LA RELIGION POPULAIRE
Ce qui domine chez les Chinois c'est le culte domestique et de famille dans lequel chacune des trois religions est plus ou moins représentée. Le populaire prend part à toutes les fêtes quels qu'en soient le caractère particulier et la provenance ; les hommes ne voient guère dans les manifestations publiques qu'un spectacle plus ou moins émouvant ou divertissant ; les femmes ont en grande faveur tout ce qui tient au Bouddhisme et à son esprit. Les Bonzes ne figurent guère que dans les fêtes bouddhiques et les lettrés que dans les cérémonies officielles. En toute autre occasion, ce sont les prêtres Taouistes qui officient.
Les fêtes d'un peuple font bien connaître sa religion et même son caractère ; pour ce motif nous emprunterons aux Annales du Musées Guimet la description des fêles annnellement célébrées à Amoy. Les fêtes annuelles ne peuvent que se ressembler dans toute la Chine.
i . Premier semestre.
La première, fête est celle du Nouvel an.
Les préparatifs, les accessoires et le caractère de la fête sont les mêmes qu'en Europe. Les jeunes gens veillent
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toute la nuit. Bien avant le lever du soleil, le chef de famille présente une offrande de trois bâtons d'encens au dieu du Ciel en les déposant dans le cendrier, puis une offrande semblable aux esprits du ciel, de la terre et de leau « les Seigneurs des trois mondes ».
On offre souvent, outre l'encens, des fruits et des pâtisseries ; on orne de fleurs la table qui sert d'autel et on y dépose un petit plat d'oranges.
On répète la même cérémonie les deux jours suivants et on la fait suivre chaque fois de l'explosion de pétards, fin obligée de toutes les fêtes.
On fait une offrande commune aux dieux domestiques ; ce sont, avec les dieux spéciaux à l'occupant de chaque maison, les quatre dieux communs à toutes les familles : la déesse de la grâce Kwan-Im-Pout-tso, le Saint prince Keh, le dieu de la terre et de la richesse et le Dieu de la cuisine. Lorsque ceux-ci sont tous les quatre réunis, ce qui n'a pas toujours lieu, la déesse de la grâce, occupe le fond du tabernacle ; devant elle prend place Keh avec le dieu de la richesse et celui de la cuisine à sa droite et à sa gauche, tous trois plus petits que la déesse de la grâce.
Quatrième jour du premier mois. Réception des dieux domestiques.
Des dieux domestiques sont censés revenus ce jour, de leur excursion au ciel où ils sont montés le 24 e jour du 12 e mois pour faire le service du dieu du Ciel et lui rapporter ce qui se passe sur la terre en général et en particulier chez ceux qui se sont placés sous leur garde dans leurs maisons.
La veille au soir on brûle de petits morceaux de papier sur lesquels sont figurés des chevaux, des voitures, des palanquins, des porteurs et de l'argent destinés aux dieux pour leur retour.
Le lendemain matin, le plus souvent de très bonne heure, on offre aux dieux arrivés un repas abondant préparé devant le tabernacle où sont leurs images.
Les dieux domestiques reçoivent des offrandes périodiques ; le matin du premier et du quinze de chaque mois on place devant leur autel trois tasses de thé avec des cierges et de l'encens allumés ; le soir du même jour, on brûle encore des cierges et do l'encens.
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En outre, tous les soirs sans exception, on allume des cierges et de l'encens devant tous les dieux.
Soit avant, soit après les compliments du I er de l'an aux parents, on fait une dernière offrande devant les tablettes des ancêtres défunts.
Neuvième jour du premier mois. Fête du Ciel.
L'offrande domestique en l'honneur de l'esprit "du Ciel pour son jour de naissance est une des plus considérables de Tannée.
La veille très tard, on dispose sur une table dans l'appartement principal devant la porte de la maison une tête de porc avec toutes sortes d'objets propres aux offrandes ; au milieu de la table est l'encensoir flanqué de chandelier, et devant l'encensoir des tasses de thé. En outre on dispose sur la table les cinq offrandes de chair (tête et foie de porc, poule et canard grillés ou rôtis, tripes), des conserves de fruits secs fixées à des petits bambous, et derrière l'encensoir diverses espèces de tourtes et de gâteaux.
