CHAPITRE VIII. . 33S
ebaDgeiBent>pn)chua. Le- lao P'oa-yAiig;: a .luu quip» «Uoe'de.li^tiesdeiiuiKueiii'et cioq ou six de lu-g». Aveo le bon WQtqtti ecufflqt^ uoejournée nous sutËsait poun 'âtre auboutda notre iiwngaticHi. On loua uœ jompwy soi-disant mandarine, maia en réalité jonque mar" chande,'«t le soie juèfi^s nous all&mes aousinstallcrà bord afin depouvoirappareiller à l'aube du jour. ' . A peine J'ûroes-nous couchés dans une assez vasla ehftDibttqu'oD'avatt réservée pour le Saute pleureur tft- nous, que nous éprouvâmes un vif regret de u'étre pas reslés à terre pour y .passer la nuit. Des trospes de caacrejals iSS' Àireni à nous faire une guerre impitoyable. Ou leaenteodiL d'abord voler, exécuter des rondes^ se poursuivre, se heurter contre les cloisons de la chanibee,. s' abandonner enfin à leurs ébats, sans doute trè»amusaotsipoup aux, mais pour nous inâniment dteagréables. Cependant ils se palmèrent un peu pour Qomna^icer leurs atroces manœuvres. Après s'étrâ donné quelques instants d'exercice, probablement aûo àb setaetireaiboa appétit, ils songèrent à prendre leur repas. Pour les cancrelats tout est boa à mai^r, «ronger, à dévorep ; les. souliers, les chapeaux, les habits, l'huile des lampes, l'encre des écritoires, le tabac même, sans eo'excepter la blague ; ils sont friands surlout-deS' bouts lies d(4gts, des orteils et des oreilles. La pativre voya^ur y passerait tout entier ayec ses véter œeBtsetsa.couvçrtQre, pourvu qu'on les laissât trar Tailler à leur aise ; ;ce ne serait qu'une simple question de temps et de patience. A chaque instant nous les en* tendions ronger, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre. Quelquefoisils nous passaient insolemment sur la ^re;
33S L'siipni CBiNon.^
OD sentait le chatouillement de leurs petites pattes ti la
fraîcheur de leur ventre. EnSo, à force de chercher, ils parvenaient à trouTer quelques issues, et alors île s'iosH nuaient sous la couverture et venaient se promener le long des bras et des jambes.
Il y avait à bord de notre jonque, une si grandequantilé de ces dégoûtants cancrelats, île étaient d'une telle impertinence, que nous fûmes obligés de passer la nuil tout entière à leur donner la chasse. Encore fallait-il user de beaacoupde précautions, et bien prendre garde, en voulant les mettre en fuite, de les écraser, car cet insecte estd'uneodeur si fétide et si nauséabonde, qu'on ferait presque tenté de se laisser dévorer un orteil avant d'en venir à celte extrémité.
Les cancrelats fourmillent dans le midi de la Chine. Comme ils ont une prédilection bien marquée pour les saletés, et surtout pour les chiffcms et les vieux meubles, ils envahissent de préférence les habitations des pauvres, sans pourtant mépriser celles des riches. Ils se glissent dans les planchers, dans les faites, parmi le linge et les livres. Quoique tout leur aille pour se Ic^er et se nourrir, ils afiectionnent cependant par-dessus tout les navires, oii ils pullulent d'une manière ^frajante. Le Cancrelat n'est pas désagréable à voir ; c'est nn scarabée de la grosseur du pouce et d'une jolie couleur marron. Sou vol n'est guère plus soutenu que celui des sauterelles ; mais^ en revanche , il galope avec une merveilleuse rapidité. Sans son odeUr de punaise et son humeur tracassière et dévestatricer ce serait une assez inléressanle petite bétei
AussilAt que le jour parut, l'armée des cancrelats
CHAPtTRB VtU. a.tT
Opéra sa reiraite et alla se réfugier dans ses cantonnemente. Lie capitaioe du navire donna ordre d'appareiller, et, chose étonnante, il ne se présenta aucun motif de retard; les prorisions étaient faites dès la veille, et tous les hommes de l'équipage se trouvaient à bord, pas un ne manqua à l'appel. On se mit donc à virer au cabestan, et l'ancre fut promptement levée au bruit du tam-tam et des cris cadencés des matelots. On déploya une immense \oile en natte, un mousse mil le feu à un paquet de pétards, et la brise s' étant emparée de la jonque, nous glissâmes rapidement sur les eaux bleuâtres du lac Pou-yang.
Nous volions de quitter la province du Hou-pé pour entrer dans celledu Kiang-si. Hou-jié signifie « nord du a lac, B et sert à désigner le pays situé au nord des grands lacs Pou-yang et Thing-toun. La province du . Hou-pé est, sous tous les rapports, bien inférieure à celle du Sse-tchoueu. La terre, peu fertile, est, d'ailleurs, couverte d'une multitude d'étangs et de marais, dont tes Chinois, malgré leur industrieuse patience, ne peuvent retirer que très-peu d'utilité. Aussi les villages offrent-ils, en général, l'aspect de la misère et de la souffrance. Les habitants sont chétifs, d'une physionomie un peu sauvage, et fréquemment atteints de maladies cutanées. Nulle part nous n'avons rencontré nn aussi grand- nombre de chauves et de teigneux. Ces infirmités proviennent, sans doute, des eaux croupissuites au milieu desquelles ces malheureux passent leur vie et surtout des mauvais aliments dont ils sont forcés de se nourrir. On prét^id que, dans le Hou-pé, la récolte d'un an est ordinairement insuffiBante pour un
338 LBMPIU CHiNOU.
mois. Lee grandes populatioDS des TÏUes sont obligées de faire veairles subsistances des prorinces voisines et surtout du Sse-tchouen, qui ne peut cwisommer en dix ans les produitsd'nne seule récolle. Nous avons pourtant remarqué dans la province du Hou-pé, à part les noni^ breuses rizières qui avoisinent le lac et les rivières, d'assez belles cultures d'indigo, de coton et de chanvre. Quoique les dix-huit provinces de l'empire chinois ne puissent pas être placées toutes sur la m&nie ligne, pour ce qui r^arde leur fécondité et la richesse de leun produits, on peut dire cependant que la Chine est, en général, un pays d'une admirable fertilité et cultivé presque partout avec intelligence et activité. En aucun pays du monde l'agriculture n'a été, sans contredit, l'objet d'une estime aussi grande qu'en Chine. Dès ta plus haute antiquité on la voit placée au premier rang parmi tous les genres d'industrie. Elle a été célébrée par les plus grands moralistes, tels que Confuciuset Meng-txe. Les magistrats ont sans cesse recommandé au pea|dfi, dans leurs proclamations, l'assiduité à la culture des champs ; le chef de l'État, l'empereur, ne manque jamais de lui rendre hommage, en ouvrant, chaque année, les travaux de la campagne, par une cérémonie puUique, dont l'origine remonte au moins au douzième siècle avant notre ère. Le vingt-troisième jour de la troisième lune chinoise, c'est-à-dire vers la fin de notre mois de mars, le monarque se rend sur le champ sacré avec troÎH princes de la famille impériale, les neuf présidoits des cours, un grand nombre de fonctionnaires de rang secondaire et plusieurs laboureurs. Après avoir t^fert un sacrifice sur un autel en terre, il dirige lui-m^nela
,.cdb.GpoyIc
CHAPITU VIII. 339
charme, et ouvre ud sillon d'une certaine longueur ; à 9on exemple, les princes et les ministres conduisent chacun à leur tour la charrue et tracent quelques sillons. Les hommes du peuple achèvent ensuite le labourage du champ sacré.
Afin de faire mieux juger de l'importance de cette cérémonie, nous allons donner la traduction d'un programme de la fête, présenté en forme de requêté à l'empereur Kien-long, et qui fut inséré, en 1767, dans les gazettes de Péking et des provinces.
