DROUYN DI-: LHUYS
Pour appuyer les projets du cabinet de Paris, le maréchal Bazaine décida qu'une colonne expéditionnaire, composée de deux bataillons du 51"= de ligne, sous les ordres du colonel Garnier, irait occuper cette province. 11 enjoignit au général de Gastagny d'appuyer ce mouvement. Il profita de cette occasion pour communiquer à ce général ses vues à ce sujet, et il le
fit dans une dépêche secrète que nous mettons en partie sous les yeux du lecteur.
Le maréchal, au début, y rappelait que c'était au nom de l'empereur Maximilien et pour le compte du gouvernement mexicain que cette occupation devait avoir lieu : « La question de concession à la France de toutes les mines non concédées encore ou non exploitées n'est point encore terminée ; 7nais il est bien entendu quelle ne constituerait aucune concession de territoire ». Dans la prévision de l'acceptation des articles additionnels au traité de Miramar, il prescrivait de procéder à l'étude des terrains pouvant être concédés, au dénombrement des terrains arables propres à l'installation de centres agricoles :
S'il se présente des émigrants pendant l'occupation du paj's par les troupes de votre division, continuait-il, vous pourrez, en vous conformant aux lois et règlements du pays, leur faire délivrer des concessions provisoires, mais en faisant bien connaître aux concessionnaires cette condition du provisoire, rien ne pouvant ni ne devant être définitif que par suite de la sanction impériale. Je ne saurais trop vous répéter que, dans tous les cas, la Sonora doit être administrée, gouvernée, au nom de l'Empereur Maximilien.
Je crois savoir que le gouvernement de Juarez avait accordé à de grandes compagnies étrangères de larges concessions : vous rechercherez si le fait est vrai et ce qui a été fait à cet égard...
La question, on le voit, était bien posée. D'après tous ces documents, voici ce que demandait le Gouvernement français : le droit d'exploitation seul, et point la pro-. priélé des mines non encore concédées. II se réservait
d'exploiter par lui-même ou par des compagnies autorisées par lui. Des bénéfices provenant de cette exploitation, une part serait attribuée au trésor mexicain comme droit deconcession, et ces sommes viendraient en déduction de la dette contractée par le Mexique envers la France, dette reconnue par le nouvel empire.
La proposition, comme le disait M. Fould, ne présentait donc que des avantages pour les deux parties contractantes.
Que fit Maximilien ? Il refusa purement et simplement. Il feignit de ne pas comprendre ce qu'on lui demandait, et répondit que le serment qu'il avait prêté à Miramar de n'aliéner aucune parcelle du territoire mexicain lui interdisait de ratifier le consentement conditionnel donné par la Régence.
Le prétexte ne valait pas plus que le refus qu'il était destiné à justifier. Ni l'un ni l'autre d'ailleurs ne venaient directement de Maximilien : là encore il avait cédé à des influences. Son entourage, toujours poussé par sa profonde hostilité contre la France, lui avait fait refuser un si bel avantage.
Cette réponse, dictée par la haine et la cupidité, amena l'avortement des projets de colonisation. Le gouvernement de Maximilien ne s'établit jamais en Sonora, et la marche en avant du colonel Garnier se borna à une inutile et stérile promenade militaire.