CHAPITRE X
pour savoir à qui nous avions affaire. — Vous êtes chrétiens, leur dîmes-nous ? — Oui, Père, nous répondirentils, en regardant de côté et d'autre, pour voir si per^ sonne ne les observait. Nous leur demandâmes, à la hâte, des nouvelles de la mission et de nos confrères, et nous fûmes obligés de nous séparer d'eux pour monter sur la jonque.
La mission de Kiang-si, confiée à la congrégation de Saint-Lazare, compte à peu près dix mille chrétieDs, disséminés sur tous les points de la province. Ils sont, en général, pauvres et très-timides. U s'opère, tous les ans, un certain nombre de conversions ; mais la propagation de la foi y avance lentement, comme dans toutes les autres missions du Céleste Empire.
CHAPITPXI.
Déput de Nui-tdiuig-fou. — Une Jonque mandarliie. — Luxe et agiéincnt des Toyagee par eau. — Tébiculee et hôtellerieB en Chine. — SUtlWN de flaere* «t de CiLrioIeU'i Péklngv -wLitléralore légère dei Cbinoli. — .R«cutil de sentenfee el de provo'bes. — Pawtge de la montagne Hù-ling. — Nan-hloujig, illte fronttère de la province de Canton. — An-oliates chinois. ~ Petits pieds des femmes. — OriglM de cette mode. — Na^aHo* enr le Tigre. — Sourenln de notn entrée en Chine fo 1B40. — Vueda poit de Canton. — Navires européens. — I>remière nuit dans la ville de Canton. — Relation de notre martyre dans la Tartarle. — £conomies de la route allouées i notre domestique Wei-chan. — Séjour à Hncao. — Mort de H. GabeL — Départ pour Péklng. — Débarquement i ManelUe en 185!.
La joDque sur laquelle sons nous embarquâmes poar remonter lefleuve de Tchang était an petit palais flottaoL Nous avions tin salon de compt^ie, une chambre à coucher et une salle a manger ; tous ces divers appartements étaient d'une propreté exquise et ornés avec luxe. Lee peintures et les dorures, répandues partout à profusion, avaient encore leur éclat relevé par ce beau vernis de Chine qui n'a pas son pareil au monde. Sur l'avant de la jonque étaient la cuisine et le It^ment des mariniers, qui pouvaient aisément faire la manœuvre et vaquer à leurs occupations, sans jamais venir dans noire quartier. A bâbord et à tribord, nous avions de lai^s fenêtres bizarrement découpées et garnies non pas de papier, selon la mode chinoise, mais de carreaux de verre, ce
L'nPIBB CBIHOU.. 439
qui, dans le pays, est le comble de la magoiGcence. Pour la naTigation des fléaves, on ne saurait rien ima" giner de plus cohimode et de plus élégant que la jonque mandarioe dont le préfet de NaQ-tchaug-fou avait fait choix. DuMnt notre séjour en Chine, accoutumés à Toyager sttr des barques marchandes et dé transport, nous ne soupçonnions pas les Chinois de distinction ca^ pables de s'arranger des jonques pourvues de tant d'agréments.
La riTièrë qiie nous avions à remonter' n'était pas très^ rapide. Cependant, qtjand le vent manquait, ou s'il étaft contraire, il fallait aller à force de rames. C'est ce qui arriva le premier jour. Le capitaine, qui, sans doute avait reçu des instructions très-détaillées au sujet de ce voyage^ vint nous demander si nous étions bien à bord, si les mouvements de son ignoble jonque ne nous incommodaient pas. — Nous sommes à ravir ; ton met'veilleux navire est pour nous un séjour de délices. -^ Cependant je m'aperçois que l'agitation est très-gcande, aur l'arrière... ; et puis les matelots font beaucotip de bruit avec letirs rames. II y a moyen de remédier à ces inconvénients ; je vais y pourvoir. A ces mots, le capitaine exécuta une profonde salutation, et s'en retourna vers son équipage.
Qilelques' instants après nous n'entendîmes pliis le bruit dés rames, et la jonque nous parut dans nne immobilité complète. Nous regard&mea par une'de noit fenêtres, et nous vlhies fuir avec assez de rapidité les arbres dont étaient bordés les rivages du fleuve. Nous allicHiB comme par enchantement. La chaloupe avait été mise à Teau, et, par te moyen d'un long câble en
MO L KHPiu oinon.
ToUa attaché à la proue, dous étieDs paisiblemeat remorqués cDotrele couraoU C'était, eo vérité, nous traiter avec uoe attention 4>îea peu ordinaire . Noua crûmes de- Toir prévenir le capitaine qu'il n'était nullement aécessaired'uBer,àootreégard,â'uatel ménagement; qu'a jant eu l'habitude des loi^ues navigations sur les mersles plus orageuses, U nous était Tacile de supporter le l^;er mouvement d'une jonque côtoyant une rivière. — Que les matelots rament ici ou dans la chaloupe, nous répondit-il, là fatigue est k même ; d'ùlleurs j'exécute les ordres qui m'ont été donnés à Nan-tcbang-fou. llest d'usage de remorquer les jonques, lorsqu'elles ont à bord des mandarins supérieurs.
De tels voyages sont de véritables parties de plaisir. On jouit d'abord d'une tranquillité profonde et inaltérable, et puis les payâmes qui se déroulent le l(Hig de la route offrent des distractions d'une inépuisable variété. Nous oubliâmes, pendant quelques jours, les peines et les fatigues que nous endurions depuis plus de deux ans, La bonté toute paternelle de la Providence voulut bien nous accorder ces quelques instants de calme et de repos, en compensation des souffrances auxquelles nous avicms été si longtemps en butte dans les affreux déserts de la Tartane et du Thibet. Ces heures de délassement, nous les accept&mes de la main de Dieu, le cœur plein de reconnaissance, comme nous avions accueilli arec résignatioa les jours d'épreuves et de tribulations.
