‹ L'empire des Sassanides, le peupleChapitre 5 sur 14 · I TT · texte numérisé non relu

I TT

Civiles sont les charges de préposé aux affaires civiles — désignation assez obscure — , de juge arbitral, et de chef de la perception des impôts et inspecteur des trésors royaux *).

Il est difficile de décider, à quelle famille chacune des charges appartenait. On sait que la dignité à*argabedh était attachée à la maison sassanide, et l'on peut considérer comme probable que le poste d'Êrân-spâhbedh appartenait à la famille d'Aspahbedh. Enfin, du fait que les noms de Sûrèn et de Mihràn figurent souvent parmi les chefs des armées perses, on pourrait conclure peut-être, que chacune de ces deux maisons avait eu une des deux autres charges militaires; mais ce n'est là qu'une supposition, dont les preuves nous font défaut. Quant à la distribution des charges civiles nous n'en savons absolument rien.

Tout bien considéré, les charges héréditaires — la royauté elle-même non comprise — étaient des postes très importants et bien distingués, il est vrai, mais non pas les plus hauts et les plus importants. Que le premier poste de l'Empire, celui de premier ministre, se transmît par héritage, de sorte que le roi n'eût pas de choix pour ce conseiller, et qu'il pût tout au plus faire tuer son grand vezir pour lui faire succéder le fils atné, une telle institution aurait été incompatible avec le gouvernement absolutiste qui était en effet la base de l'Etat perse, une telle institution aurait, en peu de temps, amené la ruine de l'Empire'). Les charges

reçu en persan la signification de «gouverneur de province*'. Sous Yazdegerd 111, pendant les guerres contre les Arabes, le marzbân de Tûs est désigné sous le titre de kanârang vTha'âlibi, éd. Zotenberg p. 743 et Belâdhori éd. de Goeje p. 405 ligne 7 où le mot est faussement vocalisé); comp. ci-dessous p. 22 et n. 6.

^) Je ne crois pas que cette dernière charge soit identique à celle de „ directeur général des impôts" (wâstri^ânsâlàr). Tabarî (Nœld. p. 110), nommant les grands postes que le ministre Mihr Narsê procura à ses trois fils, dit que le puiné, Mâhgusnasp, était possesseur de la charge de wâstriôsânsâlâr durant tout le règne de Bahram V. Si ce poste était héréditaire, il aurait fallu que Màhgusnasp fût Taîné. On pourrait croire à quelque inexactitude de la part de Tabarî (à un autre endroit, Nœld. p. 112, il nomme les fils dans un autre ordre, Mâhgusnasp occupant toutefois la dernière place); mais si Ton suppose que Mâhgusnasp, étant réellement Taîné, avait hérité de la charge de wâstriôsânsâlâr, il s*ensuivra que Mihr Narsê et son père Burâza auraient eu la charge avant lui. Or Dinâwarî (ed/ Guirgass p. 57) mentionne un certain Gusnaspâdhâr comme „chancelier de Timpôt foncier", ce qui veut dire indubitablement wâstriôsânnàlâr, après la mort d'Yazdegerd I, c -à-d. du vivant de Mihr Narsê. Et même si Ton voulait objecter que Dinâwarî n'est pas une source de premier ordre, cette difficulté reste, que Mâhgusnasp aurait reçu la charge héréditaire de sa famille du vivant de son père, ce qu'on n'est pas en droit de supposer, Je crois. — La charge héréditaire dont il est question ici aura été plutôt celle de vispuhràn hamârkâry «percepteur des impôts des vispuhrs". Ce haut fonctionnaire est mentionné dans les sources arméniennes, et il est dit à une certaine occasion, que dans sa maison les impôts d'Ispahan étaient rassemblés (v. Hûbschmann: Armen. Granim. 1 p, 178).

*) Encore une raison pour ne pas voir dans la sixième charge héréditaire — de Tordre donné par Théophylacte — le wâstrîôgânsâlâr, qui était de fait le ministre des finances de TEmpire. — Dans le royaume arabe de Hîra, qui reconnaissait la suzeraineté du Roi des Rois, la place de grand vézir (rîdf) aura été héréditaire dans la famille d'Yarbû', en compensation de Tabandon des prétentions à la couronne de Hîra (selon Jauhari, voir Enger ZDMG. XIII p. 240, comp. Rothstein: Die Dynastie der Lakhmiden in al-Hira, p. 112 et 133). Voilà le système perse porté au delà des limites raisonnables! Cela n'aurait guère été possible que dans un petit Etat comme Hîra, placé sous la sun'eillance et la protection d'un grand Empire.

héréditaires dans l'Empire sassanide étaient des places d'honneur marquant la position privilégiée des sept premières familles^), mais leur puissance reposait également sur les revenus de leurs fiefs et — surtout pour la période antérieure à Kawâdh et à Khusrau I — sur la force du lien féodal entre elles et leurs sujets, et enfin sur ce fait que leur accès facile au Roi des Rois leur donnait une certaine prérogative pour la nomination aux plus hautes charges de l'Empire.

Encore longtemps après la chute des Sassanides et de l'ancienne société, les vispuhrs se maintenaient dans le Pars. Ibn Hauqal écrit au 10^ siècle ap. J.-C: «Dans le Pars il y a une bonne tradition et coutume relativement aux affaires' de la population, à savoir l'excellente chose que l'on honore les membres des vieilles familles {ahlu'l-buyûtdt »» vispuhrâtiy voir ci-dessous) et vénère les races les plus distinguées, et parmi celles-ci il y a des familles qui possèdent par héritage la direction des divans (bureaux d'administration) depuis les temps anciens jusqu'à nos jours*" ^). Mas'ûdi mentionne également les ahlu'l-buyûtdt de Pârs^.

Wazurgàn.

Dans la chronique sassanide qui nous est restée en partie dans l'œuvre de Tabari, on rencontre presque à chaque page l'expression „les grands et les nobles**. Chaque fois qu'un nouveau roi est monté sur le trône, „les grands et les nobles** se rassemblent pour lui rendre hommage et entendre le discours par lequel il s'introduit chez son peuple. Ce sont eux qui détrônent Ardeèir II et qui tuent âàpûr III ^). Quelques ^grands et nobles** s'engagent à exclure la postérité d'Yazdegerd I du trône ^), et dans les pourparlers suivants avec le roi arabe Mundhir sur la succession au trône ce sont ^les grands et les nobles** qui agissent^). Quelquefois on trouve la combinaison «les grands et les hommes distingués**^). Les expressions arabes ahluH-bugâtât (les nobles), aUuzamâ (les grands) et al-aSrdf (les hommes distingués) sont des traductions littérales des termes pehlvis vispuhrdtiy wazurgàn et dzâtdn^). Parfois «les grands** figurent seuls ^). D'après le rôle que

') 11 est possible que la règle observée par les rois achéménides ait existée aussi sous les Sassanides: que les Rois des Rois devaient prendre leurs femmes de préféi*ence de leur propre famille ou des six autres maisons privilégiées. Kawâdh avait une femme de la famille d*Aspahbedh (Nœld. p. 145); la mère de Khusrau 11 était de la maison de Spendiyâr, sœur de Bistâm et de Bindôê (Nœld. p. 273). Que, d'autre part, des princesses sassanides pussent se marier dans les six premières familles, c'est ce que prouve le fait, que le fils d'une sœur de Khusrau II portait le nom de Mihrân (Nœld. p. 140). Jean le Mamicon mentionne aussi un général du nom de Vakhtang et son frère Sûrcn comme les oncles de Khusrau II (Langlois I pp. 370 sqq. et 373).

«) Biblioth. geogr. Arab. 11 p. 207—8.

*) Voir plus tard.

*) Nœld. p. 70 et 71.

») Ibid. p. 91.

<*) Ibid. pp. 92, 93, 94 etc.

7) Nœld. pp. 50, 113, 133.

") Ibid. p. 71 n. 1. Pour ahlu'l-buyùtài comp. la forme araméenne bcir-baithâ-n qui sert d'idéogramme à vispuhrân (p. 23 n. 4). Par „les hommes distingués'' {âzâtân)^ on doit comprendre ici surtout la classe des chevaliers. — Entre les combinaisons analogues qui se trouvent chez Tabarî, on remarque „les plus honorés et les grands" (en arabe: al-vujûh wa'!-' uzamâ, Nœld. p. 282).

^) Nœld. pp. 48, 69, 361, 386.

jouent „les grands** à travers l'histoire de la période sassanide, et vu qu'ils apparaissent régulièrement à côté de la noblesse terrienne, il n'y a guère de doute de qui il faut entendre par ce nom-là: ce sont les grands officiers de l'Empire, les plus hauts représentants de la bureaucratie.