On y place aussi des gâteaux tortue et d'autrçs plats sans viande.
Après minuit, on fait venir, si l'on est riche, le prêtre taoïste pour qu'il invite le dieu du ciel par une certaine cérémonie. Quand elle est accomplie tous les membres de la famille, l'un après l'autre en commençant par le fils aîné, brûlent de l'encens, font une libation de vin et touchent le sol avec leur tête ; après quoi on se retire.
Quelquefois on fait entrer des joueurs de marionnettes ambulants ; les riches offrent souvent une représentation théâtrale.
Chaque famille rend aussi des honneurs quotidiens ou bihebdomadaires au dieu du ciel ; dans toute maison il y a une lanterne sur laquelle est écrit en lettres rouges « lanterne du ciel, » chaque soir on y allume une bougie.
Le dixième jour du premier mois, autrefois consacré à la Terre qu'on identifie avec un être humain, on invite et on traite ses gendres ; on leur offre des oranges, grenades, huîtres et cannes à sucre, emblèmes d'une nombreuse progéniture, de la concorde dans la vie commune et de la douceur de l'existence ; on fait des libations avec les coupes du mariage. Dans cette fête de famille le?
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|bces sont réglées non par l'âge, mais par la classe et le »ng.
f Le 13 e jour du i ep mois : la première des trois fêtes de Couan-ti dieu de la guerre (et aussi de l'éloquence). Ces jrois fêtes ne présentent rien de particulier, on n'y fait jue les offrandes communes à toutes les fêtes. Dans ces lerniers temps le gouvernement impérial, en raison des Srconstances, s'est efforcé de relever le culte du dieu de (s guerre.
15 e du premier mois, fête des Lanternes.
La fête des Lanternes le 15 # jour du premier mois f clôt la série des fêtes du nouvel an ; c'est la fête du printemps
S ar excellence. Ce jour de naissance « des seigneurs des tois mondes » appartient à leur culte, principalement à teelui de l'esprit qui préside au pouvoir céleste. On offre des cierges et de l'encens deux fois par mois à ces dieux.
Les rues sont éclairées de feux et de lanternes-ballons fcomme nos villes dans les plus belles illuminations.
On illumine les temples avec des cierges qu'apportent les dévots et dont ils rapportent les bouts de reste après cinq jours. On fait, en l'honneur des idoles, des processions aux ilambeaux plutôt carnavalesques que pieuses tavec musique, bannières, torches et le§ idoles des dieux, garçons habillés en filles, masques de toutes sortes, grand dragon en toile, et sur le parcours, des « échaufauds de 'mascarade » espèces de plateformes sur lesquelles on brûle de l'encens et où sont assis des garçons habillés en tilles ou des jeunes filles en habits de fête.
On fait partir toutes sortes de feux d'artifices, entre autres le lion ou le tigre de feu. Celui-ci se fait d une car* casse de bambou et de papier qui renferme une provision de pétards, « crâkers » ; on le traîne par les rues de telle sorte qu'il ait l'air de marcher, et en même temps le feu, accompagné de détonations, sort de toutes parts de son corps.
Second jour du second mois, DéesseTerre.
La Déesse Terre qui est l'objet de cette féte est représentée dans chaque province par le sia ou dieu champêtre ou dieu du blé.
Presque toujours le culte du dieu tutélaire d'une contrée va de concert avec celui du dieu blé, tous deux provenant d'une divinité principale, la Terre.
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Le peuple l'adore principalement en sa qualité de dit de la Richesse, ou de dieu du bonheur : Il est aussi dieu des voleurs.
3 # jour du second mois, fête des dieux des lettres.
Les dieux des lettres font partie du culte officiel.
