‹ L'Empire chinois: faisant suite à l'ouvrage intitulé Souvenirs d'un voyageChapitre 22 sur 39 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

« pensée était que le lumen de cet enfant pourrait bien <t se rejeter sur un autre, et qu'ainsi tous ses enfants « mourraient. 11 fallait donc tourmenter ce hoton, et lel- «. lemeht le tourmenter, qu'il n'eût plus jamais la fan» « taisie de 8e loger sous son toit. '

« D'autres, par an motif différent, mais toujours «c tiré de cette étrange doctrine, exercent les mêmes «cruautés. Les hoùen seraient, à leurs ifeux, conmie «un génie malfaisant qui a besoin de torturer les « hommes. Un noiiTeau-né mourant si jeune, les Itoaen « n'auront pas le temps d'assouTiF sur lui leur sotf de , « barbarie. U faut donc les contenter, tandis qu'il reste « encore à l'enfant un souffle de vie. Les houen, une fois « satisfaits, n'exerceront pas leur veDgeance. Voilà « donc encore un petit moribond qui va être haché. « Deux rè^es sont requises-, pour l'ordinaire, dans cette « exécution. 1* Il faut, que l'enfàat soit coupé en trois « parties; la première se compose 4e la tète et de la poi- « trine ; la deuxième, du tronc et des cuisses ; la troi- « sième, des jambes et des pieds. 2° 11 faut que le père « ou la mère dépècent eux-mêmes le fruit de leurs « entrailles.

« Ces horreurs, les croyez-vons ? Je suis sûr que « beaucoup, même parmi les missionnaires, n'en ont « jamais entendu parler ; et, je le répète, il est possible « qu'elles ne soient pas communes à toute la Chine. Le « genre de pays que je viens de parcourir ces trois derw « nières années, l'espèce de païens avec lesquels j'ai été « en fréquents rapports, peuvent faire exception, même « dans le Ho-nan.- Toutefois soyez certtûn que je vous « écris de déplorables vérités, d'autant plus déplora-

« Ues, ccHnine je le disais plu» haut, qoe nous ne pou- « Tons presqae jamais aborder ces petites TÏctines et les c munir au moins de la grâce du baptême. Tout se passe < dans le conseil secret du père et de la mère ; c'est c comme un prÎTilége de' férocité dont ils se réservent « «iclusivement le spectacle. -

« Puisque nous en somme* sur cet article, je vais « TOUS . déYfùlo* un autre genre d'horreurs ; je dis « diwiUr, Car c'est peut-être encore da nouveau. Il a faut s'être trouvé dans la situation où j'ai été moi- « même, pour en avoir cwmaissance.

« Un homme, d'une famille aisée, mus p^ûnne bien «entendu, avait eu pour premier enfant, une fille, pour « deuxième enfant encore une fille. Il voulut savoir s'il « aurait bientôt un garçon ; savez-vous ce qu'il fit ? Il « prit un tcha-die (c'est une espèce. de couperet qui «sert à couper en menu la. paille des animaux) ; le (f tcha-dze bien fixé, notr^ homme oouche à terre sa K seconde fille, ajuste son petit cou sous la lame- de « l'instrumeot, et pèae de toute sa force, examinant « avec bien de l'attention comment coule le sang ; car « c'est de là que dépend l'heureux ou le funeste présage, a Si le sang coule mollement le long du tcha-dze, c'est « une preuve qu'il n'a encore aucune vertu. Eu consé- «queDce,.on ne peut attendre que des filles. ^, au a contraire, le sang bouillonne un peu, si surtout il en. « jaillit quel({ues. gouttes jusqu'aux genoux de l'enfant, « oh I pour le coup, on est sûr d'obtenir un garçMi -, la « force vitale se déploie. Voilà encore .un usage étaUi « par celuiquia été appelé Âomiicûfei^s lis cotnin«nc«tMnf. K Qh ! païens, vrais enfants du d^on, qui s'eaiTr^t

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« de camftge k l'imilation de leur père ! Quand donc « lears cœurs seronMls émus par la charité de Jésos- « Christ (1)...?»

NouR avons- choisi cette lettre,- de préférence à une foule d'autres que nous aurions pu recoeiDir dans les Annales de la Propagation de la foi et de la Sainte- Enfance, parce que, son auteur nous étant înlimement connui nous savons que, s'il a les expressions vives et le cœur ardent, son caractère, plein de prudence et de ■agesse, ne lui permettrait pas d'écrire t^rement des UHs dont il n'aurait pas constaté par avanbe l'authenticité. Aussi a-t-il soin de remarquer que le district où ont eu Ueu'les monstruosités qu'il raconte peut faire exception, Don-seulement en Chine, mais encore dans la province du Ho-nan. I) se garde bien de généraliser ce qu'il a vu ou entendu de personnes dignes de foi. Malheureusement, cette sage retenue n'est pas toujours dans l'habitude de ceux qui parlent de la Chine. On ùme assez volontiers à mettre sur le compte de trois cents millions d'individus le fait d'un simple particulier, et à rendre l'empire tout entier complice et solidaire de ce qaî se passe dans une localité. De là, sans aucun doiite, le grand nombre-dé préjugés qui rat cours en Europe sur le compte de la nation chinoise.

