‹ L'empire chinois: le Bouddhisme en Chine et au ThibetChapitre 24 sur 129 · Ecoles dérivées de Nagardjuna. — Secte de Lin-Tsi, sa · texte numérisé non relu

Ecoles dérivées de Nagardjuna. — Secte de Lin-Tsi, sa

prédominance.

La ligne des Patriarches venait de se clore quelques années auparavant. La première autorité parmi les Bouddhistes Chinois était alors Mo-Tsu qui appartenait à Tordre des Chan-Shi (la contemplation)- Les deux autres ordres étaient les disciplinistes , c'est-à-dire les religieux qui avaient conservés les règles du Bouddhisme primitif, et les Fa-Chi voués à l'étude et à renseignement de la religion.

Mo-Su appartenait à l'école de Bodhidharma qui détache V esprit de tous les objets des sens et même de ses propres pensées. Il disait à ses disciples: Vous croyez tous que l'esprit (spiritus) lui-même est la Boddhi (l'intelligence). Bodhiddherma a apporté la lumière en Chine en enseignant la méthode du cœur. Le Linga-Soutra montre la nature réelle de l'esprit humain et donne la doctrine de Bouddha sur Vesprit, (Fàme), l'être immatériel. Hors de cet esprit, il n'y a point de Bouddha, ni hors de Bouddha point d'Esprit.

La vraie méthode consiste à n'avoir pas de système. Il ny a point de vertu à poursuivre, ni de vice à éviter. Rien en soi n'est pur ou impur; avoir la perception d'un objet, c'est uniquement éprouver l'effet de l'activité de l'esprit. L'esprit s'ignore lui-même parce qu'il est aveuglé par le cançara, les phénomènes. On a demandé à Boddhidarma par quelles pratiques on peut atteindre l'excellence dans la religion. 11 a répondu, la religion ne consiste pas dans des pratiques. Celles-ci ne procurent point l'objet essentiel. — Alors on lui a demandé encore. Que faut-il faire pour avancer dans la religion ?

Rép. « La nature de l'homme a en elle-même tout ce qu'il lui faut. Il faut écarter tous les livres qu'on donne ponr codes du vice et de la vertu et toutes les pratiques. Celui qui agit ainsi est un homme religieux. » C'est la doctrine de la contemplation et de la dévotion intérieure de Nagardjuna opposée à celles des mérites obtenus par les œuvres extérieures, la doctrine primitive.

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Sans doute par là le Bohisattva a voulu aussi proclamei la souveraineté de la conscience, du for intérieur, et son indépendance de toute formule écrite . Probablemenl avant lui, on abusait des manuels pour examen de conscience, de la classification et de la définition des fautes, tandis que la conscience, doit être le juge, au moins en dernier ressort.

Les successeurs du sixième patriarche fondèrent cinq écoles, dont Tune, celle de Lin-Tsi a eu et a encore une grande popularité. Elles ne diffèrent entre elles que par le plus ou moins d'importance qu'elles attachent à Tun ou à l'autre des deux points capitaux que réunit la doctrine de l'Ecole mère celle de Nagardjuna, qu'on appelle aussi la doctrine ésotérique. Toutes admettent que le cœur est Bouddha. <*y^

C'est par l'esprit seul qu'on peut atteindre l'état de Bouddha. L'esprit n'a ni commencement, ni fin, ni couleur ni forme. Celui qui regarde et voit l'extérieur efct un homme ordinaire. Celui qui regarde et voit l'intérieur est Bouddha. En réalité l'homme est la même chose que Bouddha, avoir confiance dans l'accomplissement de certaines œuvres est une erreur. Faire des offrandes à tous les Bouddhas du passé vaut infiniment moins que maîtriser son esprit et ses sens.

Tout ce que les grands Boddhisattvas ont enseigné, les hommes le trouvent en eux-rnême c . Le vide pur de Manjucri, l'éloignement de nos pensées du monde des sensations recommandé par Pu-Hien, la miséricorde de Kwan- Yin, la science de Shï-Chï, la pureté de Vimakita (Weimo), tous ces différents principes sont dans le cœur. Savoir cela, c'est tout savoir.

Pour devenir Bouddha, il suffit que l'esprit ne soit plus affecté par rien, ni par l'amour, ni par la haine, ni par le désir des richesses, ni par la joie, ni par la crainte.