Nous passâmes deux semaines dans notre hermitage flottant, sans eu sortir une seule foi&> Nous nous y trouvions si bien 1 Lorsque nous rencontriims le Ito^ do fleuve, à droite ou à gauche, peu importe, quelque
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fille contribuable, od moaillait, et nous dods arrêtions, juste le temps nécessaire pour . que les mandarins oondacteurs' pussent aller faire les sommation^ au tribunal, et exiger l'impôt prescrit. Le versement se faisait avec assez d'exactitude et de célérité. Il y avait bien de tenips en temps quelques difficultés à vaincre. Les Eonctionaaires ne montraient pas toujours nn très-vif empressement à nous apporter à bord les sapèques fixées par le tarif. Ils nous envoyaient quelquefois des députations pour marchfmder et nous alléguer mille et une raisons pour se dispenser de fournir la totalité de la somme. Nous étions d'excellent accommodement et tonjours disposés à ne recevoir absolument rien, pourvu, toutefois^ qu'on nous donnât un billet constatant les motifs du refus, et signé par les autorités de la ville. Personne n'osant en venir là, les sapèques finissaient par arriver. Lorsqu'il y en avait, à bord de la jonque, un trop grand encombremoit, Wei-çhan les cbangeait en billets de banque payables au porteur, et les gardait luimême sous clef ; nous nous contentions d'en tenir note. 11 n'est pas d'usage, en Chine, de voyager la nuit, pas plus par eau que par terre. Tous les soirs, après le'coudierdu soleil, nous allions donc nous réfugier dans un port. Le mouillage avait lieu avec une certaine ostentation. La fr^ate de guerre chaînée de nous escorter passait devant et cboisissait l'emplacement convenable. Notre jonque et celle de nos conducteurs se rangeaient ensuite à ses c6tés, et, lorsque tout le monde était paré, on tirait uncoupde canon et on laissait tomber les ancres. 11 va sans dire qu'il y avait en même temps détonation àe pétards et muàque de tam-tam. Dans la soirée nous
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aTims rbalHhid& de rendre visite à nos cMnpagnons de voyage en pasUDt d'iu bord à l'antre. Le capitaine de la fr^te.éttit uD.TÎeux nàarin originaire du Fokien. (te ae pouvail guère entretenir avec Lni de longues couver^ rations, car il ne parlait qne l'idiome de ta ]»rOTÎDce, auquel il entremêlait pài^is quelques eipnssions chi- Doisee plus eu moins déSguréce.' Après avoir donc échangé beaucoup de {gestes et de pantomimes, noos montions sar la jonqae du mandarm civil. Celui-ci, Pé-^^ kinola pur sang, avait des manières élégantes et raffinées, comme il coATteafâ un homme isSu de la capitale du royaume des Fleurs. A'son langage on reconnaiBSiôt tout de suite un citoyen de la métropole du Céleste Emi pire. Mais, par malheur, il aimait peu à causer. Sa' physionomie, toujours' pleine de tristesse et de mélancolie, dénotait que sob âme était en proie à de vifs et piw* fonds chagrins. Nous dûtAe» respecter sa douleur, et nous contenter de lui faire des visites courtes et de pure cérémonie. ■ , ■
Le matin, aussitôt que le jour paraissait, un coup de canon annonçait le moment du départ, et uousi-ecMnmencions notre charmante' promenade. Les diemins d*; fer, les bateaux à vapeut, lesToitnres de poste, tous nos moyens prompts et rapides de: locomotion soot assarii ment des inventions merveilleuses, que tout le monde admire et qu'on ne manque jamais, d^apprécier beau-' coup, quand on est pressé de se truispwt^ qu^qoé part ; mais il Faut eonveoir que ces voyages aoeélérés stHit entièrement dépourvus d^istérét. On pounrait parceurir de cette façon la terre entière sans avoir aucune idée des pays qu'on aurait traversés «t des peuples qu'où reneon-
. cBAPrms'Xi. ^^t
trerait. Cèst bien aujourdliui qu^il est vrai de dire qafi les voyageurs sont colportés en Europe, absoIumetHi co^nme des ballots de marchandise. Désonnais, : coox qui soubaiteroat faite dés Toyages de hiieet d'agrément seront forcéside se rendre eb Ghîne.el d'avoir tine de eei jonques mandartoes, qui les promwiè suavement de province «i province» sur les âeHTOset les canau!! dont) l'empire est silltHiné. Les riches citoyens du royaumes des Ftears .trouvent à louer, dans les grands pdrts, ds jolis bateaux avec tout le conforl^le assorti à la civîliù^ sation cbÎDoise. On exécute de la sorte des voyages oif plutôt de bragues -promenadeB en 'G'arrêtftnt partont (n^ l'on veut, SHÎv&nt l'exigence des affairés et les caprice* delà fantaisie. Comme les villes les plus importante» sont ordinairement situées sur les bords de l'eau, il est facile d'étudwci le pa7S,ideiCDnnatlre les mœui% et les usages deees babitwtsr >. , >
En général, les Cbinois sont trè&-peiu.8édeDbures. Sans sortir des limites de leur empire, ils peuvent faire de longs-voyages et se former.une idée de tous les climat» et de toutes les producticHis de la i terre. Quoique leurs moyens de transport soieot lents et incommodes, on leS voit se mettre en route avec sne .grande facilité. Dan» les provincesdui Midi, il faut presque toujours naviguer. A l'exception des bateaux aristocratiques dont noua ve<nom déparier, les -voyageurs, ne rencontrent que des jonques sales et encombrées, où Us s' entassent les nos sur les autres, sans paraîtra) du reste, ressentir la moindre géoe. Us demeurent là enfermés dés mois entiers^ avec une incompréhensible p&tience, viyaatde riz cuit à l'eau eVpassaût leur temps à fumer et à éplucb» des
tti L'Bifnu CHoma.
graines de àtrouiUe. Ceax qui vealant faire des écoao- DÙes dorment presque coDtiuuellement, le jour ansn lùeD que la nuit. Rien ne les trouble, ni la chaleur, ni la fumée du tabac et de l'opium, ni les cooTersatùnu brujantea qui ue cessent de résonner à leurs oreilles.
