CHAPITRE IX
le nuMide y est admis. C'est du communisme dans toute la force et la rigueur de l'expression. Chacun se fait SOQ nid, s'arrange comme il l'entend sur cet océan de plumes, et y dort comme il peut. Quand parait )e jour, U faut déguerpir, et qd des commis de l'entreprise pei^ çoif à la porte la sapèque fixée par le tarif. Pour rendre hommage, Ams doute, au principe d'égalité, on n'admet pas le système de demi-place, et les enfants sont obligés de payer autant que les grandes personnes.
. Dans les premiers temp^ de la fondation de cette Œuvre émiuemment philanthropique et morale, l'admimstrati(H) de ta Maison des' plumes de poule fournissait h chacun de iès hôtes une petite couverture ; mais on ne tarda pas à modifier ce point du règlement. Les communistes de l'établissement ayant contracté l'habitude d'emporter tes couvertures pour les vendre ou en faire un vêtement supplémentaire durant les froids rigoureux de l'hiver, les actionnaires s'aperçurent qu'ils marchaient rapidement à une ruine complète et inévitable. Supprimer entièrement les couvertures eût été trop cruel et peu décent. 11 fallut donc chercher un moyen capable de concilier les intérêts de l'établissement et la bonne tenue des dormeurs. Voici de quelle manière on est parvenu à la scdution de ce problème social. On a fabriqué une immense coovertnre en feutre, d'une dimension tellement prodigieuse, qu'elle peut abriter le dortoir tout entier. Pendant le jour elle est suspendue au [dafond comme un baldaquin gigantesque. Quand tout le monde s'est cou(hé et bien aligné dans la plume, on la fait descendre au moyen de plusieurs poulies. Il est bon de remarquer qu'on a eu soin dY pratiquer une
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iMnité de trous, par où lee dormeurs puisseut passer la tête et ne pas s'asphyxier. Aussitàt que le jour parait, OD hisse la couverture phalanstérïeune ; mais aopiara> Tant ou a la précaution de donner un signal à coups de tam-taiti pour réveiller ceux qui dorment trop profondément, et les inviter à cacher leur léte dans la plume, de peur d'être pris comme au carcan et enlevés en Tair avec la couverture. On voit alors cette immense nichée de mendiants grouiller et patauger air milieu des flots de ce duvet immonde, s'aSubler promptement de leurs misérables huilons, et se répandre ensuite par nombreuses bandes dans les quartiers de la ville, pour y chercher d'une manière plus ou moins licite leurs moyens d'eiisteoce .
Parmi les principales causes du paupérisme en Chine, on peut citer, outre l'incurie profonde du gouvernement et l'exubérance de la population, le jeu, l'ivrognerie et Ift débauche. Nous savons bien que ces vices ne sont pas parUculîers à la Chine, et que, dans tous les pays et à tontes les époques, on a pu remarquer les désordres et les misères qu'ils ont toujours traînés à leur suite. D est vrai de dire pourtant que les Qiinois s'y livrent avec un emportement qui n'a jamais été, peut-êbe, surpassé par aucun peuple.
Le jeu est défendu par les lois de l'empire ; mais la lé^lation a été tellement débordée par les mœurs publiques, qu'aujourd'hui la Chine ressemble assez à un immense tripot. Les jeux auxquels se livrent les Chiums sont extrêmement multipliés. Us jouent aax cartes, aux dés, aux échecs, aux dames, au u^-mei, espèce de jeu analogue à la mourredes Italiens. Celui qui perd
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est obligé de vider une coupe d'eau-de-vie. Us sont paiement passimiDés pour les combats de coqs, de cailles, de grillons et desauterelles. Ces dÏTertiesements occasionnent toujours des paris, qui sont souveût considérables. Les joueurs d'habitude ont une préférence marquée pour les cartes fit les dés. Ils se réunissent dans les maisons particulières et dans les établissements publics, assez semblables à nos cafés, à la seule différence que c'est jdu thé qu'on y boit. C'est là qu'ils passent les jours fit les nuits, jouant avec tant de passion, qu'ils se dwnent à peine le soin de prendre un peu de nourriture. Il n'est pas de village et de hameau qui n'ait sa mai8(»i de jeu et ses joueurs de profession.
