‹ L'empire de TurquieChapitre 23 sur 86 · TRIE8TE · texte numérisé non relu

TRIE8TE

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La Bulgarie exporte la majeure partie de ses céréales par les ports de la mer Noire, Varna, Kustendje, etc; les villes bulgares du Danube exportent également beaucoup de grains par les ports de Braïla et de Galatz. Sistow est le centre du commerce de grains de la Haute-Bulgarie. En 1846, il a été exporté :

Froment blane i,837,605 Ulos de Constanlinopie (1).

Froment roux 737,720 » »

Seigle 53,090 » »

Orge .......... . 28,238 » »

(i) Le kilo de Constantinople pèse 22 oques = 28 kilogr. 282 gr.

D'après un rapport du consul russe à Andrinople, la Roumélie («) et la Thrace auraient produit en 1849 :

Froment 600,000 kilos, dont 65,000 ont été exportés.

Maïs 450,000 » » i6,000 » »

Riz 850,000 » » 200,000 » »

Orge 500,000 » » 76,000 » »

Avoine 250,000 » » 154,000 » »

En 1853, le blé dur valait à Andrinople 10 piastres, et le blé tendre, 12 à 14 piastres le kilo. Rendu au port d'Énos, le prix variait de 14 à 16 piastres (environ 12 1/2 à 13 francs Thectolitre). Voici la décomposition de ces frais :

50 paras d'ÂndrinopIe à Énos, par eau; 50 à 60 paras de droit de douane ; 40 paras pour les sacs, les portefaix, etc.; 40 » de frais à Ënos, non compris les frais da commissionnaire et de l'agent de l'expédition à Ëuos.

La Roumélie a exporté par le port de Bourgas :

Froment blanc, kilos 153,220 530,067

Froment roux 86,500 152,722

Seigle 31,970 172,340

Orge 8,020 76,064 .

Maïs 11,800 8,000

Avoine 4,000 3,000

En 1847, la production intérieure de la Macédoine a fourni une valeur en céréales s'élevant à 66,869,000 piastres (15,380,000 fr.).

(1) Sous le nom de Roumélie, on désigne généralement la partie Sud- Est de la Turquie d'Europe entre l'Archipel, la mer de Marmara (à l'exception de Conslantinople) et la mcr^oire, comprenant les districts et les villes d' Andrinople, Monastir, Seres, Bourgas, Pliilipopoli, Gallipoli, Usundschova, etc.

AGWCULTURE, 125

La récolte dans le district de Seres a fourni en 1851 et 1852 les quantités suivantes :

Froment et orge. . . . 1,000,000 kilos. 1,SOO,000 Ulos.

Maïs 400,000 » 1,000,000 »

Seigle 300,000 » 500,000 »

Millet 100,000 > 200,000 »

Riz 25,000 » 100,000 »

Le port de Salonique, le plus important de la Macédoine^ a exporté en 1852 :

Maïs. . . . 1,200,000 kilos, an prix de 11 à 14 1/2 piastres. Froment. . 1,000,000 > t 10 à 12 »

Orge. . . . 390,000 » » 71/2 à 8 »

L'Albanie exporte peu de grains; les principaux centres de son commerce sont : Janina, Prevesa et Arta dans l'Albanie méridionale ; Albassan et Durazzo dans la Moyenne-Albanie, et Scutari dans la Haute-Albanie.

En Thessalie, le district de Volo est le plus riche en céréales; la récolte d'une année moyenne est évaluée aux quantitéssuivantes :

Froment .... 2,800,000 lugek (1) ; on en a exporté 300,000

Maïs 940,000 > t t 50,000

Orge 280,000 » » » 70,000

Seigle 100,000 » » » »

ÂYoine 30,000 » » » »

L'exportation des céréales de tous les ports de la Turquie d'Europe a été évaluée, en 1846, à 9 millions de kilos (environ 255 millions de kilogrammes), d'une valeur de 200 millions de piastres (46 millions de francs, à raison de 23 centimes la piastre).

(i) 1 lugek pèse 20 oques = 25 3/4 kilogrammes.

