EUGÉNIE
Le commandant en chef n'avait point, en effet, « oublié la prudence ». 11 avait pris toutes les précautions nécessaires pour combattre les agressions qui pouvaient venir de la frontière nord. Il avait fait établir çà et là parle génie des réduits fortifiés, destinés à servir de retraites et d'abris aux troupes de partisans qu'il comptait opposer aux envahisseurs. Il avaitété môme jusqu'àfaire sonder les principaux chefs des dissidents; et, à l'exception d'un petit nombre, ceux-ci lui avaient promis leur concours; du moins, le maréchal affirmait en avoir la certitude. La chose était fort possible, car les Américains avaient laissé au Mexique les plus tristes souvenirs de leur séjour pendant la guerre de 1849, et ils étaient détestés, surtout par les Indiens. Les dissidents voulaient bien leurs secours détournés pour se rendre indépendants, mais ils eussent redouté leur présence, un territoire occupé étant trop facilement pour eux un teritoire annexé.
Que faisait pendant ce temps le gouvernement de Maximilien? Gomme en toutes choses, le comman-
daiil en chef donnait seul l'impulsion, seul prenait les décisions, seul préparait les opérations. La grande préoccupation de l'Empereur était de se faire bien voir des populations, et, pour y arriver, il croyait que le meilleur moyen était de se faire voir : de là, ces voyages, plus fréquents qu'il n'eût fallu. Aux acclamations des foules il répondait par des décrets; mais ni les unes ni les autres n'établissaient rien, ne consolidaient rien, dans un pays où tout. était à faire.
Avec sa grande finesse, le ministre de la Guerre se rendait compte de cet état de choses, s'il n'en discernait pas bien les mille causes apparentes ou réelles :
Je ne vois pas que les affaires générales fassent de sensibles progrès an Mexicjiie: cela tient-il aux événements qui se sont acromplis en Amérique, ou bien ce mouvement de résistance est-il dû à la situation même des partis, qui préfèrent un état permanent d'anarchie à la consolidation d'un gouvernement régulier ? Quoi qu'il en soit, cette situation générale est loin de celle que nous devions espérer.
Tout est confus dans mon esprit, et je redoute de nouvelles complications du côté de la Sonora...
Les officiers de différents grades qui reviennent du Mexique sont unanimes pour rendre une éclatante justice à la confiance que vous inspirez; mais ils n'accusent pas la mémo quiétude d'esprit en ce qui concerne legouvernemcnfc mexicain : ils formulent leur pensée en disant que le nombre des partisans de l'empire va plutôt en diminuant qu'en augmentant.
Je sais bien qu'il faut faire la part de cette disposition à la critique, malheweusement incarnée dans notre esprit militaire,
mais encore serais-je heureux de trouver quelques indications qui me permissent de combattre les dispositions dont je viens de faire mention.
Malheureusement la question financière ne s'améliore pas, et la dépréciation des fonds mexicains provenant du dernier emprunt n'est pas favorable.
Il faudra bien cependant sortir de cette impasse, car nous ne pouvons pas songer à éterniser notre occupation lointaine; vous aurez vu, par les journaux, les récriminations soulevées dans la Chambre et dans la Presse sur la question -mexicaine... (15 juin).
Le maréchal Bazaine, dans son rapport du 10 mai, répondait par avance à quelques-unes des questions que se posait le ministre de la Guerre.
Quant à Napoléon III, il était revenu d'Algérie le 24 juin, et il avait repris sa correspondance particulière :
Mon cher Maréchal,
Je ne vous ai pas écrit depuis longtemps parce que mon voyage en Algérie m'en a empêché. Je n'avais d'ailleurs rien à vous dire de très important, si ce n'est à vous féliciter de votre mariage, qui, j'espère, vous rendra heureux.
Je donne cette lettre au colonel Lafont, ancien lieutenantcolonel de la gendarmerie impériale. C'est un brave homme qui connaît bien son métier et qui pourrait être utile à l'Empereur Maximilien ; je vous prie de le recommander pour une place dans la gendarmerie mexicaine.
Recevez, mon cher maréchal, l'assurance de ma sincère amitié.
NAPOLÉON
Que signifiait cette lettre, en apparence insigni-
l'empire de MAXIMILIEX. 2*3
fiante et d'un ton assez mélancolique? Napoléon III, commençait-il à se décourager de toujours répéter les mêmes choses, de n'avoir que de vagues conseils à donner comme de vagues espérances à recevoir ?