Dans le Nord, les systèmes dé locomotion sont trèsfat^ants et peut-être moins ennuyeux. Les gens de la classe aisée Tont«n palanquin ou en chariot ; les autres à pied. Plusieurs montent des mulets, des cfaeraux, des àne8,.ou sefont traîner sur des brouettes. Les voitures chinoises ne sont pas suspendues, et on n'y trouve jamais de siège. Il faut s'y tenir assis, les jambes croisées, à la façon des tailleurs. Gomme les routes sont remplies d'aSreuses inégalités, les cahots derienoent perpétuels et les pauvres voyageurs ne cessent d'être dans un danger imminent de se fracasser la tête. Les pins prudents ont rbabitude de garnir de coussinets les parois de la voiture pour amortir les coups qu'on se donne saiu cesse à droite et à gauche. On verse très-souvent, et c'est peutêtre la raison pour laquelle les Chinois ont fait tant de progrès dans l'art si difficile de raccommoder les membres fracturés. Il serait bien plus simple de mieux ar^ ranger les chemins, et de fabriquer les véhicules de manière à leur procurer des aHores moins brusques et moins saccadées.
Les routes les plus fréquentées des provinces du 'Ntmi sont pourvues de nombreuses hôtelleries, qu'il ne faut pas toujours juger d'après l'étiquette. A ne voir que les pompeuses enseignes dont elles sont ornées, on serait persuadé qu'on arrive dans le séjour des hommes les plus vertueux de Tuoiverd, et que l'b&teUer, au milieu
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de see fa&tes, doit être un patriarche entouré d'une Dombreuse famille. Les gros caractères qu'on lit à la porte d'entrée vous promettent paix, concorde, désiotéressemeat, générosité, toutes les vertus fondamentales, et, de plus, Fabondance àp traites choses et l'accomplissemeot de tous les désirs. A peine a-t-on franchi le seail, qu'on se trouve, en quelque sorte, dans une caverne de voleurs, oii l'on cherche à vous piller tout en vous faisant mourir de faim et de misère. Comme les voyageurs savent parfaitement à quoi s'en tenir, relativement aux enseignes d!inijHtiâat4t abondmtee, ils ont soin de ne marcher jamais qu'avec un assortiment de provisions. 11 est d'usage que chacun porte suspendu à sa ceinture un petit sac rempli de feuilles de thé, et ceux qui ne peuvent pas se contenter de galettes de froment et de riz cuit à l'eau sont toujours accompagnés d'un oûftee oblong, divisé en plusieurs compartiments remf^s de hachis de viande, de poisson salé et de choucroute. Les Ghinms appellent ces provisions de voyage hangleang, c'esl-à-dire « du sec et du froid. »
On trouve pourtant, dans les villes coosidérahles, des auberges assex bien tenues, ayant des chambra particulières pour tous les voyageurs. Les Européens qui n'auraient pas de trop grandes habitudes de luxe pourraient encore les habiter avec plaisir, quoiqu'elles n'ofirent pas, à beaucoup près, l'élégance et la recherche de nos beaux hôtels. On a la faculté de prendre ses repas à table d'hôte ou de se faire servir à la carte, en désignant, comme dans nos restaurants, les mets que l'on désire. Le service se fait avec assez de promptitude, et 1^ convives ont rarement à attendre. Comme il est d'ust^e de
«RnmeDcer par txnre da thé et pais de s'amsaer avsc éa BombreuBes friandises, les cuisinière, oii, poor nous servir d'uB terme plus conveDable et plus digne, les Mondanns dt la marmite, ont tout le temps pour leun manipulations culioaires. On apporte les mets avec une grande osteatalîoQ. Lorsque les gaifuis de l'établissement dëposeat les platadevant les cOBvives, ils en disent les noms en chantant,, de manière à être entendus de lool le monde. On comprend que cette -méthode est asses ingénieuse pour exciter tes eoastknmatean. Il arrive souvent que, paramour-propter on demande des mets ced^epchés, très-coùtenx, et dont on se serait passé TolontierB, si oseùt dîné i huis clos. Quand le repas est fini, le premier garçon de l'hâtel se^tient à la porte, et Wtoone uoB' obansou: qui n'est -autret-chMe qu'une nomenclatuire des différants pkts avec unirerroin composé du . total des dépenses. iG'est . alors que las otmvives sor^ tent, et il faut convenir que c'est \^- h moment le plus crM)que.«t le plus solennel. Ceux qui ont dîné économie quement s'en vont d'un air contrit et. humilié, et chercheQty ea qu^que sotie, « éviter les. yeux de l'assistance. Les lords chinois, au coaUwe, quiont mangé avec sooiptuoaitfl et à très-faaut prix-, sortant lentement, lapipeàla bouche, la tSte.-^O l'air^.avecwi r^ard fier et dédaigneux. Si l'w s'avisait d'adopter, en Europe, b, méthode de prodamer.wlenneUmient, à 1». porte des ivstaur^nts, la carte des habitués, il serait à craindre q,ae fdus.d'ua convive ne se doiUiâV de fréquentes indigestions À force d'anMUTT-propre etde vaailé.. , .Les ChipQis,.h4bituellaqenttFèS:WtH«s,. se nourrissent fà peine lcx8qu'ilï809t'«nTOïAg«. Elans, certaines
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{nrovimees, ils ont un ùsi^ fort singulier, tniquelil.nous a été très-difficile de nous accoutumer. Avant de se mettre en route, ils avalent, de grand matin, une bonne tasse d'eau chaude daos laquelle ils ont préalablement ftùt dissoudre quelques grains deeel.Ils regardent cette tnesurebygiéoique oomme des plus salutaires. 11. est certain que les Chbiois sont doués d'an estomac inconeerable et qu'ils savent gouVerDer à volonté. Ils supportent la faim et la soif avec U plus grande facilité, et, en revanche, lorsqu'il se présente une bonne occasion, Ub engloutissent des quantités prodigieuses de riz, sans en éprouver la moindre incommodité. Ce sont de véritables gouffres. Il nous est arrivé de voyager dans certains districts du nord de la Chine, où Ton ne trouvoit absoluqient rien, à acheter. Les Chinois, qui se souciaient peu de se charger de provisions, supputaient ce qn'll'leur fallidt de vivres pour vingt-quatre heures, et, lema;^, à peine levés, ils déjeunaient, dînaient et floupaient tout à la fois. Pourvu qu'ils eussent leurs trois repes; ils étaient contents ; ■■ peu leur importait de Itt prendre pariotenrayes ou d'an seul coup.