Quant à la série des fonctionnaires suprêmes de l'administration centrale, nous devons à Mas'ûdi une notice intéressante à laquelle nous avons déjà fait allusion. Dans son Kitàb et-tanbih wa'l-iêràf^), cet auteur arabe dit que les plus hauts officiers d'Etat chez les Perses étaient les cinq suivants: 1. le môbedhdn môbedh (grand prêtre), 2. le wazurg-framâdhdr (grand vézîr), 3. le spâhbedh (général), 4. le dabirbedh (conservateur des registres, secrétaire), 5. le hutukhébedh qu'on appelle aussi wâstriôèbedh („ conservateur de tous ceux qui travaillent de leurs mains** comme esclaves, laboureurs, marchands et autres). Mas'ûdi ajoute que ces cinq personnages étaient „les directeurs et les conducteurs de l'Empire et les intermédiaires entre le roi et ses sujets"*; nous dirons qu'ils formaient le ministère de l'Empire. Ce sont les représentants des quatre états plus le représentant du roi, et il est à noter que ce dernier est placé après le représentant du clergé. Parmi les autres grands dignitaires, Mas'ûdi nomme les marzbânSy commandants des marches, qui étaient au nombre de quatre, un pour chacun des quatre points cardinaux. Cette dernière assertion est inexacte, les quatre gouverneurs généraux pour les quatre points cardinaux ayant le titre de pâdhghôspdn. Sur ce point-là Mas'ûdi n'a pas bien compris le vieil almanach royal (gâhndmagh) qui lui a servi de source. Mais en ce qui concerne les cinq charges suprêmes de l'Empire, il n'y a pas de doute qu'il ne les présente exactement comme il les a trouvées dans le gàhnâmagh. Toutefois il est bien vraisemblable que les Perses, conservateurs de leur naturel, aient conservé pendant des siècles, dans cet almanach vénérable, un ordre traditionnel, sans égard pour les changements que le temps a apportés dans les relations politiques et sociales.

Ya'qûbi a donné ^) la liste des dignités les plus importantes de l'Etat sassanide, mais sans en indiquer celles qui font partie du ministère proprement dit, et sans distinguer celles qui étaient réservées à la haute noblesse de celles qui appartenaient à la noblesse inférieure. Cependant, l'ordre que Ya'qûbi a observé dans son énumération aura répondu à peu près à la situation réelle au temps de Khusrau 1. Immédiatement après le Roi des Rois, il nomme le wazurg-framadhar , puis le môbedhdn môbedhy puis Vhérbedh[ân hêrbedh] (le „gardien du feu"), puis le dabirbedh, ensuite le spâhbedh qui a sous ses commandements un pddhghôspân^); le commandant de la province s'appelle marzbdn, celui du canton Sahrigh; les officiers portent le titre de chevaliers (asâwirâty pour le pluriel pehlvi aswârân ou aspwâraghân),

') Bibl. geogr. Ârab. VHl p. 103.

'^'i Ed. Houtsma I p. 202.

^) Cela implique l'existence de quatre spâhbedhs, comme il y a quatre pâdhghôspâns , ce qui montre que le tableau fait par Ya'qûbî ne remonte pas au delà du temps de Khusrau I: c'est lui qui a changé la charge unique de spâlibedh de l'Empire en quatre postes de spâhbcdli d'après les points cardinaux (v. plus tard).

les juges de paix sâhrtiH^) et le chef du conseil d'administration mardumânbedh^i).

Enfin une source bien différente nous donne quelques renseignements sur la composition du ministère du Roi des Rois. Selon §ahrastâni \ Mazdak, le fondateur de la fameuse secte religieuse et communiste, se figurait Dieu assis sur son trône comme Khusrau^ dans le monde inférieur, ayant devant lui quatre forces spirituelles correspondant aux quatre personnes qui se tiennent debout devant Khusrau, à savoir: môbedhdn môbedh^ hérbedhdn hêrbedhj spdhbedh et ra/nâf^er („ musicien")^). Il va sans dire que le dernier n'a pas eu, dans l'Etat perse, sa place parmi les plus grands dignitaires, mais si la musique a joué un rôle aussi considérable dans le service divin des Mazdakites que dans celui des Manichéens^), on comprend que «le musicien*" a pris, dans la hiérarchie céleste de Mazdak, la place d'un des hauts conseillers du grand roi, probablement du grand vézir, eu égard surtout à ce que les musiciens avaient réellement un haut rang à la cour. Selon Mas'ûdt^), ArdeMr Pâpakân aurait institué sept corps d'Etat^. Dans les quatre premiers il plaça les chefs de gouvernement, tous ceux qui prenaient part aux affaires, à la création et à l'exécution des lois: 1. les ministreSy 2. le [grand]môbedhf juge suprême, chef de la religion et supérieur des hérbedhs, 3. les quatre spdhbedhsy les principaux agents de l'Etat, dont chacun est le maître d'un quart du royaume et a sous lui un lieutenant appelé 4. marzbdn. Puis il plaça dans une classe spéciale les chanteurs, les virtuoses et tous ceux qui exerçaient la profession de musicien ^). L'auteur ajoute que Bahrâm Gôr (V) introduisit quelques changements dans la classe des musiciens, et que Khusrau I rétablit l'organisation d'ArdeStr. — Tabari raconte que Khusrau II rassembla, pour célébrer l'inauguration d'une digue sur le Tigre, „les marzbâns et les musiciens" ^).

1) Ed. Cureton p. 193, trad. de Haarbrûcker I p. 292.

^) C. à-d. le roi des Perses. Le mazdakisme naquit sous le règne de Kawâdh, et Mazdak lui-même était mort, probablement, avant Tavènement de Khusrau I (v. Nœld. p. 464<-66). Pour les Arabes le nom de Khusrau (Kesrâ) était un titre commun des rois sassanides, comme il est dit expressément dans le passage dTa'qûbî dont nous venons de faire un extrait.

') Une telle comparaison entre TEtat céleste et TEtat terrestre n'est pas sans parallèle en Perse. Dans le livre zarathoustrien Bundehisn, le firmament est représenté comme étant partage entre quatre spâhbedhs tout comme TEmpire perse (Nœld. p. 155—56 n. 2).

*) Voir Tarticle ^Mânî*' de Kessier dans «Herzog's Healencyklopadie f. prot. Théologie und Kirche", 3 Âufl.

*') Muruj-edh-dhahab publ. et trad. p. Barbier de Meynard H p. 153.

*^) La tradition aime toc^ours à attribuer Torganisation politique et sociale au fondateur des dynasties. Comp. la lettre de Tansar. Contrairement à Tordre traditionnel des rangs donné dans le Kitâb-et-tanbih, Mas'ûdi présente ici un classement qui correspond plutôt à celui dTa'qûbî (seulement il a nies ministres** au pluriel, et le grand hêrbedh manque, ses fonctions étant prises par le grand môbedh). 11 est curieux que Mas*ûdî confond ici encore le marzbân avec le pâdhgbôspân.

') Mas'ûdî ne nomme pas les deux derniers des sept corps d'Etat.

") Nœld. p. 306. — Quand même Tauthenticité de la tradition serait douteuse pour les détails, le tableau général de Tétat de civilisation qu'elle révèle est certainement correct. 11 faut remarquer que le mot marzbân est employé souvent, dans les récits arabes, comme la désignation générale des grands de la cour de Perse.

En comparant les diverses indications, nous arriverons à ce résultat, que quatre ou cinq fonctionnaires suprêmes de l'Etat, formant une sorte de ministère, ont été ^devant la face du Roi des Rois*". Probablement ce ministère a varié quelque peu selon les temps, par sa composition et par le nombre de ses membres. Le wazurg-framâdhâr et le môbedhdn môbedh y ont toujours eu leur place. L'hêrbedhdn hêrbedh qui égalait presque le môbedhân môbedh en rang ^) semble également en avoir fait partie, mais à ce qu'il paraît, cette charge n'a pas toujours été occupée, le grand môbedh étant mentionné parfois comme le chef des hêrbedhs. Quand les fonctions de VÊrdn-spdhbedh unique furent partagées par Khusrau I entre quatre spdhbedhSj et que ceux-ci devenaient, dans la période suivante, des gouverneurs autant que des généraux, leur position parmi les conseillers du roi a dû subir divers changements. Il est à supposer, enfin, que le directeur général des impôts {wdstriôèdnsdldr) et le grand secrétaire de l'Empire (Êrdn-dabtrbedh) ont été comptés, par périodes, sinon durant toute l'époque sassanide, parmi les plus hauts officiers.

Le titre du grand vézir était d'abord hazdrabedh. Déjà sous les Âchéménides Vhazdrapat ix^iiapj^oQj originairement le chef du corps de garde de mille hommes) était devenu le premier fonctionnaire de l'Empire, celui par lequel le roi dirigeait l'Etat^). Ce nom se continuait à travers la période parthe jusque dans l'époque sassanide. Les Arméniens désignent le premier ministre de la Perse sous le nom d'hazarapet dran Ariats (^chiliarche à ia Porte de l'Iran*"), et dans une lettre à Mihr Narsê, premier ministre d'Yazdegerd II, ils le qualifient d'„hazarapet de l'Iran et du Non-Iran""^, tandis que lui-même il s'était appelé, en écrivant aux Arméniens, le ^wazurg-framddhdr^) de l'Iran et du Non-Iran" ^). Nous savons de Tabarî (Nœld. p. 111) que c'était là son titre officiel; et les passages déjà cités de Mas'ûdi et d'Ya'qûbî attestent suffisamment, que le titre de wazurg-framàdhâr a été la dénomination du grand vézir jusqu'à la fin de l'époque sassanide.

Parmi les titulaires de ce poste on connaît Abarsam sous ArdeSîr I % Kât sous §àpûr IF), Khusrau Yazdegerd sous Yazdegerd P), Mihr Narsê surnommé Hazdrbanda

1) Tab. Nœld. p. 110.

^) Chiliarchus qui secundum gradum imperii tenebat (Nepos: Gonon, chap. lli). Sous Alexandre, Héphaistion avait eu ce titre, plus tard Perdiccas. Ântipatre fit Cassandre chiliarche sous la régence de Polysperchon, et Diodore (XVIII, 48) y ajoute la notice, que le chiliarche était le premier en rang sous les rois de Perse (voir Marquart, Philologus t. 65 p. 227 sqq. et Tart. XtXiap^ç dans la dernière édition de „Pauly*Wissowa, Healencyklopâdie").

") Par analogie avec le titre du roi de Perse: „Roi des Rois de Tlran et du Non-Iran".