D'après M. Tchihatscheflf, les quatre vallées du Méandre, du Caïstre, de THermus et du Caïcus et les deux provinces de Tchorum et d'Amasia produisent à elles seules plus de 144 millions de kilogrammes de grains par an, et cela sans avoir recours aux nouveaux procédés de la science agricole. Or, les parties de la région montagneuse qui fournissent ce montant trèsconsidérable, ne forment qu'un très-petit canton dans la vaste péninsule de TAsie Mineure, dont le produit total devrait être estimé au moins à dix fois autant ; en n'admettant qu'une évaluation très-faible, on ne s'éloignerait pas beaucoup de la vérité en estimant la production annuelle de toute FAsie Mineure à 400 millions de kilogrammes de grains, dont au moins un quart (100 millions de kilogrammes) est exporté en Europe. Parmi les localités qui servent de marché aux céréales, on cite, entre autres, celui de Sukoi, village dans la plaine du Méandre, à quatre lieues de la mer, qui exporte par les ports de Scala-Nova et de Smyrne, environ 4,500,000 kilogrammes de blé par an. Le baron de Reden évalue lensemble d'une récolte en Asie Mineure à 705,100,000 kilogrammes ou 9,263,000 hectolitres, d une valeur approximative de 75 millions de francs, dont le quart est exporté en Europe.

Parmi les plantes industrielles cultivées en Turquie, on cite le lin, le chanvre, le coton, le tabac, la garance, les rosiers, Tanis, le cumin, le safran, la câpre, la réglisse, le sésame, le colza, le ricin commun, le pavot, etc. On peut encore ajouter à ces plantes, le djehri et la vallonée.

Le lin et le chanvre sont des produits d'une grande richesse des vallées et des plaines de l'empire turc. Le chanvre et le lin atteignent une hauteur extraordinaire dans les vallées et sur les côtes de l'Asie Mineure; les arsenaux de Constantînople tirent de ces contrées environ 40,000 quintaux de chanvre par an.

Parmi les contrées de la Turquie d'Europe où la culture du coton a quelque importance, on doit mentionner les plaines de la Macédoine et de la Thessalie, les bassins de Seres et de Melenick et l'île de Candie; mais cette culture se fait sur une grande échelle dans l'Asie Mineure. Il y a 60 ans, la récolte annuelle du coton dans la Macédoine s'élevait à 70,000 balles (80 kilogr. par balle) et l'on en exportait 50,000, dont 12,000 balles pour Marseille. Actuellement la production et par suite l'exportation sont moindres. On n'estime l'exportation qu'à 25,000 balles, savoir : 16,000 pour r Autriche, 6,000 pour Odessa, 2,000 pour l'Angleterre et 1,000 pour la France.

Dans le pays de Smyrne, la production du colon est, année moyenne, de 30,000 balles (environ 7,500,000 kilogrammes); on y distingue cinq qualités : la première comprend les cotons de Soboudja et d'Aïdin; la deuxième, ceux de Kirk-Àgadjé; la troisième, ceux de Canaba; la quatrième, ceux de Kinck et de Pergame; la cinquième, ceux de Magnésie, qui sont la qualité la moins estimée. En 1851, il a été exporté du port de Smyrne 2,025,000 kilogr. de coton en laine.

La culture du tabac est répandue dans toutes les parties du territoire ottoman où le climat est assez

chaud pour cette plante. Dans la Turquie d'Europe, elle occupe le sol alluvial des grandes rivières, comme la Maritza, la grande Morava, la Morava bulgare, le Vardar, Ilndje-Karasou^ etc. Les tabacs qui sont les plus renommés sont ceux de Larisse, de la Thrace méridionale et des environs d'Arta. En Macédoine, la culture du tabac fait vivre une population de 20,000 familles; elle embrasse environ le huitième des terres labourables, produisant 100,000 balles de tabac d'une valeur de 4,000,000 piastres. Dans l'Asie Mineure , les environs de Magnésie, de Pergame et de Samsoun produisent les meilleures qualités.

