III
marque: «Le fait que le titre de tsar est ici attribué au grand-prince ïoann Vassiliévitch par ses sujets, est digne d'être noté. On trouve que cela arriva encore plus souvent à son fils, le grand-prince Vassili Ioannovitch. Cependant ils ne se servaient pas eux-mêmes de ce titre, et il reste certain que c'est le fils du dernier, Ioann Vassiliévitch (le Terrible), qui a introduit cette titulature tsarienne, qu'il s'est fait attribuer pour la première fois en public lors de son couronnement en 1345 (lisez 1547).» Depuis elle fut toujours employée.
Mais d'où vient ce titre de tsar, qu'il faut prononcer absolument d'après la valeur des lettres que nous employons ici1? Où les Russes l'ont-ils pris? Cela n'est pas très-facile à dire. Voici ce qu'on trouve là-dessus dans le passage déjà cité de Karamzine. « Ce nom n'est nullement une abréviation du latin Cœsar, comme ont cru la plupart sans raison, mais un vieux mot oriental , connu chez nous par la traduction slavonne de la Bible. Employé comme titre donné aux empereurs de Byzance et dans les derniers temps aux khans mongols (des débris de la Horde d'or), il renferme, en persan, l'idée du trône ou du pouvoir suprême. On peut le remarquer aussi dans la syllabe finale des noms de rois assyriens et babyloniens, tels que Phalassar, Nabonassar, etc.*» Dans les notes, Karamzine ajoute : cDans notre traduction imprimée de l'Écriture sainte, il y a toujours, en russe, Kessar (Keçar) pour Cœsar; tsar est un tout autre
1 . En écrivant czar , comme font les Polonais, il faudrait prononcer, comme eux, tchar et non pas k%ar, ainsi qu'on en a l'habitude chez nous. Voltaire et Le Clerc écrivaient déjà t%ar, mais cela n'est pas conforme à la vraie prononciation , qui est txar, en allemand 3ar, car dans cette langue le £ est dur et a la même valeur que ts.
2. Nous ajouterons Nenoukadnetsar ( Nabucfaodonosor ) , nom dont la vraie forme, selon Roscnmuller (Biblische Alterthumukunde, t. Ier, 2e partie, p. 85) , est Nebou-chodân-tsar, et la traduction fidèle Nebou prince des Dieux ; puis Balthazar, c'est-à-dire Belcha-tsar, etc.
mot. » Voltaire, bien plus avancé que la plupart de nos modernes russologues de France, était déjà au courant de tout cela. «Quant au titre de czar, dit-il1, il se peut qu'il vienne des tzars ou tchars du royaume de Kasan.... Il était donc le titre de ces princes orientaux (de Kasan , d'Astrakhan, de Sibérie). Il était donc vraisemblable qu'il dérivait plutôt des tshas (lisez chahs) de Perse que des Césars de Rome, dont probablement les tzars sibériens n'avaient jamais entendu parler sur les bords du fleuve Oby. »
Maintenant, nous oserons pourtant demander si ce qu'affirme l'excellent Karamzine et ce que penche à croire Voltaire, évidemment bien renseigné sur la Russie, est après tout certain, basé sur des preuves irrécusables? D'abord, s'il est vrai que, dans l'Écriture sainte, Cœsar est toujours rendu par Kéçar, il faut ajouter cependant que dans la chronique de Nestor empereur est toujours rendu par Tsésar et non pas par Kéçar. Nous avons sous les yeux le texte original du vieil annaliste*, là où il est question du voyage en Grèce de la grande-princesse Olga, en 955. Elle alla trouver, comme on sait, l'empereur Constantin Porphyrogénète, que nous trouvons désigné ainsi : tsésar iménem Tsemskii3, et ce même titre de tsésar ne cesse de revenir. Il revient de même dans le récit de la campagne de Sviatoslaf, fils d'Olga, contre les Grecs. « Tsésar, y est-il dit, fit venir au palais ses koliars\ et il leur adressa ce discours, etc.» Et plus loin : € Ils (ses envoyés dépêchés vers Sviatoslaf) revinrent
I. Histoire de l'empire de Russie sous Pierre le Grand, édition originale (1759), p. 63.
S. Édition Miklosich, p. 20, 34- et passim. Dans la traduction française de L. Paris (p. ex. t. Ier, p. 80, 98 , etc.) , nous lisons tzar partout où il y a tsésar dans le texte slavon , et de même Ttaragrad (Constantinople) , là où il y a dans ce texte Tsésara Grad.
3. Tsemskii est pour Tzimiscès. C'est une erreur des vieux manuscrits, corrigée, dit Karamzine, dans le manuscrit de Kœnigsberg.