<t Le tribunal des riles et les autres tribunaux averc tissent respectueusement pour la cérémonie du 23 de « la troisième lune de la trente-deuxième année du règne c de Kien-long (22 avril 1767).
a L'empereur fera en personne la cérémonie de la- < bourer la terre. La veille, les mandarins du palais « secondaire de l'empereur porteront avec respect la « tablette du tribunal des ministres au temple dédié aux c inventeurs et protecteurs de l'agriculture. Les man- «t darins du ministère des revenus publics prépareront « les instrmnents du labourage, les boites remplies de « grains» et les remettront au gouverneur de ta capitale. « Celui-ci, après les avoir recouvertes de leurs enve- « loppes de soie et renfermées dans leurs étuis, les fera « porter et les accompagnera jusqu'an champ sacré. « On plantera des tablettes rouges, pour marquer et c distinguer les différentes portions de terre que les « princes et las grands doivent labourer, et on rangera « à côté du pavillon impérial tous les instruments de « l^wur^e.
a Le jour de la cérémonie, les mandarins de la
340 l'ehpiri chdioib.
« maison de l'empereur, le mattre des cérémonies et m les autres officiers de soa tribunal, se trouveroat, à la o cinquième veille (au jour naissant) , en d^ors du pa- « lais impérial, pour 7 attendre ta fin du sacrifice. Le « sacrifice étant fini, les dix grands officiers de la pre- « mière garde entoureront le Fils du Ciel, et le condui- «( ront à son palais, pour se reposer et quitter ses habits « de cérémonie. Les princes et les grands, qtii doivent « labourer, quitteront aussi les leurs. Cependanton tirera < de leurs étuis et enveloppes la charrue, le fouet, les « boîtes remplies de grains qu'on a préparées pour a l'empereur, aussi bien que celles qui sont destinées H pour les princes et les grands, et on les rangera sur « les côtés du champ sacré.
n Le maître des cérémonies, les mandarins de la « maison impérîalt; et les autres officiers en fonction, a se rassembleront au midi du champ sacré. Les quatre « vieillards titrés, les quatorze chantres, les trente-sii « joueurs d'instruments, les vingt paysans ayant des a chapeaux de paille et tenant à leurs mains des bêches, « des râteaux, des fourches et des balais, se placeront, (( sur deux lignes, à gauche et à droite du cbamp sacré, « ainsi que les cinquante porte-étendards, les trente- « quatre vieillards de Péking et les trente laboureurs K des trois ordres. Étant tous rangés, ils attendront en « silence et debout.
« L'heure du labourage étant venue, le premier « mandarin de l'agriculture entrera dans le palais pour « inviter le Fils du Ciel. Alors le maître des cérémonies « prendra un étendard et le fera voltiger trois foisi Les « trois princes et les neuf grands qui doivent labourer
CHAPimi TllI. 3ii
« se rendront aux endroits qui leur sont marqués. Tons « ceux qui ont quelque emploi iront à leur poste ; les « autres se rangeront aux deux côtés du champ sacré, € Les dix grands officiers de la première garde, ayant « entouré l'empereur, le conduiront au champ sacré, *. et Sa Majesté s'avancera, la face tournée vers le midi.' a Quand elle sera arrivée, le président du tribunal des « ritesdira à haute voix : Présentez la chamie. Aussitôt, « le ministre des revenus publics, le visage tourné vers « le nord, mettra les deux genoux en terre, et présentera « le manche de la charrue au Fils du Ciel, qui la preo- ■ dra de la maiu droite. Le président du tribunal des « rites dira à haute voix : Présentez le fouet. Aussitôt, « le gouvemenr de Péktng, le vist^e tourné vers le « nord, mettra les denx genoux en terre, et présentera « le fouet, que le Fils du Ciel prendra avec la main gante che. Deux vieillards conduiront tes bœufs, deuxlabou- « reurs du premier ordre soutiendront la charrue. Le « président du tribunal des rites et le premier mandarin « de ragriculture les précéderont. Au premier mouved ment de Sa Majesté, tous ceux qui ont des étendards a les feront volUger ; les chantres entonneront des cao- « ti(|ues au son de tous les instruments ; le gouverneur « de Péking portera la botte du grain, et le ministre « des revenus publics le suivra. L'empereur labourera « trois sill<Hi3.
« Quand te Fils du Ciel aura fini de labourer, le préa: sident du tribunal des rites dira à haute voix : Recevez » la chamie. Le ministre des revenus publics se mettra K aussitôt à genoux pour la recevoir. Le président du « bibmial des rites dira à haute voix : Recevez le fouet.
34t L'mPlU CHINOIS.
€ Le giHiTOTDeur de Pékiog se mettra aussitôt à genoux « pour le recevoir. Ils couvriront la charrue et le fouet « de leurs enveloppes de soie, aussi bien que la botte du « grain. Alors la musique s'arrélera.'^et le président dn « tribunal des rites invitera le Fils du Ciel à monter au « pavitltHi impérial. Le même président et le prenais a. mandarin de l'agriculture y conduinmt Sa Majesté « par l'escalier du milieu. Sa Majesté s'assiéra, le visage ■ tourné vers le midi.
« Tous les princes, tous les grands, tous les manda- « rîns, qui n'ont point d*emploi dans le reste de la céré- « monie, se rangennit aux deux côtés de l'empereor et « s'y tiendront debout. Alors les trois princes commence ceront à labourer et feront cinq sillons, ayant chacon « un vieillard pour conduire leurs bœufs, deux laboo- « reurs pour soutenir leur charrue, et deux mandarins « inférieurs de Péking pour semer après eux. Quand ils « auront fini, ils viendront se placer à leur rang. Les « neuf premiers dignitaires de l'empire CMnmencenHit «alors à labourer et feront neuf sillons, ayant chacun « un vieillard pour conduire leurs bœufs, deux labou- « reurs pour soutenir leurs charrues, et des mandarins « inférieurs pour semer après eux. Quand ils aunmt fini, « ils viendront se mettre à leur rang et resteront debout « Les mandarins inférieurs de Péking couvriroat de « leurs enveloppes les instruments du labourage et les « boites du grain, et les emporteront.
«. Le président du tribunal des rites conduira au bas a du pavillon impérial, du c6té de l'occident, tons les « mandarins de Péking, les vieillards, les laboureurs, « habillés selon leur état, et portant chacun on instm-
CBAPITIB Tlll. 343
K meot de labourage. Toub enBemble, le visage tourné c vers le nord, se mettrout trois fois à genoux, et, à « chaque fois, ils frapperont la terre du front à trois re- € prises, pour remercier le Jils du Ciel.
« Après cette cérémoDie, les vieillards et les labou- « rears iront finir le labourage du champ sacré. Alors, « le président du tribunal des rites viendra avertir Sa « Majesté -que toutes les cérémonies du labourage sont te finies. L'empereur descendra du pavillon par l'esca- « lier de l'orient, montera sur un char de parade, et « sortira par la porte de Siennang, escorté par des « (^osursde musique et de symphonie. »
Une solennité semblable a lieu dans la capitale de chaque province. Le gouverneur remplace l'empereur, et se rend, avec les principaux officiers, sur le terrain que l'cHi doit labourer. Quelle que soit l'influence du gouvernement et des mandarins, il est certain que les Chinois professent une grande estime pour l'agriculture. L'opinion publique ennoblit, eu quelque sorte, tout ce qui a rapport aux travaux des champs. Que de fois n'avons-Dous pas vu, sur les routes des provinces du Nord, de riches fermiers, portant souvent des vêtements de soie, un panier au bras, et appuyés sur le manche d'une ' fourche à trois dents, attendre fort gravement le pas- 8^ des chariots et des caravanes de mulets, pour recueillir le fumier ! On voyait qu'une pareille occupation □'avait, à leurs yeux, rien de bas ni de méprisable. Les voyageurs n'en paraissaient nullement surpris. Le mot même dont on se sert pour exprimer cette action est plein de dignité et d'élégance ; il signifie littéralement «c cueillir v Ainsi, que l'on cueille des
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fleurs ou des bouses de cheval, l'expression est toajours la même.