' Les habitantsdes grandes ville» vont en palanquin ou à pied. Plusieurs cités importantes du Midi, construites IDr l'eau à la ntaniëre 'de'-Venise, oïit d'innombrables jdis petits batesnix qui sillonnent lesrues changées en magnifiques canaux. Péking offre une particularité •Btez remarquable ; on trfflive, dans les quartiers tes plus poputeuk, des stations de voitures avec un on deux mulets d'attelage. On loue ces sortes de fiacres et de cabriolets chinois à l'heure ou à la course, absolument comme à Paris. Cet usage est très-aociaa dans
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l'Empire Céleste et ne parait nullement avoir été emprunté à l'Europe. Il existait probablement dans le temps où nos bons aïeux Tiraient encore dans les forêla.
Quoique les Chinois soient depuis fort longtemps en possession de l'invention des voitures , ils ne scmt pas, tant s'en faut, aussi avancés que nous. Les fiacres de Péking ne valent guère mieux que les détestables chariots de voyage dont nous avons déjà parlé. Ils stnit seulement plus petits, plus élégants, coloriés et vernis avec luxe, garnis, à l'intérieur, de ta&etas rouge on vert, mais jamais suspendus. Cet inconvénients beaucoup plus sensible dans la capitale que partout ailleurs. Les rues principales, jadis pavées avec de larges dalles, n'ayant subi aucune réparation depuis peut-être plus de deux cents ans, il en manque aujourd'hui presque autant qu'il en reste ; de sorte qu'on rencontre partout de grands trous carrés bordés de pierres détaille. On comprend combien cela doit être ctmunode pour la cinmlation des voitures. Aussi les vdt-CHi courir en bondissant, tantôt d'un côté et tantôt d'un autre. Leurs roues st^t, il est vrai, d'une grande scdidité, et rar»nent elles cassent; m^ cela n'empêche pas les , fiacres de verser trës-aouvent. Durant notre Séjour à Péking, il nous est arrivé une fois de prendre, pour une longue course, une de ces abominables machines ; nous y fàmes maltraité d'une manière si atroce, que nous résolûmes de ne plus employer désonnais un tel moyen de transport. Lei Chinois s'en accommodent ; ils sont là paisiblement assis, fumant leur pipe tout à l'aise et s'abandonnant, avec une merveilleuse élastùùlé, aux cahots les plut
CHÂPTTU XI. H9
brusques, aux Boubresaats les plus imprévus. Nous o'aTons jamais appris que personne se fût fracassé la tète. Les cochers, n'ayant d'autre siège qu'un des brancarfla du timOD, y conservent un équilibre impertnr» bable.'
Pour nousrésumer, tous les systèmes de locomotion usités en Chine sont ou fatigants, ou dangereux, ou ennuyeux. 11 arrive même qu'ils .rénoissenl, comme les diariots; les trois inconvénients à la fois. Les jonques mandarines sont ce que nous avons rencontré de mieux et de plus confortable. Depuis que nous étions partis de Nan-tchaug-fou pour remonter le fleuve Tchang, les journées s'écoulaient avec une rapidité et un calme indicibles. Nous proGtàmes de cette période de paix et de tranquillité pour recueillir nos souvenirs et rassembler les notes qui nous aident aujourd'hui à rédiger cette relation. Ce coup d'oeil jeté sur toutes nos anciennes tribulations fut pour nous une source d'émotions pleines de suavité. On ne peut goûter pleinement les douceurs du repos qu'à la suite de longues fatigues. Quand le marin est entré dans Le port, il aime souventà penser aux furieuses tempêtes de l'Océan, et les extases de la félicité sont uniquement réservées par la Providence aux cceurs qui ont été broyés par les souffrances. Ces journées de douCe et paisible navigation nous procurèrent la connaissance de la littérature légère des Chinois. Notre domestique Wei-cfaan était un grand lecteur; toutes les fois qu'il descendait à terre, il revHiait avec une abondante provision de petites brochares, qu'il allait ensuite dévorer dans sa cabine. Ces prodactions éj^émèrea des fadles pinceaux des lettrés
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se composent ordînairemeot de contes, de nouvellee, de poésies, de petite romans, de Inographies des hommes illustres et des grands soélérats de Tempire, de récits' merreilleux et fantastiques. Les Grecs avaient 'fiié te séjour des monstres et des êtres chimériques en Ori^^ d«iia les pays liDcoonns. Les Chioim le leur ont bien rendu : c'est toujoure>eQ'OccideDt, par delà les grandes mers, qu'ils placent les hommes-chiens, le peuple à longues oreittes traînaat jusqu'à terre, le royaume deS' femmes et celui dont leshabilanlsont un troq au milieu de la poitrine. Lorsque les mandarins de ces curkoses contrées se mettent en route, on leur passe tout boo- UMiient un h&lon à travers lai poitrine, et ils s'en vont ajnsi, appujés sur les épaules de deux domestiques. Si 1^ fKMteurs sont vigoureux, ils enfilent ensemble, le lopg d'uqe barre, plusieurs voyageurs. Tous ces contes sont àpeu près daasle goût des laventures de Gulliver «^bez les LiUiputieoe.