Se livrer au vice ou aspirer à la vertu, c'est abandonner le cœur pour s'égarer dans le monde de la matière et des formes. C'est dans le premier cas s'enchaîner à la transmigration, dans le second, se donner inutilement beaucoup de peine et de tourment sans résultat. La vraie * méthode est dans l'esprit, c'est l'esprit lui-même. Tous les Bouddhas n'en ont pas enseigné d'autre. Quand l'Esprit

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ne fait rien, n'observe rien, n'aspire à rien, n'est lié à rien, Téclairement se produit, on est Bouddha. Alors il n'y a aucune différence entre être en ce monde ou dans le Nirvana. Alors la nature humaine, l'Esprit, Bouddha et sa doctrine sont une seule et même chose *. 1

L'école de Lin-Tsi a étouffé les autres sectes et a pris une énorme extension dans le nord et le sud de la Chine. Née dans le Shan-Tung elle a conquis les 18 provinces et même le Japon, elle est l'expression la plus populaire de la doctrine contemplative qu'elle formule ainsi :

Dans le corps qui reçoit les sensations, acquiert lesr notions, pense et agit, il y a l'homme, réel qui n'est point localisé (wu-wei-chen-jen). 11 se manifeste clairement,! sans être caché par aucune enveloppe, même par la plus subtile. Pourquoi ne le reconnaît-un pas ? C'est une force invisible qui agit dans toute partie du corps. Dans l'œil, elle s'appelle la vue, dans l'oreille l'ouïe. Quoique une, elle se partage pour l'action entre les diverses parties du corps. Partout où l'esprit n'est point lié à une existence consciente, il y a liberté, délivrance. Qu'avez-vous de moins que les sages de l'antiquité ? — Qu'est-ce que Bouddha ? La pureté et la fermeté, un pur esprit à l'état de calme parfait. — Qu'est-ce que la loi ? c'est l'esprit clairet lumineux. — Qu est-ce que l'assemblée ? c'est chez tous la lumière et l'absence des obstacles.

Les trois ne font qu'un. Le progrès religieux consiste à écarter les obstacles à la délivrance.

D'où la conclusion « que les chemins de la perfection sont encombrés d'obstacles et que le religieux possède en lui même le pouvoir de les surmonter. »

L'homme réel non localisé est entouré d'une enveloppe hérissée de pointes comme la noisette. On ne peut le toucher. C'est Bouddha au dedans de vous.

On se donne la discipline, en se frappant les joues avec les paumes des mains et les côtés avec les poings. Cet exercice fouette l'esprit et excite la ferveur.

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1 Cet exposé à été traduit par le Révérend J. Etkins d'un petit ouvrage paru sous la dynastie des T'ang sous le titre de Twan tsi Sin yau; cstjte doctrine parait être un mélange de ridée de la souveraineté de la conscience avec la théorie essentiellement chinoise du non-agir.

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Les pénitences ou punitions consistent en trois coups bambou, trois réprimandes consécutives et des altern ces de silence et de discours.

Cette école, dans l'exposé de ses doctrines, aime oppositions de mots , les antithèses , quelquefois 1" énigmes pour éveiller la curiosité et fixer l'attention. Bé explications orales achèvent l'initiation.

Le fondateur de l'Ecole du Lin-Tsi mourût en 868 ap Jésus-Christ.

Les Bouddhistes Chinois de l'école ésotérique, ne disa tent point sur l'existence de Dieu, ils s'abstiennent systx matiquement d'affirmer ou de nier aucun dogme théolj , gique. Selon eux, l'Esprit (l'âme) ne doit avoir auctU action déterminée, aucune impulsion, aucune directic vers ce qui n'est pas lui-même. En conséquence ils ont t pitié tout acte d'adoration comme contraire au but cpj poursuivent ceux qui l'accomplissent, car ceux-ci devraiel éviter tout écart au dehors d'eux-mêmes, même Penses gnement extérieur, pour s'en rapporter uniquement afl leçons muettes, aux suggestions intérieures de l'Esprit lad même *.

On retrouve au Japon la même école et ses diverse branches sous le nom de secte Zen ou de la contempla tion 2 . I Il y a dans le Bouddhisme esotérique de la Chine cinq écoles dérivées de celles du Bouddhisme Indien du Nordj celle du Vinaia, celle de l'Enseignement secret du Yoga, qui comprend aussi le tantrisme, et caetera 3 . A la suite

1 Les penseurs chinois ont eu grande estime ce système, pareequ'il méprisent l'adoration des images.

2 Voir dans la suite de cet ouvrage, au Bouddhisme Japonais la secte Zen ou de la contemplation.

3 Voir ibidem les chapitres qui concernent l'École du Vinaia ou Kitsou Shii, celle du singon ou des vraies paroles qui correspond au tantrisme et enfin les trois sectes de la terre pure ; ces chapitres complètent l'exposé des cinq écoles indiquées ici exposé auquel il convient d'ajouter:

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