Ordre religieux
En Chine, la réputation des Bonzes est fort douteuse plusieurs fument l'opium. On les accuse de faire des enfants qu'ils élèvent, les instruments d'une honteuse débauche trop commune en Chine. Ce qui est certain, c'est qu'ils les traitent assez durement ; les ayant achetés pour la plupart, ils s'en servent comme de leur propriété, jusqu'au moment où ils entrent dans Tordre.
11 n'y a presque pas d'années où, dans la province de Kian-Han, un ou plusieurs Mandarins ne publient des édits défendant aux femmes d'aller dans tel ou tel mo-| naslére, d'y loger et surtout d'y passer la nuit, interdisant les processions, et même sécularisant tel ou tel cou-, vent de Bonzes et de Bonzesses. Les couvents de femmes' sont très nombreux et n'ont pas bonne réputation. Les religieuses ont la téte rasée, mais elles ne sont nullement cloîtrées ; elles peuvent sortir et circuler commé^ il leur convient.
11 y a quelques années, un Mandarin avait supprimé une maison de ces dernières et avait décidé qu'elles seraient mariées. Comme il y en avait des jeunes et des vieilles, il les fit mettre chacune dans un sac et les nombreux prétendants durent prendre sans savoir l .
Les couvents de religieuses donnent tous les ans une représentation théâtrale dont le produit est consacré à leur entretien pendant Tannée. Les pièces sont jouées par des acteurs ordinaires ; cette coutume se rattache à la religion parce qu'on considère les représentations
1 Malgré les arcs de triomphe élevés à la vertu féminine, la dignité de la femme est peu respectée en Chine, sauf par les Bouddhistes. Le gouvernement met d'office « aux bateaux fleuris, sorte de lupanars flottants » les femmes qui n? peuvent pas payer l'impôt de capitulation, fussent-elles vierges ou nones laïcisées. Des hommes de rang prennent pour épouses des prostituées, sans que cela nuise à la considération de l'un ou l'autre conjoint ; la prostitution est presque une institution | publique.
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comme destinées ù amuser les dieux (lesdévas, voir Ceylan).
Les bonzesses portent le même costume que les bonzes ; elles ont des manières rudes et une apparence peu pré- Tenante- Il s'imprime et se vend dans un monastère de Canton, un manuel contenant des exhortations à l'usage des religieuses bouddhistes.
Il y a dans un recueil de poésies Chinoises une jolie ballade intitulée « La religieuse qui pense au monde » et qui a été traduite par Stanislas Julien. Le titre indidique bien que les idées françaises et chinoises sont les mêmes sur ce sujet banal:
Des parents impitoyables l'ont condamnée au cloître comme la Religieuse de Diderot ; l'envie la dévore ; tout est accordé aux femmes du monde, tout lui est refusé, surtout un époux. Le démon de la concupiscence, Marah, pénètre la nuit dans sa cellule sous la forme d'un bel étudiant ; il la comble de caresses dans un réve brûlant, puis il l'abandonne au plus fort de l'ivresse du plaisir. Elle s'éveille haletante ; elle n'étreint plus que le vide et retombe sur sa couche dévorée de désirs. Le lendemain elle s'échappe du couvent et va chercher un amant.
On peut lire dans « les Religieuses Bouddhistes, de M mc Mary Summer » les aventures de la religieuse Outpala qui rivalisent avec celles de Simbad-le-Marin dans les Mille et une Nuits.
On rencontre souvent des ermites dans le voisinage des grands établissements bouddhiques ; ils habitent des grottes creusées dans la montagne ou une cellule qu'ils ne quittent pas pendant un certain nombre d'années.
Ils laissent croître leurs cheveux incultes. Des religieuses du Monastère voisin leur apportent leur nourriture. Ils passent leur temps à réciter les livres sacré6, à méditer sur la doctrine de Bouddha, à tenir propre leur cellule et à remplir le vase à encens placé devant la statue de Çakiamouni.
On distingue en Chine et surtout dans les provinces limitrophes du Thibet : les Lamas jaunes appartenant à la réforme de Tsong Kapa, et les Lamas gris beaucoup plus anciens, moins fervents et moins sévères qui se sont presque fondus avec les bonzes Foïstes, les premiers venus en Chine où ils existaient seuls avant la dynastie mongole.
