‹ L'empire chinois: le Bouddhisme en Chine et au ThibetChapitre 23 sur 129 · Les pèlerins Chinois dans l'Inde · texte numérisé non relu

Les pèlerins Chinois dans l'Inde

Ce fût dans Tannée 629 que le célèbre Hiouen-Tsang entreprit son voyage pour l'Inde. Il en rapporta, outre des reliques et des statues de Bouddha, 124 Sutras du< grand développement et 178 ouvrages des cinq écoles principales, Sammityas, Mahishashakas, Gashayapiyas, Darmaguptas et Sawastiwadas. On lui donna, à son retour, autant d'assistants qu'il voulût et, avec leur aide, il traduisit tous ces ouvrages.

À la prière de l'Empereur, il corrigea le célèbre Sutra de Vajru Ghedika-Pradjna-Paramita que l'Ecole du Grand- Vehjcule prétend renfermer l'enseignement même de Bouddha.

La vie et les aventures de Hiouen-Tsang ont fourni le sujet d'un long roman très populaire en Chine où l'auteur, un Taouiste, a accumulé à la fois tout le surnaturel et toute la mythologie des deux religions.

Hiouen-Tsang est le plus marquant des pèlerins qu'entraîna le mouvement Chinois vers l'Inde dont il convient de rendre un compte sommaire :

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S'associant à ce mouvement, les Empereurs de Chine envoyèrent, dans le cours du vu* siècle de notre ère, plusieurs missions de Mandarins civils et militaires pour étudier l'Inde et en rapporter des renseignements utiles.

Le premier pèlerin Chinois qui ait écrit son voyage dans l'Inde, Çhi-tao-an, voyageait au commencement du iv° siècle. 80 ans avant Fa-Hien ; on n'a pas retrouvé son livre intitulé : Description des contrées Occidentales.

Fa-Hien vint dans l'Inde au commencement du v« siècle, en passant par le Thibet, l'Afghanistan et le Punjab ; il visita comme pèlerin les lieux rendus célèbres par les diverses circonstances de la vie de Foé. (nomChinois de Bouddha), et ensuite l'île de Ceylan. De là, il fît voile pour l'Archipel Malais, toucha à Java et rentra sain et sauf en Chine, après un voyage de 7 ans où il avait parcouru presque tous les pays Bouddhistes ; il avait étudié assez bien leur état religieux pour pouvoir en publier à son retour un compte exact et complet et il rapportai! une collection complète de tous les livres considérés comme canoniques ; afin de pouvoir bien les comprend dre, au besoin les commenter ; il avait t consacré troi^ années de son séjour dans l'Inde à l'étude de la langue Pâli,

Cent ans environ après Fa Hien, HoëiJSeng et Song Yun furent envoyés dans l'Inde par une impératrice \Ti récit de leur voyage a été traduit en Allemand. I

Hiouen Tsang se fit pèlerin, dans le but de raviver le Bouddhisme à une époque de langueur et d'éclipsé. Il quitta la Chine, sans avoir obtenu l'autorisation dt l'Empereur, avec beaucoup de peine et de dangers. M récit de son voyage, sous le titre de : mémoire sur les contrées Occidentales, forme dans le texte Chinois un vo« lume de plus de 600 pages in-quarto ; il a eu plusieurs éditions impériales. I

A son retour, l'Empereur lui avait offert un post< élevé; il le refusa, alléguant son ignorance complète de h doctrine de Confucius.

Il refusa également d'accompagner l'Empereur danj une expédition militaire, déclarant que ses principe! fondés sur l'amour des hommes ne lui permettaient pa! d'assister à des combats et à des scènes de carnage.

Il demanda pour seule faveur et obtint d'être mis j même de traduire les 600 ouvrages qu'il avait rapport*

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de son voyage. An bout de 3 mois Hiouen-Tsang offrit à l'Empereur avec un résumé de son voyage qui lui avait été demandé la traduction de 5 ouvrages ; et celui-ci daigna, sur sa demande, y inscrire une préface à la louange de Bouddha, qui, avec une autre préface du prince Impérial, fut gravée sur des tables de marbre et déposée dans le couvent principal. On sait que tout ce qui est écrit ou édifié par les Empereurs devient pour les Chinois l'objet d'un culte qui en assure la conservation indéfinie ; c'était donc une sorte de consécration officielle et à perpétuité du Bouddhisme en Chine que le grand Pèlerin avait obtenu.