*) En arménien Vzvurg'hrama[nd\tar (v. Hiîbschmann: Arm. Gramm. 1 p. 182—83). La signification en est: „le grand commandeur". Isolé, le mot p'amâdhâr, ^commandeur", „prévôt", est employé aussi pour désigner un fonctionnaire supérieur dans le clergé parsî, qu'on ne sait plus identifier (West: Pahlavi Texts H pp. 152 et 276).

^) Elisée, Langlois H pp. 190 et 192.

«) Tab. Nœld. p. 9.

') West: Pahl. Texts I p. 145.

^) Labourt: Christ, dans FEmp. perse p. 97.

(«celui qui possède mille esclaves**) sous Yazdegerd I et BahramV^), Sûrên Pahlav sous Bahram V^, et sous Khusrau I Wazurgmibr (en néo- persan Buzurdjmihr), d'une célébrité légendaire, mais dont l'existence comme personnage historique n'est pas bien établie.

Nous avons peu de renseignements directs sur le ressort et le pouvoir du wazurg-framàdbâr. 11 va sans dire qu'il devait non seulement diriger les affaires d'Etat sous le contrôle du roi et, en grande partie, sur sa propre initiative, mais aussi remplacer le roi quand celui-ci était en voyages ou à la guerre^. Les négociations diplomatiques étaient de son ressort, il pouvait même avoir un commandement militaire^). Bref, comme conseiller principal du roi, il embrassait toutes les parties du mécanisme de l'Etat et pouvait intervenir partout. Le wazurgframâdbâr idéal était un homme d'une culture d'esprit parfaite, distingué dans sa conduite, dépassant ses contemporains en tout^), un homme qui réunissait un caractère noble et prudent et une sagesse théorique et pratique^, et qui était capable d'influer sur un roi qui se laissât guider par ses mauvais instincts^.

Du reste, la charge de grand vézir dans la forme connue du temps du califat, la forme qu'elle a conservée depuis lors dans tous les Etats islamiques, est un emprunt direct de l'Etat sassanide^); aussi les notices que donnent les théoriciens arabes de la politique sur la position du grand vézir, auront-elles eu leur valeur, en général; en ce qui concerne le wazurg-framâdhâr perse. Selon Màwerdt le grand vézir exerce tout le pouvoir que possède le calife avec la seule obligation d'instruire le calife de toutes ses dispositions pour marquer sa dépendance et sa soumission. D'autre part, le calife a le devoir de contrôler toutes les actions de son vézir. Le pouvoir du grand vézir n'était en outre limité que sur trois points: L il n'a pas le droit de nommer lui-même son successeur ou son lieutenant, 2. il ne doit pas demander sa retraite au peuple, parce qu'il agit au nom du roi et non pas au nom du peuple, 3. il ne doit pas destituer ou déplacer, sans une autorisation spéciale, des fonctionnaires nommés par le roi^. De ces trois points le deuxième trahit son origine du califat qui a poussé ses germes dans un sol démocratique, mais abstraction faite de cela, le rapport entre le grand roi et le wazurg-framâdhâr aura été essentiellement le même que plus tard entre le calife et le grand vézir. Dans le livre arabe intitulé „Guide des vézirs" il est dit: „Les rois des Perses honoraient leurs vézirs plus qu'aucun roi et disaient : le vézir est celui qui arrange nos affaires,

^) Tab. Nœld. p. 75 sqq. et 108 sqq.

') Lazare de Pharbe, Langlois 11 p. 270.

•') Tab. Nœld. p. 106.

') ibid. p. 108.

6) Ibid. p. 76.

^) Le type de Wazurgmibr, voir le i^âhnâmeh de Firdousî, publ. p. Mohl VI p. 364 sqq. ; comp. Tab. Nœld. p. 251, le Pandnâmagh-i-Wazurgmihr (le Muséon VI, la Chrestomathie persane de Schefer, I p. 1 sqq. et celle de Salemann et Shukovski p. 41 sqq.).

") Tab- Nœld. p. 77.

^) Voir Enger, ZDMG. XIII p. 240.

•) Enger 1. c. p. 242.

D. K. I). VIdensk. Selsk. Skr., 7. Rivkke. historisk ng fllosoflsk Afd. I. I. 5

il est rornement de notre Empire, il est notre langue avec laquelle nous parlons et notre arme que nous avons toute prête pour en frapper notre ennemi dans le pays lointain" ^).

Comme sa copie arabe, le wazurg-framàdhâr perse a été une espèce de factotum. Pourvu du sceau de l'Empire il a conduit les affaires d'Etat, mais à côté de son activité politique il a dû instruire le roi, quand celui-ci avait besoin de nourriture spirituelle, et en d'autres occasions faire le maître de plaisir. Il devait être rempli de science et d'anecdotes, comprendre également bien les jeux et les sports, la poésie et la musique, il devait savoir lire la destinée dans les étoiles et au besoin guérir son souverain, si celui-ci était malade^).

Quand la doctrine de Zarathoustra s'avança de son foyer du nord et de l'est de l'Iran vers l'ouest, et qu'elle eut un nouveau centre dans la Médie, la tribu mède des Mages eut le privilège du sacerdoce. Tel doit avoir été l'état de choses déjà au temps où la Médie parait sur le théâtre du monde avec Cyaxare. Le mot maghu devint la dénomination commune des prêtres au lieu du mot avestique âthrauâ- Cependant les mages continuaient à se sentir comme une tribu, et encore sous les Sassanides, ils sont désignés comme une classe de gens ^sortis d'une même tribu, voués au service des dieux" ^), Au cours des temps il s'était formé, parmi les mages, une classe supérieure, sorte de classe épiscopale, dont les membres s'appelaient maghupat > môghbedh > mÔbedh%

Dans l'Etat sassanide le clergé va de pair avec la noblesse féodale, et pendant les périodes de décadence ces deux états se soutiennent généralement contre le roi. Mais ils se tenaient toujours séparés comme deux couches dont chacune avait eu son évolution à elle. Parmi les membres des grandes familles nobles de la période sassanide qui nous sont connus, personne, autant que je sache, n'a été môbedh'')- Le clergé était recruté de tout temps dans la tribu des Mages qui, naturellement, s'était bien accrue au cours des siècles^'). Et les mages cherchent dans la glorieuse histoire légendaire un arbre généalogique qui égale ceux des grandes familles nobles. Tandis. que les Sassanides font remonter leur origine — à travers les Âchéménides — à Kavi Vistàspa, protecteur de Zarathoustra, et que la plupart des autres grandes familles remontent au même ancêtre à travers les Arsacides (et les Achéménides), l'auteur de la grande race des môbedhs était le roi légendaire Manuséithra de la dynastie des Paradhata bien plus ancien que Vistàspa. Tous les môbedhs

^) ËQger ZDMG. XIII. p. 240.

^) ]bid. p. 243.

») Ainmien Marc. XXIII, 6, 34.

*) Les auteurs grecs et latins désigueut par y^fiayoç'^^ „magus'', les mages et les môbedhs sans difTérence. Au contrait e, chez les écrivains arabes et persans, le nom de môbedh est employé souvent, par extension, pour désigner tous les degrés de la hiérarchie parsie.

'") W est relaté que Zarwândâdh, fils de Mihr Narsê (de la race de Spendiyâr) devint hcrbedhân hcrbedh.

^^) Comp. le rôle que jouent les Seyyids dans la société scliiitc.

qui ont été célèbres dans TEmpire ont été de la même race, de celle de Manusèithra, dit le Bimdehisn^).

Encore au temps de §âpûr II, la Médie, tout spécialement TAtropatène, était le pays des mages. Là ils avaient leurs terrains fertiles, ils avaient des maisons de campagne qui n'étaient pas protégées par des murs*), et ils vivaient d'après leurs propres lois^). En somme, le clergé supérieur a été sans doute bien pourvu de propriété foncière.

Le supérieur de tous les mobedhs, le grand pontife ou pape du monde zarathoustrien était le màbedhân môbedh, La première fois que nous entendons parler de ce dignitaire ecclésiastique, c'est quand Ârdesir I nomme môbedhân môbedh un homme du nom de Pahr(?)^). Il est bien possible que la charge ait existé auparavant, mais ce n'est qu'au moment où le parsisme devient la religion d'Etat qu'elle prend une importance extraordinaire.

D'autres grands mobedhs connus sont Bahak et son successeur Ataropat Màraspendàn sous §àpûr II, et plus tard Mitrowarâz et Mitroakawid -'*).

Le môbedhân môbedh avait la direction suprême de toutes les affaires ecclésiastiques, à lui appartenait la décision des questions théoriques de théologie et de dogmatique et des questions pratiques de la politique de l'Eglise. Il lui fallait donc une instruction solide. Elisée mentionne (Langlois II p. 230) un grand môbedh qui s'était acquis par son érudition théologique le titre honorifique d'Hamakdên («celui qui connaît toute la religion"): il avait lu les cinq codes qui contenaient toute la doctrine des mages: Antparkes, Bozpayit, Pahlavik („le [code] parthe") et Parskadên („la religion perse**) et en outre un sixième nommé mogpet (c.-à-d. môbedh).

C'était au môbedhân môbedh sans doute d'instituer et de destituer les fonctionnaires ecclésiastiques; d'autre part, tout semble indiquer que lui-même a été nommé par le roi. Il coopère à la formation des commissions d'inquisition en des régions où l'opposition contre la religion ortodoxe est particulièrement acharnée®). Il est — ou doit être — le conseiller du roi dans tous les cas où il s'agit de la religion"), et il peut avoir, en général, une influence extraordinaire sur toutes les affaires de l'Empire en sa qualité de guide moral, de mentor et de directeur spirituel du roi^). .