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Le sentiment religieux est à peu près nul chez les Bonzes Chinois qu'a envahis le positivisme de la race ; ils sont ignorants et indolents, peu scrupuleux, préoccupés presque uniquement des moyens de vivre, vagabonda et menteurs ; ceux qui ne tiennent pas école comme les magisters ordinaires mendient leur nourriture. Mais comme les Chinois sont de moins en moins croyants et généreux vis-à-vis des bonzes, le nombre de ceux-ci va continuellement en diminuant. Les bibliothèques des Monastères Bouddhiques n'ont plus de lecteurs même parmi les religieux, ainsi que le père Hue le raconte pour le fameux monastère de Potou.
Les bonzes s'adonnent moins à la magie en Chine qu'au Thibet. Les lettrés qui font ce reproche aux Tao-ssé ne l'adressent point en général aux Bouddhistes. -
Tout ce que nous disons au sujet du zèle religieux s'applique mieux aux bonzes foïstes qu'aux Lamas qui sont en général plus fervents et moins isolés entre eux.
Tous les bonzes ne donnent point l'instruction gratuitement au peuple, mais seulement à quelques enfants qu'ils préparent à l'état religieux. Chaque Bonze élève un enfant pauvre qui lui sert d'abord de domestique et qui ensuite devient bonze quand il a l'instruction nécessaire ; le plus souvent il remplace à sa mort le Bonze qui soit. Le célibat religieux n'est pas observé avec le même scrupule en Chine qu'à Ceylan et dans l'Indo-Chine. Ce reproche peut s'adresser surtout aux religieux qui vivent isolément, al lâchés un ou deux au service de petits miao ou temples.
Quant à ceux qui résident dans de grands établissements : tant qu'ils y restent, bien qu'ils n'y vivent point en communauté, ils sont plus réguliers au moins en apparence ; ils sont tous indépendants des uns des autres et sans aucun lien de discipline et de hiérarchie. Chaque maison a un chef, mais c'est plutôt un administrateur de biens temporels qu'un supérieur spirituel ; il n'a aucune autorité sur les frères qui font ce qu'ils veulent, vont où ils veulent, prennent et quittent comme ils veulent et sans condition aucune l'habit religieux. Aujourd'hui comme lors du [voyage du père Hue, ils sont loin d'avoir à la fois l'influence et l'importance des Lamas.
Bien peu comprennent leurs livres, peuvent rendre
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compte de leurs doctrines et les expliquer d'une manière intelligible. En se faisant Bonze, le Chinois conserve un caractère positif et sa répulsion ou son incapacité pour les abstractions. Comme tout Chinois, il demande toujours sur toutes choses, même sur les choses religieuses : A quoi cela sert-il ?
Tous les Bonzes, à quelque religion qu'ils appartiennent, sont désignés sous le nom générique de* Thoukiajui (homme sorti de la famille) qui, en raison du culte des chinois pour la famille est loin d'être un titre de considération. Ce sont les seuls sujets dont les familles ne sont pas responsables vis-à-vis du gouvernement chinois auquel celles-ci doivent représenter leurs membres morts ou vifs. C'est pourquoi le gouvernement chinois s'efforce d'en restreindre le plus possible le nombre par des édits dont les dispositions ont même été reproduites dans le code annamite traduit par M. Philastre :
I. « Lorsqu'un religieux bouddhiste ou de la secte de Dao 1 aura commis une faute et sera renvoyé à la condition ordinaire, on recherchera son ancienne inscription sur les rôles (d'impôts) et il y sera réintégré. Si cependant, il demeure illicitement soit dans son ancien couvent, soit dans un autre, il sera indistinctement puni d'un mois de cangue, et, selon l'ancienne décision, il retournera à la condition ordinaire. Les fonctionnaires religieux bouddhistes ou de la secte de Dao, ainsi que les supérieurs des couvents, qui connaîtront le fait et ne le révéleront pas seront jugés et punis selon la loi relative à ceux qui contreviennent à u^e ordonnance souveraine (art. 350) »,
IL « Si, parmi le peuple, quelques personnes désirent fonder un couvent ou un monastère des religions bouddhistes ou de Dao, ou un temple dédié à des esprits ou génies, elles devront en faire la déclaration précise au gouvernement de la province qui en fera un rapport au gouver-
1 Les Taossé,