‹ L'empire chinois: le Bouddhisme en Chine et au ThibetChapitre 93 sur 129 · La Mongolie et ses habitants · texte numérisé non relu

La Mongolie et ses habitants

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L'histoire civile et religieuse du Thibet, comme celle la Chine est liée à celle de la Mongolie et de la Mantchc rie qu'on réunissait autrefois sous la dénomination coi mime de Tartarie. Aujourd'hui on ne donne plus le noi de Ta r tares aux Mongols ni à leurs voisins les Mantchous si ce n'est d'une manière toute générale. On ne l'appliqué plus, comme nom spécial, qu'à des populations de Souchi Turque, en Sibérie, dans le Thian-chan et le Pamir, eï Turkestan, dans le Caucase, dans la Russie d'Europe et jusqu en Crimée. Ces populations sont remarquables pal leur respect de la parole donnée et des droits de Thospita-j lit o.

On divise les Mongols en Orientaux où Mantchoux, limotrophes de la Chine et en Occidentaux ou Mongols proprement dits.

Ceux ci s'étendent entre le 7o e et le 118 e degré de longi-j lude de Paris, et entre les 38 e et 50 e degrés de latitude] septentrionale. Leur nombre est évalué au minimum à 4 millions au maximum à 10 millions, pour une superficie plus que une fois et demie celle de la France- Il n'y a point eu de recensement sérieux.

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Mongolie et le désort de Gobi forment un vaste plas'élevant graduellement du Sud Ouest au Nord Est et rement creusé dans sa partie médiane autour de son • Son altitude moyenne est de 890 mètres à l'Ouest et plus de 1200 mètres à l'Est ; il est bordé de chaînes et massifs de montagnes sur tout son pourtour, excepté à est où la Mongolie s'ouvre vers les défilés Dzoungares vers le bassin fermé du Tarim.

i Des bassins lacustres occupent tous les fonds du plateau compris dans le vaste quadrilatère de l'Altaï Mongol, a plus grande partie des plaines mongoles et Doungares ont des terrains monotones d'argiles jaunes ou rougeâres n'ayant d'autre verdure que celle de maigres arbrisleaux ; des peupliers et des trembles bordent les eaux durantes.

Mais ce qui différencie la Mongolie de la Chine, bien plus çue le sol et les reliefs, c'est son climat, très pénible à Cause de la rigueur des hivers, aggravée par le terrible Vent du N. O, surtout à cause des écarts considérables de îa température pendant la durée de 24 heures. On cite le i6 mars 1872 où la température a monté jusqu'à 20° 5 à ^ombre et est descendue la nuit jusqu'à — 18°. A Ourga, tapitale de la Mongolie du Nord, la plus grande chaleur à j£té de 34° comme dans le midi de l'Europe, mais le plus grand froid a été de — 48°.

k Les vents du Nord-Est venant de l'Océan polaire, les «culs qui apportent de l'humidité, se brisent contre le versant septentrional des Monts Altaï qui les arrête ; le ver- Bânt du sud, c'est-à-dire la Mongolie, reste sans végétation.

On distingue la Mongolie intérieure qui est devenue presque chinoise et la Mongolie extérieure beaucoup plus vaste, c'est là qu'il faut rechercher les mœurs et le caractère propre fort altérés ailleurs par l'envahissement de la population chinoise.

D'une manière générale on divise les populations mongoles en : Mongols Orientaux ou Kalehas qui confinent la Russie ; mongols occidentaux ou Elot et Mongols Sibériens ou Bouriates aujourd'hui soumis à la Russie. Mais la seule division réelle, dit M. Elisée Reclus est celle des u bannières ». Suivant les combinaisons diverses et éphémères des guerres ou des alliances, les tribus des huit

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drapeaux s'associent en confédérations plus ou puissantes Tous les Mongols valides font, fictivement, tie de la cavalerie de la Chine, mais on pourrait to plus en réunir la 10 e partie.

Les Mongols n'ont point de lien national ; ils ont un timent commun de haine contre les Chinois; mais én par le Bouddhisme, ils ont perdu les qualités guerri de leurs ancêtres, ainsi que le montrent les der: pages de leur histoire.

