‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 110 sur 367 · Cf. t. X, 2° partie, ait · texte numérisé non relu

Cf. t. X, 2° partie, ait

2. Prince P. Dolgoroukof, La Vérité sur la Russie, p. 134 et suiv. Le même auteur, sous le pseudonyme du comte d'Almagro , avait déjà traité cette question dans la Notice sur les principales familles de la Russie, p. 30, et nous y avons déjà répondu dans notre Histoire intime de la Russie, t. Ier, p. 345, la note, et p. 360. — Hupel (t. Ier, p. 292) avait laissé la question dans le vague.

sociale et politique des Varèghes venus en Russie avait beaucoup grandi, au-dessus de celle même des principaux indigènes. Mais ni les uns ni les autres ne constituaient ce qui s'appelle une noblesse, c'est-à-dire une caste jouissant de privilèges quelconques; le vieil esprit slave, esprit essentiellement républicain et démocratique, ne le permettait point; les hommes qui commandaient les armées et exerçaient le pouvoir administratif ne formaient point une caste, mais une aristocratie essentiellement mobile, comme elle existe dans la plupart des républiques, et dont la Servie , république avec un souverain à sa tête, offre de nos jours la complète image. On voyait des familles se maintenir pendant des générations entières dans les hautes régions du pouvoir, mais c'était de l'habileté et du bonheur, car il n'y avait point de privilèges héréditaires. La position de chacun dépendait de son mérite, de sa fortune, et, comme il arrive d'ordinaire en ce monde, le plus souvent du hasard1. *

tin ce qui concernait la possession de leur territoire, le pouvoir des princes n'était pas limité : c'était un héritage de famille, un patrimoine comme tout autre, possédé au même litre*. Seulement, tant que dura le système de partage dit système des apanages, ce morcellement du territoire, qui offrait à tout homme lésé dans ses droits un refuge facile à atteindre, astreignait chaque prince à beaucoup de ménagements envers ses sujets. L'homme de mérite dont les services étaient méconnus dans l'une des principautés, les faisait accepter dans une autre quand il le voulait, et c'était là

1. Ces données sont confirmées par Reutz, Geschichtliche Ausbildung der Rutsischen Staats- und Rechls-Verfassuny , l. Ier, p. 120 et 123.

2. Voir Kwers, Das atteste Recht der Httssen, p. 46. Cet auteur fait même mention d'un droit exorbitant dont jouissait le prince, et que Olga , jalouse de la dignité de son sexe, abolit (p 70). — Karamzine (t. 1er, chap. x), tout en confirmant le droit absolu du prince sur son héritage, affirme cependant que, dans les temps primitifs , il ne pouvait prétendre qu'à une part du butin de guerre, le reste revenant à ses guerriers.

un frein imposé à l'arbitraire. Nous l'avons dit dans noire premier ouvrage: Au temps de ces partages, l'autorité du grand -prince était presque nulle dans les domaines des princes, ses parents ou alliés. Malgré les prétentions à la suzeraineté énoncées même par son titre , son pouvoir ne s'étendait pas au delà des limites de son propre territoire. Cette coordination d'un assez grand nombre de princes souverains, tous issus d'une même souche, fut peut-être la cause (une autre que celle mentionnée plus haut) de ce que le régime féodal ne s'établit pas en Russie. Car on n'appellera pas de ce nom l'état transitoire où le pays s'est trouvé un instant sous les derniers grands-princes de la famille de Rurik, quand ils eurent soumis plusieurs princes apanagés, auxquels cependant ils n'ôtèrent ni le titre de leur souveraineté, ni l'administration de leur territoire, quoiqu'ils les soumissent à leur sceptre et à leur loi.

Puis, en ce qui concerne leurs actes de gouvernement, les princes n'ont jamais été soumis à un contrôle formel et durable. L'histoire parle bien de quelques assemblées délibérantes auxquelles des membres du haut clergé, des boïars et même des bourgeois prirent part*, mais ce furent de simples accidents, ce ne fut pas une institution consacrée par les lois ou les mœurs. Ce qu'on a quelquefois appelé des diètes, c'étaient des conférences de princes occasionnées par le malheur des temps et auxquelles étaient appelés en outre le métropolitain et quelques boïars. Telle fut la réunion de Lioubetch en 1097, la première de toutes selon Karamzine*, qui en mentionne ensuite plusieurs autres dans les années 1100 et 1101.