Les Chinois, nous l'avons déjà dit, sont économes, laborieus ; mais leur cupidité, leur amour effréné du lucre, et leur goût si prononcé pour l'agiotage et les spéculations, les poussent facilement dans la passion du jeu, quand ils ne se lancent pas dans le négoce. Les émotions aléatoires sont celles qu'ils recherchent avec le plus d'avidîlé, et, une fois qu'ils s'y sont abandonnés, ils en reviennent difficdement. Ils mettent de cAté les obl^tions de leur.état, leurs devoirs de famille, pour ne plus vivre qu'avec les dés ou les cartes. Cette malheureuse passion prend sur eux un tel empire, qu'ils en Tiennent quelquefois jusqu'aux extrémités les plus révoltantes. Quand ils ont perdu leur argent, ils jouent leur maison, leurscbamps, et enfin leur femme, dont la destinée dépend d'un simple coup de dé. Lejoueur chinois nes'arrête pas encore là. Les habits dont il est revéta serrent à intéresser une partie de plus, et cette horriUe coutume de tout jouer, sans exception, même les habits
qu'on porte, doone liea quelquefois à des scènes hideuses et à peine crojables, si l'on ne savait que les passions finisseattoujours par rendre l'homme cruel et inhumain. Daus les provinces du Nord, surtout aux environsde la grande muraille, on rencontre quelquefois, praidant tes froids les plus rigoureui.de l'hiver, des hommes dans un état complet de nudité, qui, après avoir perdu tous leurs habits au jeu, ont été impitoyablement chassés du tripot. Ils Murent dans tous les sens comme des forcenés, espérant échapper aux étreintes du froid. Ils vont se coller contre les cheminées en terré, qui, dans ces contrées, sont construites au niveau du sol, le long des murs des maisons. Ib cherchent à se réchauffer un peu, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, paidaat que leurs compagnons de jeu les regardent fùre, eu s'abandoonant à une atroce hilarité. Ce spectacle horrible ne dure pas longtemps, car le froid ne tarde pas à se rendre mattre de ces malheureux, qu'on voit bientôt tomt>er et mourir. Les joueurs rentrent alors dans la salle, et se remettent au jeu avec un épouvantable sang- froid. Des fûts semblables paraîtront fabuleux à bien des personnes ; mais ajaqt s^oumé durant plusieurs années dans le nord de la Chine, nous attestons qu'ils sontde la plus igrande authenUcité,
Quelque étonnants que paraissent ces excès, les joueurs chinois ont trouvé le moyen de pousser encwe plus loin, leur passion pour le jeu ; on peut dire qu'elle va, chez eux, jusqu'à la folie. Il arrive quelqueftns que ceux qui n'ont plus rien à perdre se réunissent i une table particulière pour jouer les doigts de leurs mains, qu'ils se coupent mutuellement avec un horrible
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stoïcisme. Notre de^ein était de passer sous silence cette particularité révoltante ; car dous n'atmoDs pas à faire subir de trop fortes épreuves à la confiance du lecteur. D nous répugne extrêmement de raconter des choses qui, quoique certaines pour nous, portent le cachet de rÎDTraïsemblance. Mais ce que nous racontons des joueurs chinois est si peu extraordinaire, que la mode en était déjà hien établie au neuvième siècle, et les voyageurs arabes de cette époque n'ont pas manqué de la remarquer. Voià ce' qu'on lit dans la Chattu des chroniques, que nous avons déjà eu occasion de citer plusieurs fois : « Parmi les hommes qui ont l'esprit « léger ou fanfaron, ceux qui appartiennent à la classe « inférieure et ceux qui n'ont pas d'argent, jouent qnel- « quefois leurs do^ts de la main. Pendant qu'ils jouent, « on tient à cAté un vase contenant de l'huile de noix ou a de l'huile de sésame, car t'huile d'olive manque dans le a pays. Le feu hrûle par-dessous. Entre les deux joueura n est une petite- hache hien aiguisée ; cdui des deux qoi « est vainqueur prend la main de l'autre, la place sur une a. pierre; et lui coupe le doigt avec la hache ; le morceau a tombe, et, en même temps, le vaincu bvmpe sa main « dans l'huile, qui est alors extrêmement chaude, et qui « lui cautérise le membre. Cette opération n'empêche pas «ce même homme de recommencer à jouer... 11 y a des « joueurs qui prennent une tnèche et la trempent dans « i'huile, puis la posent sur nn de leurs membreset y « mettent le feu ; la mèche brûle, et ou sent l'odeur de « la chair qui se consume. Pendant ce temps, l'homme a joue au tridrac, et ne laisse paratti« aucune marque « de douleur, v
Od comprend que tous les joueurs c'en sont pas à se couper les doigts et à se r6lir les bras ; le jeu ne porte pas partout, en Chine, ce caractère d'extravagance et de folie. Cependant' il engendre dans tout l'empire de grandes misères, et il n'est rien de plus fréquent que de voir des familles nombreuses tomber tout à coup dans une affreuse indigence à la suite de quelques parties de. cartes ou de dés. Le mal est devenu si général, que les lois n'y peuvent plus rien ; les magistrats ont beau faire des proclamations très-éloquentes contre les joueurs et citer à l'appui de leurs belles paroles les passages des moralistes les plus célèbres, on n'en joue pas.moins dans toutes les provinces de l'empire. Les magistrats eui-mémes semblent, en quelque sorte, s'appliquer à rassurer le peuple contre la r^eur des lois. Les mandaiins visitent quelquefois les villages, sous prétexte de rechercher les joueurs ; mais, en réalité, pour leur assurer l'impunité, à condition qu'on les dédommagera de leur peine. On leur oBre, à leur arrivée, im bon dluer, puis un lingot d'ai^ent plus ou moins gros, et ils continuent leur tournée, après avoir pater^ Delleraent exhorté ces bons villageois à persévérer toujours dans la bonne observance des cinq devoirs sociaux.
Nous avons connu un mandarin qui ne pouvait pas souffrir qu'on lui offrit de l'argent quand il allait en perquisition contre les joueurs. Il avait les sentiments si nobles, siélevés, que la seule idée de recevoiruu cadeau de ses administrés excitait sa colère et son indignalioa. 11 aimait Taisent cependant, et beaucoup même, sans cel» quelle espèce de mandarin eùt-il fait 7 U exigeait