La garance est plus particulièrement cultivée dans l'Asie Mineure; il a été exporté de Smyrne 7,470,000 kilogrammes en 1851 et 5,670,000 kilogr. en 1852.

Dans la Turquie d'Europe, la culture des rosiers pour la fabrication de l'eau et de l'huile de rose se rencontre dans les villages situés au pied méridional du Balkan, à Tschipka, Schukerli, Islivné, Zaara, Cardovo et surtout à Kezanlik, à deux journées d'Andrinopie. L'huile de rose se recueille dans les villages et est purifiée par une seconde distillation dans les villes des mêmes environs. En 1849, la fabrication de l'huile de rose s'est élevée, en Roumélie, à i 80,000 miscaux (le miscal pèse 4 gr. 811). On a évalué la production de 1852 à 300,000 miscaux.

* Le sésame se cultive sur une grande échelle tant dans la Turquie d'Asie que dans la Turquie d'Europe. Dans cette dernière, on le voit surtout dans les plaines de la Thrace, dans la vallée de la Maritza, dans la Macé-

doine méridionale et dans la Basse-Épire. La récolte du sésame en Roumélie a été évaluée pour Tannée 1849 à 2,500,000 oques. Dans le pachalik d'Adana, en Syrie, la récolte d'une année moyenne est évaluée à 3,000,000 kilogr., dont plus de la moitié est expédiée à Marseille.

Le pavot {papaver somniferum), destiné à la fabrication de Topium, est cultivé dans presque toutes les parties de TAsie Mineure; la ville d'Asium-Karahissar peut être considérée comme le pays classique de la culture du pavot; toutes les vastes plaines qui environnent celte ville y sont presque exclusivement consacrées.

Le pavot est ordinairement semé à la fin de Tautomne et se récolte au mois de juillet ; on en obtient le suc laiteux au moyen d'une incision circulaire pratiquée dans les capsules désignées en turc sous le nom de hachich; c'est ce suc qui constitue l'opium; on le laisse coaguler, et on le pétrit ensuite en forme de galettes de quatre à cinq oques chacune; c'est sous cette forme que l'opium d'Orient est livré au commerce. La production de l'opium dans le pays de Smyrne est évaluée à 220,000 kilogr. par an. En 1851, il a été exporté par le port de Smyrne 192,000 kilogr. d'opium; en 1852, la quantité exportée par le même port s'élevait à 150,000 kilogr.

La vallonée est le fruit d'une espèce de chêne appelé chêne velani (que^^cus œgylops), propre à la Turquie d'Europe, aux îles de l'Archipel, principalement Métélin et Chio, et à l'Asie Mineure. Ce gland, plus grand que ceux de nos chênes d'Europe, est léger et rempli

d'une poussière noirâtre. La partie la plus estimée du gland est la cupule; on s'en sert dans la teinture en noir et dans la préparation et le tannage des cuirs, à cause du tannin qu'elle contient en grande quantité.

En 1849, la récolte de ce gland s'est élevée en Roumélie à 150,000 quintaux turcs, environ 8,600,000 kilogrammes. En 1851, le port de Smyrne a exporté des vallonées pour une valeur de 17 millions de piastres.

Le djehri est une plante qui se divise, dès sa base, en rameaux diffus qui lui donnent plutôt la forme d'un buisson que celle d'un arbuste. On le trouve dans les lieux stériles et arides ; il peut résister à un froid trèsrigoureux. Le djehri est particulièrement cultivé dans l'Asie Mineure, où les rochers trachytiques dans les environs de Konia, d'Angora et de Kaisaria sont couverts de cet arbuste. Le fruit du djehri^ qui donne une belle couleur jaune, est désigné vulgairement en France sous le nom de graines d'Avignon. On évalue à 350,000 oques (environ 400,000 kilogrammes) la production annuelle des graines pour Kaisaria et sa banlieue ; la plus grande quantité de ces graines est expédiée à Smyrne ou à Samsoun, d'où on l'exporte en Europe et particulièrement en Angleterre. En 1852, il a été exporté de Smyrne 650,000 kilogrammes de graines jaunes.