■ Parmi ces nombreiises brochures, il en est un certain nombre dont l'iramoraUté fétide et nauséabonde suinte presque à chaque page. Les Chinois aiment à repaîta« Ipurimaginaticw de ,ces lectures licencieuses, qui, du reste, ne leur apprennent pas graOd'chose de nouveau. ISous trouv&mes, dans la oollecticm-de Wei^han, quelques cahiers &rt curieux, ^ et que nous pwcourùmes avec ie [dus vif intérM. C'étaient ctes' recueils des proiwbes, des maximes et, des senteocoi les [dus populaires. Nous en fîmes quelqueeextraite, que nous allons repcoduire ; nous pensons qu'on lea lira avec plùair, «otome un spécimen du caractèce et de l'esprit chinois. Oïien reiliarquefa peut-être plusieurs pleins de sel et de
CBAPITRK Jl. Ki
finesse, et que la Rochefoucauld n'eût cerlainemeDl pas désavoués.
« Le sage fait le bien comme il respire ; c'est sa vie.
a On peut-être décent sans être sogei mais on ne saurait être « gage sans être décent.
<t La décence est le leint de. la vertu et le Eard du vice. ,
t Mes livres parlent à mttu esprit, mes amis à nton cœur, « te ciel à mon âme, tout Le peste à mes oreilles. . a Le sfige ne dit pas ce qu'il fait, mais il ne foit rien qui ne < puisse Être dit.
, A L'attention aux petites choses est l'économie de la Tert»-
s La raillerie est l'éclair de la calomnie.
« L'bomme peut se courber vers,'la vertu; mais la vertu ne « se courbe jamais vers l'homme. , ' > Le repentir est le printemps des vertus.
; « La vertu. ne donne pas les talents, mids eUe 7 supfdée :
■ les talents ne donnent ni ne suppléent la vertu.
c Qui trouve du, plaisir dans le vice «t|de la peine dans la « vertu, est encore novice dausl'un et, dans l'autre^
a On peut se passer des hommes ; mais on a' besoin d'un « ami.
«I Le cérémonial est la fumée de l'amitié.
. a Si le cœur n'est pas de moitié avec l'esprit, les pensées les « plus solides ne donnent que de la lumière : voilà pourquoi la « science est si peu persuasive, et la probité si éloquente.
« Le [daisir de bien (aire est le seul qui ne s'use pas.
> Cidtiver la vertu est la science des hommes, et renoncer « à la science est la vertu des femmes.
, ■ Il faut écouter sa femme et ne pas la croire.
K A moins d'être bête ou sourd, quel métier que celui de
■ beau-pèie '. Si, avec une femme et une bru, on a encore des « sœurs et des beltes-settu^, des. filles et des nifaces, il UaA se « &ire craindre comme un tigre pour pouvoir y tenir.
< La mère la plus heureusa en filles est celle qui n'a que des « garçons.
4BS L nmu CHmoiB.
« L'etprit 4a tëmmes est d'argent-vif, et lenr coeur est de € cire.
* Les femmes les plus curieuses baisseot TOiontiers les yeux « pour être regardées.
« La langue des femmes croît de tout ce qu'elles Atent à leurs « pieds.
< Quand les hommes sont ensemble, ils s'écoutent; les
■ femmes et les filles se regardent.
« La Hlle la plus timide a du courage pour médire.
■ Leï beaux chemins ne vont pas loin.
« Arbre renversé par le rent avait plus de branches que de « racines.
« Chien au chenil aboie à ses paces ; diien qui chasse ne K les sent pas.
t Qui se laisse donner n'est pas bon k prendre.
< On chante à la cour pour boire, on boit au village pour « chanter. '
a Les grandes âmes ont des vouloirs ; les autres n'ont que a des velléités.
s i^ prison est fermée jour et nuit, cependant eUe est too-
• jours pleine; les temples sont toujours ouverts, et on n'y « trouve personne.
« Toutes les erreurs n'ont qu'un temps ; après cent millions
■ de difficultés, de subtilités, de sophismes, de tournures et de
■ mensonges, la plus petite vérité est encore tout ce qu'elle « éUit.
« Quel est rbomme le plus insupportable? Celui qu'on a < offensé et à qui l'on ne peut rien reprodier.
■ Accueilles vos pensées comme des hâtes, et traites vos
■ désirs comme des enfants.
« Qui s'agite pour faire le bien en a peu tkit; qui 7 cherche « à élre vu et remarqué ne le continuera pas longtemps; qui « j met de l'humeur et du caprice le finira mat; qui n'y vise a qu'à éviter des bâtes et des reproches n'y acquerra jamais
• de vertus.
« Un jour en vaut trois pour qui fait chaque chose en son
CHAPiniB' XI. 4S3
«Moins on a d'indulgence pour soi, plus il est aisé d'en « avoir beaucoup pour les autres.
o On mesure les tours par leur ombre, et les grands hommes « par leora enïieux.
■ Il faut faire vite ce qui'ne presse pas, pour faire lente- « ment ce qui presse.
« Qui veut procurer le bien des antres a dëjk atmré le sien.
« Il M est de la cour comme de la mer, le vent qu'il fait « décide de tout. '
s Oh I quel plaisir que celui de donner ! 11 n'y aurait point « de riches, s'ils étaient capables de le sentir.
« Les riches trouTcnt des parents dans les pays étrangers les
■ plus éloignés; les pauvres n'en trouvent pas dans le sein « même de leur famille.
< On va à la gloire par le palais, à la fortune par le marche € et à la vertu par les déserts,
« Les vérités qu'on aime le moins à apprendre sont celles « qu'on a le plus d'intérêt à savoir.
« On pardonne tout à qui ne se pardonne rien.
■ Ce sont les plus riches qui manquent de plus de choseR.