Hiouen-Tsang obtint encore un décret de l'Empereur disposant qu'on ordonnerait 5 nouveaux religieux dans chaque couvent ordinaire et 50 dans celui du Grand-Bonheur, soit pour 3,716 couvents environ 19,000 religieux. Pendant les dernières années de la dynastie Souï (581 à 618) la plupart des couvents et des temples, avaient été saccagés, et un grand nombre de religieux exterminés, ce décret remit lés monastères sur un pied respectable et non excessif. Cet empereur et son fils qui lui succéda furent tous deux favorables au Bouddhisme.

Hiouen-Tsang avait compris que le Bouddhisme qui était entré en Chine avec une certaine humilité et en faisant beaucoup de concessions, manquait de l'énergie vitale nécessaire pour ne pas s'éteindre soit par l'envahissement soit par les attaques du Confucianisme et qu'il fallait le retremper à sa première source. Il consacra toute sa vie, 50 ans, à l'accomplissement de cette unique pensée. Quand il sentit ses forces l'abandonner, il ordonna à un religieux de dresser la liste des livres sacrés et des traités qu'il avait traduits, au nombre de 740. Il fit aussi inscrire le nombre fabuleux des bonnes œuvres de toute nature qu'il avait accomplies, soit pour la gloire de la religion, soit pour le soulagement dès êtres, etc.

Puis il invita tous les religieux du couvent où il résidait à dire joyeusement adieu « à ce corps impur ».

« Je désire voir reverser sur les autres hommes, les mérites que j'ai acquis par mes bonnes œuvres, naître avec eux dans le ciel des Thucita et servir le Maitreya Bodhisattva. »

(Il avait pendant toute sa vie exalté Maitreya comme le Bouddha de l'amour et de la Charité).

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« Quand je descendrai sur la terre, je désire, à chaque naissance nouvelle, remplir avec un zèle sans bornes mes devoirs envers le Bouddha et arriver enfin à l'intelligence suprême ».

Bien que dans ces démarches et ces paroles perce un désir assez grand de glorification personnelle, le sentiment dominant est une grande et réelle charité. Comme son modèle le Maitreya Bouddha, Hiouen-Tsang aime les hommes immensément ; il veut les éclairer et les sauver au prix du sacrifice perpétuel de lui-même. Pendant sa vie, il n'a reculé devant aucun danger, il n'a pas dévié un seul instant de la ligne qu'il s'est tracée. Il était soutenu par une foi ardente qu'il a poussée quelquefois jusqu'à la crédulité enfantine. Sous ce rapport, comme sous cetfui de la ferveur charitable, il s'éloignait du caractère chinois réaliste et flegmatique. Etait-ce un Chinois pur sang, ou bien avait-il une origine Indienne ou Mongole ? Question curieuse que ses portraits, s'ils sont exacts, pourraient élucider. Commele type Chinois, ainsi que nous l'avons vu, n'est qu'une moyenne fictive, il peut appartenir à un des meilleurs groupes ethniques de l'ancienne Chine. S'il en est ainsi, on peut en conclure qu'il y a en Chine des éléments pour un développement altruiste et pieux assez étendu.

La nécessité de raviver sa flamme au foyer commun a poussé vers l'Inde la Chine bouddhiste pendant de très; longs siècles. Ce mouvement non interrompu jusqu'à l'expulsion du Bouddhisme de l'Inde, existe encore aujourd'hui et a pour objet la vénération pour les ruines et monuments.

En 730, cent ans environ après Hiouen-Tsang, un lettré 1 I-Tsing rédigea en vertu d'un décret impérial « l'histoire et les itinéraires des religieux de la dynastie des Tsung (au nombre de 56) qui voyagèrent à l'Occident de la Chine pour aller chercher la loi. » j Il y a enfin, l'Itinéraire du « voyage de Khi Nio dans les contrées de l'Ouest ». En 944 Khi-Nio était parti par ordre de l'Empereur avec 300 religieux, et il était resté 12 ans hors de sa patrie. Il ne reste de lui que des notes ne for- ' mant pas plus de huit pages in-quarto.

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2. faveur du Bouddhisme sous la dynastie des Tsung ou Tsang son influence sur la littérature de la Chine et réciproquement. Réaction contre lui.