L'agriculture chinoise ressemble peu à ce que nous appelons, en Europe, riziculture en grand. La propriété territoriale étant très-divisée, on voit peu d'exploitations sur une grande échelle. Dans le Nord, pourtwit, on rencontre des fermes assez considérables ; mais, que la culture se fasse en grand ou en petit, les Chinois n'emploient jamais que des instruments fort simples : leur charrue est, le plus souvent, sans avant-train, et entame le sol peu profondément. Dans le Midi, on laboure ordinairement les rizières avec des buffles, que les Chinois nomment ckui-niou, « bœuf aquatique. » Dans le Nord, on se sert de nos bœufs domestiques, de chevaux, de mulets, d'ânes ; et, plus d'une fois, il nous est arrivé de voir des femmes traîner la charrue, pendant que le mari poussait par derrière et donnait la direction au sillon. C'était une chose vraiment digne de [ùtié qfie de voir ces feinmes enfoncer leurs petits pieds dans la terre, les retirer péniblement, et aller ainsi en sautillant d'un bout du sillon à l'autre. Un jour, nous eûmes la patience de nous arrêter sur le rebord d'un chemin, pour examiner si la pauvre laboureuse, qui traînait la charrue, avait, au moins de tempsen temps, quelque peu de repos ; nous vîmes, avec plaisir, le travail s'interrompre un instant à l'eitréoiité du sillon. Les époux s'assirent poétiquement sur un tertre, à l'ombre d'un marier, et chacun fuma une pipe de tabac en guise de rafraîchissement.
Dans les provinces méridionales, les Chinois préparent leurs teires et surtout les rizières avec de Tengrais
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humain, qu'ils y répandent avec profusion. Il est incontestebleque, parce moyen, on donne à la végétation beaucoup plus de force et d'activilé ; mais il est probable aussi que les produits agricoles sont d'une nature moins salubre, et peut-être faudrait-il attribuer à cette cause plusieurs des infirmités trèg-fréqnentes parmi les habitants dn Midi, et qu'on ne remarque pas dans le Nord. Si l'on ne connaissait pas tout le prix que les babitantfl du Céleste Empire attachent à cette sorte d'engrais, il serait impossible de concilier l'égoisme chinois avec l'exbtence de ces innombrables petits cabinets, que les particuliers élèvent de toute part pour la commodité des voyageurs. Il n'est pas de ville ou de village où il n'y ait, snrce point, une concurrence effrénée. Sur les chemins les moins fréquentés, dans lesendroits les plus déserts, on est tout étonné de trouver des maisonnettes en paille, en terre et quelquefois en maçonnerie. On croirait être dans un pays oii la sollicitude pour les établissements d'utilité publique est poussée jusqu'à l'emgératÛD. Eu réalité, l'intérétest le seul mobilede toutes ces créations utiles.
Lorsqu'on entre dans un hameau chinois, ou qu'on approche d'une ferme, on est tout à coup saisi pard'horribles exhalaisons qui vous prennent à la goi^ et menacent de vous safioquer. Ce n'est pas cette odeur saine et forte qui s'échappe des étables des bœufs et des bergeries, et qui souvent dilate les poumons d'une manière si agréable, c'est un atroce mélange de toutes les pourritures imaginables. Les Chinois ont tellement ta manie de l'engrais humain, que les barbiers recueillent avec soin leur moisson de barbe et de cheveux et les rognures
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d'oDgles, pour les Tendre aux laboureurs, qui en eagraissent les terres. C'est bien là, dans toute la Force du terme, l'exploitaUon de l'homme par l'homme.
Les petite cultÏTateurs chinois travaillent eouvent à la bédie ou à la houe. On ne peut qu'admirer la bonne tenue de leurs champs, dont ils arrachent les mauvaises herbes avec une patience invincible. 11 faut que le terrain soit bien stérile de sa nature pour qu'à force d'art et de travail ib ne parviennent pas à lui faire produire quelque chose. Dans les endroits trop secs pour la culture du riz, ils sèment la patate douce, le chanvre, le cotonnier, et s'il existe un recoin tout à fait improductif, ils ; plantent quelques arbres utiles, tels que le mûrier, l'arbre à suif, ou au moins un pin pour avoir un peu de bois et de térébenthine. Le Chinois est, pour sa moisson, d'une soUiàtude inima^nable. S'il a à redouter qu'un vent trop violent n'égrène les épis de riz en les choquant les uns contre les autres, il réunit plusieurs tiges ensemble et les attache en un seul faisceau, pour qu'elles puissent ainsi se prêter un mutuel appui et n'être pas ravagées par le vent. Leur industrie excelle surtout dans l'art des irrigations, qu'ils savent conduire par des tujaux de bambou, sur les flancs des montagnes coupées en terrasses et cultivées jusqu'à leur sommet. Ils ont mille ressources, dans les temps de sécheresse, pour répandre dans leurs champs les eaux des étangs et des rivières, et pour les faire écouler quand les inondations sont trop fortes. Ils se servent principalement de pompes à chaînes ou à chapelet, qu'ils mettent en mouvement avec leurs pieds, et qui-font passer l'eau d'un réserroir dans un autre, avec une grande rapidité. Ils établissent
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qoelqnefcùs, sur les bords des rivières, de ^TBodes rouea d'ane légèreté extrême, et qa'un petit courant suffit pour faire tourner. Ces roues sont coastruites avec une merveilleuse intelligence ; elles sont entourées de longs récipients en bambou, qui vont loar à tour puiser l'eau dans la rivière et la porter dans un grand réservoir en bois, il'ou elle se répand ensuite par une foule de rigoles dans les champs voisins.
Plnsieurs provinces sont si fertUes et cultivées avec tant de soin et d'babîieté. qu'on y fait régulièrement trois récoltes par an. Quand ta première est déjà avancée, on sème la seconde dans l'intervalle des sillons, de manière qu'il y ait toujours dans le même champ deux cultures différentes.
Toutes les céréales connues en Europe viennent en Chine; elles y offrent même beaucoup de variétés qui n'existent pas ailleurs. Dans le Nord, on cultive pins particulièrement l'orge et le blé, et dans le Midi le riz, qui est la nourriture principale des classes inférieures , et la base alimentaire des autres. On se trompe en pensant que, dans tout l'empire, les Chinois ne vivent que de riz. Dans les provinces do Nord et de l'Ouest, il est aussi rare, peut-être, qu'en France, et on n'y en fait pas une plus grande consommation. On n'en soi que sur les tables des riches, et encore cela n'a lieu que dans les repas de luxe et de cérémonie. Le froment, le surasin, l'avoine, le blé de Turquie et le petit millet, sontl'aliment journalier de tout le monde, à l'exception de la seule province du Kan-sou, où l'on fait du painabsolument comme enËuropej partout ailleurs, on gaspille, «1 quelque sorte, la farine de froment. On
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mange la p&te dod fermentée et à moitié cmfe, tanUU sous forme de galette et taolAt tirée en rubans cOTnme du macaroni. On fabrique quelquefois de petits pains gros comme le poing et qu'on se contÈnte de faire cuire à la vapeur d'eau.
Quoique la Chine possède les céréales, les fruits et leslégumesde l'Europe elle trouve encore dans te règne végétal une foule d'autres produits aussi riches que variés, dont pluùeurs pourraient, sans doute, prospérer dans le midi de la France, et surtout dans dos superbes possessions d'Afrique. Parmi les végétaux les plus célèbres de la Chine, nous devons dter le bambou, dont les nombreux usages ont influé sur les habitudes des Chinois. Il est permis d'affirmer, sans crûnte d'exagération, que les mines de la Chine lui valent moins que ses bambous, et qu'après le riz et les siùeries, il n'y a rien qui soit d'un aussi grand revenu. Les usages auxquels le bambou est appliqué sont si considérables €i d'une utilité si générale, qu'on ne CMiçoit pas comment ta Chine pourrait se passer aujourd'hui de cette espèce de roseau.
