CHAPITRE PREMIER
soin, c'était de la coorioïsiela plus exquise, et dous oe maaquâmes. pas de le remercier avec effusion de cette attention si tendre et » délicate.
' On conviendra qu'il faut' nécessairement être en Chine pour entendre des hommes se faire de semblables gracieusetés au sujet d'un cercueil. Dans tous les pays du motide on s'abetient de parler de cet objet lugtibre, destiné à renfermer les restes d'un parent ou d'un ami ; on le prépare en secret, loin de la vue dei hommes, et, quand la mort est entrée dans une maison, !«■ cercaeil doit y pénétrer furtivement et en cachette, afin d'épargner un surcroît de douleurs et' de déchirements à une famille éplorée. Quant aux Chinois, ils voient la chose tout différemment;'à leurs-yeux un cercaeil est' tout b<Hinement une chose de première nécessité quand on est mort, et, pendant la vie, un article de luxe et de fantaisie. Il faut voir comme, dans les grandes villes, on les étale arec élégance et coquetterie dans'de magnifiques magasins, avec quel soin ou les peint, pu tes vemi^se, on les frotte, on les fait reluire, pour agacer les passants et leur donner la fantaisie d'en acheter uni Les gens aisés, et qui ont du superflu pour, leurs menus plaisirs, ne manquent pas, en effet, de se pourvoir à l'avance d'tine bière selon leur goût, et qui letir aille bien. En attendant que vienne l'heure de se coucher dedans, on la garde dans la maison comme un meuble de luxe, dont l'utilité n'est pas, il.est vrai, prochaine et immédiate, mais qui ne peut manquer de présenter un consolant et agréable coup d'oeil dans des appartements donvenablement ornés..
Le cercueil est surtout, pour des enfants bien nés,
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un excellent moyen de témoigner la vivaûté de lenr [riélé filiale aux aaleurs de leurs jours; c'est une douce et fluide consolation au cœur d'un fils que de pouvoir faire emplette d'uue bière pour un viçux père ou une vieille mèrer et d'aller le leur offrir solennellement, au momentoù il? 7 pement le moins ; lorsqu'on aime bien quelqu'un, on est toujours ingénieux pour lui procurer d'agréables surprises. Si l'on n'est pas assez favorisé de la fortune pour ayoir un cercueil en réserve, il eit bon qu'on n'attende pas tout à fait au dernier moment, et que, avant de saluer le monde, comme on dit en Chine, on ait au moins la satisfactionde jeter un regard sur sa dernière demeure ; aussi, quand un malade est déclaré inguérissable, s'U a le bonbeur d'être entouré de personnes compatissantes et dévouées, on ne manque- pas de lui acheter un. cercueil et de le placer à cAté de son lit. Dans la campagne ce n'est pas si facile ; on n'eu trouve pas toujours de tout préparés, el puis les paysans n'ont pas les habitudes du luxe cOmme les habitants des villes ; on } va pins simplement. On appelle le menuisier de la localité qui prend mesure au malade, en ayant bien soin de lui faire observer que l'ouvrage doit être toujours un pei| avantageux, parce que, quand on.est mort, on s'étire. Aussitôt qu'on est bien convenu de la longueur et de la largeur, et surtout de ce que coûtera la fafon, on Hait apporter du bois, et les scieurs de long se mettent à travailler dans la cour, tout à càtë de la chambre du moribond ; s'il n'est pas toujours à portée de les voir à l'œuvre, H peut, du moins, entendre le grincement sourd et mélancolique de la scie qui lui découpe des planches, pendant que la mort, elle aussi, est occupée à le séparer
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de la vie. Tout cela se pratique sans ëmotion et arec un calme inaltérable. Nous-avcms été témoin plus d'une fois de semblables scènes, et c'est une des choses qui nous ont toujours étonné le plus dans les mœurs . si extraordinaires des Chinois ; ce fut, du reste, une de nos premières impressions dans ce singulier pays.
