‹ L'empire de MaximilienChapitre 37 sur 61 · Rapport politique · texte numérisé non relu

Rapport politique

Anna. Avec cette hardiesse et cet esprit d'aventure si naturels à la vieille noblesse française, il mit aussitôt son projet à exécution. Il ne savait trop comment il se présenterait, ni surtout comment il serait reçu : il se fia au hasard. Mais en cette occasion la fortune favorisa son audace, et sa démarche eut un plein succès, ainsi qu'on va le voir par la relation qu'il en fit alors :

... .Nous avions déjà parcouru une partie de la ville sans penser qu'il pût y avoir quelqu'un à visitera Saint-Thomas, lorsque je me souvins que le célèbre général Santa-Anna, qui fut plusieurs fois Président du Mexique, habitait Saint- Thomas.

Ce Santa-Anna compte parmi ses hauts faits d'avoir vendu une partie du Mexique aux États-Unis; on assure qu'il trouva à cette opération une trentaine de millions de francs de bénéfice, et qu'il tomba plusieurs fois en récidive, car on lui donne une fortune de [)lus de 120 millions.

Ce fut pendant sa présidence que les Français attaquèrent je Mexique en 1836, et prirent en quelques heures Saint- Jean d'Ulloa, réputé imprenable. Ce fut encore sous lui qu'une armée des États-Unis commandée par le général Scott entra à Mexico, mais tellement dénuée de tout qu'elle dut acheter des vaincus la permission de repartir, et qu'il fallut envoj'er une deuxième armée chercher la première.

J'avais grande envie de voir ce personnage et de causer avec lui; mais j'avais deux compagnons, dont l'un, étant en uniforme, et l'autre, étant diiilomale belge, craignaient de se compromettre. Moi qui n'étais ni en uniforme ni Belge, je me fis conduire par un négrillon chez Santa-Anna.

Je fus introduit dans un énorme salon, meublé avec le plus grand luxe, à l'européenne, mais un luxe lourd et sans goût. Au bout de quelques instants entra une dame, la sefiora Dolorès, femme de Santa-Anna, qui me dit en espagnol qu'elle regrettait de ne pouvoir me parler ma lanarue natale

Vallemand, mais qu'elle et son mari ne parlaient qu'espagnol.

Je vis que j'étais pris pour un officier allemand, et je me laissai faire.

La senora Dolorès est une grande femme blonde, d'un hlanc mat, environ trente-cinq ans, a dû être fort belle et est encore bie.i. Elle m'a dit qu'elle était très heureuse à Saint-Thomas, que le climat était superbe, lui faisait grand bien, etc..

Pour la femme de ce riche nabab, M™* de Santa-Anna avait un drôle de costume : des pantoufles en velours rouge devenues feuille-morte par long service, une robe en indienne vert pomme plissée comme un sac, et des manches à gigot : c'était fort laid.

Au bout d'un (juart d'heure entra le général, vêtu à la française, tout en noir. M™^ de Santa-Anna se retira.

Après quelques banalités, ayant dit au général que j'allais visiter le Mexique, il commença à me raconter longuement son histoire, puis ajouta : « Les Français sont des orgueil- « leux, des insolents : si en 1836 je n'avais pas perdu ma « jambe, ce qui consterna mes troupes, pas un d'entre eux <( n'aurait échappé. Je les ai chassés une première fois du «( Mexique, je les en chasserai une seconde. J'ai aussi une « police très-bien faite au Mexique, et je sais que, pour une « bande qu'on détruit, il en renaît dix autres. Les Français « fusillent les Mexicains comme des chiens, mais cela fait <( bien: ça réveille leur patriotisme. Cette conduite soulève « contre la France lopinion publique, et j'ai la promesse des ^( Étata-Vnis ijaUls interviendront au mois de décembre. Ils (i mettront leurs armées et leur crédit à ma disposition. « Us n'attendent pour se déclarer ouvertement que la réunion « du Congrès, qui aura lieu à cette époque. D'ici à un an « tous les Français seront détruits et je serai à Mexico. Le « peuple mexicain avait accueilli Maximilien croyant qu'i' « lui donnerait la paix; mais il est mou, incertain, et joue « un rMe ridicule : il est aux ordies d'un général français,

« et, si Napoléon donne un ordre, il e'st plus obéi au Mexique « que Maximilien. Cela humilie la nation, qui sait bien que « la Sonora sera démembrée de l'empire, et cédée à la <( France si Napoléon le veut... etc.. »

Moi, toujours pris pour un allemand, je n'avais pas grand chose à dire, et le général se lançait de plus en plus; mais l'heure avançait, et je finis par lui dire combien j'étais heureux d'avoir causé avec un homme aussi célèbre.

Là-dessus il me demanda la permission de me confier quelques proclamations pour que je les répande, afin d'éclairer l'opinion publique : j'ai accepté les proclamations, et lui ai demandé si je pouvais en envoyer en Europe. Il m'a dit que plus je les répandrais, plus je lui ferais plaisir, et m'a reconduit avec des poignées de mains sans fin jusqu'au bout de son jardin, qui est fort beau. Je vous envoie une de ces proclamations.

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