Dans le canton dont parle M^' Delaplace, les uns hachent leurs enfants dans le but de tourmenter les houen, au point qu'ik "n'aient jamais plus la fantaisie de revenir ; les autres les bâchent également, afin de renvoyer les Houen contents et satisfaits. Nous savons

[IJ Annales de la propagation de la foi, jullirt ISSÏ, n' 143, p. IfiO et MilT.

39t - l'upiii ghinoib.

très-lMea qu'on ne doit paB s'attendre à tronver de la logique chez des gens qni ont lit tête fêlée par des idées superstitieuses ; mais enSn, il est bien probable que ce sont là des faits exceptionnets et qui, par bonheur, ne ae reproduisent pas fréquemment. Pour notre compte, durant notre séjour et dos voyages en Chine, nous n'ayota jamais entendu parler de ces pratiques superstitieuses.

Quant aux infanticîdeH ordinaires, aux enfants étouffés ou noyés, ils sont Innombrablee, plus communs, sans contredit, qu'en aucun lieu du monde ; ils ont pour principale cause le paupérisme. D'après les renseignements recueillb dans les diverses provinces que nous avons parcourues, il est certain qu'on tue sans pitié les nouveau-nés quand on en est embarrassé. La naissance d'un enfant mâle dans une famille est un bonheur et une bénédiction. La naîssauce d'une fille, au contraire, est toujours considérée comme une calamité, surtout parmi les Chinois peu aisés. Un garçoo est bientôt capable de travailler, d'aider ses parents, qui -comptent sur lui pour le temps de leur vieillesse. C'est, d'ailleurs, une .continaatioo de la famille, nn anneau ajouté à la chaîne des ancêtres. Une fille ne peut qu'être à chai^ à sa famille ; d'après les-mœurs chinoises, elle doit être enfermée jusqu'à l'époque de son mariage ; durant ce temps, eWe n'exerce aocaoe industrie, et ne saurait dédommager ses parents des peines et des dépenses qu'elle occa^oone. Aussi ne se: défait-on jamais que des filles parce qu'elles suit considérées comme une source d'indigence et de misère. Dans certaines localités, où la culture du coton et l'édo-

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cation des vers à soie peuvent fournir aus jeunes Glles des occupations trës-lucratiTes, on les conserve avec soin, et c'est toujours avec ^and regret que les parents les voient entrer par le marit^ dans une famille étrangère. L'intérêt, voilà le suprême mobile des Chinois, même dans les affaires ofi le cœur semblerait devoir seul dominer.

Il est incontestable que les infanticides sont trèsnombreux en Chine. Faut-il en conclure que les Chinois sont barbares, féroces, sourds à là voix de la nature, et se 'jouent de la vie des enfants auxquels ils ont donné le jour ? Nous ne le peôsons pas. On trouve chez eux, comme partout, des hommes dégradés, qui ne reculent devant aucun genre d'atrocité. On peut même dire que les Chinois ont, en général, une plus grande facilité pour s'abandonner à tous les vices et commettre le crime. Et cela doit-il étonner ? N'y aurait-il pas lieu, au contraire, d'être, surpris s'il en était autrement? Quel motif serait capable d'arrêter des hommes qui n'ont aucune croyance religieuse, dont l'intérêt personnel est l'unique règle du bien et du mal, vivant au milieu. d'une société sceptique, avec des lois athées^ n'ayant d^utre sanction que les verges et la potence 7 Après avoir considéré ce qui se passe chez les nations cbrélieûnes, on trouverait, peut-être, qu'il n'y a pas tant à se récrier sur les vices des peuples païens. Si quelque chose doit surprendre^ c'est de les voir, eu quelque sorte, si peu avancés dans la pratique du mal. Le christianisme a ennobli le sang humain et inspire un respect infini pour la vie de l'bomme. Chez les chrétiens, la rdi^o, les lois ecclésiastiques et civiles, les

3t4 LIVPIU CHOIO».

maian publiqnea, tout protège l'exîsteDce des petits eofaute avec autant de sallicituda que celle des graDdes personnes ; et cependant les infanticides et les aTortements, qui sont en réalité des infanticides anticipés, sont-ils bien rares panni nous ? Ma^réla sévérité des Inis, la Tigilance des magistrats et les précautions de tout genre inventées par la charité pour protéger la vie des noureau-nés, les critnes de ce genre, dont la justice a joumellement à s'occuper, donnent le droit de penser que eaux qui' demeurent cachés peuvent atteindre un <diifft%r effrayant. Faut-il être surpris, après cela, qae les infanticides soient trës-commans en Chine, où la loi donne une si grande autorité aux pères sur les enfants, et oà ou ne trouve pas, comme chez nous, ces innombrables établissements de charité chrétienne pour re- OU^Ur les pauvres et les soigner avec la plus tendre sollicitude? Qu'on supprime les salles d'asile, les ho»^ pices pour les enfants trouvés, les crèches ou seulement les tours, et l'on verra si le peuple le plus civilisé, leplus doux de l'Europe, ce peuple dont l'incomparable charité veille sur les misères et les infortunes du inonde entier, ne présentera pas bientôt un spectacle peu différent de celui que nous donne la Chine. Ce qu'on nous raconte des Chinois ressemble beaucoup à ce qui se passait à Paris du temps de saint Vinceat de Paul.