*) Chap. 33. Ici sont énumérés les plus connus des grands mobedhs du temps des Sassanides ainsi que les illustres mobedhs contemporains du dernier rédacteur du livre. — II faut remarquer cependant que, d'après Tarbre généalogique donné par l'^bari (Nœld. p. 126—27), la famille de Kârén a pris pour ancêtre le même Manuscithra.

-) Les grands de TEglise étaient protégés par leur qualité d'ecclésiastiques.

») Ammien Marc. XXUl, 6, 35

*) Tab. Nœld. p. 9.

^) Bundehisn chap. 33.

^) Voir plus loin, le chapitre sur T Eglise et la Justice.

^) Comp. p. ex. Tab. Nœld. p. 250.

^) Voir le rc)lc que joue le grand môbedh et les mobedhs en général chez Firdousi. Comp. le Nihâyatu'Mrab, Browne JRAS. 1900 p. 240 et p. 227 où le môbedhân môbedh ouvre le testament du roi défunt et le lit devant son flis et successeur. Sur la place que tient le môbedhân môbedh à l'élection du roi pendant certaines périodes, v. plus tard. Le grand môbedh comme confesseur du roi, Tab. Nœld. p. 97.

La position de Vhêrbedhân hêrbedh est moins claire. Le mot hérbedh se trouve dans l'Âvesta sous la forme d'aethrapaitis et avec la signification d'instructeur des prêtres ou de directeur d'une école de prêtres^). Dans les temps modernes le mot hêrbedh signifie la dernière classe, — qui est naturellement la plus nombreuse, — de la hiérarchie^), et il semble que tel ait été l'état de choses déjà au temps où la source principale de Tabari a été composée, c.-à-d. vers la fin de la période sassanide : Tabarî raconte que Khusrau II fit construire un tehiple du feu, auquel il plaça 12,000 hêrbedhs pour la «murmuration" de prières et d'invocations*). Mais il doit y avoir eu des hêrbedhs, dont la position a été autre et bien plus distinguée. Dans le dictionnaire persan Burhân-i-qâtf, hêrbedh est expliqué ainsi: „1. le serviteur du temple du feu, 2. le juge et le moufli des parsis; selon d'autres l'hêrbedh est le maître et chef des serviteurs du temple"". Un autre témoignage de l'honneur dont jouissait originairement la dignité d'hêrbedh est le fait qu'un hêrbedh a gouverné la Perse proprement dite comme une espèce de prince prêtre, quand, au 7^ siècle ap. J.-C, les Arabes conquéraient cette province. Vu ce caractère original de l'hêrbedh, on comprend que l'hêrbedhân hêrbedh a pu figurer parmi les plus grands dignitaires, tout près du môbedhân môbedh. Du reste nous ne pouvons pas fixer la différence entre les fonctions du môbedh et celles de l'hêrbedh; il est possible que l'hêrbedh a eu son activité principale sur le domaine de la juridiction cléricale.

Parmi les hêrbedhân hêrbedhs sont nommés Tansar, le coopérateur d'Ârdesir I pour l'organisation de l'Eglise officielle^), et Zarwàndâdh, fils de Mihr Narsê et «destiné par son père à l'Eglise et à la jurisprudence""^).

Jusqu'au temps de Khusrau I, Tarmée de l'Empire était soumise à un seul général en chef, VÊrân-spâhbedh^ Cependant son activité était plus étendue que celle d'un général dans la conception moderne du mot: il avait la fonction triple de ministre de la guerre, de général en chef et de négociateur de paix.

Qu'il ait eu entre ses mains l'organisation et l'administration de l'armée de l'Empire, c'est ce que montre sa position comme membre du petit cercle des conseillers du roi. En sa qualité de ministre il aura eu sous lui le département de

^) Bartholomae: Altiran. Wôrterbuch. Inscr. sass.: êhrapat.

') Aussitôt que le Jeune ecclésiastique a démontré sa connaissance des livres saints et des cérémonies, généralement à Fâge de quinze ans, il devient hêrbedh, ce qui lui vaut le droit d'exercer des fonctions religieuses. L'hêrbedh prend part, avec son supérieur le môbedh. aux purifications etc. (voir Spiegel: Avesta ûbersetzt, H, l'introduction passim).

^) Nœld. p. 353. Sans doute le nombre est exagéré, mais la notice montre que les hêrbedhs ont été considérés comme un corps ecclésiastique nombreux, ce qui veut dire inférieur. Ya'qûbî explique (éd. Houtsma 1 p. 202) le mot hêrbedh comme «conservateur du feu", à quoi s'accorde l'indication du Nihâyatu'1-irab (Browne, JRAS. 1900 p. 228), que c'est l'hêrbedhân hêrbedh qui annonce au roi que le feu sacré s'est éteint.

*) Selon le Dênkard, v. Darmesteter, JA. 1894 I p. 186 sqq. et 502 sqq.

6) Tab. Nœld. p. 110.

^) Le titre complet se trouve dans te Kârnâmagh-i-Ardeiîr (Bezzenbergers Beitrâgc IV p. 61). La fonction d'Êrân-spâhbedh était héréditaire dans une des sept grandes familles, voir p. 27—28.

la guerre; toutefois on se souviendra que l'autorité du wazurg-franiàdhàr n'était pas nettement limitée, de sorte qu'il a pu toujours s'immiscer dans les affaires de l'administration de l'armée^), et que le roi est intervenu très souvent dans le département important de la guerre. La plupart des rois sassanides ont eu beaucoup d'intérêt pour la guerre et ont pris une part active aux opérations militaires. Ainsi il est à supposer que la situation de l'Êrân-spâbbedh a été assez peu indépendante sous des rois guerriers.

Quand aux généraux de la première période de l'époque sassanide, il n'est guère possible de dire lesquels d'entre eux ont été Êràn-spâhbedhs. On trouve aussi des spàhbedhs pour des districts déterminés^, et des kanàrangs, des marzbàns etc. ont pu être envoyés par le roi pour diriger une campagne. Les historiens byzantins, arméniens, syriens etc. nous donnent rarement des renseignements précis sur le titre des généraux perses. D'autres fonctionnaires d'Etat encore, dont la charge a un caractère peu militaire, ont été parfois mis à la tête d'une armée: parmi le grand nombre de généraux perses que Faustus de Byzance a énumérés dans sa relation quelque peu fantastique des guerres de ââpûr II avec l'Arménie^, on trouve p. ex. le premier secrétaire, le grand maître de la cour et l'intendant général des vivres.

On trouve, surtout chez les auteurs byzantins, nombre d'exemples de ce que des généraux (des spàhbedhs, des Êràn-spâhbedhs etc.) ont été employés comme des négociateurs de paix avec mandat du roi. Ainsi, Sûrên est envoyé pour négocier avec l'empereur Jovien'*); Siyâvué, l'artêStârânsâlàr*) et le spâhbedh Mêbôdh vont à la frontière romaine pour entamer des négociations^); Mermeroes (Mihr Mihrôë?) dont l'habileté, tant pour les conseils que pour les armes, est attestée par Agathias^)» est envoyé à Justinien. Dans la chronique de Josué le Stylite"), le spâhbedh se présente surtout comme diplomate, tandis que les opérations militaires sont entreprises par les marzbàns.

Un changement considérable eut lieu quand Khusrau I abolit la charge d'Êràn-spàhbedh et nomma quatre spàhbedhs comme chefs fixes de l'armée, chacun dans son quart de royaume*'). Pour gagner le rebelle dangereux Bahràm

^) Comp. le passage du , Guide des vczirs" cité p. 33—34: le vézir était entre autre , l'arme que nous avons toute prête pour en frapper notre ennemi dans le pays lointain", expression qui, toutefois, peut être comprise au figuré.

*) Il est question plusieurs fois d'un spâhbedh de Sawâd (la Mésopotamie) : Bistâm après la mort d'Yazdegerd I (Dinâwarî éd. Guirgass p. 57), ^âpûr flls de Bahràm sous Kawâdh (Nihâyatu'1-irab, Browne JRAS. 1200 p. 226). Probablement ce n'était pas là une charge constante: un spâhbedh a été nommé pour un certain district chaque fois que les circonstances l'ont rendu opportun.

^) Langlois 1 p. 258 sqq.

*) Amm. Marc. XXV. 7, 4.

*) Voir ci- après.

«) Procope: B. P. I, 11.

«) Trad. de Wright pp. 74, 76 etc.

^) Voir plus tard.

Côbin, Khusrau II propose d'abandonner la réforme de son grand-père et de donner à Bahrâm l'ancienne charge d'Êràn-spâhbedh, mais comme Bahràm refuse, l'institution des quatre spàhbedhs est conservée.

Au spâhbedh était réservé le droit spécial d'entrer dans un camp au son des trompettes *).

Une dignité exceptionnelle, qui se distinguait seulement par un rang plus élevé que celle d'Êrân-spàlibedh, était la charge d'artêstârânsâlâr (c.-à-d. „chef des guerriers"). Le titre d'artéêtârànsâlàr est «plus que spâhbedh et presque autant qu'argabedh" ^).