Le bambou sort de terre, comme les aspei^^, avec la grosseur etlevolumequ'il conserve ensuite dans am accroissement. Le dictionnaire de Khang-Jii le définit : « une production qui n'est ni herbe ni arbre » {fei-tun, fei-mou) ; c'est, en quelque sorte, un végétal amphitMe, qui est quelquefois comme une plante et qui acqoieit aussi les proportions d'un arbre. Les bambous ont été connus de tout temps, en Chine, où ils croissent naturellement. Mais ce n'est que vers la fin du troisi^ne siècle avant, l'ère chrétienne qu'on peut flxer le com-
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mencement de la culture de la grosse espèce. On réduit à aoùaute-troislenonibredes variétés principales de bambous qu'il y a daus Tempire. Ils diffèrent les uns des auh^s par la grosseur et la hauteur, par la distance des nœuds, la couleur et l'épaisseur du bois, par les branches, les feuilles, les racines et certaines bizarreries de conformation qui se perpétuent dans l'espèce. L'exploitation d'une forêt de gros bambous peut donner un revenu considérable à son propriétaire, s'il sait bien en régler la coupe, u Les petits-fils des bambous, dit un « proverbe chinois, ne voient pas leur grand'mère, et K la mère n'est jamais séparée de ses enfants. »
On peut citer encore, parmi les végétaux utiles ou eu rieux que produit la Chine, le thé, objet d'un commerce BÎ actif, l'arbre à cire, l'arbre à suif, le mûrier à papier, le camphrier, l'arbre au vernis, le ti-tchi, le loung-yen, « G^l de dragon, » lejujubier, l'anis étoile, lecannellier de la Chine, dont l'écorce est très-épaisse, l'oranger, qui compte un si grand nombre d'espèces, le bibacier, et une foule d'arbres à fruits particuliers aui provinces méridionales; ta pivoine en arbre, les camélias, l'horleosia, rapporté de la Chine parlord Macartney, le petit magnolia, plusieurs rosiers, la reine^marguerite odorante, rbémérocalle, la rhubarbe, lejin-chen (ginseng) et uœ prodigieuse diversité de plantes ligneuses ou herbacées cultivées pour la beauté de leurs fleurs ; le cotonnier, un grand nombre de plantes textiles, économiques ei câréales, qui mériteraient d'être naturalisées en Eiirope.
La culture des végétaux utiles est un des soins auxquels les GhincHS sont plus particulièrement livrés, et,
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d^ les époques les plus ancienues, elle a ûxé l'aUention du goorernement, qui s'est toujours efibrcé de l'éDcoan^r. Dans les proTÎnces les plos peuplées, on a mis à profit jusqu'aux rivières et aux étangs, où l'on sème des plantes aquatiques nulritÎTes, telles que les tubercoks de sagittaire et le nénuphar, dont les Chinois savent tirw un merveilleux parti.
Cette plante aquatique a toujours été connue et estimée des Chinois. Les poètes l'ont célébrée dans leurs vers, à cause de la beauté de ses fleurs ; les docteurs de ia raison l'ont mise au nombre des plantes qui entrent dans le breuvage d'immortalité, et les économistes l'ont préconisée, à cause de son utilité. De nos jours, elle est devenue le symbde des sociétés secrètes.
Lenénuf^ar, ou nymphaa de Chine, est nommé vulgairement lien-lwa. Ses feuilles sont larges, arrondies, festonnées, diamues, veineuses et édiancrées dans le milieu ; les unes nagent sur la surface de l'eau, où elles se tiennent comme collées, les autres s'élèvent au-dessus, k diS'érenteshauteursiellessootd'uD vert tendre au-dessns, foncéau-dessous, et soutenues par de longues queues mouchetées de noir. La racine du nénuphar est vivace, grosse OHnme le bras,d'un jaune pâle audebors, etd'un blanc de lait au dedans, longue quelquefois de douze et quinze pieds; elle rampe au fond de l'eau et s'attache an linHHi par les fibres des étranglements qui la divisait d'espace en espace. Du milieu des filaments, elle pousse quelquefois des pattes qui s'étendent ; mais ses grands accroissements se font par les deux bouts. La queue des fleurs et des feuilles est percée, jusqu'à l'extrémité, de trous arrondis comme ceux de la radne.
Chapitu tiu. 3 si
et disposés symétriquement dans tonte lenr longuenr.
Les fleursdu nénuphar sont à plusieurs pétales, et disposées de telle sorte, que, lorsqu'elles ne sont pas encore entièrement ouvertes, on les pr^idrait pour de grosses tulipes ; ensuite elles s'épanouissent eu rose. Au milieu de la fleur, se trouve un pistil conique qui devient un fruit spongieux et arrondi, partagé, dans sa longueur, en plusieurs loges remplies de graines oblcngnes revêtues d'une enveloppe ou coque comme le gland, et composées, comme lui, de deux lobes blancs, aa milieu desquels est le germe. Les étamines sont des filaments très -déliés terminés par un sommet violet.
Les Chinois distii^uent quatre espèces de nénuphar : le jaune, le blanc et roQge à fleurs simples, le blanc et ronge à fleurs doubles, et le rouge pâle. Cette plante se multiplie par les semences, mais plus aisément et plus promptement par les racines ; elle ne demande aucune sorte de culture. 11 n'est rien de comparable à l'effet que produit le nénuphar sur les étangs et les grands bassins. 11 ne pousse guère que vers la fin de mai ; mais sa germination est rapide, et ses grandes feuilles, collées sur la surface des eaux, ou majestueusement élevées à diverses hauteurs, forment des tapis de vei^ dure d'un aspect ravissant, surtout lorsqu'ils sont émaillés de fleurs de diverses couleurs. Comme elleesoot plus grosses que des pavots, d'un blanc ou d'un rouge éclatant, elles tranchent magnifiquement sur le vert des feuilles. Les jeunes poètes chinois aiment beaucoup à chanter les promenades en bateau, au clair de la lune, sur les étai^ bordés de nénuphars en fleurs, et illu-
381 l'ihpim chinois.
minés par des essaims de lucioles et de mouches phosphorescentes.
Le nénuphar est surtout remarquable au point (le vue utilitaire ; ses graines se mangent comme les noisettes en Europe. Cuites à l'eau et au sucre, elles font les délices des gourmets. Sa gigantesque racine est d'une grande ressource pour les préparations oulinùres ; de quelque maniàe qu'on l'arrange, elle est trèssaine et d'un goûtexcellent. Les Chinois en font macérer au se) et au vinaigre des provisions considérables pour manger avec le riz ; réduite en fécule, on peut &i composer de délicieuses bouillies au lait ou à l'eau. Pendant l'été on la mange crue en guise de fruit, et elle est très-rafralchissante. Les feuilles, enfin, sont d'un grand usage pour envelopper toute espèce d'objets, ^ lorsqu'elles sont desséchées, on les mêle volontiers an tabac à fumer pour eu adoucir la force.
Les Chinois doivent principalement à leur caractère éminemment observateur leurs nombreuses découvertes en agriculture, et le parti qu'ils savent tirer d'une foule de plantes négligéesen Europe. Us aiment à examiner et à étudier la nature. Les grands, les empereurs mêmes, ne dédaignent pas d'être attentifsaux plus petites choses, et ils recueillent avec soin tout ce qui peut avoir quelque utilité pour le public. Le célèbre empereur Khang a ainsi rendu pins d'un service important à son pays. On trouve dans de curieus mémoires écrits pai'Ce prince, le passage suivant : « Je me promenais, dit l'empereur a Khang-hi, le premier jour de la sixième lune, dans « des cbamps où l'on avait semé du riz qui ne devait a donner sa moisson qu'à la neuvième. Je remarquai,
CHAPITRB Viil.