«. La ville de Paris étant d'une étendue excessive et «.le nombre de ses habitants presque innombrable, il «se trouve beaucoup de dérèglements en la vie de « qudques personnes particuli^es, auxquels il n'est « pas possible d'apporter un tel remède, qu'il ne reste « toujours plusieurs désordres, enb« lesquels un des

CBAPITU IX. SDH

€ plus peinîtâflux' «st FnpositioD et l'abandoD des -en- «'fants Douvelletnent nés, dont aouTentoa met non^sens lement la vie, tuais aussi le salut en péril, les mères « dénaturées,* on autres qui exercent cette inhumanité « esTOFS ces petites créatures innocentes, ne se souciant « guère de leur {Mt>curer le baptême pour les mettre en «étatdesalat. - < - <

« On a remarqué qu'il ne se passe aucune année « qu'il ne s'en retrouve au moins trois ou quatre cents c exposés tant à la TÎlle qu'aux faubourgs ; et, selon a l'ordre de la police, U appartient à l'office des comc missaires du Ch&le4et et de lever les enfants ainsi « exposés et de faire des procès-vn'baux ' dn lieu et de « l'état où ils les ont trouvés.

« Us les faisaient porter ci-devant en une maison «qu'on appelait <la Couche, en la me Saint- Landry,- « où ils étaient reçus par une certaine veuve qui y

< demeurait avec une ou deux servantes et se cbargeiiit c du soin de leur nonvriture ; mais, ne pouvantsuffire i pour un si grand Doml>re, ni erttretmir des nourrices-

< pour les allaiter, ni nourrir et élever ceux qui étaient- « sevrés, tante d'un revenu suffisant, la plupart de ces « pauvres enfants mouraient de langueur en cette mai- « son ; ou même les serrantes, pour se délivrer de l'imf « portunité de leurS'Cris, leur faisaient prendre unedros gue pour les endormir, qui causait la mort à plusieurs. «Ceux qui échappaient à ce danger étaient ou donnés « à ceux qui venaient les demander, ou vendus à si vil « prix, qu'il y en a eu pour lesquels oa n'a payé que « vingt sons. On les achetait ainsi, quelquefois pour leur « taire téter des femmes gâtées, dont le lait coirompii

396 l'shpiu .cbihois.

«les faisait mourir, d'autres fois pour sarrir aux des- € seins de quelques penoaaes qui sapposaieDt des en- « fauts dans les familles, d'où arrivaient d'étranges dé- « sordres. Et on a su qu'on eu avait acheté (ce qui fait « horreur) pour servir à des opérations magiques et «diabolique; de telle sorte, qu'il semblait qoe cet « pauvres. innocents fussent tous condamnés à la mwi, « ou à quelque chose de pis, n'y en ayant pas dn seal « qui échappât à ce malheur, parce qu'il n'y avait per^ « sonne qui prit soin de leur conservation. Et, ce qui- est « encore plus déplorable, plusieurs mouraieot sans bap- « têiiie, cette veuve ayant avoué qu'elle n'm avait jamais « baptisé ni faitbaptiser'aucun.

a Ce désordre si étrange dans une ville si riche, si « bien polipée, si chrétienne cpi'est cdie de Paris, « toucha sensiblement le cœur de M. Vincent lorsqu'il «eu eut connaissance; mais, ne sachant comment; a pourvoir, il en parla à quelques-unes des dames de la «Charité, et les convia d'aller quelquefcns-dans cette « maison, non pas tant pour découvrir le mal, qui était « assez connu, que pour voir s'il n'y aurait pcnnt « quelque moyen d'y remédier (1). »

Voilà comment, du temps de saint Vincent de Paul, (H) traitait les enfants à Paris, cette ville si riche, si bien policée et si chrétienne. Faut-il être étonné, après cela, de trouver tant d'infanticides panni les Oiinois, dont la classe inférieure est condamnée à une misère si profonde?

On lit, dans les relations des raisàonnaires, qa'oa

<i) rude «HDt rùuxal de Paal, par LmO» Abelly, L I, p. lU.

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rencoDlre fréquemmeot, le long des routes et des sen- Uers, sur les fleuves, les lacs et les canaux, des cadaTFCS de petits enfants qui deviennent la p&ture des animaux immondes. Nous avons la conviction intime que ces récits sont de la plus parfaite exactitude; cependant il ne faudrait pas croire que ta chose est tellement commune et générale, qu'il suffise d'aller faire, au hasard, une promenade pour rencontrer immédiatement sons ses pas quelque enfant dévoré par des chiens ou des pourceaux ; on se tromperait peut-être grandement. Pendant plus de dix ans, nous avcHis parcouru l'empire chinois dans presque toutes ses provinces, et nous devons déclarer, pour rendre hommage à la vérité, que nous n'avons jamais aperçu un seul cadavre d'enfant. Et nous pontricms ajouter que, durant nos nombreux voyages en Chine, par terre et par eau, nous n'étions nullement dans l'habitude d'aller les yeux continuellement baissés. Toutefois, nous le répétons, nous avons la certitude qu'on peut en rencontrer très-souvent. D Dons semble même difficile qu'il en soit autrement; voici pourquoi.