Le wâstriôsânsâlâr est le «directeur de l'impôt foncier" •^). Le nom de wàstriôsânsâlàr ou wâstriôsbedh signifie le chef des agriculteurs: c'était sur l'agriculture que pesait surtout l'impôt foncier, et comme la taxe se réglait sur la fertilité et la bonne ou mauvaise culture des divers cantons, il a sans doute incombé au wâstriôsânsâlâr de veiller sur la culture de la terre, l'arrosage etc. Probablement le wâstriôsânsâlâr a été à la tête du département des finances: en tout cas nos sources ne mentionnent aucun autre fonctionnaire pour les finances parmi les «ministres". Il est «directeur de l'impôt foncier", mais comme sous le titre d'hutukhs bedh («chef des artisans") on le désigne comme préposé à tous ceux qui travaillent manuellement, comme les esclaves, les paysans, les marchands etc., il est à supposer que non seulement l'impôt foncier, mais aussi la taxe personnelle ont été de son ressort. Il a dû être, en somme, un ministre des finances doublé d'un ministre de l'agriculture, de l'industrie et du commerce.

Des wâstriôèânsâlârs connus sont Gusnaspàdhar avant l'avènement de Bahrâm V (Dinâwarî, éd. Guirgass p. 57), Màhgusnasp, fils de Mihr Narsê (Tab. Nœld, p. 110), et Yazdin, de confession chrétienne, sous Khusrau II (Tab. Nœld. p. 343).

L'influence dont jouissaient en Perse les secrétaires d'Etat (dabtrân) est bien caractéristique. L6s Iraniens ont toujours été de grands formalistes. Les documents officiels aussi bien que les lettres privées doivent être composés dans une forme artificielle convenue. Des citations savantes, des apophtegmes moraux et religieux, des vers, des énigmes subtils etc. sont mêlés pour former un tout élégant, et dans

1) Patkanian, JÂ. 1866 I p. 112.

') Tab. Nœld. p. 111. Argabedh était le titre militaire liéréditaire dans la famille royale (voir p. 27). — Comp. Kâmâmagh, B. B. JV p. 67 et Procope: B. P. I, 7. . Selon Procope, Kawâdh aurait établi celte charge autrefois inconnue, pour récompenser particulièrement son grand général Seoses (Siyâvus). Cela n'est pas correct, car selon le passage déjà plusieurs fois mentionné de Tabarî (Nœld. p. 111), le flls du célèbre Mihr Narsê, Kârdâr, a eu ce titi*e bien avant Seoses, mais en tout cas il n'a pas été commun. Que rartéstârânsâlâr, quelque haut qu'il fût placé en rang, fût - ainsi que l'hérbedhân hérbedh et le wâstriôsânsâlâr (v. ci-après) ~ inférieur au wazurg-framâdhâr, c'est ce qui ressort de la remarque de Tabari que les trois fils de Mihr Narsê, qui avaient les emplois en question, égalaient à peu près leur père en dignité. Gôdharz, un des grands qui conspiraient pour exclure Bahrâm V du trône, est désigné chez Dinâwarî (éd. Guirgass p. 57) par le titre de chancelier de l'armée, ce qui veut dire possiblement ai*tê8târânsâlàr.

=').Tab. Nœld. p. 110.

la manière dont la lettre est composée et adressée, toutes les nuances dans les relations entre l'expéditeur et le destinataire doivent se présenter d'une exactitude minutieuse. De même que le penchant d'une rhétorique formaliste se montre souvent dans la littérature pehlvie ou dans les discours d'avènement par lesquels chaque nouveau roi commence son règne ^), ainsi — et bien plus — il s'est manifesté dans les correspondances entre les diverses autorités de l'Etat sassanide et entre le gouvernement perse et d'autres Etats. L'auteur persan Nizàmi-i-'Ârûdi dit dans ses Cahâr maqàleh («Quatre discours"" ^)), que c'était la coutume des anciennes dynasties dès Perses comme plus tard des califes, que tout ambassadeur qui était délégué par le monarque apportât des propos sages, des rébus et des questions énigmatiques. Ainsi le roi avait besoin d'hommes intelligents et judicieux et de talents politiques, et plusieurs conseils étaient tenus, jusqu'à ce qu'ils fussent d'accord sur leurs réponses, et on n'envoyait l'ambassadeur que quand l'idée cachée de leurs problèmes et énigmes était claire et apparente. On comprend donc qu'„un secrétaire intelligent et accompli est un grand ornement pour l'éclat de la cour du roi"".

Le secrétariat dans les Etats islamiques est, comme le vézirat, une copie fidèle du modèle perse, et l'exposition que donne Nizâmt-i-'Arûdi de cette institution de son temps (12<' siècle ap. J.-C.) pourra nous servir, dans ses grandes lignes, à comprendre la tâche et l'importance des dabirs de l'époque sassanide. Leur spécialité comprenait «les différentes formes d'adresses et de communications, la consultation, la contention, l'éloge, la condamnation, la diplomatie, la provocation et la conciliation, ainsi que les façons de grossir et de diminuer les choses, d'inventer des moyens d'excuse ou de censure, d'imposer des engagements, d'enregistrer des antécédents, et d'exposer les choses, dans tous les cas, de manière à ce que tout soit énoncé une fois pour toutes" ^). Un secrétaire doit être, noble de naissance, il doit avoir beaucoup de point d'honneur, un jugement pénétrant et ferme et une réflexion profonde, être pleinement versé dans les méthodes de son art et connaître les rangs et les dignités de ses contemporains, il doit être un fin logicien et habile en correspondance, en droit, en politique, en poésie et en style ^). Il doit avoir enfin une belle écriture; les secrétaires les plus intelligents et ceux qui avaient la meilleure écriture furent employés à la cour, les autres furent attachés aux gouverneurs des provinces").

Les secrétaires étaient donc les vrais diplomates; ils dressaient toutes sortes de documents, ils tenaient la correspondance de l'Etat, ils formulaient et enregistraient les ordonnances royales, ils dressaient les listes des impôts et les comptabilités de l'Etat^*). En correspondant avec les ennemis et les adversaires du roi, ils devaient savoir tenir les lettres sur le ton juste, conciliant ou hautain et menaçant

^) Tab. Nœld. et Firdousî passim.

») Trad. de Browne p. 40—42 (Extrait du JRAS. 1899).

«) Ibid. p. 22—23.

*) Ibid. p. 23.

^) Firdousî, éd. de Mohl. V p. 358, vers 324 sqq.

^) Tab. Nœld. p. 242. - Khusrau I chargea un secrétaire „qui se distinguait par sa bonne extraction, sa valeur et son habileté'* de tenir les listes de l'armée et de passer 1 année en revue.

suivant les cas. Mais si le roi avait le dessous dans la lutte, il y allait de la vie des secrétaires. Ainsi Ardeéir I tua de sa propre main Dâdhbundâdh, secrétaire du dernier roi parthe, parce qu'il avait rédigé une lettre outrageante de la part de son souverain à Ardeâlr^).

Le chef de la classe nombreuse des secrétaires était V Êrân-dabtrbedh ou dabtrân mehièt^ qui est mentionné parfois parmi l'entourage du roi^ et à qui le roi confiait, par occasion, des lâches diplomatiques^).

Chez Tabari, les „vé2irs et secrétaires" (en pehlvi *wazîrbedh^) et dabtrbedh) sont nommés très souvent ensemble comme deux groupes de wazurgàn qui se suppléaient entre eux, ainsi p. ex. Nœld. p. 53, d'où il ressort, que tous les ministres et les secrétaires changeaient quelquefois à l'avènement d'un nouveau roi. Probablement wazirbedh était la désignation commune de „ceux qui étaient devant la face du roi"", y compris les grands dignitaires de l'Eglise^'). D'autres grands officiers étaient le garde des sceaux^, le chef du département des informations''), et l'administrateur des œuvres pies^).

A ces grands dignitaires s'ajoutent, sans qu'on puisse définir leur place dans le rang, les grands fonctionnaires de la cour, qui prenaient soin de la sûreté et de l'amusement du monarque, les commandants des gardes du corps, les chambellans etc. Dans le Kàrnâmagh^), le pusttghbânsâlâr (chef des gardes du corps) est mentionné avec le môbedhân môbedh, l'Êrân-spâhbedh, le dabiràn mehiàt et Yandarjbedh'Uaspwâraghân (l'instructeur ou l'organisateur des chevaliers) comme les principaux compagnons de chasse du roi. Une source arméniennes^) nomme le der-andarjbedh (organisateur de la ^Porte*' s^)), entre le môbedhân môbedh et l'Êrân-spâhbedh. Les „ conservateurs des annales royales"* ^^) doivent également avoir eu un haut rang.

') Tab. Nœld. p. 14.

«) Kârnâmagb, B. B. IV p. 62, comp. Nœld. p. 444. Probablement, un dabtrbedh a été à la tête des scci*étaires de chaque gouverneur de province. Le mot èahrdabtr^ que M. Hoffmann (Auszûge aus syr. Akten p. (>5) traduit par ^secrétaire de l'Empire**, désignerait peut-être plutôt le premier secrétaire d'un canton (àahr).

") Kârnâmagh, 1. c; Nihâyatu'1-irab, Browne JRAS. 1900 p. 232: Yazdegerd, le premier secrétaire. Un personnage mentionné dans le Nihâyatu 1-irab (JRAS. 1900 p. 231) réunit la charge de dabîrbedh et celle de gouverneur de la capitale. On ne peut pas décider, si Juwânôe, le „chef de la chancellerie des lettres" d'Yazdegerd 1 (Tab. Nœld. p. 92) a été Ërân-dabîrbedh ou seulement chef d'un bureau spécial du secrétariat. Un astabedh^ „le magister offîciorum des Perses" est mentionné en 502—3 (Josué le Stylite, Wright c. 69; Marquart: Êrânsahr I p. 128 n. 4). Je ne sais pas, si cette charge est une nouveauté des temps des Khusrau.

') Ainsi Nœldeke (p. 444 n. 3).

^) Le môbedhân môbedh fait partie des vézirs Tab. Nœld. p. 230.