« par hasard, ud pied de riz qui était déjà monté en «f épi. n s'élevait au-dessus de tous les autres et était « assez mûr pour être cueilli ; je me le fis apporter. « Le grain eu était très-beau et bien nourri ; cela me « donna la pensée de le garder pour un essai, et voir si, a Vannée suivaDte, il conserverait ainsi sa précocité ; il « ta conserva en effet. Tous les pieds qai eo étaient pro- « venus montèrent en épis avant le temps ordinaire, et a donnèrent leur moisson à la sixième lune. Chaque « année a multiplié la récotte de la précédente, et, de- « pais trente ans, c'est le riz qu'on sert sur ma table. « Le grain en est allongé et la couleur un peu rou- « ge&tre ; mais il est d'un parfum fort doux et d'une « saveur très-agréable. On le nomme yu-mi, « riz imapérial, » parce que c'est dans mes jardins qu'ilacoma mencé à être cultivé. C'est le seul - qui pui^e mûrir ■ au Dord de la grande muraille, où les froids finissent « très-tard et commencent de fort bonne heure ; mais, « dans les provinces du Midi, où le climat est plus doux « et la terre plus fertile, on peut aisément en avoir deux a moissons par an, et c'est une bien douce consolation « pour moi que d'avoir procuré cet avantage à mes « peuples. »
L'empereur Kbang-hi a rendu, en effet,, un service immense aux populations delà Mantchourie, en propageant la culture de cette nouvelle espèce de riz; qui vient à merveille dans les pays secs, sans avoir besoin d'irrigations perpétuelles comme le riz ordinaire. Il prospérerait certainement en France, et il n'a pas tenu aux missionnaires qu'il n'y soit acclimaté depuis longtemps. Pendant que nous étions dans notre maison aux
384 l'ehmhi ghihois.
enTÎmM de Péking, nous nous sommes lattpltlsieurs foisnousHn^eija deToird'enenroyer au minislèrede l'(^;Ticulture et da commerce ; mais nous n'aroos jamais enleodo parler qa' (m se soit occupé .d'ea faire qoelqoe expérience. Avec nos perpétuelkes réTolulions et nos changements si rapides de gouTeraement, qiiel ministre pourrait conserver assez de flegme pour se préoccuper d'une nouvelle espèce de riz àéeouverte par un empereur tartare manlchoii 7
L'esprit d'observation, dont les Chinois SMit douésau plus haut degré, les a conduits à faire une remarque curieuse sur les blés, et qui, selon leur o[Nnioii, est de la plus grande importance enagriculture. Un de nos chrétiens nous demandait un jour si, en France, les espèces de blé qui fleurissent pendait la nuit étaient très-Do^> breuses. La question nous parut assez ei^barrassaate, et nous avouâmes ingénument à noU-e interiocuteur que, n'étant pas agronome, nous ne savions pas combien d'espèces de blé fleurissaient pendant la nuit; que nous o'avions jamais entendu parler d'un semblable phénomène, et que, probablement, les cultivateurs de notre pays seraient eux-mêmes trèe-étonnés d'une semblable question. — Mais non, s'écria-t-il, vos cultivateurs. ne seraient pas étonnés ; ils doivent nécessairement codoaltre cela ; autrement, comment s'occuper avec succès des travaux agricoles? Est-ce .qu'ils ensemencent leurs champs au hasard, sans tenir compte du soleil et de la lune 7.-. Nous fâmes contraint d'avouer, pour la seconde fois, notre profonde ignorance en cette matière. Làdessus, notre néophyte se mit à nous développer la plus singulière des théories sur la floraison des blés. U nous
CHAPTTHB' TllI. 399
(fit que les bombreases espèces de blé se divisaient eà deux ^hiadea catégories, l'une dont la floraison cotnrnençBtt'toujonrs et invanablement pendant la aiiît, et'' {'«utrequi ne pobvait flearir qn'-avec le jour. Le choiX' du terrain, le moment des semailles et le ^nre de cul^> turfli^ileTalent' varier -selon les espèces; et il' soutenait que,'fadte de connaître ces deux classifications et de se conformer an» règles prescrites pour chacune d'elles,' on s'eitposaM beau<!oQp à avoir de mauvaises récoltes. Noasne pouvOns'pas dire Jusqu'à quel point on peut' aJAuterforàcettesingulièreobservattondesChtnois.Nous oonfcSBons ne nous être jamais senti le zèle d'aller tious' ItistaAler, pendant la nuit, «u milieu d'un champ, pour n^ooter la garde auprès des épis de blé, et prendre leé Qeur8>suf le Uni quand ellâ auraient fantaisie d'éclore. Il est probable' même que ce zèle indiscret eût été com- [^étement infructueux'; car nous soupçonnons qu'il nous eût été nssez difficile de remarquer l'épanouissement d'une fleurdë blé. Nous laissons donc aux agronomes de décider de quelle valeur peuf être celte observattbn chinoise;'
Oa pourrait composer un i^cueil plein d'originalité de tautes^les remarques curieuses faites par les Chinois; non sèaletnent en agriculture, mais encore dans tout ce qui concerne l'histoire naturelle. Nous allons en citer quelques'unes qui se présentent k notre souvenir, aBn de donna: une idée de Ja sagacité de ce peuple.
Tout le monde sait (Jue les hirondelles s'en vont vers l'automne et reviennent au commencement du printemps. Les Chinois ont été aussi curieux que nous de savoir ce qu'elles devenaient pendant les six mois de leur
3S0 LB>piu cBnon.
absence, et où elles allaient. Ils ont coostaté que les hirondelles aux pattes desquelles on avait- attaché des signes pour les recoanaltre, avaient paru plusieurs années de suite dans la même maison. On était donc certain que celles qui s'en allaient en antomtae étaient les mimes qui revenaient au printemps ; mais où allaientelles ? Les anciens prétendaient, les uns qu'elles passaient les mers, les autres qu'elles s'enfonçaient dans l'eau. Maintenant, ces opinions sont regardées par les Chinois comme des fables puériles, et plusieurs observations leur ont démontré ipie les hirondelles n'entreprennent pas de longs voyages, pour aller passer chaudement l'hiver quelque part. Il est écrit dans les annales de la Chine « que le peuple étant accablé par les mal- « heurs qui affligèrent le règne de l'empereur Ngan-tj, a plus de mille familles désertèrent leurs villages, et « allèrent se réfugier dans les montagnes les plus enfon- « cées et les plus sauvages, pour fuir les révoltes et la « famine.. Comme rien n'avait poussé, elles furent ré- «duitesà se nourrir de rats et d'hirondelles qu'elles « trouvaient assemblées par pelotons dans les cavernes « et dans le creux des rochers, b Un autre historien rapporte encore le fait suivant : « L'empereur Yai^a t; (1) ayant ordonné des réparations sur les bords du « fleuve Jaune, on trouva une grande quantité d'hiroo- « délies assemblées par pelotons dans les creux des « rochers , et dans les cavernes des endroits où les bords « sont déserts et très-escarpés, n Un naturaliste chinois, nomn^é Lu-chi, dit , après avoir rapporté ces faits :
(I ] Il mimU Kir le trAoe Pan eos.
CBAPITBB VIII. 3K7
« Les anciens pensaient que les hirondelles changeaient « de climat; mais il est très-difficile de concevoir qu'ils a l'aient cru, puisqu'on n'a jamais vu les hirondelles ni « prendre les chemins des pays méridionaux, ni marte cher en -troupes comme les oiseaux voyageurs, qui « viennent toutes les années de la Tartane et j retour- « nent au printemps. Ceux-ci font des armées, et leur « passage dure plusieurs jours; au lieu que les hiron- « délies disparaissent d'une province, ' sans qu'on en « voie un plus grand nombre dans l'autre, même dans « les provinces les plus rapprochées de la mer. » Et le naturaliste chinois conclut que les hirondelles n'émigrent pas, qu'elles restent toujours aux environs du même pays, ■ et que, pendant l'hiver, elles vont seulemeat se blottir dans des trous ou au fond des cavernes. Nous ne savons si les naturalistes d'Europe seront bien disposés à partager. l'o()inion de leur confrère Lu-chi. Nous ignorons également si la découverte suivante sera bien du goût non plus des naturalisl£3, mais des horlogers.