Parmi les arbres fruitiers que l'on rencontre dans les jardina et les vergers, on cite l'olivier, le grenadier, le figuier, l'amandier, le citronnier, l'oranger, le caroubier, le pêcher, l'abricotier, le cognassier, le noyer, le cerisier, plusieurs espèces de poiriers, de pommiers, de pruniers, etc.

La culture des vignes est la culture de prédilection des Slaves et des Grecs; aussi a-t-elle lieu dans toutes les provinces. Mais les habitants paraissent ignorer l'avantage qu'ils pourraient tirer de cette culture; en l'améliorant et en donnant plus de soins à ces produits, il n'est pas douteux que leur vin deviendrait un des articles les plus importants du commerce d'exportation, et, par suite, une nouvelle source de richesse. Les vignobles sont dépourvus d'échalas ou supports; les ceps rampent sur la terre, tandis que les vignes sauvages à gros raisins montent d'arbre en arbre et en retombent en pampres richement chargés. Cependant les vignes comme les champs de maïs sont placés sous la surveillance d'une sentinelle armée, cachée dans la fente d'un rocher ou sous un arbre, afin de les préserver des atteintes des hommes et des bestiaux.

On distingue dans la Turquie d'Europe le raisin blanc et le raisin rouge, qui présentent beaucoup de variétés ; ils sont en général plus volumineux, plus ovoïdes et plus charnus que le raisin de France.

En Thessalie, au pied du Pélion, les raisins commencent à mûrir au milieu de juillet. Dans les provinces méridionales, les vendanges ont lieu au commencement de septembre; dans les autres contrées, elles commencent trois semaines ou un mois plus tard.

Dans la Turquie d'Europe, les meilleurs vins se récoltent en Macédoine, au pourtour des lacs d'Ochrida et de Castoria, dans le district de Zagorié, près de Janina^ au pied des montagnes du bassin de Scutari et dans le bassin de Seres.Les vignobles du mont Pélion,

de rOssa, de la vallée de Tempe, comme à Ambeliaka, à Pharsale, fournissent des vins de liqueurs. Aux environs de Kalkandel et de Castoria, on récolte un vin très-liquoreux et jaunâtre, qui a quelque rapport avec certains vins cuits de Hongrie; on l'appelle vin de harem. Les vins du mont Athos ressemblent aux vins d'Espagne; ceux de la Moldavie, aux vins de Bourgogne.

En général, les vins grecs sont trop doux, tandis que dans les pays slaves de l'Herzégovine, de la Bosnie et de la Servie, où le climat est plus froid, les vins sont plus forts et se conservent plus longtemps. Bien que les vins du Danube soient plus durs, on trouve cependant dans le bassin de ce fleuve des vignobles qui fournissent des vins assez recherchés.

Pour faire le vin, les habitants n'emploient pas le pressoir; ils foulent les raisins avec des pilons, puis les mettent dans des cuves, où des hommes à pieds nus achèvent de les fouler. On met ensuite fermenter le jus et les grappes dans les tonneaux, et, au bout d'un certain temps, on soutire le vin. En général. Je vin ne se conserve que d'une année à l'autre, faute de bonnes caves. On le soutire ordinairement dans des tonneaux longs et plus larges au milieu qu'aux extrémités et assez petits pour pouvoir être transportés à dos de cheval. On se sert aussi d'outrés dans certaines contrées, et l'on goudronne les tonneaux et les outres dans lesquels on conserve le vin, ce qui lui donne un goût désagréable en été. Les Valaques emploient un singulier moyen pouraméliorer leur vin; ils le font geler en hiver, pour

en séparer la surabondance des parties aqueuses et se procurer un vin plus liquoreux.

La vigne forme également une des cultures principales des îles de TArchipel turc; dans Tile de Candie, la production du vin varie de 80,000 à 90,000 hectolitres par an. Les fameux vins de Tile de Chypre sont encore, comme dans l'antiquité, les plus renommés de cette lie; mais la récolte ne dépasse guère aujourd'hui 12,000 hectolitres, dont la moitié est exportée.