Peu de temps après notre arrivée dans notre mission du Nord, nous nous pronienions un jour dans la campagne avec un séminariste chmois qui avait la patience de lépondte à nos longues et ennuyeuses questions sur les hommes .et les choses du Céleste Empire. Pendant que nous étions à dialoguer de potre mieux , enb^mètant lour à tour dans notre langage le latin et le chinois, suivant que les mots nous faisaient défaut d'un c6lé on (J'un autre, noas vîmes venir vers nous une foule assez nombreuse, cbeminant avec ordre le long d'un étnut sentier; dn eût dit une procession.. Notre premiermouvement fut de diai^r de direction, pour aller nous mettre à l'abri derrière une montagne ; n'étant pas encore Irès-expérimeuté dans les us et coutumes des Chinois, nous évitions de nous produire, de peur d'être rec<Hmu, puis immédiatement jeté en prison, jugé et étranglé. Nob-e séminariste nous rassura, et nous dit que nous pouvions continuer sans crainte noire promenade, La foule, qui avançait toujours vers nous, nous ayant atteints, noos nous arrélàmes pour la laisser passer. Elle était composée d'un grand nombre de villageois, qui nous regardaient en riant, et dont la physionomie paraissait très-bienveillante. Après eux venait un brancard sur lequel on portait un cercueil vide. Derrière le cei^ ' cueil suivait un autre brancard où étùt étendu un mo-
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ribood enveloppé ie quelques couvertures. Sa ûgan était livide, décharnée, et ses regards mourants ne quittaient pas le cercueil qui le précédait. Lorsque tout le monde Eut passé, nous nous empressâmes de demaudCT au séminariste ce que signifiait cet étrange cortège .- C'est un malade, nous dilnl, qui se trouvait dans un village voisin et qu'on transporte dans sa famille tout près d'id. Les Chinois n'aiment pas à mourir hors-de chez eux. — Ce sentiment est bien naturel ; mais pourquoi ce cer* cueil ? — Il est pour le malade qui probablement n'a que quelques jours à vivre. On a déjà tout préparé pour les funérailles. J'ai remarqué qu'il y avait à c6té du cercueil une pièce de toile blanche ; on s'en servira pom* porter le deuil. Ces paroles nous jetèrent dans un profond étonnement, et nous comprimes que nous étions dans un monde nouveau, au milieu d'un peuple dont les idées et les sentiments différaient beaucoup des sentiments et des idées des Européens. Ces hommes qui commençaient tranquillement les funérailles d'un parent ou d'un ami encore vivant ; ce cercueil qu'on avait eb l'attention de placer sous les yeux du moribond, sans doute afin de lui être plus 'agréable, tout cela nous plongea dans des rêveries étranges, et la promenade se CfHitinua en silence.
Ce calme étonnant des Chinois aux approches de la mort n'a pas coutume de se démentir, quand arrive le moment suprême. Us meurent avec une tranquillité, une quiétude incomparables, sans agonie, sans éprouver ces agitations, ces secousses terribles qui d'ordinaire rendentla mort si effrayante. Ils s'éteignent tout doucement, comme une lampe qui n'a plus d'huile pour s'a-
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limenfer. La marque la plus certaine à laquelle on puisse récoDDaltre qu'ils n'ont plus loDglemps à vivre, c'est qu'ils ne demandent plus leur pipe. Quand les chrétiens venaient nous appeler pour administrer les derniers saavments, ils' ne manquaient pas de nous dire : Le maiade ne fvme pttM ; c'était une formule pour nous indiquer que le danger était pressant, et qu'il n'y avait pas de temps à perdre.
Nous pensons que la mort si paisible des Chinois doit être attribuée d'abord à jeur organisation molle et lymphatique, et eusuite à leur manque total d'affection et de sentiment religieux. Les appréhensions d'une vie ftiture et l'amertume des séparations D'e&iGtfnt pas pour des hommes qui n'ont jamais aimé personne prorondément, et qui ont passé leur vie sans s'occuper ni de Dieu m de leur âme. Ils meurent avec calme, c'est vrai ; mais les êtres privés de raison ont aussi le même avantage, et, aufond,cetlemortestlaplu8tristeetla plus lamentable qu'on puisse imaginer.
Nous quittâmes enfin cette ville de Kuen-kiang-hien, où nous avions été sur te point de nous arrêter pour toujours ; mais, avant de partir, nous eûmes la curiosité d'aller v<Hr la bière qui nous avait été destinée. Elle était faite de quatre énormes troncs d'arbre, bien rabotés, coloriés en violet, puis recouverts d'une couche de beau vernis. Maître Ting nous demanda comment nous la trouvions. — Superbe, mais franchement nous aim<His autant être assiè dans notre palanquin que couché là dedans.
Nous reprîmes notre voyage conformément au nouveau programme, c'est^-dire à la lueur des torches et des
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lanternes. Le médçdn nous l'avait recommioidé, en doqs d(Hinant, avant notre départ, quelques conaeib hygiéniques. Cette^nuildeToyageuous rendit un peu d'activité, ranima notre appétit et nos forces, et le lendemain noos entrâmes frais et dispos dans le palais communal' de Tien-men.