. On rapporte que Chun, fondateur de la nw narcbie chinoise, s'informait partout, en faisant la visite de l'empire, si on n'avait rien changé à la musique... Comment croire qu'il n'était question que de chant et de notes? Selon l'école de Confucius, les cérémonies et la musique sont les moyens les plus prompts et les plus efficaces pour réformer les mœurs et rendre l'État florissant, « Sous les trois premières dynasties, dit un « fameux moraliste chinois, tout le gouvernement dé- « rivait de l'unité ; les cérémonies et la musique embras- « saient tout l'empire. Après les trois premières dynas- « ties, le gouvernement fut divisé dès sa source ; les cé- « rémonieset la musique ne furent plus qu'un nom vide « et sans réalité. » Les poètes anciens nomment la musique : « L'écho de la sagesse, la maltresse et la mère de la vertu, la manifestation des volontés du ciel. » Son
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but est de faire coDoattre le Chan-ty, « le sotiTerain Sei- « gneur. » et de conduire « l'homme vers lui. » Toutes ces formules sont remarquables, et indiquent, d'une manière évidente, que la musique était l'expression dn cotte religieux rendu par les anciens Chinois à la divinîté. Dès lors, on comprend la haute importance qu'<Hi y attachait dans l'antiquité; mais aujourd'hui, comme le remarque le philosophe Yang-siou, que nous avons cité pl,u3 hant, la musique, c'est-à-dire la religion, n'est plus qu'pD nom vide et sans réalité.
La ville de Hoang-meï-hiea voulut nous traiter splendidement et faire les choses en grand jusqu'au bout. Le lendemain matin, au moment du départ, le préfet et ses principaux fonctionnaires se trouvèrent là. On avait ajouté à notre escorte trente hommes commandés par deux petits madarins militaires. Cette escouade de soldats était rangée dans la cour, et la tenue de ces braves avait un aspect peu ordinaire ; ils portaient tous un costume à peu près semblable, et ils n'étaient pas trop dispersés. On les voyait groupés dans un coin, les uns accroupis, les autres appuyés contre le mur et occupés à fumer ou à se donner de la fraîcheur avec un éventail. Le vexillaire seul était d'une attitude irréprochable. Il paraissait comprendre el sentir tout ce qu'il y avait de sublime dans se» fonctions. Il tenait gravement de ses deux mains une longue hampe en bambou au sommet de laquelle flottait un drapeau triangulaire de couleur rouge sur lequel était écrit d'un côté : Milice de Boangméi-hien, et de l'autre : Bravoure. Au moment où nous traversâmes la cour, accompagnés des autorités de la ville, nous fûmes salués par trois détonations de bom-
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bardes. En vérité, nons ne comprimes rien àtoat ce luxe de courtoisie. Un mot du préfet nÙas mît enfin sur la voie pour nous faire trouver une explication plausible è ces honneurs inusités. An moment otinoâs entrims dans nos palanquins, après l'avoir longuement et ptHnpeusement remercié die toutes seâ boot^. — Vous verrez, uons dit-il, que nulle part vous a'anrez été aussi bien tniiéi que dans la province du Heu-pé. — Que dans, la ville de Hoang-meï-bien, lui répondtmes-oooB en souriant, et pendant qu'on' notn'enVportidl déjà à travers une foule immense qui enMmbrait les avenues du pataia conununal. ' • "■
Selon toutes tes probabilités, les ordres' de nous Ibire ■une ovation à Hoang-mrf-Jiien étaient partis de Ootcbang-^ou, du palais même du gouverneur. On savait, nous Tavioas manifesté assez souvent et assez haot, que ■nous n'avions pas été satisfaits des traitements que nous avions reçus dans le Hou-pé. On n'était pas assuré que Bos plaintes n'auraient pas de fôehenx résultats, et, avant de nous laisser entrer dans 1b province da Kiang-si, on avait été bien aise de nous inspirer un agréable convenir du Hon-pé. i
' EnquittantHoang-mel-hien, tious cbangeÂmes tout à fait de direction. De ta frontière du Thibet à Canton, notre itinéraire décrit un angle droit parfait, dont Hc»ng-meï-hien occupe le sommet. Un des cdtés de l'angle se dirige d'orient en occident et l'outre deacoid dn nord au sud, en partant de Hoang-meî-bien jusqu'à Canton.