Le premier est l'Empereur de la littérature, Wu Tehang, nom donné en Chine à une constellation voisin de la grande Ourse et môme par quelques-uns à Fat d 1 la grande Ourse qu'on appelle aussi Palais de la foir littéraire. C'est le patron des écoliers, des examens, et de, récompenses scolaires. Des pagodes à trois étages nommée « pagodes des pinceaux littéraires » lui sont consacrée un peu partout, dans les provinces méridionales de l'em 1 pire. Ces pagodes sont très souvent consacrées en mèmi temps au quatrième dieu des lettres Kouei Sing. |
Le second est le philosophe Kouan, de l'époque de* trois empires : c'est le patron de la littérature militaire
Le troisième est le patriarche Lin « Génie — Patriarch^ du nom de la famille de Lou » l'un des huit génies de In secte du Tao, le patron de la littérature spécialement taoïque.
Le quatrième est Kouéï Sing, dieu Stellaire, considéré, comme le satellite de Wan-Tchang parce qu'on lui assigne! pour demeure le quarré de la grande Ourse. Comme « fantôme » de la grande Ourse on lui donne un visage horrible.
Le cinquième dieu des lettres est « l'habit rouge » né uniquement de la fantaisie des lettrés.
On voit ces cinq dieux, tous ensemble ou séparément ou diversement groupés, chez les gradués ou les candidats à \m grade, et dans les Écoles ou autres lieux consacrés à la science. Chaque dieu a sa fête annuelle spéciale, où on lui fait une offrande de sucreries accompagnées de cierges, de papiers d'or et d'encens et où on donne congé aux écoliers.
19 e jour du second mois : fête de Kwan-Yin, déesse de la grâce divine. I
C'est de toutes les divinités étrangères, celle dont le | culte est le plus répandu en Chine. Elle y est presque exclusivement considérée comme une divinité féminine ; en cette qualité on l'honore comme une protectrice souveraine, une. mère divine. Des légendes Chinoises la re-
■patent comme ayant en Chine précédé le Bouddhisme pposieurs siècles. 11 est présumable que les Bouddhistes i Identifié Avalokétiswara ou sa doublure féminine avec t~ grande déesse chinoise depuis longtemps populaire, séjour de sa fête, on place « les plats d'offrande » orjjgires devant les dieux domestiques « au nombre desgfe elle se trouve » et on présente l'offrande avec les j&nonies d'usage ; toutefois, on n'offre pas de chair à pu Yin parce que c'est une déesse bouddhiste, les pau- S se contentent de présenter l'offrande de sucreries. $n sa qualité de patronne des femmes mariées, les jkmes d'Amoy jeûnent « à la façon bouddhique » en I honneur 1 . Quelques-unes s'abstiennent dans ce but L toute nourriture animale tous les trois jours ou tous
43 jours ou au repas de chaque matin ; d'autres jeûot complètement le matin. Au dire des Chinois d'Ànoï
femmes de cette ville ont beaucoup de dévotion à ran Yin ; soixante-dix pour cent d'entre elles jeûnent -son honneur, et beaucoup accompagnent le jeûne de rilications, de lectures pieuses et de prières. Les mmes abandonnent ces observances aux femmes qui • considèrent comme faisant partie de leurs devoirs mestiques.
Kwan Yin est aussi la patrone des filles publiques ; elles \ placent pas ses images dans leurs maisons, mais elles nt l'adorer dans quelqu'un de ses temples que Ton 3uve dans toutes les villes chinoises.
Comme dieu domestique commun aux Chinois, Kwan u y est représentée dans l'attitude de la méditation, de- >ut ou assise soit sur un nuage, soit sur une fleur de tus avec une auréole autour de la tête. A côté d'elle vant ou derrière, dans le& temples bouddiques, Loung-Nu mi à la main une grosse perle d'où jaillit une flamme imineuse ; de l'autre côté, Chen Tsaï élève vers elle ses ains jointes pour la prière. Elle a à la main un rouleau e papier ou un livre, symbole des prières qu'elle a récits ; ou bien quelquefois un rameau vert avec lequel
1 Remarquons les m#ts entre guillemets dans cette ligne et ans une des précédentes ; elles prouvent que le culte de wwan-Yin est pratiqué par la plus grande partie de la popu- Uion bouddhiste ou non.
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elle est censée faire des aspersions du nectar divin dqa les prêtres font en certaines circonstances des aspersioa dans l'air afin de désaltérer les esprits et les fantônw| Souvent aussi on représente Kwan Yin assise sur un tigirç