En Chine, il n'existe pas, comme en Europe, de cimetière commun. Chaque famille enterre ses morts sur son terrain propre, d'où il résulte qu'une sépulture est ordinairement trè&'coûleuse, et que les personnes peu aisées sont souvent très-embarrassées pour rendre les honneurs funèbres à leurs proches. Quand.il s'agit d'un père ou d'une mère, on fait tous les-sacrificea imarginables, afin de leur donner un cercueil et de les ensevelir coBven^lement. A Tégard des enfants morts, CD D'y attache pas la même importance, et les parents

398 l'hipim cbinois.

d^ pauvres m veulent pas se réduire à la mendicité pour leur procurer une sépulture. On se contente d<Hic de les enralopper de quelques lambeaux de natte, puîi «1 les abandonne au courant des ,«aux, on les -expose dans des ravins, stir les maiïtagoet iacRées ou le long de quelque sentier. On ^ut donc reoconti^r assez fréqueiument, dans le» campagnes, des cadavres de pelilE enfants ; quelquefois ils. doivent devenir la pâture des animaux; mais ou aurait tort de conclure que cesenfants rétaient encore vivants quand ils ont été ainsi jetés et abandonnés. Cela peut cependant arriver assez sonventi surtout pour les petites filles dont on veut .sedér faire et qu'on expose de la sorte,, dans l'espérance qu'elles seront, peut-être, recueillies fax d'autres.

Dans tes'grandes tilles, on voit, près des remparts, desi cryptes destinées -à recevoir les. cadavres des ^ifanfe que les parents ne peuvent faire eiisevelîr.' G!est dans ces ipuits profonds qu'on va les jeter, et l'adrainistr^ioa 7 fait porter de temps «» temps de la chaux vive poor consaner les chair». 11 existe certainement des' pères H des mères dénaturés, qui n^ont pas horreur de préâpiler dans ces fosses communes leurs fiUes eocore vivantes. Mais nous pensons qu'il y aurait grande exa> gération à dire que ce» cryptes sont remf)Iies de petits enfants, qui font entendre au loio leurs cris et leurs gémissements. Quand l'imagination est frappée, oo peut eatendre beaucoup de choses.

■ A Pékin^, tous les jours avant Taurore, cioq< tombereaux, trtinés ch'aCua par ub bœuf, parcourent les cinq quartiers qtiï diviseut la ville,' c'est-à-dire les -quartiers du nord, du midi, de l'esl, de Touest «t du oentre. Ouest

;i:v..G00gIi:

CBAFIISB IX. 399

averti, à certains signes, du passage de ces tombereaux, et ceux qui ont des enfants tnorts ou idrants à leur livrer les rémetleDt au conducteur. Les morts sont ensuite déposés en commua dans une fosse, et on les recouvre de chaux vive. Les vivants sont portés dans un asile nommé Yu-yng-tang, « temple des nouveau-^és. » Les nourrices et l'adminiatratioa sont aux frais de l'État. 0aas toutes les villes importantes, il y a des hospices pour recueillir les petits enfants abandonnés. i .

Ken des gens, en Europe, se sont persuadé que la nation chinoise tout entière était parvenue à un tel degré d'^rutissement et de barbarici que le crime d'infanticide s'y trouvait toléré par le gouventement et l'opinion publique. Il n'en est pas ainsi : .le meurtre desen^ts y est' regardé comme un -crime, et les magistrats n'ont jamais cessé d'élever leur voix contre ces horribles abus de l'autorité patenielle. Qu'on en }uge parl'édît suivant, qui fut affiché dans la province.de Cftnton verS'la fin de l'année 1848.

ÉDiT coirtxB l'infanticidb.-

a Le jugecrinûnel de la [«oviaoe de Kouang-toaog ■ défend strictement l'abandon des petites filles, pour tt abolir cette détestable coutume et pour faire remplir « les devoirs de la vie.

«. J'ai appris- que, dans Canton et les faubourgs, OB « avatt l'abominable coutume d'abamlonner les petites « fiUea. Daos quelques cas, c'est parce que la famille « est pauvre et qu'on ne peut subvenir à l'entretien de « nombreux enfanta ; duts d'autres cas, les parents

400 l'upoir cbuimb.

.« désirent un garçon, et, dans la crainte que- les soins « adonner, de la part de la mère, ne retardent ane K seconde progéniture, quand une fiUe natt, aussitôt « elle est abandonnée.

a Bien qu'il y ait des établissements pour les enfants c trouvés du sexe féminin, cependant on n'a pu dé- « truire cette réToltante pratique, qui est un outrage à « la morale et à la civilisation, et qui brise l'harmonie « du ciel.

s Dans ce dessein, je fais de sévères défenses et ces « pressantes considérations :

« Considérez les insectes, les poissons, les oiseanz, les « bétes féroces; tous, aiment leurs petits... Gomment « donc, vous, pouvez-vous massacrer ceux qui sont for- « mes de votre sang, et qui sont pour vous comme les « cheveux de votre tête 1

< Ne TOUS inquiétez pas de votre pauvreté ; car vous « pouvdî, par ^e travail de vos mains, vous procurer a quelques ressources. Quoiqu'il soit difficile de marier « vos Elles, ce n'est pas une raison pour vous en 4ébar- « rasser. Les deux pouvoirs, celui du ciel et celui de la « terre, le défendent. L^ enfants des deax sexes appar- < tiennent à l'ordre du ciel, et, s'il vous nait une fille, « vous devez l'élever, encore qu'elle ne vaUle pas pour « vous un garçon. Si vous les tuez, comment pouvez- « vous espérer d'avoir des fils? GommenI ne craignez- « vous pas les suites de votre indigne -conduite, et « surtout les décrets de la justice du ciel I Vous étouffez « votre amour... Vous vous en repentirez après la vie; a mois trop tard.