« Quel est le plus grand menteurî Celui qui parle le plus « de sol.
< tl ne faut pas employer ceui qu'on soupçonne, ni soup-
■ çonner ceux qu'on emploie.'
a Un sot ne s'admire -jamais tant que lorsqu'il a fait quelque
■ sottise. '
a Quand une chanson donne de la célébrité, la vertu n'en
< donne guère.
■ On n'a jamais tant besoin de son esprit que lorsqu'on a
■ affaire à un sot.
« Tout est perdu quand le peuple craint moins la mort que
< la misère. »
Après quinze jours d'excellente navigation, nons parvînmes au pied de la montagne Meî-liag. Nous dîmes adieu à notre jonque mandame, et nous rentrimes dans
DOS palanquins. Au aoleil terani, nous comm«içflines à ' gravir les ûancs âpres et escarpés du Mei-ling. 11 y a plusieurs chemins, mus on ne se donné pas la peine de choisir; prestfue tous présentent à peu prèsi les mêmes difficultés. Cette multiplicité de sentiers vienldunombrç GODsidérable de Toyageurset de portefaix qui aootoUigés 4e franchir cette montagne. C'est, en effet, le seul passage pour toutes les marchandises que le commerce de Canton déverse continuellement 'dans les provinces intérieures de l'empire. On ne peut voir, sans éprctuver un serrement de cœur, tous, ces malheureux chargés d'ér nonnes fardeaux, se traîner péuiblemeot sur ces roatee tortueuses et presque perpendiculaires. Ceux que la misère condamne à ces travaux forcés vivent, ditK>n, peu de temps. Cependant nous remarquâmes parmi ces longues files de portefaix quelques vieillards courbés sous leur charge, et pouvant à peine soutenir leur marche chaocelaote. De distance en distance, on rencontre des hangars en bambou, où les voyageurs vont se jnettre un peu à l'ombre, boire quelques tasses de thé et fumer une pipe d^ tabac pour se donner un peu de courage.
Nous arrivâmes vers midi au sommet de la moDtagn& On y voit une sorte d'arc de triomphe, ai fonne d'un Immense portail ; d'un côté finit la province de Kiai^-â et de l'autre commence celle de Canton. Nous éprouvâmes comme une commotion involontaire, lorsque nous eûmes franchi cette porte, car nous mettions enfiq le pied dans cette province qui communique directement avec l'Europe. 11 nous semblait quenous étions SjBulement à quelques pas de Canton ; or, Canton c'était pour nous l'Europe, c'était la France, la patrie avecles [dus
^kate Knmnin' du. cœur I nous . descendîmes la motttagDe Hel-Uag'aTe<)'leDteDret précantioTi, pour ne pas nous brisa''OOBtFe'le8rochers, dont la route était parsemée; el nous- arrivâmes sur le soin à Nan^bionng; Ce^ ville est célèbre par ses entrepôts et son varie port^ob se rendit toutes les jonques qui rehiontent la rivière de Canton, Nouft allâmes logersurlequai, dans un vaste et magnifique palais communal. Ces derniers quinze jouis de nav^^on nouai avaient été si foVorables, que< nous nous eiùpress&mes d'»primier au préfet de la ville notn désir de descendre eBCôre.Bur une jonque mandarine le fleuve, de CantcHi.
Le 'lendemaÏD tout fut promptQment réglé confonné- -menlànotiepétitit»!. Cependant il fut décidé qoe nous passerions la journée à Nan-hioung, afin -de drainer aux capitaines des jonques 'le temps de faire leurs prépanrtUsti Nous dînâmes, en grande cérémonie, avec les fHnncipaux fonctionnaires, qui nous firent une courtoisie à laquelle nous étion&.loin de nous attendre. Aussitôt que neuslftlraes levés de table, nous fûmes invités à aller fumer et prendre le thé dans une vaste cour, sous l'épùsifraillage d'une allée de grands arbres. 11 y avait alors àiNan-biouDg une célèbre troupe d'acrobates ; et le préfei de la ville .avait eu la pensée de nous faire donner lune: représeotation. Quuid nous entrâmes dans lacouravec les mandarins, nous fûmes accueillie par nne musique ltruyante«td'uneharmonie'très-équivoquei déjà les cordes étai«it tondues,' et les artistes ne tardèrent pas à ezécutor leurs évolutions. Les Chions sont trèst habiles danseurs de corde ; on oMiçoit que des hommes dont les membres sont doués de tant d'étastieito et de
souplesse doivent Décessairemeat rénsnr dans ce genre d'exercices. On distinguait dasâ cette tronpe d'acrobates deux femmes qui, malgré leurs incroyables petits pieds de chèvre, voltigeaient sur la corde avec une agilité qui tenait du prodige.
Quoiqu'il soit interdit aux femmes de monter sur le tiiéfttre pour y jouer des ràlea, les usages chinois leur permetlent de dauser sur la corde et de figurer dans les exercices d'équitation. Elles se mcHitrent, en général, beaucoup plus aptes et plus habiles que les hommes pour ces sortes de représentations. U y a, dans le nwd de la Chine, des hippodromes amhnlants, et ce sont loajoors les femmes qui excellent dans l'art de conduire les <^evaux, et qui montrent le plus d'adresse peur exécuter les tours les plus difficiles. On ne comprend pas comment elles peuvent se tenir debout sur un {âed, pirouetter, passer en des cerceaux et cabrioter, pendant que le cheval galope et bondit dans la lice.