1. Karamiine, t. tlï, chap. vu (»rad. allem., p. 168 et 292). — Nous donnerons plus loin d'amples explications sur les boïars et les autres classes.

2. T. II, chap. vu (p. 97 ; cf. p. 109 et suiv.) Voir aussi un article de M. Constantin Aksakof , dans Budenstedt , Hussische Fragmente , t. Ier, p. 55 et suiv.

Quant aux assemblées populaires des villes, reste de la liberté originaire des Slaves , comme le dit le même historien1, elles prirent, en effet, mais dans quelques-unes seulement, le caractère d'une véritable institution. Ce fut également le malheur des temps qui y donna lieu. Tant que les princes furent puissants et entourés de prestige, nous rapportent les historiens, le peuple se soumit paisiblement et en aveugle à leurs volontés. Mais quand l'unité de l'empire se brisa, quand les feux de l'auréole de gloire qui avait rayonné autour du trône de S. Vladimir se furent éteints, et qu'au lieu d'un monarque unique il y en eut plusieurs simultanément, alors le peuple n'eut plus d'yeux que pour leur faiblesse, prétendit lui-même à la puissance et restreignit le pouvoir des princes ou y forma opposition, c Cependant, continue Karamzine, la vieille loi des temps de Rurik n'était pas abolie: partout, même à Novgorod, le prince rendait les jugements, punissait et déférait son autorité à des délégués (poçadniks ou autres). C'est lui qui déclarait la guerre, lui qui concluait la paix et levait les impôts. Toutefois, les bourgeois de la cité principale profitèrent de la liberté de l'assemblée populaire, et s'opposèrent assez souvent, même dans les affaires les plus importantes, à la volonté de leur seigneur. Ils lui faisaient part de leur avis et de leurs désirs; bien plus, se constituant en magistrature suprême, ils décidèrent quelquefois de son sort.» Certains membres seulement de la bourgeoisie prenaient part, avec droit de vote, aux assemblées, dont faisaient partie en outre certains membres du haut clergé. Un petit nombre de villes, Novgorod et Pskof à leur tête, étaient en possession de ces droits; celles d'origine mixte ne les ont guère connus, et la cloche du vetché, «celte manifestation de la souveraineté

1. T. I", cliap. x (p. 191 ). Cf. t. III , chap. u ip. 29) et chap. vu (p. 167 et 592,.

populaire,» dit un peu ambitieusement l'historien1, ne retentit qu'une seule et unique fois aux oreilles des habitants de Moscou; Vladimir, à l'en croire, aurait seul fait exception.

Nous ne répéterons pas ici ce qui a été dit cent fois des libertés de Novgorod la Grande, véritable république en dépit du prince qui la gouvernait5. Celui-ci, surtout quand il possédait en outre une principauté héréditaire où il était accoutumé à une obéissance passive, avait de la peine à s'y plaire, etplus d'un renonça volontairement à ce trône toujours battu par la licence populaire. Dès l'an 1228, quand Iaroslaf Vsévolodovitch se plaignit aux Novgorodiens de la manière dont il avait été traité par leurs alliés, les habitants de Pskof, ils ne craignirent pas de lui répondre : « Tu connais, prince, les Novgorodiens et les Pskoviens, ils en agissent comme il leur plaît.» Lorsqu'en 1471 Ioann III osa prétendre à cette principauté comme à son héritage , ce mot exaspéra le peuple à un tel point qu'il n'hésita pas à appeler à son secours le grand-prince de Lithuanie, alors le rival redouté du souverain de Moscou. L'époque de sa prospérité (XIIIe et XIVe siècle) était depuis longtemps passée pour la célèbre cité au sujet de laquelle avait prévalu ce dicton : Qui peut tenir devant Dieu et Novgorod la Grande? maintenant commença une époque de lutte et de crise, qui se termina en 1478 par l'abolition de la vetché ou assemblée populaire, par la suppression de la magistrature de poçadnik et la transformation complète de la république, désormais impossible. Ses traditions pourtant ne périrent pas avec elle. Mais quand, en 1570, des velléités de défection furent dénoncées à Moscou, Ioann IV le Terrible se mit en marche à son tour, entra dans la ville, la traita pendant six semaines avec une bar-

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