a Je suis un juge plein de bienveillance, de bmté et

GBÀPITRB IX. 401

« de commisération. Vous devez tons, si tous avez une « fille, l'élever avec soin, ou, si vous ét^ pauvres, l'en- « Toyer à l'établissement des enfants trouvés, ou la « confier à une famille aniie, pour qu'elle l'élève pour « vous. Si vous les abandonnez comme précédemment, a dès que vous serez découverts, vous serez punis selon « les lois, car vous êtes dénaturés ; et, pour le crime du « meurtre de vos enfants, vous êtes indignes de toute « indulgence. Abandonnez vos premières coutumes de a livrer y(A enfants à la mort ; cessez de commettre le a ma] et d'attirer sur vous des calamités et la réproba- « tien.

« Que chacun obéisse à cet édit spécial l »

Nous pourrions citer un grand nonibre-de prodamations des premiers mandarins de l'empire, qui Ûétrissent la conduite des parents assez dénaturés pour mettre à mort leurs filles, et qui les'menaeent de toutes les rigueurs des lois. Ce^ proclamations démontrent, d'une manière incontestable, que les infanticides sont irèsnombreux en Chine ; mais, en même temps, ils sont une preuve que le gouvernement et l'opiaion publique ne favorisent nullement de tels crimes. Les hospices pour les enfants trouvés témoignent encore d'une certaine sollicitude de l'administration chinoise envers ces pauvres petites créatures. Noits. savons bien que ces établissements ne sont pas d'une grande ressource et qu'ils ne peuvent remédier à l'intensité du mal ; les mandarins et les employés de ces hôpitaux étant beaacoup plus occupés d'en piller rapidement les revenus qae-de veiller au bon entretien -des enfants.

Il est'certain qu'un bon gouvernement pourraitftdre

Mi ItMP

prospérer ces nombreux établissements de bienfeisance, qui existent, en Chine, depuis des tiècles;'el dont les peuples païens de l'Occident û'ont pas même eu l'idée. On sait qu'à Lacédém<xie, d'après les toië du sage Ijycurgue, chaque enfant, à sa naissance 'était' examiné STec soin, et précipité dans un gouffre au pied dn Taygète, s'il ne paraissait pas bien constitué. Lies Ro^ mains, qui engraissaient les poissons de leuft TÎvten avec des esclares, devaient assurément avoir bien pen de tendresse et de compassion poui* tes petits eorants. Les Chinois n'en sont pas encoit là. Leur gouvernement, du moins, ne cesse de protester contre tout ce qui peut attenter à la vie de l'homme, et, s'il est impuissanl à (^poser des digues solides au débordement du mal, c'est que, pour retirer les hommes du vice et \es alnener i la pratique de la vertu,' il faut autre cfat^ que des motifs terrestres et des considérations philosophiques' Dans toutes les fvovinces de la Chine, TadministratioB se préoccupe du sort des pauvres enfants abandonnés, et, si leurs œuvres' de bienfaisance, à beUes et si louables ai elles-mêmes, se trouvent frappées de stérilité, c'estparce qu'il leur manque une idée religieuse, lafoi, pour les vivifier et les rendre fécondes^

L'association de la Sainte-Enfance, fondée à Paris, depuis peu d'années, par le zèle et la charité de M. de Forbin-Janson, a déjà peut-être sauvé; en Chine, un plus, grand nomlnv d'enfants quie les immenses revenus detOBS les ho^ices de ce vaste empire. Il est beau, Q est glorieux pour la France catholique de veiller, avec cette généreuse sollicitude, sur les enfants des natXNM étrangères, de celles mêmes' qui' r^usSeUt avec dédain

ŒAPITU IX. 403

les bienfaits de son inépuisâUe charité. Heureuse l'enfance catholique ie l'Europe, à qui la religion sait inspirer, dès les premièreg années, ces héroïques sentiments de bienfaisance et de sacrifice. La société peut compter BUT une génération qui se passionne ainsi pour le saint des enfants abandonnés à l'autre extrémité du monde, et dont l'cBuvre touchante et merveilleuse exerce déjà son influence dans les contrées les' plus reculées. Chose incroyahle 1 la Sàiote-Eofance, une associatioa de tout petits enfants chrétiens, lutte avec plus de snccës centre les infanticides que l'empereur de la Chine avec tous ses trésors et ses légions de mandarins.

T«K* incaltes de la proiince du Kiang-sl. — Corps de garde. — Poljpe TiDB^«r. — Excentricité d'un cheval de mandarin. — Vol de pasiâqum. — Arrivée 1 Nan-lcb^ng too. — Manière de s'installer dans on palalB des eompotitlons Uttriralree. — Souper sotoinel en préeence du public. — Désappolnlemmt des spectateurs. — Visite du préfet de la ville. — Un mandarin mongol. — Ses connaissances géographiques. — Travaux des prolestants méthodietei en Chine. — Lea Chinois uâirouomes. — Aspect delà capitale du Kiang-sl. — Fabrication de la porcelaine. — Antiquaires chinois. .— Origine du dieu de la porcelaine. — La pisciculture dans le Kiang-el. — Nouvean plan de «ojage.