<^) Comp. les Prolégomènes d'Ibn Khaldûn, Not et Ëxtr. XVII p. 53, XX p. 61.

7) Nihâyatu'1-irab. JRAS. 1900 p. 235.

^) Dinâwarî éd. Guirgass p. 57.

«) B. B. IV p. 61—62.

*") Elisée 47, voir Hûbschmann: Armen. Gramm. I p. 99.

") Maître des cérémonies*?

") Agathias IV, 30.

Dans la description théorique des charges principales du gouvernement central et de la cour^) que nous donne Ibn Khaldûn^, on aperçoit encore le fond sassanide. Cet auteur divise les actes qui appartiennent à l'exercice de la souve* raineté en trois catégories: 1. prendre les mesures nécessaires pour la protection de la communauté, en faisant l'inspection des troupes et de leurs armes, en s'occupant de la guerre et de tout ce qui peut servir à défendre les sujets et à repousser l'ennemi ; ce sont là les fonctions du vézirat, comme elles étaient autrefois en Orient, et comme elles sont encore en Occident^). 2. Correspondre au nom du sultan avec ceux qui demeurent au loin, communiquant ainsi ses ordres aux personnes qui n'ont pas la fa'cilité de s'approcher de lui; l'officier qui remplit ces fonctions, c'est le secrétaire. 3. Faire rentrer les impôts, surveiller l'emploi des deniers publics et en tenir un registre exact et détaillé, afin d'empêcher le gaspillage; celui qui est chargé de cette partie se nomme le trésorier-percepteur («maître de l'argent et de l'impôt" *)), fonctionnaire qui, de nos jours, porte en Orient le titre de vézir. 4. Empêcher les solliciteurs d'obséder le sultan et de le déranger dans ses occupations sérieuses; c'est la fonction du chambellan („ma!tre de la porte dont il a la garde" 0)-

La classe des grands fonctionnaires d'Etat doit avoir compris aussi les gou-^ verneurs des provinces. Parmi ceux-ci les plus puissants étaient les quatre pâdhghôspânSy qui étaient des vice-rois, chacun de son quart du royaume ^'). Ils ont

^) Le monarque étant l'Etat, les orientaux n'établissent aucune différence essentielle entre les charges de la cour et celles de F Etat.

») Not. et Extr. XVII p. 4 -5 et XX p. 4—6.

^) Dans l'Etat sassanide cette charge aurait été celle du wazurg-framâdhâr. Ici, on appuyé sur l'activité militaire du grand vézir, activité qu'il a partagée, dans la période sassanide, avec TËrânspâhbedh ou Tartéstârânsâlâr.

*) Wâstriôsânsâlâr.

^) Comp. le mot pehlvi derhàiiy „ maître de la porte", chambellan. — 11 y a encore quelques classes de gens qui ont joué un rôle important dans l'Etat sassanide, par leur influence personnelle sur le roi, et qui ont eu rang parmi les secrétaires (voir p. 20). Ce sont d'abord les astrologues (akhtarmâr) et les devins que les rois sassanides consultaient comme leurs devanciers parthes: Sâpûr 11 «consultait toutes les puissances infernales et questionnait tous les devins sur l'avenir" (Amm. Marc. XVlll, 4, 1, comp. Faustus de Byz., Langlois I p. 270); Yazdegerd 1 fait dresser l'horoscope de son fils nouveau-né par tous les astrologues de la cour (Tab. Nœld. p. 86); Khusrau II rassemble ses 360 devins, sorciers et astrologues pour savoir quel temps serait préférable pour bâtir une digue au Tigre, et comme l'entreprise échoue, il fait un grand carnage entre eux (Tab. Nœld. p. 304 sqq.). Nous voudrions être renseignés sur les rapports de ces sorciers et astrologues avec le clergé. D'après un passage chez Agathias (II, 26, voir plus tard) il semble que les prêtres eux-mêmes se soient mêlés de l'art de la divination, et qu'ainsi les mages aient recueilli l'héritage des vieux chaldéens. Puis il y avait les médecins de la cour (drustbedh) qui, sous les Khusrau, étaient souvent des chrétiens (v. Labourt p. 192 et p. 219). L'école chrétienne de médecine de Gôndêsâpûr est bien connue. — Quant aux eunuques, qui jouaient aussi un grand rôle (Guhsciatazades, c-à-d. Gusn[y]azdâdh, eunuque de §âpûr II, Assemani Acta Martyr. Orient I p. 27; pour Gylaces, Amm. Marc. XXVII, 12, 5, voir ci-dessus p. 24 n. 2), ils n'ont Jamais été comptés parmi la noblesse.

^) Les quatre pâdhghôs {pâgghôs déjà dans les fragments de Turfan) étaient: Awdkhtcw (le nord), Khwarâsdn (l'est), Nimrôz (le sud) et Khwarwdrdn (l'ouest); v. Tab. Nseld. pp. 151— 52 et 155. Pour l'étendue des pâdhghôs voir la Liste géogr. des villes de l'Iran p. Blochet (Rec. de trav. rel. à la philoi. et à l'archéol. égypt. et assyr. t. 17, 1895) et Marquart: Érânsahr I.

D. K. D. Vidensk. Sehk. Skr., 7. R:t'kke, bistorisk og filosoflsk Afd. I. 1, g

dirigé certaines branches de l'administration civile, et ils ont eu, sans doute, une force militaire suffisante pour protéger leur quart de royaume contre les ennemis intérieurs et extérieurs. Ce n'est que sous Khusrau I que le pâdhghôspân eut pour supérieur un spâhbedh, qui devint le chef militaire du quart de royaume. Du reste, les places de pâdhghôspân n'ont pas toujours été occupées, à ce qu'il parait. Les noms des pâdhghôspâns suivants nous sont parvenus : YazdguSnasp sous Bahrâm V (Tab. Nœld. p. 96 n. 3), Zâdhôë, ^de la famille des Nakhwergâns'', sous Khusrau I (Tab. Nœld. p. 152), Merdânsâh sous Hormizd IV (Tab. Nœld. p. 379) et Sâhên Wahumânzâdhaghàn,. possiblement de la famille de Spendiyâr, sous Khusrau II (Tab. Nœld. p. 291).

Quant aux gouvernements proprement dits, l'ancienne désignation ^satrape*" avait presque complètement disparu avant le temps des Sassanides^), et marzbân était le titre commun excepté pour les gouverneurs ' de race royale qui étaient qualifiés de ëâh. Par „marzbân** on comprenait toujours particulièrement les commandants militaires des marches, les ^margraves*" ^), et en temps de guerre, les marzbâns fonctionnaient souvent comme des généraux sous la direction des spâhbedhs, de sorte qu'ils semblaient avoir à peu près perdu leur qualité de gouverneurs^). Mais on connaît aussi des marzbâns de beaucoup de provinces de l'intérieur. M. Nœldeke énumère^), surtout d'après des sources arabes, les provinces suivantes comme gouvernées par des marzbâns: l'Arménie (par périodes),

Bêth Âramâîë, Pars, Kermân, Ispahân, Azerbeïdjân, Tabaristàn, Zarâng (Drangiane), Bahraîn, Hérat, Merv, Serakhs, Nêsâpûr, Tûs''). Beaucoup de ces provinces étaient d'une étendue relativement petite. En somme, il semble que les satrapies n'aient pas eu sous les Sassanides cette limitation constante, qu'elles avaient, à quelques

^) Elle s'est maintenue le plus longtemps dans quelques parties de la Persarménie, en Azerbeïdjân et dans les pays limitrophes de Tlran oriental et de Tlnde (Marquart: Êrânsahr I p. 110 et 112).

*) Khusrau II dit dans sa défense, qu'il a institué des marzbâns dans les marches de son royaume (Tab. Nœld. p. 375).

*) Ghron. of Joshua the Stylite, trad. de Wright p. 61 et plus souvent. Un marzbân est institué (ibid. p. 62) gouverneur militaire de la ville d'Âmid, nouvellement conquise.

*) Tab. p. 446.

^) Âmmien Marc, donne (XXIII, 6, 14) la liste de la plupart des provinces qui, sous Sâpûr II, étaient gouvernées par des vitaxes (c.-à-d. bdeaskh; ils fonctionnaient également comme des généraux de la chevalerie de la province) et des satrapes royaux (marzbâns), à savoir: TAssyrie, la Susiane, la Médie, la Perse proprement dite, la Parthie, la Grande-Caramanie, l'Hyrcanie, la Margiane, les pays des Bactriens, des Sogdiens, des Saces, la Scythie au delà de l'Emodon, la Sérica, TAria, le pays des Paropanisades, la Drangiane, TArachosie et la Gédrosie. Il Juge superflu de mentionner une quantité de gouvernements moins importants. Evidemment, le bon Ammien a étudié plus attentivement la géographie politique de l'Iran du temps des Achéménides et les œuvres des géographes hellénistes que l'état de choses de son propre temps. Le roi des Perses ne régnait pas alors sur la Bactriane, la Sogdiane et le pays des Saces du nord, moins encore sur la Scythie au delà de l'Emodon et de la Sérica (I). Il ne faut donc pas non plus attacher aucune importance à la division qu'il donne des provinces de l'ouest, vu surtout qu'il omet les petits gouvernements. Les vitaxes étaient localisés, probablement, dans les parties séparées de l'Arménie: là le vieux titre de bdeasich se maintenait, mais il se dégradait au cours du temps Jusqu'à signifier un chef de canton (appelé èahrtgh dans les autres parties de l'Empire), v. Nœld. p. 449.

exceptions près, durant le temps des Achéménides. Le roi a envoyé un marzbân à telle ou telle province où il y en avait besoin, il a accumulé ou divisé les provinces selon l'opportunité, et les marzbàns ont eu toujours, probablement, un caractère plus militaire que civil, l'administration civile étant en grande partie, sous la centralisation plus accentuée de la période sassanide, aux mains de fonctionnaires inférieurs pour de petits territoires (des SahrighSy des dêhîghs), qui relevaient vraisemblablement du gouvernement central directement ou par l'intermédiaire des pâdbghôspâns, s'il y en avait ^).