Le Bouddhisme très puissant à la cour sous la dynastie des Tsung eût une très grande influence sur la littérature de cette époque et réciproquement. D'une part les traductions des livres Bouddhistes furent faites avec un soin extrême et reçurent des lettrés chinois un grand fini littéraire et la concision, deux qualités qui leur manquent généralement. D'un autre côté, on doit au Bouddhisme ou à sa direction, les dictionnaires du temps, Tépellation syllabique, la découverte des tons et rétablissement des règles de la poésie. Les poètes et les critiques de la dynastie des Tsung reconnaissant les obligations qu'ils avaient au Bouddhisme ne s'opposèrent que faiblement à la propagation de la foi dans le peuple et à l'introduction dans le langage des phrases et des expressions Indiennes. Han yu dans son Fo kupiau fut une exception.

Les courts traités bouddhiques de morale sont dignes d'attention. M. Béai en a traduit plusieurs dans son Caténa.

Plusieurs livres bouddhiques, entre autres celui des cent paraboles, renferment des paraboles ingénieuses présentées comme des récits de quelque vie antérieure. Nous en citerons deux pour exemples :

1° Les voyageurs qui sacrifient leur guide. — Une caravane de marchands, tous de la même ville et amis, arriva avec son guide à un temple des Dévas où c'était la coutume de sacrifier un homme avant de passer outre. Ne voulant point désigner Tun d'entre eux, ils immolèrent le guide. Mais ensuite, ils s'égarèrent dans leur route et moururent l'un après l'autre.

Il en est ainsi des hommes. Dans leur voyage à travers la vie s'ils sacrifient aux convoitises et aux obstacles du chemin, leur guide, la vertu ; ils ne sortiront jamais du désert de la vie et de la mort, et ils seront tourmentés pendant des siècles*

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2 n le Brahmane qui tue son fils. — Cette parabole vise le! charlatanisme spirituel, un des quatre péchés capitaux bouddhiques. Un brahmane qui se croyait très sage e^ très habile astrologue et jongleur, s'en vint dans un pays étranger pour y montrer son pouvoir. Il portait son fils dans ses bras en pleurant. A ceux qui lui demandaient le sujet de ses larmes, il répondait : Cet enfant doit mourir' dans sept jours, je pleure sur sa vie. On lui disait : vos calculs peuvent vous tromper. 11 sera temps de pleurer dans huit jours. Il affirmait alors : « Le soleil et la lune peuvent s'éteindre, les étoiles tomber, ma parole ne peut manquer de s'accomplir ». Le 7 e jour, pour gagner réputation et profit, il tua son fils, et obtint ainsi un grand nombre de disciples.

Il en est ainsi de ceux qui parmi les 4 classes de bouddhistes prétendent à des lumières exceptionnelles,,! Etouffant en eux-mêmes la bonté, ils prennent faussement un rôle de bienveillance et, pour se soutenir, ils endurent beaucoup de souffrances, et ressemblent au Brahmane | qui a tué son fils.

De là le livre passe aux Bouddhas et à leur enseignement. Ils ne sont point sujets aux erreurs humaines. En! donnant l'instruction ils gardent toujours le milieu de la voie, ne s'attachant jamais à un côté unique. Ils conforment leurs actes à leur doctrine. Beaucoup de personnes qui prétendent les imiter tombent dans la vanterie, le mensonge et l'extravagance. Les hommes exposent la forme de la loi, mais ils ne montrent pas la loi ellemême dans sa vérité absolue.

Après Taï-Tsung l'histoire signale particulièrement la mère du 6 e Empereur de la dynastie des Tsung, l'Impératrice Vou héou qui régna de 649 à 705 ; extravagante, ambitieuse et cruelle, elle s'éprit d'un jeune bonze qui épuisa le Trésor pour la construction d'un temple gigantesque, puis elle le fit périr. Elle protégea le Bouddhisme, vénéra la doctrine de Tao-Tseu et persécuta les lettrés* Elle attribua un haut rang au patriarche Bouddhiste ; après sa chûte, celui-ci prit le titre de ; maître et prince spirituel de la loi.

Bodhidharma avait eu cinq successeurs qui, avec lui, sont désignés sous le nom de Patriarche de l'Orient. Le 4®, invité à se rendre à la cour, refusa, même sous la

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menace de la mort. Peu après f la ville où il résidait fut assiégée par des rebelles. Il ordonna u ses religieux de monter sur les remparts, en costume, et de réciter la Praradjana. Les ennemis les prirent pour des esprits et s'enfuirent.