La mode des petits pieds est générale en Chine, et remonte, dit-on, àla plus hante antiquité. LesEnropéens aiment assez à se persuader que les Chinois, cédant à l'exagération d'un sentiment très-avouable, ont inventé cet usage, afin de tenir les femmes recluses dans l'ïnlérieurde leur maison, et de les- empêcher de se répandre au dehors. Quoique la jalousie puisse trouver son compte dans cette étrange et barbare mutilation, nous ne croyons pas cependant qu'on doive lui en attribuer l'invention. Elle s'est introduite insensiblement et sans propos délibéré, comme cela se pratique, du reste, pour toutes tes modes. On prétend que, dans l'antiquité, une princesse excita l'attention de tontle monde par la déU-
CBAPITU XI. 4ST
cale exiguïté de ses pieds. Comme elle était, d'ailleurs, douée des qualités les plus remarquables, elle doDua le toD à la fa$kion chinoise, et les dames de la capitale ne tardèrent pas à en faire le type de l'élégance et du boa goût. L'admiraticHl pour les petits pieds fit des progrès rapides, et il fut admis qu'on avait eufia trouvé le critérium de ta beauté ; et, comme il arrive toujours qu'cm se passîomie pour les futilités nouvelles, les Cbinoises cherchèrent, par tous les moyens imaginables, à se mettre à la mode. Celles qui étaient déjà d'un ftge rassis eurentbeauuser d'entraves et de moyens de compression, il leur fu't impossible de supprimer des développements légitimes de la nature, et de donner à leur base la toui^ oure mignonne tant désirée. Les plus jeunes ëurrait la consolation d'obtenir quelques succès; mais vagues, usez médiocres et de peu de durée. Il n'était réservé qu'à la génération suivante d'assurer com{détement le triomphe des petits pieds. Les mères les pins dévouées à la mode nouvelle ne manquaient pas, s'il leur naissait une fille, de serrer et de comprimer, afec des bandelettes, les pieds de ces pauvres petites créatures, afin d'empêcher tout développement. Les résultats d'une pareille méthode ayant paru satisfaisants, elle fut généralement admise dans tout l'empire.
Les femmes chinoises, les riches comme les pauvres, celles- des villes et celles de la campagne, sont donc toutes estropiées ; elles n'ont, en quelque sorte, à l'extrémité de leurs jambes, que d'informes moignons, toujours enveloppés de baudeletles, et d'où la vie s'est retirée. Elles chaussent de petites bottines très-gracieuses etrichem^t brodées; c'est làMtessils qu'elles se sou-
tss l'bvoh mtma.
tienAentén sefiaUbpaDt presque continiMlIciinent. Leur démarcbe O' quelque ehoee de ' Bautillant, et ressemUe beaucoup à celle des Basques lonqnMts sont montés sra* «les édiasses, .
- Les femmes chinoèes^ %vec leun petits pieds de «hèrre, d' éprouvent pes posr marcher aiiant dedifBeallé qa'oQ se l'imagine. Comme ^esy sont- habituées dès lenr naîstoace, elles n'ont- pas p(ue d'emlfanae que certains boiteuK qu'on Toit souvent ooarir aveo assez d'agililé. Lorsqu'on lès rencontne dans les rues, on dirsH, i leurs- petite'pas ofaapoHaDts^ qa'eUes peorent à peine se eoutenir ; mais c'est là queltpieftm une afiaetatii» et ude manière de se donner dâ 1b grâce. Elles sont, en général, ti peu embarraseéa, qnc, si «Ues yanseut n'être pas yues, elles coureaU sanlent etfolâtrenbaifee une adrair»lAe aisance, L'eierùce fovori des jeunâsfflles cbinoisesest le jeu, de volant.; mais, au lieu dese servir de raquettes, c'est avec ie revers de -lenr. pelit brodequin, qu'elles reçoivent et se renvoient mutuellement le volant. EUct sont donc toujours à cloche^pied, et« .comme il leur arrive de passer des journées- enti^«&à ce jeu, il est permis de présumer que leurs moignouK œ leur causât ni beaucoup dedpulenr ni une grande .fati^e.
Tous les habitants du Cétesle Empire, iraffolent dei petits pieds des femmes. Les jeunes $Uee qui, dans lenr enfance, ne lesont pas eus serrés, trouvent très-difficilemeot à se marier. Aussi les mères ne, manquent-elles pat de porter sqrçe point tjojite leur sollicitude. Les femmes lartares mantchouçs, ont conservé l'uaage des grands pieds ; mab. les mœurs du pay» conquis ont eu sur elles une telle influence, que, pour se donner une di>
marche à la mode, ^les.oat inventé de» souliers dont la.semelle extrâDieiàeai«IeTf«i se tenriioe ea cHœ. Elles Tont ainsi' d'une : Biaaièra ' peut'étre< plus fi^calante encore que les femmes chinoises. - < [
- Cçtte modedes petits [Hed> est, saoscopb<edit, barba»; ridicule et nuisible au développement des fori^ phyùques; mais comment porter remède à cette déplorable If^bitude? C'est )» mode 1 ^et qui oserait se soustraire à son empire? Les Européens^ d'ai4leurs,(H)t'ils bien ^ droit de censnrer les Chinois avec, tant d'amertume sur un point si délicat ? Eux-mêmes ne prisent^ila donc pa« aussi un peu les petits pieds ? Ne «e résignent-ils paa tous les jours à porter des chaussures d'uue^largeur insuffisante et qui leur -font subir d'atroces douleurs! Qu« répondraient les femmes chinoises, sil'on venait un jour l^ur dire que la beanté consiste , non pas à avoir de« pieds imper(CeptibleB, mais une taille insaisBsable, et qu'il vaut infiniment mieux avoir le corsage d'une guêpe que des pieds de chèvre?.. >. Qui sait? L«s Chinoises et les Européennes se feraient peut-ét):e de mutueUes concessions, et finiraient par adopter les deuxmodes à la fois. Sou« prétexte ^d'ajouter quelque chose à leur beauté, -elles ne craindraient pas de réformer complètement l'œuvre du Créateur, r
La représentation que nous donnèrent les acrobates de Nan-hîoung dura presque toute la soirée. Les manœuvres furent très-divertissantes ; mais nous aé pûmes y donner qu'une médiocre attention. La pensée que, dans quelques jours, nous serions arrivés à Macao, nous préoccupait, sans cesse et nous causait de trop vives émotions pour qu'il nous fût permis d'accorder une
4S0 L KMPIIB CHIHOn.
attMitioQ soutenue à l'habileté des danseurs de corde.