Depuis le lac Poil-yangjusqu'à Nan-tchang-fou, ca[Htale de la ptwvince du Kiang-si, le pays que nous parcourûmes, pendant deux jours, n'était, pour ainsi dire, qu'un désert, où l'on trouvait- à peiae, de loin en loin, de misérables cases en roseaux, et quelques lambËaax de terre à moitié cultivés par de pauvres paysans. Au point de vue du confortable et de la civilisation, rien de plus triste, de plus désolant: l'œil n'apercevait de toute part que de vastes prairies où croissait péniblement uoe herbe jaunâtre calcinée par le soleil, et qui tombait en poudre sous nos pas. Des hangars délabrés, auxquels on donnait, par habitude, le nom d'hAtellerie, n'avaient à offirir aux voy^eura que du riz rouge cuit à l'eau et des l^umes salés. On n'y trouvait pas même du thé ; et ceux qui avaietit oublié d'^en faire une petite proviskui étaimt

CHAPmtE X.. 405

ccHidamnés k boire de l'eau chaude. Cette contrée, comme otv voit, n'était pas précisément amogée de manière à y faire des voyages d'agrément et de fantaisie. Cependant nos deui journées de marche à travers ces terres inculte» furent pour nous un véritable délassement et une source de ces jouissances vagues et mélancoliques dont parfois le cœur de l'homme aime tant à se repaître. Il nous semblait errer encore au milieu des sauvages solitudes de la Mongolie. Les mœurs des tribus nomades, leurs tentes, leurs troupeaux, les longues caravanes de chameaui, les grandes herbes du désert, les sarligues et les brebis jaunes, les monastères bouddhiques avec leurs nombreux lamas : tous ces souvenirs se réunissaient peu à peu, et fournissaient à notre imagination des tableaux pleins de charme et de variété. Il y avait si longtemps, d'ailleurs, que nous étions tourbillonnant au milieu de cette immense cohue de la civilisation chinoise, que notre esprit avait besoin d'uo peu de calme et de repos. Le tumulte et l'fl^itafioD de tant de grandes villes, avaient fini par nous donner comme une fièvre perpétuelle ; il nous Fallait, pour quelques jours, la paix silencieuse du désert.

Avant d'arriver à Nan-tchang-fou, nous nous arrêtâmes dans une sorte de corps de garde, afin de laisser passer les heures les plus chaudes de la journée. Nous fûmes très-gracieusement accueillis par un mandarin à globule blanc, qui avait là sous ses ordres une quinzaine de soldats. I.«s rafraîchissements qu'il nous offrit étaient pen séduisants. Du thé, du vin de riz, des pistaches grillées, des confitures de gingembre et des ciboulettes macérées dans de la saumure, tout cela n'étaitgoère de

408 L'mPOtB GHUHHS.

natnre à noos désaltérer. Noos regardâdes, d*uD au a^ trisié, ces friandiaeà chinas, tan» oser y toucher, de pear d'actÎTer eocore la soif brûloate dont nous étiuis dérorés. Le Saiile pleureur but du tfaébouilbnt et da YÎD chaod ; il croqua des ciboules, maûgea du gii^iobre, fama coup sur coup cinq ou six pipes de tabac, «t se trou'va eusuite pufaitement rafraîchi et restaïué. Riea •qu'à le voir &iire, aous sentious notre gosier et DOtrs langue se dessécher toutàbitj'nous ne pouvions plusj tenir. — Ne pourrait^»! pas, dîmes-nous au globule blanc, trouver un peu d'eau fraîche dani les enviroa^l -^ A qudques pas d'ici nous avcms un puits très-^tr»fond ; Veau en est eicellente, mais elle est froide conune la glace; avant delà boire, il faut au nMans la faire chauffer un peu, autrement, elle occasionne, des coliqnes.. . Nous le suppliâmes de nousen envoyer chercher, en lui promettant d'user de précaution pour ne pas étM malade. Un soldat de bonne volonté prit un lai^ seaa et courut nous puiser de l'eau. Pendant ce telnpsy nous demiuidâmes au gIcAtule blanc, si, par hasard^ il n'auratt pas du vinaigre dans son établissement. — J'en ai, nous répoodit-il; mais je crainsqu'il ne vous convienne pas^ c'est du vinaigre de polype, il est fabriqué par un animal. ' — Du vinaigre de polype ! nous' connaissons cela; c'est le meilleur vinaigre qu'on puisse trouver. Mais comment sefail-il que tu possèdes un tâoa-nofdxe, a polype à viïiaigTe? » c'est un véritable trésor. Esi-£e ' que tu as ^ sur les côtes du Leao>-toDg 7 — Il y a quelques années, j'ai été envoyé en expédition dans cette contrée, etj'^ arrapporté un tscu-no-dze.