Dans Tannée 690 fût composé un Soutra Bouddhique où llmpératrice était représentée comme étant le Maitreya Bouddha à venir. Elle le fit circuler dans tout l'Empire et accorda des charges publiques à un certain nombre de religieux Bouddhistes ; ce qui fût signalé comme une monstruosité.

La faveur excessive qu'elle avait eue pour le Bouddhisme provoqua une réaction ; l'Empereur Yen-Tsung imputant aux deux religions la courte durée des dynasties qui les avaient favorisées, proscrivit le culte Bouddhique, supprima les Bonzeries, et rendit à la vie laïque plus de 12,000 religieux. Cependant ayant été obligé de recourir à un Bonze et à des Hindous pour corriger le calendrier, il fit fléchir la rigueur des Edits portés contre les bonzes.

En Tan 760 ap. J -C. l'Empereur Su-Tsung montra son attachement au Bouddhisme, en faisant célébrer dans le palais impérial, par une cérémonie de cette religion, l'anniversaire annuel de sa naissance.

Son successeur l'Empereur Tao-Tsung se montra encore plu9 attaché au Bouddhisme et surtout plus superstitieux; quand le territoire était envahi, il envoyait, dit-on, les religieux Bouddhistes chanter leurs hymnes et les ennemis se retiraient J .

Les Bonzeries se multiplièrent beaucoup sous lui. Dans Vannée 768, à la pleine lune du 7 e mois, un v ase d'offrandes pour nourrir les esprits affamés fut apporté du palais par ordre de l'Empereur et présenté au Temple de Chang- King-Si. C'est une cérémonie du Bouddhisme, d'origine chinoise, qui se pratique encore aujourd'hui dans les grands monastères Bouddhiques. On fait tous les ans cette ^ offrande aux Esprits affamés; Les religieux se réunissent, on récite des prières pour le bénéfice des Esprits et on jette du riz aux quatre coins pour les nourir.

En 819 Hien Tsung envoya des Mandarins pour escorter

1 Cela rappelle les Évêques chrétiens qui venaient au devant des Barbares.

un os de Bouddha jusqu'à la capitale. Il y eût une splendide fête officielle que le vice-Président du Tribunal des punitions Yan Yu blâma fortement dans un mémoire assez violent et resté très populaire.

Ce fut le premier prosateur sous la dynastie des Tsung. Son principal grief contre eux en dehors de son argumentation philosophique, était leur provenance étrangère et la destruction des Rites nationaux.

Il perdit son emploi et n'obtint qu'avec beaucoup de peine d'être replacé dans un poste fort inférieur ; ses amis durent faire valoir en sa faveur que la liberté de la pensée était traditionnelle en Chine pour les Mandarins.

La faveur de la dynastie des Tang (ou Tsang) pour le Bouddhisme était passée en proverbe. Elle provoqua une résistance passionnée des deux autres sectes. Les Tao-Ssé s'emparèrent de l'empereur Vu-Tsieng ; en l'an 845, le Bouddhisme éprouva une troisième et très violente persécution suscitée par eux. Un éditde l'Empereur Vu-Tsier:g | supprima 4.600 monastères dans les villes et 40.000 dans la campagne. Toutes les propriétés de la secte furent confisquées et consacrées à élever des maisons pour loger des fonctionnaires publics. On fondit les statues et les cloches pour faire de la monnaie. Plus de 260.000 religieux et religieuses furent forcés de retourner à la vie laïque.

Mais cet Empereur abrégea ses jours en buvant avec excès de ces breuvages merveilleux par lesquels les docteurs Taouistes lui promettaient de lui procurer une jeunesse éternelle.

Son successeur Siuen-Tsung, tint au commencement de son règne, une conduite toute opposée envers les Boudhistes ; les temples et les couvents Bouddhiques se relevèrent.

Alors Sun-Tsiau présenta à l'Empereur un mémoire signalant que l'entretien des religieux Bouddhistes était pour le peuple un fardeau intolérable et demandant qu'on ne permit plus d'introduire de nouveaux religieux.

Cette demande fut accordée. Mais l'Empereur qui partageait la faiblesse de son père pour les Tao-Ssé, périt à son tour à peu près empoisonné par les drogues des docteurs célestes. -

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