L'Asie Mineure et la Syrie sont également riches en contrées vinicoles. On y cultive trois espèces de raisins, rouges, noirs et sultans. Aux environs de Kerasund et de Tripoli, un cep produit dans une bonne année jusqu'à 200 oques (260 kilogr.) de raisins. En 1855, il a été exporté du port de Smyrne 224,020 quintaux , (11,081,000 kilogr.) de raisins secs, d une valeur de 25,819,000 piastres (6,454,000 fr.). Dans ce chiffre, les raisins récoltés dans la même année sur le territoire de Chesmé, village aux environs de Smyrne, figurent pour 107,035 quintaux, qui formaient la cargaison de 46 bâtiments appartenant à diverses nations.

Les vins du mont Olympe , près de Brousse, sont faits avec des raisins blancs des vignes des villages turcs situés sur le mont Olympe. Les raisins blancs et noirs des vignes de la plaine servent aussi à faire du vin du pays et surtout du pekmes (sirop), dont la consommation est considérable.

La production du vin de l'Olympe varie dq 40,000 à 60,000 oques par an; 50 oques donnent 84 bouteilles. En 1853, on payait le vin ordinaire à Brousse 2 pias-

très Toque ; le vin de TOIympe , première qualité, valait 5 francs la bouteille. Les vins de TOlympe se conservent fort bien. On en expédie à Constantinople, en Russie et même en Angleterre. Les villages d'Aksché, de Dollandje et de Keratzli, sur le versant méridional de rOlympe, produisent les meilleures qualités.

On fait d'assez bon vin aux environs des Dardanelles d'Asie. Il est d'un rouge foncé qui passe au jaune d or après plusieurs années de cave. Il se vendait en la même année 1 piastre Toque, soit 23 centimes pour 1 1/4 litre.

La culture maraîchère comprend les pastèques ou melons, les artichauts, les choux ordinaires, les choux pommés, la carotte, le panais, les courges, les polirons, les concombres, la laitue, le navet, les raves, la tomate, la blète ou poirée, les épinards, la ciboule, le poireau, le persil, Téchalolte, le thym, le romarin, la marjolaine, le pourpier, etc. Les fraises et les framboises ne se cultivent que rarement dans les jardins; mais on en vend sur les marchés beaucoup qui sont cueillies sur les montagnes et dans les bois ; il en est de même des noisettes, des corneilles et des myrtilles.

Parmi les légumineuses, on cite les fèves, les haricots, les lentilles et les pois. La quantité des haricots cultivés dans la Turquie d'Europe est énorme, ce légume étant le plus usité en carême chez les Grecs et les Slaves. La pomme de terre est peu cultivée dans ces pays; on en consomme dans la Bosnie, la Croatie turque, l'Herzégovine, le Monténégro et les principautés danubiennes; celle qu'on emploie à Constantinople et à

Smyrne est importée, en majeure partie, de Malte ou d'Angleterre. La culture de ces tubercules a plus d'importance dans la Thessalie, qui en exporte annuellement des quantités considérables par le port de Volo. 11 y a 70 ans environ que la culture de cette solanée a été introduite dans le Monténégro. En Servie, une ordonnance du prince Milosch imposait à tout paysan, Tobligation de cultiver une petite étendue en pommes de terre, afin de détruire les préjugés qui s'attachaient à cette culture. Depuis la mort de ce prince, cette loi est tombée en désuétude.

Les légumes qui paraissent encore inconnus aux Turcs et qui ne sont plantés qu'en petite quantité par les Francs de Constantinople et des autres villes, sont l'asperge, le chou-rave, le chou-fleur, le salsifi, le cardon, la mâche, le cresson d'eau et de jardin, loseille, le topinambour et la betterave.