Les marzbàns étaient choisis parmi la haute noblesse^). 11 est mentionné par occasion, qu'un marzbàn avait un palais dans la capitale ''^). Une marque d'honneur toute spéciale pour un marzbân était le don d'un trône d'argent^), tandis que le marzbân-éathrdâr de la marche alano-khazare avait exceptionnellement le droit de s'asseoir sur un trône d'or^).

Un autre nom de gouverneur était ôstândâr. On trouve un ôstândâr en Kaêkar, en MaiSân (Mesène), et en Khûzistàn aussi, si l'on ose identifier, avec M. Hoffmann, 6 àdp dans les Acta S. Sirae avec ce nom^). A Nisibe, Bâbhaï, un homme de race royale, est fait ôstândâr „en honneur et pour la sûreté de la frontière** ^. 11 semble que ces gouverneurs, qui avaient comme les marzbàns une force militaire à leur disposition^), aient été à l'origine les administrateurs du domaine royaF), et probablement ils ont continué d'exercer cette fonction, même s'ils ont été quelquefois des gouverneurs militaires dans les régions où étaient les domaines.

Vers la fin de l'époque sassanide, toutes les formes de gouvernements provinciaux s'effacent devant le spàhbedh, qui devient le supérieur du pàdhghôspàn ou réunit la charge de celui-ci à sa charge propre. Le spàhbedh atteint, par cette cumulation des autorités civile et militaire pour un quart de l'Empire, une puissance qui surpasse presque celle des satrapes achéménides et qui aspire vers l'hérédité.

^) Selon le Nihâyatu'I-irab, Khusrau H aurait divisé le royaume en 35 dcpai*tenients administratifs (JRAS. 1900 p. 243).

^) Un Sûrên devient marzbân de TÂrménie sous Ktiusrau I (Patkanian, JA. 1866 I p. 183). §âpûr-

Warâz, marzbân de TAzerbeidJân sous le roi Narse, est un des premiers dignitaires (Faust, de Byz., Langlois I p. 229). âahrên de la maison Mihrân est marzbân de Bêth Darâîë et du pays des Cosséens (Hoffmann p. 69). Pîrângusnasp de la même famille est marzbân de Gurzân et d'Arrân et commande beaucoup de milliers de cavaliers (ibid. p. 78—79). Wahrîz qui était, peut être, de la race des Sassanides (voir Nœld. p. 223—24) eut la charge de marzbân dans TYémen après la conquête de ce pays sous Khusrau I.

3) Nihâyat, JRAS. 1900 p. 252.

*) Tab. Nœld. p. 102.

*) V. ci-dessus p. 22.

^) Tab. Nœld. p. 448, Hoffmann p. 93. Nœldeke voit dans le mot «dar" une erreur pour le mot syrien nradh'*.

^) Hoffmann 1. c.

®) Nœldeke 1. c.

*) En arménien le mot ostan signifie originalement un territoire ou une ville qui appartient au roi (Hûbschmann: Armen. Gramm. I p. 215) et ostanik les troupes qui y sont mises en garnison.

Âzâtâii.

II est à supposer que âzâtân („les hommes libres**) ait été à l'origine un nom que les conquérants aryens se sont arrogé vis-à-vis des aborigènes subjugués. Sans doute les races se sont mêlées en quelque mesure, et ce mélange des races a fait descendre nombre de familles d'aryens libres dans la classe asservie des paysans et celle peu considérée des bourgeois. D'autres vicissitudes, les conséquences des guerres, les dettes, le partage continu des terres etc. auront contribué à cette évolution. Parmi les familles aryennes qui se sont conservées relativement pures, quelques-unes ont monté dans le petit cercle puissant des vispuhrs, tandis que les autres ont formé la classe de la noblesse inférieure, qui est assez nombreuse sous les Sassanides, et qui se trouve dispersée sur tout le royaume, fonctionnant, en grande partie, comme des membres inférieurs de Tadmitiistration des provinces. Ce sont eux qui doivent avoir conservé le nom commun d'àzàtân.

C'est probablement dans cette classe qu'il faut placer les chevaliers, la fleur de l'armée sassanide. La plupart des chevaliers auront vécu, en temps de paix, sur leurs terres, cultivant leurs champs et s'occupant de leurs paysans, mais il semble que quelques-uns aient eu une place permanente à la cour du grand roi. Nous entendons qu'un certain nombre de chevaliers furent chargés de la surveillance des fils de Khusrau IF). Il est déjà dit, que «l'instructeur des chevaliers** était un des grands fonctionnaires.

Ces chevaliers-là, qui vivaient constamment dans le soleil de la grâce royale, pouvaient atteindre aux plus hautes places de la société, même aux grandes charges d'Etat. Wahrîz qui, ayant conquis l'Yémen, en reçut le gouvernement de Khusrau I, était un chevalier^, et son successeur Zîn de même'). Vers la fin de la période sassanide, les chevaliers étaient mis au même rang que les princes et les plus hauts dignitaires*).

En somme, il était bien naturel pour un peuple qui avait eu, dès les temps les plus reculés, le goût de l'équitation, et qui était rempli de tendances chevaleresques, que l'état de la chevalerie fût le premier en considération et en rang après la haute noblesse — relativement peu nombreuse. D'autre part, les autres classes de la noblesse inférieure, qu'on embrassait sous le nom général de dêhkâns% avaient leur force dans la possession héréditaire de l'administration locale. Comme des chaînons indispensables du mécanisme d'Etat, les dêhkàns auront été, probablement, éloignés de la vie militaire et obligés à servir seulement pour la défense de la province qu'ils habitaient. Aussi apparaissent-ils peu dans les grands événements

1) Tab. Nœld. p. 357.

'^) Ibid. p. 230.

') Ibid. p. 264. Marquart (Philologus t. 55 p. 215 a. 5) lis Vin au lieu de Zîn (rechange des lettres V et z est très commune dans l'écriture arabo-peraane).

*) Mas'ûdî, éd. Barbier de Meynard II p. 153, voir plus loin.

^) La classe des dêhkâns faisait remonter leur origine à Wahkart, descendant au quatrième degré de Gayomart, le premier homme, l'Adam des Perses. Cette grande classe avait cinq subdivisions (voir Mas'ûdi, éd. Barb. de Meynard II p. 240—41).

historiques, mais ils ont eu une importance des plus grandes comme fondement solide de l'administration et de la connexité de TEtat.

Tandis que la division du royaume en marzbànats était changeable et dépendait surtout de raisons militaires, la division en cantons était purement administrative. Chacun des petits cantons (5a/ir, ayant pour centre une ville, èahristân^), dont était composé TEmpire, était administré par un sahrigh, choisi parmi les dêhkâns*). A la tête du village (dêh) avec son champ {rustâgh) se tenait un déhigh% sans doute le père de famille de la maison qui possédait le village par héritage. Selon la définition du Mujmil-et-tawàrikh les dêhkàns sont ^des chefs, des propriétaires de terres et de villages*"^); mais le plus souvent la quantité de terre à colonage qui appartenait par héritage à la famille du dêkhân n'aura pas été très considérable, et parfois le dèhkàn lui-même n'aura pas été autre chose que le premier paysan du district'^). Le dêhkàn n'a donc pas, vis-à-vis de la population des paysans, la même position que les seigneurs terriens de la haute noblesse : il n'est que le représentant du gouvernement devant les paysans de l'Etat. L'emploi principal des dêhkàns à cet égard était la perception des impôts, et c'est surtout grâce à leur connaissance du pays et de la population que le pays, en général bien peu fertile a pu supporter le train luxueux de la cour et les guerres coûteuses, sans que le fardeau fût trop lourd. Et après la conquête arabe, les vainqueurs, malgré leurs extorsions brutales, ne parvenaient à arracher à l'Iran les sommes d'argent que les rois sassanides en avaient recueillies, qu'en s'alliant aux dêhkàns^).

La roture et les métiers.

Dans la société sassanide, la distinction entre la noblesse et la roture était bien plus marquée que celle entre les différentes classes de la noblesse. Elle se faisait valoir partout, „dans la monture, le vêtement, l'habitation, les jardins, les femmes et les domestiques"" ^), ou comme il est exprimé dans un autre passage^): les nobles étaient distingués des gens de métier et de service „par la splendeur de leurs montures, de leurs vêtements et de leurs armements, et leurs femmes par les robes de soie, les castels élevés, les bottines, les caleçons, le chapeau, la chasse'*^) et les autres exercices des grands"" ; et les gens de guerre (les chevaliers) jouissaient d'^un rang honoré et de toutes sortes de faveurs".

^) Nœld. p. 446, Hoffmann p. 239. - La forme ja/ir, qui appartient à un dialecte du nord-ouest de riran, montre que la division en cantons a été un héritage de la période parthe.

'] Le Èahrigh est raîsu'I-kureh (Ya'qûbî, éd. Houtsma I p. 203) et se tient un degré plus haut en rang que le dêhkân ^Mas'ûdî, éd. Barb. de Meynard II p. 240). Quant au rad/i, Je suis sûr que ce nom, comme M. Nœldeke en indique la possibilité p. 448, n'est qu'un titre, comme nseigneur** du .excellence" ; ce titre est attaché aussi à diverses charges ecclésiastiques.