Un jour que nous allions visiter quelques familles chrétiennes de cultivateurs, nous rencontrâmes, tout près d'une ferme, un jeune Chinois qui faisait paitre un buffle le long d'un sentier. Nous lui demandâmes, en passant et par désœuvrement , s'il n'était pas encore midi. L'enfant leva la tête, et, comme le soleil était caché derrière d'épais nuages, il ne put y lire sa réponse. — Le ciel p'est pas clair, nous dit-il, mais attendez un instant... A ces mots il s'élance vers la ferme et revient " quelques minutes après, portaot un chat sous le bras. — Il n'est pas encore midi, dit-il, tenez, voyez... En disant
388 L BMPIRB GHIHOIS.
cela, il nous montrait l'œil du chat dont il écartait les paupières avec ses deux mains. Noua regardâmes d'abcHd J'e^fant, il était d'ua sérieux adniirable ; puis le chat qui, quoique étonsé et peu satisfait de l'^périence qu'ai gisait sur son œil, était Déanmoins d'uo^ complaisance .exemplaire. — C'est bien, dîmes-nous à l'eafant ; il n'est pas encore midi, merci. Le jeune Chinois lâcha le chat, qui se sauva au graad galop, et nous continuâmes notre route.
Pour dire vrai, nous n'avions pas compris, graod'chose à cette nouvelle méthode de connaître les.heures; mais nous ne voulûmes. pas questionner ce petit païen, .de peur que, à notre ignorance, il ne s'avisfit de .soupçonner que nous étions Européen. Aussitôt qpe nous fûmes arrivé dans une maison de chrétiens, doqs n'eûmes rien de plus pressé que de leur demander s'Us savaient voir l'heure qu'il était dans tes yeux des chats. Us ne s'attendaient guère à une semblable questim. Aussi furent-ils un peu déconcertés ; nous insistâmes, et, comme il n'y avait aucun dangfii à craindre, en leur avouant notre profonde ignorance sur les propriétés de l'tral du chat, nous leur racontâmes ce qui nous était arrivé, en route, tout près de la ferme d'un païen. D n'en fallut pas davantage ; nos complaisants néophytes se mirent aussitôt à donner la chasse à tous les chats du voisinage. Ils nous en apportèrent trois ou quatre, et nous expliquèrent de quelle manière on pouvait se servir avantageusement d'un chat en guise de moqtre. Ils nous firent voir que la prunelle de son œil allait se ré* trécis^ant à mesure qu'on avançait vers midi ; qu'à midi JQsle elle était comme un cheveu, comme une ligne
CBAPITHK VIH. 358
d'une finesse extrême, tracée perpeDdM;ulaîreineii,t sqr l'cetl ; apr&s midi la dilatatimi recommençait. Uu^nd BOUS eûmes examiné bien atlentiTement tous les cbat* qui étaient à notre dùjpositwMi, nous condàmee qi^'il était midi passé ; tous les yeux étaient parfùtem^i^ d'accord.
Nous.aTone d'abord hésité à patlerde cf^ttq invention <diinoise, daus-la .crainte dé cempronwttre l'horlpgerjA ^d'aiTêteri le débit des montres; mais tonte coQsidér?^ tioQ doit s'effacer devant l'amour du progrès. 11 est difr fioile qu'une découverte de quelque impwtanc^ ne froisse parles intérêts privés. Nous errons cependant qu'on pourra, malgné^ceia, faire encore des montres, parce que, parmi lee nombreuses personnes qui désirenf savoir l'beure, il y en aura toujoucs qui ne voudront pas se donner la peine de courir aprè» un cbat, pour lui r^arder les yeux, et siexposer ^si au danger de sa feire arradier les leurs. :. ■.
Les Chinois DÇus onl-euseig^. we expérience d'un autre genre et qui n'a pas les même» inconvénients' que la précédenle. Elle n'est assurément cooipromottant^ pour personne ni pour aucune induatrie. Elle pourrait, tout au plus, être désagréable aux &nes, en. ce qu'elle tend à les contrarier sÎDg^U^cflment'danS; l'exercice de leuf liberté.
Dans lenord de ta Chine, où \&i itoyages par^eau m sont pasaussi faciles que dauft le; midi,',oo va ardinûroment en cbariot ou bi0n< à dos. d'^oe ou de mulet: Oq s'arrête à la fin du jour pour passer ■]& unit dans les bôtâlleries plus ou moins confortables, qu'oifkne manque jamais de rencontrer 1« long de la route. Le grAndior
360 LBMPIM CHINOIS.
convéDÎent de ces auberges, c'est qu'il est très-peu aisé d'y dormir en paix, à cause du vacarme qui s'y (ait fopétuellement ; et, si l'on a le malfaeur d'avcùr des ânes dans la o>ur de l'établissement, alors il faut se résigner à ne pas fermer l'oeil, car ces animaux terribles, sous prétexte, saos doute, que la musique a toujours été en luMineur dans l'empire, se croient obligés, en tant que Chinois, de cbanter duruit la nuit entière et de s'abaodonner à toutes les fantaisies de leur iustinct philharmonique.
En 1810, nous voyions en chariot dans la province de Péking. Notre catéchiste, ancien maître d'école, escortait la Toiture, monté sur un âne magnifique, si plein d'ardeur et d'agilité, que les deux mulels de notre attelage avaient toute ta peine du monde à soutenir la rapidité de sa course. Cet fine était si p^étré de sa supériorité, il eu était si fier, qu'à peine apercevait^ ou sentait-il de loin un de ses collègues, il se mettait à braire avec une fatuité insupportable. Quand nous éticHis arrivés à l'hôtellerie, au lieu de se reposer en paix, de ses fatigues, il passait la nuit à faire de la musique. 11 y avait dans le timbre de sa voix et dans les modolatirais qu'il savait lui donner, quelque chose de si provocateur, que tous tes ânes des auberges environnantes, entraînés apparemment par la puissance de son fluide magnétique, ne tardaient pas à se mettre de la partie et à braire aussi de toute leur force et de tout leur goder. Il résultait de là un si étourdissant concert, qu'il n'y avait plus aucune possibilité de fermer l'oeil.
Un soir que notre catéchiste nous vantait les qualités supérieures de son &ne... — Ton âjie, lui dtmes^ous.
CHApmi yiii. 36-1
est une mauvaise bêle. Depni» que nous sommes ea voyage, il est cause que nous n'avons pi^ dormir un seul instant. — 11 fallait lue le dire plus tôt, répondit-il, je l'aurais empêché de chanter. Comme i notre catéchiste était parfois d'humeur facétieuse, nous primes son.observalioD poor une mauvaise plaisanterie. Le lendemain matin, nous trouvâmes pourtant que nous avions dormi profondément; nous étions comme rassasié de sommeil. — L'fine a-t-il chanté cette nuit ? nous dit le catéchiste aussitôt qu'il nous aperçut. — Peut-être noa ; en tout cas nous ne l'avons pas entendu. — Oh ! pour moi ; je suis bien sûr qu'il n'a pas chanté ; avant de me coucher j'avais pris mes mesures... — Vous avez dû remarquer, sans doute, ajouta-t-il, que, lorsqu'un âne veut chanter, il commence par lever la queue et qu'il ta tient tendue presque horizontalement tant que dure la chanson ; eh bien ! pour le condamner au silence, il n'y a qu'à lui attacher une pierre à la queue et l'empêcher de la lever. Nous regardâmes notre catéchiste en souriant, comme pour lui demander s'il ne se moquait pas de nous. — .Venez voir, nous dit-il, l'expérience est là. Nous allâmes dans la cour et nous vîmes, en effet, ce pauvre âne, qui, avec une grosse pierre suspendue à la queue, avait beaucoup perdu de sa Serté ordinaire. Les yeux fixés en teire et les oreilles basses, il paraissait profondément huhiilié ; sa vue nous fit vraiment compassion, et nous priâmes notre catéchiste de lui détacher la pierre. Aussitôt qu'il sentit son appendice musical ea liberté, il redressa d'abord la tête, ensilite les oreilles, puis enfin la queue, et se mit à braire avec un prodigieux enthousiasme.