C'est chez les Kalchas que le type primitif paraît s le mieux conservé. 11 diffère sensiblement du type Mongol des Ethnologistes ; le teint est brun sans nu jaune ; les yeux ne paraissent point obliquer, les pauplk res sont ouvertes. Mais le Khaika a, comme le Chinois la figure plate et large, les pommettes saillantes, la chfci velure noire, la barbe peu fournie. 11 se rapproche beaft coup du Turkoman qui ne se distingue de lui que par m) teint à peu près blanc et par un nez retroussé*

Les Mongols sont en général de taille moyenne et de constitution vigoureuse. Habitués à subir les brusques variations de température et en braver les extrémités, âs supportent sans peine des fatigues auxquelles des Européens ne pourraient résister, et jusqu'à Vô heures de cheval ou de chameau. Mais ils n'ont pas l'habitude de la marche et la considèrent comme une honte.

De nombreuses tribus mongoles se laissent refouler vers le désert plutôt que d'adopter le genre de vie des Chinois ; c'est ce que nous voyons en Algérie où les Arabes fuient le voisinage des colons. Les alliances avec les Chinois sont regardées comme un déshonneur. Malgré cela, il y a beaucoup de métis dans toutes les tribus. (Test dans la Mongolie du Nord seulement que l'ancienne inimitié a conservé toute son énergie ; A cause d'elle, la Russie s'annexera, quand elle le voudra, ce pays qui lui est limitrophe. 11 est remarquable que ni les peuples Bouddhistes ni les peuples Musulmans ne redoutent au point de vue religieux le Czar- Blanc. 11 faut l'attribuer à la fois à la tolérance du gouvernement impérial et à l'estime dans laquelle des peuples guerriers tel que les Turkomans, les Tartares etc. tiennent les Russes comme puissance militaire au service de laquelle ils entrent volontiers. D'après le récit de nos missionnaires qui

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mt pu pénétrer chez oux ni 1812, (Père Hue, voyage en fartarie et au Thibet) les Mongols ont Filme essenliellenent pieuse et religieuse ; ils vivent dans ce monde orome des passagers, la vie future les occupe sans cesse, ls ae cultivent pas la terre, ils ne bâtissent pas de maitout, ils se regardent partout comme des étrangers qui ne ont que paraître. La cause première de ces habitudes et nème, en partie du moins, de ces sentiments, doit être la lature du pays. Comme beaucoup d'autres contrées, la ferre des Herbes se prête, infiniment mieux, à la vie pasorale qu'à l'agriculture. En admettant même que celle-ci l'y soit pas impossible (nous avons vu que le Thibet ne )roduit que de l'orge), en raison de la nature du sol et surtout du climat, elle doit y être excessivement pénible ît ingrate : La vie nomade doit certainement plaire infiniment plus que des établissements sédentaires à des tiommes toujours à cheval. Mais ce genre d'existence ne peut faire vivre qu'une population très limitée. Il fallait donc à la Tartarie ou un écoulement de sa population au iehors tel que ces migrations armées qui ont ravagé l'Asie sous la conduite de Gengiskan et de Tamerlan, ou des mœurs qui restreignissent le développement de la population.

2. Influence du Bouddhisme, mœurs, coutumes et superstitions.

Le Bouddhisme a résolu ce problème et par là il a épargné au monde le retour de ces invasions qui l'ont désolé et qui, poussant tous les peuples comme une perturbation pousse les vagues de l'Océan, ont causé d'immenses ruines Le renouvellement périodique de ces débordements aurait certainement submergé la civilisation et il aurait eu lieu infailliblement si les peuples de la Haute Asie qui ont embrassé le Bouddhisme s'étaient faits musulmans ; car alors le Prophète aurait compté 300millions de Sectateurs de plus, puisque les peuples voisins se sont convoi' tistà l'Islam malgré les efforts des missionnaires Nestoriens pour les amener au Christianisme. De la un accroissement considérable des forces de l'Islam qui, même restreint aux

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Turcs, a mis l'Europe en péril. On a vu dans l'Inde ave< quelle rapiditr s'accroissent les populations musulmane lorsqu'elles sont en progrès soit parla conquête soit pai le commerce ; par l'adoption du Mahométisme, toute la Haute Asie serait devenue un réservoir inépuisable d'éroi ^rations armées contre l'Occident, c'eût été l'invasion <te Barbares à l'état permanent ! .