Pendant cette conversation, le soldat arriva avec son

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seau, rempli' d'pau glaciale. Le gl(^ule blaoc nous dopna d^ soo Tioaigre lœrv.eiUeui,; et, à l'aide d'uo peu de cassonade, nous (XHuposàmes upe boÎEison e^iquise. Let Chinois nous regardaieot boire avec étounement. Gomoie ce? nombreuses et aboodantes libations, aa lieu de provoquer, des cQliques, ne servaient qu'à nous épanouir, ils en coocluaiçat que 1^ Occidentaux avaient une orga- Qisation difiâc^iitç de celle des hommesde la nation centrale. , ■

Le t80))-ao-dze est.uo être qui, à raison de sa bizarre prttpriélé.de t^riqu^r dlexcf lient vinaigre, mérite une ooention particulière. Ce polype est im. moostrueui asr seo)blagede;uembnaiescfaamues£t gluantes, de tubes çt d'ane j^ule d'appendices informes qui lui donnent tui asp^t hideux et repoussant ; on dirait une niasse inerte et morte., Cependant, quand, on la touche, elle se contracte ou se dilate, et se donne des,formes diverses. C'est UQ. animal . vivant, dont la structure et l'existence ne sont pas plus cMinues que celles des autres polypes. Le tsou-oo-dze a été découvert dans la mer Jaune, et les Chinois, le pèchent sur les côtes du Leao-tong ; mais on u'en,prendqu|un petit nombi%. Peut-être sont^ils plus abondants aill^tfrs, où T'on néglige de les prendre faute ^eiCOQiuiUre leur propriété.

. On place ce polype dans un grand vase rempli d'eau dofice à laqudle on ajoute quelques verres d'eau-de-vie. Après,vingt,ou trente jours, ce liquide se trouve transfortqé en excellent vinaigre, sans lu'il soit besoin de luifaire. snbir at}çune manipulation , ni d'y ajouter le moindre ingrédient. Ce vinaigre est clair comme de l'eau déroche, d'une grande force et d'un goût très-agréaUe,

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Cette première transformatioa une tois terminée, la source est ibtarissable ; car, à mesure qu'on en tire ponr la consommatica, on n'a qu'à ajouter une égale quantité d'eau pure, sans addition d'eau-de-vie.

Le tsou-no-dze, comme les autres polypes, se multiplie facilement par bourgeons, c'estÀ-dire qu'il suffit d'en détacher un membre, un appendice, qui v^ète, en quelque sorte, grossit en peu de temps et jouît également de la propriété de j:haDger l'eau en Tioaigre. Ces détails ne sont pas uniquement basés sur les renseignements que nous avons pu recueillir dans nos voyages. Nous avons possédé nous-mème ud de ces polypes; nous l'avons gardé pendant un an, faisant as^e journellement du délicieux vinaigre qu'il nous distillait. Lors de notre départ pour le Tbibet, nous le laissâmes en héritage aux cbrétiens de notre mission de la vallée des Eaux noires.

Après nous être abondamment désaltéré avec cette excellente limonade de polype, nous times nos adieux au gracieux globule blanc du corps de garde. — Pnisqne TOUS avez honoré ma pauvre demeure, nous dit-il, je demande la faveur de vous accompagner jusqu'au ileave qui passe devant Nan-tchang-fou. — Nous ne sauricms souscrire à de si grandes dépenses de cœur. — ■ Les rites l'exigent. — Ab ! tu n'es pas un homme du Kiang-si, puisque tu sais si bien étendre les pre^riptions des rites au lieu de les restreindre. — Non, je suis originaire de rhumble et pauvre province du Sse-tchouen. — Du Ssetcbouen t . . . Nousavons traversé cette province, et, à-notre vm, elle est la pliis belle et la plus ndte de l'empire. Un homme du Sse-tchouen doit trouver la vie peu agréable

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dansle.Kiaog-«i,8artoatau milieu de ce triste désert. —7 Le Kiang-si offre peu de ressources.; tout y est plus ch^* que dans les autres provinces. Aussi c'est une pratique du gouVernemeiitqued'y envoyer fonctionner tes mandarins quand il veut les punir. C'est une chose connue de tout le monde... Cette petite confidence nous donna le droit de conclure que notre cher globule blanc avait été mis en pénitence, — Il faut espérer, lui répondîmes-nous, que tu ne resteras pa^ longtemps ici et que l'empereur te donnera, dans un meilleur pays, on poste approprié à tes vertus et à- tes mérites. — Je ne suis pas né sous ime influence heureuse ; les succès semblent me fuir, mais peut-être que yos bonnes paroles me porteront -txmbeur.

Pendant que nous nous escrimions à nous adresser mutuellement des formules cérémonieuses, un soldai eellait un cheval efflanqué qu'on tenait attaché à un pieu k quelques pas du corps de garde. On eût bien pu, cepeadant, le laisser libre, sans crainte qu'il s'échappât. Lorsqu'il fut prêt, on le b-atna vers le mandarin, qui sautA dessus assez lestement. Le pauvre animal chancela et fléchit visiblement sous le poids, quoique le ca-' valier ne fût pas d'un très-riche embonpoint. Nous ne savions trop comment notre cher glt^ule blanc, monté de cette façon, aUaits'y prendre pouf noas accompagber. — Allons,, parlons, s'écriait-il, et, en même temps, U assena un gros coup de manchede fouet sur la tête de soa coursier. ' L'animal secoua les oreilles, étemua, exécuta lourdement quelques gambades et ren^a aussitôt danssa majestueuse immobUïlé... Allons partons, s'écria de nouveau l'ardeut cavalier... Ërt^ce que vous D'«itrez