D,q,i,.cdbvGoQgle
HSTlgaUaiLgur le lie Pon-yasg. —Grand nombre de, lenqDM. — Rmil^ par terre. — Déserls incullcs. — Paupériime en Chine. — Bandes de mendiants. — Confrérie des rerrueiis Gratuits. — Le roi des panvres.
— Hètelterle des P&MMfye prmle. — ÇâQMis du pànpérisme. ~'Le jeu- — Dliers Jeui chinois. — Manière d'éluder la |d1 contra les joueura.
— iTrognerie. — La vigne. — Vin et eau-de-vie de grain. — In&nticldes.— Quelles en sont le» causes.- Cequ'M y a devrai et d'exagéré
, an sujet des tntintMdeit en Cbin^ — ¥u-yi^~t<mg on.hifgj^ee daa lÏBfanls trouves. — Ëdit contre l'infanticide. — Impuissance dû gouvernement pour réprimer les Infanticides. — Œuvre de la Salnte-
Notre Davigalioa sur le lac Pou-yang ({] se fit sans accident. Seuleipent elle fat phis loi^pie- qu'on ne IV fait 8ti[^Ki9é ; au lieu d'un jour de ttavenée nous en eûmes deux. Nous étions à peu près à moiUé de ootte course, lorsque le vent changeant de directioD,- se bH ieouffler de l'avanl, et nous força de courn* delmigués bordées. Le tempsoe cessa pas pourtant '4' êtra toujours beau, etla brise, quoique contraire, n'^itipasde natoie i nous donner la plus légère inqui^ude. Un jour de rotard ne pouvait être pour nous matière à ■ériense COBtradictioD. Nous n'eu dirons pas autant de la nuit, qtt'S bllut, contre notre attente, passer à bbrd de la joaqoe. Les eantavlatsDouç firent imegurare-ailsriacbaniée^
CflAPITRK II. 363
k nuit précédente. Nous en fûmes .quittes en portant nos lits sur le pont et en nous résignant à coucher parmi les matelots, dont les cris et le ))avardage perpétuels étaient encore moins incommodes que les incessantes agaceries des cancrelats. . , ,
. Durant ces deux jours de navigation, nous vîmes rarement la (erre. Il Ojous était difficile de novs persu^de^ -que nous étions au centre de l'empire chinois. Cette immense étendue d'eau, ces longues vaguas soulevées par te vent, ces potubreux et gros navires qui voguent .dans tous les sens, tout semhlait indiquer une véritable .mer pliit6t qu'un lac. Lp mouvement des jonques innombrables qui sillonnent continuellement la surface du Pou-jang offre à la vue un spectacle vraiment ravisgant. Les diverses directions qu'elles doivent suivre doi^ nent à leur voilure et à leur construction une variété de tormea infinie, les unes, allant vent arrière, étalent leurs laides nattes et avancent avec une imposante majesté ; â>*autres luttent péniblement contre la brise et les flots, tandis qu'un grand nombre, courant par le travers et en sens- inverse, ressemblent à des monstres njarina eu courroux et qui chercheraient a se précipiter les uns contre les autres. Les évolut^onsde toutes ces machines flottantes sont si rapides et ai multipliées, que le tablea\i se modifie et change à chaque instant.
, Nous aurions pu aller par eau jusqu'à la capitale du Kia^g-si, car, en sortant du lac Pou-yaug nous entrâmes dans l'embouchure d'une rivière navigable qui .passe fous les Diurs de Nan-tchang-fou ; mais, avec le vept et le courant contraires, la nayigatfon leût éjté trop loi/igap et trop pénible. Nous aimâmes donc mieux re-
,.cdb.GooyIc
364 LBMri» CHUIOIS.
prendre la voie de terre, qui derait nous conduire dans deux jours au troisième grand relais de notre Yo^age.
LaproTiDce du Eiang-ei est réputée pour être une des plus populeuses de la Chine. Aussi fûmea-nous étrangement suipris de rencontrer sur notre route de vastes plaines sans culture, sans habitants, et dont l'aspect sauvage nous rappelait les steppes et les déserts de la Mongolie. Il n'est pas rare de trouver ainsi, dans plusieurs provinces de la Chine, de grands espaces incultes, soit à cause de la mauvaise nature du terrain, soit plutôt par l'incurie et l'insouciance des -habitants, qui aiment à chercher leurs moyens de subsistance dans les chances de la navigation et du commerce plutôt que dans les paisibles travaux de la campagne. Ces friches se remarquent principalement aux environs des grands lacs et dans le voisinage des fleuves. Les hommes abaiH donnent volontiers la terre pour aller passer leur vie sur des barques, ce qui a fait croire, malgré les encooragements donnés à l'agriculture, que la Chine poarrait fournir plus complètement aux besoins de ses habitants, ou en nourrir encore un plus grand nombre.
li est incontestable que le gouvernement chinois ne sait pas ou ne veut pas mettre à profit tous les éléments d'abondance et de richesse qu'on rencontre de toute part dans ce magnifique pays.. Une administration intelhgenle et zélée pour le' bien public, en donnant une bonne direction à ces populations patientes et industrieuses, pourrait développer prodigieusement les immenses ressources de l'empire, et procurer aux masses une part plus large de bien-être et de prospérité. Nous ne voulons pas dire, il s'en faut bien, qu'il soit plus facile
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en Chine qu'ailleurs d'éteindre complétemeiitle paupérisme. Nous savons que, dans tous les grands centres de population, il y aura malheureusement toujours beaucoup de pauvres, et que-la classe des nécessiteux de tout genre y sera très-coDsidérable. Mais on pourrait en diminuer le nombre, au lieu que nous avons remarqué, durant notre séjour en Chine, qu'il allait tous les ans en augmentant ; et c'est ce qui explique peut-être l'étonnante facilité et les développements prodigieux de l'insurrectioD formidable qui menace en ce moment de bouleverser de fond en comble cet empire colossal.
A toutes les époques, et dans les pays les plus florissants et les mieux gouvernés, il y a toujours eu et il y aura toujours des pauvres ; mais nulle part, sans contredit, il ne s'est jamais vu une misère profonde et désastreuse comme dans l'Empire Céleste. Il n'est pas d'année où, tantôt sur un point et tantôt sur un autre, il ne meure de faim ou de froid une multitude eBrayante d'individus. Le nombre de ceux qui vivent au jour le jour est incalculable. Qu'âne inondation, une sécheresse, un accident quelconque, vienne à compromettre la réeolte dans une seule province, et voilà les deux tiers de la population livrés immédiatement à toutes les horreurs de la faniiae. On voit alors se former de grandes bandes, comme des armées de mendiants, qui s'en vont tons ensemble, hommes, femmes et enfants, chercher, dans les villes etdanslesvillagres, un peu de nourriture, de quoi soutenir encore .quelques instants Idur misérable existence. Plusieurs d'entr&eux tombent d'inanition et meurent avant d'arriver au lien où ils espéraient trouver quelque secours. On voit leurs cadavres
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étendus dans les chnmpB et le long des sentiers ; on passe à côté d'eus sans s'en émoutoir, sans même y feire ati teiltion, tant on est accoutumé à ces horribles speetaoles t En 1849, nous fûmes arrêté pendant sjx mois dans une chrétienté de la province de Tché-kiaug, d'abord par de longues fouies torrentielles, et puis par une jncHtdation' générale qui earahit la contrée. De toute part on Toyait comme une vuste mer au-dessus de kquelle.sem' blaieot flotter deq villages et des arbres. Les Chinois, qui prévoyaient déjà la perte de la récolte et toutes les horreurs de la famine, déployèrent une activité et une persévérance remarquables pour lutter- contre le fléau dont ils étaient enveloppés. Après avoir élevé des digues aatourde leurs champs, ils essayèrentde nder |'eu dont ils étaient remplis ; mais, aussitôt qu'ils semblaient devoir réunir dans lenr difficile et pénible entreprise^ la pluie tombait de nouveau en telle abondanaet que ]et, diamps étaient bientôt inondés. Durant trois .mois '«»■ tiers nous fûmes témoin de leurs efforts opiniâtres ; les travaux ne discontinuûent pas un. inslanl. Ces malheureux, plongés dans la vase jusqu'aux hanches, étaient, jourct nuit, occupés à tourner leurs pompes à cbaines, afin de faire écouler^ dans les lits des rivières et des car naux, les eaut qui-avaient envahi la campagne. L'inoodation ne put être maîtrisée ; et, après des peines excessives, ces infortunés eurent la douleur, de ne pouvoir ealtiver leurs champs, et de Betrouverbieat&t.daD6 un c6mptel> dénûment. Alors oa les vil s'oi^aniser par grande» troupes, etcourir la province un sac sur le dos, pour recueillir çà et là un peu de riz. Ces bandes étaient hideuses à voir. A mcHtié couverts de haillons, les che-
CHMRIT^ IX, ' 3<67
vaii béris^, la QKure'ontUftotée efc'ks 4èfTes Inidesi,: tous.c^s mendiante, naguère ^paie^les caltîvateutSj ipa-J raisBaieDt au m^ent de ise laisser entraîner, par le déy setp(Hr,'.à ' tou4 'teadéiorâres. La chrétienté que Dons batÂtioDS' fut plttùeurs "fMs ^isiUe>|Hir: oeeioaraTanes afiamée»! Noue* û'étîoaa, guère ftlus riches quêtes aai" treajcap rinoadaiibn.avaitété gédérale'i cependant'^ fallut se retrancher un peu du. nécessaire, et leur faire rpumÔDe de qa«l<tM» poigaée»<le riz. Des villages èntiera, furent ahandonoéâ et de nombreuses familles allëreot chercher à vivre dan» les provîntes voisines. <i
Les calamités de ce fi;enre ee reppcidnisent tons le> an», tantôt sur uq point, tantôt sur un autre. Ceux quï ont quelques avances peuvent encore supporter ces moments de crise et attendre de meilleurs jours ; mais 1«b autres, et ils sontitoujoiu« en grand nODibre, n'ont plus qu'à s'expatrier ou à mourin de faim. .