Le lendemain matin nous nous embanjufimes sur des jonques construites et ornées dans le goût de celles qui nous avaient portés jusqu'à la monlagne Hel-lia^. Ce qui nous restait à faire de notre si long et si pâiible Toyage n'était plus qu'une promenade. Nous n'avions, en quelque sorte, qu'à nous laisser entraîner par le courant de l'eau, pour arriver en paix à Canton, Aussitôt qu'on eut levé l'ancre et que nous vîmes notre jonqoe fuir rapidement le long du rivage, notre âme fut tout à coup pénétrée d'une suave mélancolie. Nous nous souvenions qu'en 1840 nous avions pénétré dans l'empire en remontant ce même fleuve. Voici ce que nous écrivions, à cette époque, à un de nos bons amis de France, en lui racontant notre départ de Canton et notre première introduction en Chine. Notre lettre était datée d'une chrétienté peu éloignée de la montagne Meï-ling.
« Vers six heures du soir, on me fit la toilette à la « chinoise ; on me rasa les cheveux, à l'exception de « ceux que je laissais croître, depuis bientôt deux ans, « au sommet de la tête; on leur ajusta une Chevelure « étrangère, on tressa le tout et je me trouvai en pos- « session d'une queue magnifique qui descendait jus- « qu'aux jarrets. Hou teint, pas déjà trop blanc, comme « vous le savez, fat encore artificiellement rembruni « par une couleur jaun&lre. Mes sourdls furent découpés « à la manière du pays ; de longues et épaisses moust&- € ches, que je cultivais depuis longtemps, dissimulaient « la tournure européenne de mon nez ; enfin les habite « chinois vinrent compléter la contrefaçon. . .
a Quand la nuit fut close, nous aous dirigeteies so-
CHAPITU Zl. iftl
< lennellement vers la jooque qui devait, en remontant « la rivière de CantoD, nous conduire jusqu'à Nan- « hiouQg, aux confins de la province de Kiang-si. Un grand « gaillard de Cbinois, monté sur son long système de «t jambes, ouvrait la marche; uQ de nos courriere le « suivait de près; je suivais le courrier et derrière moi « veniût UD séminariste chinois, destiné à la mission de a Kiang-si. Nous formions ainsi, à nous quatre, comme c un fil conducteur qui devait nous diriger dans ce « grand labyrinthe qu'on appelle Canton.
«. Cette ville, telle qiie j'ai pu l'entrevoir, m'a pro- « duit l'effet d'un immense guet-apens. Ses rues sont
< malpropres, étroiles, tortueuses et façonnées en tire- « boudioo. On dirai! qu'il n'est pas vrai pour ses habi- « tanls, comme pour tout le monde, que la ligne droite « soit le plus court chemin pour aller d'un endroit à nn « autre. Maintenant, si,danstoutescesrues capricieuses, a si, à laiace de toutes ces maisons bizarrement décou- « pées, vous jetez avec profusion de petites lanternes ft et des lanternes monstres, des lanternes de toutes les « formes, imiées de caractères chinois de toutes les « couleurs, vous aurez une idée de Canton vn à la hâte K à la lueur des fallots.
« Parmi cette immense population qui sillonnait en
< tout sens ces rues nombreuses, notre grande afiaire, « à noas, était de ne pas nous perdre mutuellement de c vue et de ne pas rompre la chaîne qui nous condui- « sait; elle fut brisée ! Au détour d'une ruelle obscure, « le courrier échelonné devant moi ne vil plus le Cbinois «t qui ouvrait la marche, et qui seul connaissait le che- « min. Une fois disparu, où le chercher? La rue qoe
4tft LKMriU GHinoiB.
« nous Buiviona se terminait en patte d'oie, et nous ne €' Bavions par où nous arait échappé notre conducteur. « Notre perplexité fut grande, nous criâmes, nous appe- « Iftmes notre guidé de tons côtés ; la Providence nous « le rendit enfin. H tétait ' aperçu que personne ne le < suivait, et, revenant alors sur ses pas, il nous avait c retrûuTés 'i l'endroit même où il nous avait perdus. * Nouspèprimes gniement notre ronte, et ndus enirâ- « mies énSn dans la Jonque, éà bénissant lé Séigneut dn « fond de l'âme.' Les batelifirB n'ayant pas encore ler^ c miné leui«' préparatifs, nous ae pûines paitir que le « lendemain. 'Nous' jpassâmes donc la nuit sur le fleuve, « en foeedti'la ville, et, pour ainsi dire, à' là barbe do €'vicfr-rOi(t)'.l.' ' ■ ■
''« La'rWière'de Oantoii, pendant' la nuit, est, tsi à vérité, is qubf aï Vu de plus faalaetique. On peut dire «qu'elle est' j^resquï ausd'peupléeque la ville. L'ean € est couverte d'une quantité prodigieuse de barques de i lAules les dimensions et d'une Variété impossible à « décrirei La plupArt affectait la tonne de divers p<HS- « 9ons,'et'U va sans'diretjue les Ghinctts ont choisi pour cytlbdèles'lèsplus biterres'etles pins sin'gtiliers. D en « est qui sont construites comme des m&isôns, et cellest là ont Une ï^Utatïon assez éqaivoqne j toutes aoat «"Hchemëiïl brnées,' quelques-unes resplendissent de «'dohirbs, d'autres sont sculptées: avec élégance, dentek léës et comnle percées 'à joorj à la façon des boiseries « 'de nos viéilleis cattiédràles; Toutes ces habitations âol-
. (1} Ce vfta-s^ d(*tt ,ptit)téfD^t Kl-cbtn, jNaoB ne pensions juf Blon qu'un Jour nom ferlon» connaissance avec luL,dauB la capitale
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