Outre que le Bouddhisme est une religion de paix et de douceur, il est contraire au développement de la population. Tel qu'il est compris et pratiqué en Mongolie et au Thibet, il en empêche l'accroissement. Sans parler de la polyandrie et de la polygamie qui, dans un pays pauvre, ont en grande partie les effets du célibat et concourent à l'étendre, en Mongolie, dans presque toutes les familles, à l'exception de l'aîné qui reste homme noir (laïque, par opposition aux religieux qui prennent la robe jaune on rouge), les autres enfants mâles sont lamas, non par inclination ou vocation, mais par la volonté de leurs parents qui leur rasent la tête ou laissent croître leurs cheveux suivant le choix qu'ils ont fait 4 . Gela rappelle notre ancien régime qui vouait au célibat religieux ou militaires tous les enfants des familles nobles, sauf l'aîné. En grandissant, les jeunes Tartares s'habituent à l'état anquel on les a destinés et une certaine exaltation religieuse, dit le père Hue, finit par les y attacher fortement.

D'après le même auteur, les Lamas en Mongolie, for ment le tiers de la population. Si Ton admet que la moitié se compose de femmes, le nombre des Lamas serait, d'après cela, double de celui des hommes noirs ou laïques.

Le gouvernement Chinois encourage l'état de Lamas en Mongolie et au Thihet par des largesses et des fondations en faveur des lamasseries, tandis qu'il le combat eu

i Dans le Nord de l'Afrique, deux générations ne s'étaient pas écoulés depuis la conquête, que le kalife fut informé qu'il fallait cesser de demander le tribut pardeque tous les enfants nés dans cette région étaient Mahométans et parlaient l'Arabe.

Avec la polygamie, on peut prélever sur un pays musulman de très forts contingens en hommes sans qu'il y paraisse au bout d'une génération.

ine par des édits assez souvent répétés* On prétend, ► le père Hue, que c'est pour diminuer le plus possible population Mongole et Thibétaine. Cela est évident et politique Chinoise atteint ainsi un double but: Rem- *cer autant que possible sur le soi les Tartares par des dnois ; éteindre en eux l'esprit guerrier qu'y entremnent les souvenirs de Gengiskan et Tamerlan toujours rants dans la Terre-des Herbes. Il suffirait d'un appel i Guison Tamba (Lama Roi) pour entraîner presque toua s Mongols.

Soumis à une discipline et une hiérarehie à la fois léocratique et aristocratique, toujours armés et à chell, ils se forment facilement en troupes nombreuses ipidement réunies. La cavalerie Mantchoue est la leilieure troupe de l'armée Chinoise ; elle a mis un insuit en péril l'armée anglo-française en 1860 (voir la reition du général de Montauban, comte de Palikao. Les Mongols qui n'appartiennent pas à des familles rincières sont serfs, non de la glèbe, mais de la tente si 'on peut s'exprimer ainsi. Le propriétaire- a sur eux droit te vie et de mort, mais les rapports sont pleins d'humatité, Les serfs ont leurs familles séparées, souvent leurs roupeaux en propre et sont nomades comme leurs maires. Si un maître met à mort un serf, il est jugé luinême et peut être condamné.

Les jeunes serfs qui se font Lamas deviennent libres de ;e seul fait.

L'herbe est une chose commune, comme l'eau, l'air, etc. Ainsi les pâturages appartiennent à tous ; mais tous ne possèdent pas de troupeaux.

Lorsqu'on se rencontre, la première politesse est de demander des nouvelles du bétail.

Simples, crédules, maintenus dans l'ignorance par leur genre de vie et sans doute aussi par la politique Chinoise, les Mongols n'ont aujourd'hui aucune habileté pour le calcul et les opérations commerciales. Les Chinois en profitent pour les exploiter indignement ; ceux qui font ce métier sans vergogne s'appellent eux-mêmes des mangeurs de Tartares. La politique Impériale et l'astuce chinoise ont si bien opéré en Mantchourie que cette vaste contrée est aujourd'hui entièrement transformée. Les Chinois s'y sont emparés du commerce et de l'agriculture,

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