Outre ces misères locales et accidentelles, ilry-aeot core ce qu'on poUrrut appeler le paupérisme fixé el permanent, qui/comme une lèpre inoiridile, étend ses ravages sur la nalûmtout entière. Dam les grandesm)* les, ia,maltitwto dïts .pausrasisst eâxayantek On les voit circuler le long des rues^ étalant leurs difËormités, leurs plaies, hideuses,: leurs membres; disloqués pour excitep ta commisén&tioiO publique. Chaque jour il en meori plusieurs defaim. Cependant les Chinois qui sont dans l'aisance font assea volnntier& l'aumâoe de quelques sav pèques ^ mais ils ne cranaissent pas ce sentiment de chjK rilé qui fait qu'on, s'intéficesa Ai pauvre, qu'on l'aime, qn'wi compatit. à.^es mjsèpes. On donne'à PinBmie, an malheureux, une .pièce de monnaie on une poignée de
ses L'tifpm CHnon.
riz, uniquement pour ae débarrasser de sa présence ; aotrement, nul ne s'occupe de lui ; on se mât bien peu en peine de savoir s'il a un réduit quelconque où il paisse passer la nuit Les pauvres n'ont pas de domicile ; ils vwit ordinairem«it se réfugier autour des pagodes et des tribunaux ; le long des remparts, où il^ se construisent de misérables buttes avec des lambeaui de nattes recueillis dans les carrefours.
Les Ghinob, si habites et si expérimentés ponr oi^;amsep, dés associations de tout genre dans le but d'esploiter une branche d'industrie ou de commerce, même quelquefois pour résister aux voleurs et aUx entraînements du jeu, n'ont pas su former des sociétés de bienfaisance en faveur des pauvres et des malades. Nous avons seulement remarqué, dans quelques localités, des confréries pour procurer gratuitement des cercueils aux morts qui n'ont pas de parents pour prendre smo de leurs fanérailles. Et, s'il était convenable de scruter les intentions de ceux qui font le bien, il serait' possible de trouver encore, au fond de cette institution, une pensée d'intérêt et d'égoïsme. Les Chinois oai la superstition de croire que les Ames des morts se transforment en génies malfabants, en mauvais diables, qui prennent ensuite plaisir à venir, tourmenter les vivants, en leur snscituit des maladies ou en entravant le succès de leurs affaires. Le meilleur moyen de se soustraire aux malignes influences de ces esprits malintentionnés et devenus implacables contre les vivants, parce que leun corps auront été privés de sépulture, c'est incàatéstablement d'acheter dra cercueils à ceux -qui meurent sani avoir les moyens de -se faire enterrer. Cette attention si
CBAPTTU IX. ' 961)
pleine de bienreitlance oe peut manquer de les disposer favorablement à l'égard des membres de la confrérie des cercueils gratuits. A part cette société, nous u'avoDs pas eu connaissance qu'il en existât d'autre qui fût instituée dans le but de subvenir aux besoias des
Si les classes aisées négligent de s'associer pour le soulagemoit des pauvres, ceux-ci ne manquent pas, en revanche, de former des compagnies en commandite pour l'exploitation des riches. Chacun apporteà la masse quelque inârmité, vraie ou supposée, et l'on cherche œsuite à faire valoir le plus possible ce formidable' capital de misères humaines. Tous les pauvres se trouvent enrégimentés par escouades et par bataillons. Cette grande armée de gueux a un chef qui pm-le le titre de rot des mendiants, et qui est légalement reconnu par FEtat. Il répond de la conduite de ses sujets en guenilles, et c'est à lui qu'on s'en prend lorsqu'il règne parmi ens des désordres par trop criants et capables de compromettre la tranquillité publique. Le roi des mendiants de Péking est une véritable puissance. 11 y a des jouis fixes où il est autorisé à mettre en campagne ses nombreuses phalanges et à les envoyer demander l'anmône ou plutôt marauder aux environs dé la capitale. 11 faudrait le pinceau de Callot pour peindre Tallure burlesque, cynique et désordonnée, de celte armée de pauvrati, marchant fièrement à la conquête de quelque village. Pendant qu'ils se répandent de toute part comme une invasion d'insectes dévastateurs, et qu'ils cherchent, pai; leur insolence, à intimider tout le mcude, le roi convoque les che& de la conb^e et leur propose de les
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détirrer, moyennant certaine somme, de tous ces hideux garnisaires. Après de longues coatestatioas on ÛDÎl par s'arranger. Le village paye sa rançon, et les mendiants décampent pour aller se précipiter ailleurs comme une avalanche.
Ces hordes de gueux recueillait quelquefob dans leurs expéditions d'assez abondantes récoltes. Tout Ta d'abord dauB les mains du roi ; il en fait etauîte la répartitiou entre tous se? sujets, qui, du reste, paraissent -très-avancés dans les principes du communisme, voire même du fouriérisme, sans avoirpourtant lu une seule ligue des théories de Cabet on de Victor Considérait. On prétend, en Eun^, au monopole des idées grandes et neuves ; bien desgens se sentiront, sansdoute, humiliés en voyant que des Asiatiques, des Chinois, èavrait depuis longtemps mettre en pratique certaines opimous écloses d'hier dans les puissants cerveaux des philosophes de rOccident. '
Il existe à Pékiag un phalanstère qui surpasse en excentricité tout ce qu'a puréverlafécsnde imagÎDatkHi de Fourier. On l'appelle Si-mao-fan, c'est-à-dire « Malson aux plumes de poule. > A force de pousser les kna du progrès, les Chinois en sont venus jtïsqu'à pouvoir fournir aux pauvres une chaude couche eu duvet, moyennant la modique rétribution d'un demi-cenliiDe par nuit. Ce merveilleux établissement phalanstérien est uoiquement composé d'une salle grandiose, rediplie, dans toute son étendue, d'une épù&se couche de plumes de poule.' Les mendiants et les vagabonds qui n'ont pas de domicile vont passer la nuit dans cet immense doptoir. Hommes,' femmes, enfants, jeaoes et vieux, tout