ce La betterave, dit M. Boue («), devrait attirer l'attention du public turc; car, une fois que le droit de propriété est garanti en Turquie ou en Servie, il est évident que les fabriques de sucre de betterave doivent réussir dans ces pays mieux qu'en Europe. En effet, le climat doux des vallées y empêcherait que le froid n'arrêtât ou ne nuisit à la végétation de cette racine, comme cela arrive plus au Nord. La valeur du terrain est bien au-dessous de celle qu'il a en Europe, et il y a des espaces considérables incultes et presque sans valeur. La main-d'œuvre et le bois sont à un bien plus

(1) Tome III, page 36.

bas prix qu'en Europe. Si le gouvernement croyait devoir imposer passablement le sucre étranger, il n'est guère douteux qu'en Turquie des raflSneries de sucre de betteraves ne fussent de bonnes spéculations («). Il serait possible que l'extraction du sucre des courges y fût aussi lucrative, puisque les plaines y paraissent très- favorables à la végétation des cucurbitacées. »

Les jardins d'agrément ne se rencontrent que chez les seigneurs turcs ou les gens riches. Les fleurs principales que l'on y cultive, sont : les roses, le basilic, les œillets, la balsamine, la tulipe, le lis, le tournesol, la capucine, le réséda, la menthe, l'immortelle, les géraniums, les héliotropes, etc. Les promenades publiques sont ombragées par de beaux platanes et des peupliers ; le saule-pleureur et l'acacia sont encore des raretés en Turquie.

Comme on peut le voir par cet exposé sommaire des cultures, aucun autre pays ne possède un ensemble plus complet de produits que la Turquie. Grâce à sa vaste étendue et à l'étonnante fertilité de son sol, dans lequel germent toutes les semences, depuis celles des arbres immenses jusqu'à celles de la fleur de pré, qui nourrit d'innombrables troupeaux, elle peut exporter beaucoup de grains; mais il faut se garder de tirer de cette exportation quelque conclusion favorable à Tagriculture. La législation du Tanzimat, bien qu'elle ait rétabli la sécurité de la propriété, n'a pas encore fait

(1) La Turquie lire le sucre qu'elle consomme des pays d'Europe. En 1856, la France en a importé 4,297,400 kllog., valeur 4,297,000 fr., et la Belgique 3,010,009 kilog., valeur 3,612,000 fr.

disparaître les causes de la décadence de Tindustrie agricole. Ces causes sont :

i^ Le défaut de connaissances chez les cultivateurs. L'indolence générale des campagnards s'oppose opiniâtrement à tout progrès. La science agricole, les instruments, les machines, les découvertes modernes, les procédés et les perfectionnements de la grande culture de TEurope occidentale sont absolument inconnus ou totalement négligés en Turquie.

L'amélioration du sol par l'emploi de la chaux, de la marne, du fumier, la culture alternative des plantes, le repos temporaire, l'amélioration des arbres fruitiers et des légumes, la culture soignée et rationnelle des fourrages sont des choses que les cultivateurs ignorent. Cette apathie tient, en grande partie, du fond même des mœurs et des habitudes religieuses de l'Osmanli. Le paysan turc est souvent pauvre parce qu'il manque d'argent; mais il est riche parce qu'il a en abondance les choses indispensables à la vie, et qu'il sait, d'ailleurs, se contenter de peu. Son champ et ses troupeaux sufiSsent à sa nourriture, la laine de ses brebis l'habille, et pour le reste il se confie à Dieu. Cependant le prophète recommande aux croyants l'agriculture dans les termes suivants : « L'agriculteur est récompensé par son Dieu. — L'homme n'a rien à attendre que du fruit de son travail. »

L'apathie que l'on reproche aux rayas trouve son explication dans le souvenir d'une longue oppression, et dans les vexations de l'ancien régime, qui, en ôtant toute sécurité au cultivateur, éteignait en lui toute

vigueur, tout amour d'un travail qu'il savait devoir être stérile, tant les maux du despotisme sont lents à guérir. Cependant, depuis une douzaine d'années, les agriculteurs de la Bulgarie et de la Roumélie mettent à profit les expériences des pays étrangers, et ne négligent rien pour étendre et améliorer leur culture ; mais l'augmentation des produits agricoles ne pourrait difficilement devenir plus grande, ces provinces étant faiblement peuplées et les bras n'étant pas en rapport avec l'étendue du sol.