Nous rencontrâmes sur cette rOute une multitude considérable de vojagear», parmi lesquels il nous fat
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facile de diflcenaer les faMumes- du >Nord de œux du Midi. Ces deraien, d-uoe figure p&le, ud peu efféiAiDëe; au r^ard inteltigent et Bd, se faisaient recomnitre par une |duB grande élasticité dans leurs manières et par un costume plus recherché. Us étaient, d'ailleurs, fo? litres et causeurs. On les ealeodait fredonner de leur Toii f^e et nasillarde, ou s'B|i;acer les uns les autiet par de perpétuels quolibets. La chalenr était brûlante ; mais ils paraissaient sa mettre peu en peine des rayons <hi soleil. Les habifamts du Nord, au contraire, étaient suffoqués et ruisselants de sueur. Ils parlaient peu, idiantaient moins encore, et dietchaientà ee rafrticbir en chiqaant ooatinuellem«tt decfra^eots'de noix d'à* rèqne. Leur teint forlefnent, losané, des moustaches mîeox fournies, {Jus de vigueur dans les membres, et surtout un langage fine sonore et tout hérissé de rudes aqtirations, les distinguaient des Chinois méridionaux; Presque tous ces voyageurs étaient commerçant», et cheminaient accompagnés des marchandise» qu'ils idlaient vendre ou qu'ils venaient d'acheter. Leun moyens de transport étaient des chariots à double att&li^, des caravanes de mnlets et d'ânes et surtout des brouettes conduites par deux, hommes, l'un tirant-avec une Gorde et l'autre poussant à un double branchard. Quelquefois, lorsque le vent est favorable, les brouet* tiers cherchent à diminuer leur peine 'en fixant uidessus de leur locomotive un petit mftt où ils déploient bravement une voile que la brise vient gonfler. Il faut bien que cettt manœuvre leur procure un soulagement botable, car les Chinois ne sont pas hommes à. complications inutiles.
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SSt L^IHFIU CHINOIS.
La roule que nous snivions était assez large ; probabl^neut elle avait été belle autrefois, sous les dynasties antérieures, mais, pour le momeut, elle était détestable, défoncée àpeu près partout, pleine de creux, de monticules, de bourbiers et d'effroyables ornières, que les chariots et les brouettes sniTaiént avec la plus scrupuleuse assiduité. 11 était facile de voir que le temps était le seul fonctionnaire chargé de l'enb-etien de la route. Les Chinois prétendent que l'inearie du gouTemement, au sujet des voies de communication, ne date que de l'aTénement de la dynastie tartare mantchoue. L'administration, en effet, ne s'occupe nullement des chemins, excepté de ceux oîi doit passer l'empereur, quand il se donne la peine de voyager. Quant au peuple, il est obligé de s'en ^rer comme il peut ; aussi^ dans les provinces du Nord, oïl les rivières navigables sont moins nombreuses, il arrive de fréquents accidents ; des voitures renversées et des voyageurs écrasés ne sont pour personne unsujetd'étoonement; on passeàc6tésanss'en émouvoir. 11 existe plusieurs localités où la sollicitude publique cherche à suppléer à cette déplorable insouciance de l'administration. 11 est d'usage, dans les procès, les contestations et les querelles, de n'avoir recours aux tribunaux qu'à la dernière extrémité ; on aime mieux choisir, pour juges et arbitra, des vieillards recommandables par leur probité et leur «ipérience, et dont on respecte les décisions. Dans ces cas on a l'habitude de condamner les coupables à réparer, à leur frais, une certaine longueur de chemin assignée par les arbitres. Dans ces contrées, la bonne tenue des routes est toujours en raison directe de l'esprit querelleur et litigieux des habitants.