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pas dans, tqs palanquins ? — TotUà l'henre, lui léfoadtmes-DOUS ; t&cbe de prendre de l'a-vance, car-îl ee^ aisé de prércur qae too quadrupèd» saivra difficU^nedat ia marcbe de aoe porteurs. — Oui, c'esi cela, fit i.e globule blanc, je vaè passer devant,.. Et il domw de nouveau UD coup plein de vigueur sur la tète du cheTfal, (fui s'ébranle . aussitôt, fait quelques pas en sautaol, bronche, eiseprécipiteàgenoux, cooiUie poiu- eupplier scHi cavalier de le laisser eo repos. Le maDdarin militaire glisse moelleusem^t le long du cpu de la pauvre béte, et va s'étendre, les bras en avaat, au beau oiiUeu delà rçule. Pendant que le cavalier est oçcupé.à.se ramasser, le cbeval va rejoindre avec un calme adminrr ble son pieu chéri, qu'il caresse d'un regard pleùi de tendresse. Le mandarin ne se décourage pas...— Cet imbécile a broocbé, dit-il, nous allons voir cette Fois. — r Et, en disant ces mots, il enfouichedered^ef sa monture, que deux soldats se chargent, de fairei avancer.; J'iia tirant par la bride et l'autre frappant par derrièreaveç le manche d'un balai. De cette mapière, l'anijn^ .fini} par se donner un certain mouvement; ppur lors nous entrâmes dans nos palanquins, et nous suirifpes. r^oe Porteurs eurent bienlôt atteint le cavalier, qui reqta si loin derrière nous, quepersonne ne seseraîtdouté qu'il était là ppur nous aoqomp4goer. ■.:> ,t

Dans, le midi de U Chine, il y a trèsrpeu de chevaux. Les particuliers a'«n nourrissent ni peur les travaux de la campagne ni poiurJe* .vAfages. On en rencuitiç seulement. sur les routes principales, aux divers felajif établis peur le.service du gouyerpemen^ Ces chevaux viennent de la Tartarie, et sont,, en gépéral> d'asBBf

btHine race'; mats ibeapportèat difBcilement les cha-lenrs 4ei oonUéee méridionales. Après quelques années, ils perdent entièrement leur vigueur, et finissent par être tout à fait hors de service.

Dans deux heures de niarcbe, nous arrÏTftmes an bord d'une grande rivière D(Hnnié tehang. Sur la rive opposée s'élevait Nan-tchaag-foQ, capitale de la province du Kiang-si. Un long et large bac était tout disposé pour nous faire passer l'eau. La caravane tout eplîfire y eotra, à l'exception de notre soi-disant compagnoD. de route, le gjobule blanc, qui se trouvait encore nous ne savions à qvelle distance.

Au moment où le bac commençait à se mettre et -mouvement, deux de nos porteurs sautèrent à terre, en disant au patron d'attendre un instant. Ils coururent à un champ de pastèques.'en volèrent autant qu'ils purent en porter, et se jetèrent dans le bac, qui gagna vile le large. Le propriétaire, qui, de sa maison, située à peu de distanoe du champ, avait aperçu les maraudeurs, courot après ; mais il était trop tard . Pendant qu'il voci- Cérait et gesticulait sur le rivage, les porteurs de palanquin s'étiùént partagé les pastèques et se rafraicbissaient toutàleuraise^.sans trop se préoccuper du malheureux cnllivateup, qui les maudissait de toute la puissance de ses poumons.

Lorsque nous eûmes traversé la rivière Tehang, nous trouvâmes sur un large quai, le long du fauboui^ de la Til|e, quelques fonctionnaires publics qui nous atten>daîent. Ils s'abouchèrent avec le Saule pleureur et tinrent gravement conseil. Nous demeurâmes dans n<fi palanquins, et la foule circulait, sans paraître se àovtbst

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que des personnages exotiques venais d'aborder dans la capitale duKiang-si. Les délibérations de nos hommes d'affaires se prolongeant outre mesure, nous sortîmes de nos loges pour aller leur demander ce qo'ils avaient tant à causer, pendant que nous étions à attendre an milieu de la rue. Les mandarins de la capitale n'étaient pas encore Siés sur l'endroit où i) fallait nous loger, et ik prenaient en conséquence des informations auprès da Saule pleureur, qui assurément avait trop peu d'îoitiative pour les tirer d'embarras. Les passants avaient déjà remarqué l'étrangeté de notre costume, laceinlore rouge et le magique bonnet jaune ; et bientôt une foule immense se pressa autour de nous. — Voyez, dîmesnous aux fonctionnaires de Nan-tcbang-fou, voilà k petit peuple qui accourt de toute part et s'amonceUe sur le quai. Est-il convenable que nous soyons encore sans savoir où nous irons l(^r?

LesmandariDs,déjàaburi8parlesflots delà multitude, ne savaient plus où donner de la léte. Notre domestique Wei-cban s'approcha de nous, et nous fit remarquer qd grand et magnifique édifice. C'était ua' wen-tchanyiotfn, ou « palais des compositions littéraires. » Nous avions déjà logé, une fois, pendant notre voyage, dans un de ces établissements destiliés à la corporation des lettrés, et nous nous souvenions que le séjonr en avait été très-agréàhle. Nous n'eûmes pas à délibérer longueii)eDt;'le parti fut toutdesuite pris d'allernous y installer. Ponr réussir dans l'entreprise, il né fallait qu'un peu d'aplomb, flous retournâmes à nos palanquins, et nous dîmes aui porteurs, du ton le plus impératif qu'il nous fut possible de prendre: Au vren-tchang-koun I — Au

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