2** Le manque de bras. La pénurie des travailleurs agricoles ne vient pas uniquement de la faiblesse de la population, eu égard à l'étendue des divers pays qui composent l'empire; elle doit être cherchée d'abord dans le recrutement de l'armée, qui enlève tous les ans un grand nombre de bras aux campagnes (et la perte des recrues n'est pas compensée par un nombre correspondant de naissances), et ensuite dans la grande masse de paysans célibataires délaissant les travaux champêtres pour aller tenter la fortune dans les villes et surtout à Constantinople, où, sous le nom de bekiars, ils font le métier de portefaix, de porteurs d'eau, de canotiers (i), de domestiques, etc. Ces bekiars comptent pour 75,000 dans la population flottante de Canstatitinaple.

(t) On sait que tes canots qu^on appetîe calques sont 'des espèces de pirogues étroites, longues, rapides, qui servent aux communications par eau dans ta Corne d'Or et le Bosptiore. En 1853, It y avait à Constantinople, sur le tittorat du Bosptiore seulement jusqu'à Dolma-Bagtttclié, 16^000 caïques et près de 19,000 caïl^dji (rameurs de caïques), et dans les villages du Bosphore, depuis DoIma-BagtitscUé et Scutari jusqu!à la mer Noire, 3,000 caïques et 5,000 caïkdjr.

3^ L'absence de capitaux. L'épuisement complet du pays, conséquence de l'ancien système, joint à Tindolence des individus et au manque de bras, a eu ce résultat, que le campagnard, en règle générale, ne possède jamais de l'argent comptant. A l'époque des semailles et du payement des impôts, il emprunte de l'argent à des intérêts énormes (18 à 30 p. c; par an), en s'adressant à des usuriers, auxquels il doit engager sa récolte future. A cause des intérêts élevés, il abandonne la récolte à l'usurier pour la moitié de sa valeur. Lorsqu'un malheur, des sauterelles, la grêle, la sécheresse, a fait manquer la récolte, il engage immédiatement celle de l'année suivante. En attendant, il vend aussi le bétail et tout ce qu'il possède de capital d'exploitation, afin de pouvoir remplir d'autres engagements et pourvoir aux besoins courants. Quand le campagnard a épuisé tous ses moyens, il aliène tout ce qu'il a encore le droit d'appeler sa propriété, et part pour la ville. Au commencement de l'année 1852, le gouvernement publia une ordonnance en vertu de laquel le taux de l'intérêt fut réduit à 8 p. c. pour les campagnes, et lui attribua force rétroactive. Les capitalistes refusèrent de faire des avances à un taux aussi réduit, et comme le gouvernement ne donna aux paysans aucun renseignement sur le moyen de se procurer de l'argent à 8 p. c, les campagnards durent provisoirement renoncer aux emprunts et se trouvèrent, par conséquent, dans une situation plus embarrassante qu'auparavant. Ces motifs amenèrent le gouvernement à rapporter son ordonnance, fin mai 1852.

^no L'EMPIRE DE TURQUIE.

y 4"* L'absence de moyens de communication. Jusqu'à

présent, la Turquie ne possède pas encore de voirie, et le peu de routes qui furent construites avant la domination ottomane sont depuis longtemps en ruine et devenues impraticables. Voilà pourquoi les campagnards fixés dans le voisinage des côtes peuvent seuls vendre leurs produits; dans Vintérieur du pays, ils sont réduits à la consommation insignifiante des villes de province, qui elles-mêmes s'adonnent, pour la plupart, à l'agriculture . Pour transporter des marchandises de l'intérieur jusqu'aux côtes et viite-ver^à^ il n'y a qu'un seul moyen, qui est le chameau ou la mule, et ce moyen de transport est tellement cher, que les marchandises de grande valeur peuvent seules supporter une telle augmentation de prix. Si le blé tiré de l'intérieur du pays devait trouver des acheteurs sur les marchés où les négociants étrangers font leurs provisions pour l'exportation^ il devrait être gratuitement abandonné par le cultivateur. Il résulte de ceci, que le campagnard de l'intérieur du pays se borne à la production de ce qu'exigent ses propres besoins, c'est-à-dire qu'il ne cultive que ce qu'il lui faut pour sa propre consommation , avec un petit excédant, afin de pouvoir entretenir sa famille et payer les impôts et les intérêts des sommes empruntées.