3) Hoffmann p. 239. Probablement, dêhîgh est = déhsâlâr (Belâdhorî, v. Nœld. p. 441).

*) Voir Mohl: Le Livre des Rois, trad., I Introd. p. 7.

*) Nœld. p. 440.

*) Voir van Vloten, Verhand. d. koninkl. Akad. d. Wetenschapen, Amsterdam 1892 p. 13 sqq.

7) Lettre de Tansar J. A. 1894 1, p. 222 et 527.

«) Ibid. p. 226 et 531.

^) Que les dames nobles aient pris part à la chasse, c'est ce que nous montrent par exemple les relations des fameuses aventures de chasse de Bahrâm Gôr.

Il était établi que ^personne n'exercerait un autre métier que celui pour lequel Dieu l'avait créé*" ^). En général, le passage d'une caste à une autre était interdit; cependant, il pouvait avoir lieu, par exception, dans le cas où un roturier montrait un talent particulier. „Alors on porte le cas devant le roi. Après une épreuve et une enquête prolongée faite par les môbedhs et les hêrbedhs, s'ils reconnaissent le mérite du candidat, ils le transfèrent dans une autre caste**^). S'il se distinguait par une dévotion éprouvée, on le faisait entrer dans le clergé, s'il avait de la force et du courage, dans l'état des guerriers, et s'il excellait en intelligence et avait une bonne mémoire, dans le corps des secrétaires. En tout cas, cette élévation était préparée par une instruction solide^). Ainsi le roi a possédé les moyens de couler du sang nouveau dans les veines de la noblesse, mais je pense que le cas a été assez rare.

Si la littérature théologique pehlvie compare l'état des prêtres à la tête de la société, l'état des guerriers aux mains, les agriculteurs au corps (ventre) et les artisans aux pieds ^), il faut comprendre par les agriculteurs non pas les paysans proprement dits, mais les propriétaires d'extraction aryenne qui ne faisaient pas le métier de la guerre, c.-à-d. la classe des dêhkâns. Les paysans étaient à coup sûr, en Iran comme en Arménie^), encore moins considérés que les artisans et les marchands: ceux-ci jouissaient de la liberté personnelle, tandis que les paysans étaient, à ce qu'il parait, attachés à la glèbe et astreints à faire la corvée^) et à servir à pied. Leur grande masse ^marchait après, comme si elle était destinée à une servitude éternelle, et sans être encouragée par la solde ou par d'autres récompenses"* ^. En somme, les lois n'auront pas accordé beaucoup de protection aux paysans, et même si un roi ami du peuple comme Hormizd IV recommande aux soldats de ne pas commettre de violences envers la population pacifique de la campagne^), il n'a pas tant en vue les paysans que les dêhkâns. Nous n'avons pas de renseignements plus précis sur les conditions des paysans sous la domination de la noblesse — qui ^s'arrogeait le droit de vie et de mort sur les esclaves et le peuple**^). C'est un fait significatif, que le Ganabâ-sar-nijad-nask a contenu une exposition de ^quelles propriétés appartenaient à la noblesse et quelles à la foule, et de quelle manière celles qui appartenaient à la foule pouvaient venir aux nobles" ^®). Au contraire, les lois devaient prévenir que les biens des nobles ne tombassent aux mains des roturiers ^^).

1) Lettre de Tansar p. 215 et 520.

') Ibid. p. 214 et 519.

») Ibid. p. 215 et 520.

*) Casartelli: La Philosophie religieuse du mazdéisme p. 163.

*) Voir ci-dessus p. 11.

«) Voir Tab. Nœld. p. 122 lignes 10 à 11.

7) Ammien Marc. XXIII, 6, 83.

8) Tab. Nœld. p. 265.

») Âmmieii Marc. XXIII, 6, 80.

^0) Dênkard VIII, 27, 14.

") Voir ci-dessus p. 25.

Il va sans dire que la population des villes était dans une situation bien plus avantageuse. Elle payait la taxe personnelle, tout comme les paysans^), mais probablement elle était libre du service militaire, et par le commerce et les métiers elle pouvait gagner de l'argent et atteindre à une certaine considération. Mais un roturier n'osait pas prétendre aux honneurs réservées aux nobles. Dans le M a in y oi-khard^), l'esprit de la sagesse définit ainsi l'œuvre de l'artisan: ^L'affaire des artisans, c'est de ne pas se mêler des choses qu'ils ne comprennent pas» mais de faire bien et avec attention la besogne qu'ils comprennent et d'en demander légalement leur solde; car celui qui travaille toujours à ce qu'il ne comprend pas, par lui ce travail est gâté et rendu inutile". Abû'1-Fedâ affirme*) que les rois de Perse ne confiaient aucune affaire appartenant à l'administration intérieure à des gens de basse naissance; et parmi les chefs d'accusation que l'on avait dressés contre Khusrau II était celui, qu'il avait donné au roturier Khurdâdhin la charge de ministre des finances (c.-à-d. probablement la charge de wâstriôSânsâlâr) et approuvé ses extorsions^). Selon le Siâset-nâmeh*''), Buzurjmihr, interrogé sur les raisons de la chute de l'Empire des Sassanides^, en aurait allégué deux raisons: d'abord qu'on avait confié l'Empire à des gens d'infime condition et d'une grande ignorance, ensuite qu'au lieu de s'attacher des hommes de science et de bon jugement, on avait abandonné la direction des afiaires à des femmes et à des enfants.

Nos sources ne nous rapportent pas, que de grandes entreprises dans l'intérêt du commerce naval aient eu lieu sous les Sassanides, ni que de nouvelles voies de communication aient été créées. On peut supposer que les Sassanides en général ne se sont pas soucié beaucoup des questions économiques: pour la société sassanide, imbue d'idées avestiques, le commerce était bien moins considéré que l'agriculture. Il est possible, cependant, que la communication plus intense entre l'Iran et l'Inde du temps de Khusrau I ait amené un accroissement dans les rapports commerciaux entre ces deux pays. La soie était introduite de l'Inde par voie de mer, et sur ce point les marchands perses faisaient une rude concurrence aux Ethiopiens ^). D'ailleurs, le commerce par terre suivait toujours les anciennes routes. De la Chine on introduisait surtout de la soie, tandis que les Chinois achetaient en Perse entre autres choses le fameux fard persan pour les sourcils, qui était payé très cher, et que l'impératrice commandait pour son propre usage ^). Les tapis babyloniens étaient aussi une marchandise recherchée^. Mais surtout le transit entre la Chine et

1) Tab. Nœld. p. 246.

*) SBE. XXIV, chap. 32.

') Hist. anteislam. éd. Pleischer p. 150.

*) Nihâyatu'1-irab., JRAS. 1900 p. 253. Chez Tabarî (Nœld. p. 364) se trait-là manque, et seule la dureté de Khusrau dans la perception des impôts est mentionnée. ^) Ed. de Schefer p. 159, trad. p. 235—36.

^) D'après cette anecdote, le ministre (légendaire?) de Khusrau I aurait survécu à la chute de FEmpire! ï) Procope: B. P. I, 20. ^) Hirth: Ghinesische Studien p. 235 sqq.

^) Hirth: CUina and the Roman Orient p. 253.

TEmpire romain était profitable aux Perses. Les pierres précieuses naturelles et artificielles de la Syrie, les coraux et les perles de la mer Rouge, les étofiles tissées de la Syrie et de TEgypte étaient transportés à travers TAsie centrale jusqu'à la Chine, et la soie chinoise était très recherchée à . Byzance. Des narcotiques de l'Asie antérieure étaient introduits en Chine ^).

En Iran, la fabrication d'étofi'es était une des principales industries. Certaines contrées avaient leurs spécialités. Celui qui désirait être vêtu toujours d'après la saison devait porter, le printemps, un vêtement fait d'étoffe de Merv ou de Dabîq, en été de l'étoffe de Tavvaz ou de Schatâ, en automne de l'étoffe de Raï à double trame ou de l'étoffe de Merv mélangée, en hiver, enfin, de l'étoffe tissée de laine et de soie ou des fourrures faites de la peau du cormoran; pour le grand froid on avait des vêtements d'étoffe de soie et de laine doublée de même tissu et avec un tissu de grosse soie au milieu^).

Pour introduire de nouvelles branches d'industrie ainsi que dans l'intention de faire cultiver des régions désertes, c'était une coutume ancienne en Perse d'établir des colonies de prisonniers de guerre dans différentes parties du pays. Ainsi Darius I avait déjà fait transporter nombre d'Érétriens à l'intérieur de la Susiane^), Orode avait établi ses prisonniers romains aux environs de Merv. De même Sâpûr I installa des prisonniers romains — entre autres l'empereur Valérien lui-même — à Gôndêââpûr, où l'on savait profiter de leur habileté dans l'art du génie pour la construction de la fameuse „digue de Tempereur** ^). Schâpûr II partagea les prisonniers faits à Amid entre Sus, TuSter et d'autres villes de l'Ahwâz, où ils introduisirent de nouvelles espèces de brocart et de soieries'^). Le plus souvent, de telles colonies tombaient en ruines en peu de temps, mais quelquefois on obtenait par là des résultats durables^).

>) Hirth: China and the Roman Orient p. 234—79.

') Tha'âllbî: Hist des Kois des Perses, publ. et trad. p. Zotenberg, p. 710.

») Hérodote VI, 119, Flav. Philostr. I, 24.

*) Voir Nœld. p. 33.

^) Mas*ûdî, Barb. de Meynard U p. 186.

*) Spiegel: Êrân. Alterthumskunde III p. G60.

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