Karanizine, t. V, cbap. îv (p
2. Voir Karamzine, t. VI, chap. m, et notre Russie ancienne et moderne, édition in-8°, p. 52-56.
barie atroce, et ne laissa derrière lui, en se retirant, que la mort et des ruines.
Sous ce prince implacable, l'autocratie était devenue une véritable tyrannie, et la plus odieuse des tyrannies; mais elle continua d'être salutaire à l'État, qu'elle achemina vers ses futures grandeurs. Déjà sous son prédécesseur Vassili IV Ioannovitch (1505-1534), elle avait été complètement organisée et absolue, ainsi que l'attestent les nombreux voyageurs qui , à cette époque-là, allèrent visiter la Moscovie, particulièrement le baron de Herberstein1. Les Russes, dit ce dernier, reconnaissent publiquement que la volonté du Prince est la volonté de Dieu, et que tout ce qu'il fait, il le fait en vertu de cette volonté. 11 est même dans le doute sur ce qu'il faut croire, si des mœurs si exorbitantes (ianta immanitas gentis) n'exigent pas que le Prince soit un tyran, ou bien si c'est par la tyrannie princière que le peuple devient si affreux (tam immanis), si dur et si cruel*. Qu'aurait -il dit du temps de Ioann IV lui-même, qui mérita si bien le surnom de Terrible que l'histoire lui a infligé 1 Cependant, il faut le dire, ce dur règne d'un demi-siècle (1534-1584) eut des intermittences de douceur, de clémence et de légalité. La principale fut celle de 1549 à 1550, qui était due à l'heureuse influence des conseillers du tsar, le favori Adachef et le pope Sylvestre. Karamzine3 parle de ce moment lucide avec une réserve, que nous nous expliquons sans l'approuver; mais le prince Pierre Dolgoroukof s'en
1. Voir ses Commentarii rerum Moscovitarum , dans Starczewski, Histmiœ ruthenicœ sctïptores exieri sœculi XV l , t. 1er, p. 12. Cf. Karamzine, t. VII, chap. îv (p. 159), et Meiners, Vergleichung des âltern und neuern Russlands , t. Ier, p. 297 et suiv.
2. Nous avons expliqué cette situation de la Moscovie d'alors, plus haut, p. 46- 49, et nous l'avons caractérisée aussi dans La Russie ancienne et moderne, édition in-8°, p. 73-76.
3. T. VII, chap. vu (p. 271 et suiv.». Cf. Prince Dolgoroukof, p. 151.
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empare pour constater une convocation des «états généraux , » nom qu'il donna à l'assemblée (zemskoi sobor ou zemskaia douma) que le tsar réunit, en effet, autour de lui afin de faire sortir de ses délibérations le Soudebnik ou Code de lois, dont il sera question au chapitre de la justice. Le nom de convocation des notables eût été moins ambitieux et plus exact; mais il est vrai de dire que les appelés appartenaient à toutes les classes , que non-seulement le haut et le bas clergé, la noblesse de cour et la noblesse campagnarde étaient représentés dans cette mémorable assemblée, mais aussi les villes et les campagnes, les marchands et les poçadskiyélioudi, c'est-à-dire tout ce qui existait déjà alors de bourgeoisie. Seulement cette convocation était l'effet, non d'un caprice sans doute du tsar, mais d'une inspiration toute momentanée, au sujet de laquelle le principal historien russe déjà souvent cité fait une réflexion fort juste. «Ce n'est que dans les empires autocratiques, dit-il, qu'on voit ce rapide et facile passage du mal au bien; car tout dépend de la volonté de l'autocrate, qui, semblable à un habile mécanicien, met en branle les masses par un mouvement de son doigt, donne sa direction à l'immense machine , et mène ainsi des millions à leur salut , s'il ne les précipite pas dans la misère. » Nous aussi , nous ne voyons là qu'un accident et non une institution; nous ne prenons pas le change sur des noms empruntés à nos établissements modernes, mais qui conviennent mal aux choses anciennes qu'on prétend leur faire désigner, et le nom d'États généraux ici employé est bien certainement du nombre. C'est donc pour mémoire plutôt qu'à titre de vérité historique que nous consignons ici le passage suivant du même publiciste russe. « Les États généraux , sauf le court intervalle de 1613 à 1619, ne furent jamais qu'une assemblée purement consultative , mais c'était une heureuse idée que
relie d'avoir fait appel aux hommes investis de la confiance de leurs concitoyens. De leurs sages délibérations, en 1550, sortit entre autres le rétablissement du jury1, qui avait existé jadis dans les républiques de Novgorod, Pskof et Khlynof (Viatka). Cette belle et utile institution fut abolie en Russie au XVIIe siècle. Plus tard, en 1566, déjà devenu un tyran abject, loann IV, dans un éclair de sagesse, se voyant en présence d'une guerre avec la Pologne, réunit derechef les États généraux pour leur demander leur avis'. A sa mort, en 1584, et à l'avènement au trône de son fils, le tsar Fœdor Ier, prince aussi faible d'intelligence que de santé, les conseillers de ce souverain firent convoquer les États généraux3. Cette même année, le pouvoir passa de fait dans les mains du beau-frère du tsar, le boïar Boris Godounof, qui fit dissoudre les États généraux, et exerça, pendant tout le règne de Fœdor Ier, un despotisme effréné. »
Les plus proches voisins des Russes, les Polonais, n'avaient, à cette époque même, nulle idée de leurs prétendus États généraux. Dans les mémorables conférences de paix qui eurent lieu sous Fœdor, à Grodno, en 1585, il fut pour la première fois, et très-sérieusement, question d'une réunion en un seul État de la Russie, d'une part, de la Pologne et de la Lithuanie de l'autre4. Dans l'éventualité d'une double vacance du trône (la mort du roi Étienne Batori pouvant coïncider avec celle du tsar Fœdor), les nobles polonais
1 . Kncore un de ces noms empruntés aux choses modernes. C'est d'un conseil d'hommes assermentés, mais non du jury qu'il s'agissait. Voir Karamzine, ibid. fp.2J5).
2. Karamzine, t. YIU, chap. u (p. 92». L'assemblée se composait de 339 personnes.