Il résulte des considérations qui précèdent, que la terre, faute de bras et de capital d'exploitation, ou, pour mieux dire, faute de circulation . des capitaux, a aujourd'hui peu de valeur en Turquie.

D'après un rapport de M. Jonesco (i) dont le Journal de Constantinople a publié des extraits en 1851, on peut acheter en Thessalie pour 50,000 piastres un domaine de 1,000 dounoum sur lequel sont répandues des valeurs capitales s'élevant à 30,000 piastres^ ce qui réduit le dounoum à 20 piastres. En comptant 12 dounoums pour un hectare et 4 1/2 piastres pour un franc, on arrive à 53 francs pour le prix d'un hectare de terre en Thessalie. On sait que la valeur du capital foncier augmente par les améliorations agricoles, et Ton a vu en Thessalie des propriétés qui, dans 15 ans, ont triplé de valeur. Plus on s'éloigne des débouchés, plus le prix de la terre diminue. En 1853, l'arpent de terre de I 40 pas carrés se vendait aux environs d'Andrinople I loO à 160 piastres; plus loin, on payait l'arpent 40, 50, 60 piastres; plus avant dans l'intérieur, quand les terires étaient d'une qualité médiocre, l'arpent ne I valait que 12 à 15 piastres.

I II y a à Andrinople des familles franques qui possèdent I des Tchiffliks (fermes, domaines) d'une telle étendue, qu'il leur est impossible d'en diriger l'exploitation euxmêmes. Pour faire valoir leurs domaines, ils prennent I des associés, de petits cultivateurs, auxquels ils attri- I buent une certaine étendue de terrain ; ils leur font I l'avance d'un petit capital et des semences; après la récolte, le propriétaire reçoit d'abord la quantité de grains donnée pour semence, et la moitié de la récolte en nature. Le fermier qui reçoit 1 ,000 à 1 ,500 piastres

(1) Voyez son ouvrage La Dobrodja, i vol. in-S^, Conslanlinople, 1850.

n'a ordinairement qu'une paire de buffles et peut semer, p^r année, 30 à 40 kilos de grains, et, en été, quelques petites étendues en blé de Turquie , sésame, etc. ; si le fermier a 2 ou 3 paires de buffles, on lui avance 2,000 piastres. Une paire de buffles coûte 1,200 à 1,500 piastres. Les premières avances restent à charge des fermiers; en 1853, le taux ordinaire des banquiers avec les paysans s'élevait à 20 p. c. sans change.

Dans l'Asie Mineure, les terres ont encore moins de valeur. M™® la princesse Belgiojoso acheta, en 1856, des frères de Moussa-Bey, fils du puissant Osman-Pacha, pour cinq mille francs , un domaine situé à quelques jours de marche de la ville d'Angora, d'une étendue de deux lieues de long sur un tiers de lieue de large (i).

On sait avec quelle énergique volonté S. M. I. le Sultan et ses conseillers poursuivent la réforme. Le droit de posséder des propriétés immobilières, que le nouveau statut du 18 février 4856 garantit aux Européens, est une concession qui ouvrira sans contredit la voie à un immense progrès matériel. Cette possession directe, si longtemps contestée aux étrangers, fera affluer les émigrations européennes, avec leurs sciences et leurs capitaux, vers la Turquie, cette terre si propice aux travaux de l'agriculture, si hospitalière aux étrangers qui viennent la visiter ou y fixer leur demeure, sûrs d'y trouver pour eux liberté de conscience, liberté d'enseignement et liberté des échanges (2).

(1) Ouvrage cilé, page 10.

(2) Voyez aux annexes le règlement publié par le gouvernement impérial au sujet de la colonisation en Turquie.

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