‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 122 sur 367 · Hemnanu , t. m , p · texte numérisé non relu

Hemnanu , t. m , p

5. Karamzine, t. VIII, chap. v ip. 281). Cf. Meiners, t. II, p. 97.

6. Bibliothèque de Novikof, dans St. Petersburgisches Journal, 1777, t. IV, p. 336 et suiv.

LA SOCfÉTÉ POLITIQUE. ÉTAT PRINCIPAL , CONSTITUTION. 263

encore et dans laquelle on lit cette formule : Elisabetha, D. gr. Angliœ Regina, serenissimo et potentissimo principi Ioanni Basilivische , imperatori totius Russiœ, magno duci, etc. Il n'y a pas jusqu'au faux Dimitri qui n'y prétendît, et quand son bienfaiteur le roi de Pologne Sigismond-Auguste, fidèle au protocole de la république, lui donna simplement le titre de grand-prince, Dimitri, bien que mal affermi encore sur son trône, ne craignit pas de réclamer auprès de celui à qui il le devait. A cette même époque (1606) se rapporte le témoignage du Français Margeret, auteur du petit livre Estai de V empire de Russie et grande-duché de Moscouie et qui avait servi, avec le grade de capitaine, dans la garde du fameux imposteur. Ce témoignage, d'importance capitale, le voici : « Or, quant au tiltre qu'ils prennent, dit-il des souverains russes, ils pensent qu'il n'y en ait nul plus grand que celuy qu'ils ont, se faisant appeler Zar. Us appellent l'Empereur des Romains Tsisar, qu'ils ont dérivé de César, et tous les Roys Kroll à l'imitation des Polonais. Ils appellent le Roy de Perse Kisel Bascha. Et le Turc Veliqui Ospodar Tursk qui veut dire grand Seigneur de Turquie, à l'imitation de ce qu'on l'appelle grand Seigneur. Mais ce mot ZAR, ce disent-ils, se trouve aux saintes Écritures. Car partout où il est parlé de Dauid ou de Salomon , ou d'autres Roys, ils sont appelez Zar Dauid, Zar Salomon, qui est, comme nous interprétons, Roy Dauid, Roy Salomon, etc. Et ainsi retienent le nom de Zar comme plus autentique, duquel nom il pleut iadis à Dieu d'honorer Dauid, Salomon et autres regnans sur la maison de Iuda et Israël, disentils, et que ces mots Tsisar et Kroll n'est que invention humaine, lequel nom quelqu'un s'est acquis par beaux faits d'armes. A cet effect, après que Théodore lohannes1 Zar de

1. Fœdor Ioannovitch (1584-1598). Margeret, quoique si bien informé, ne comprend pas la forme patronymique (voir p. 266. note 2).

Russie eust leué le siège de devant Narve, laquelle il avait assiégée, et que les députez et Ambassadeurs de part et d'autre furent assemblez pour conclure la paix entre la Russie et Suéde, ils débattirent plus de deux iours sur le tiltre que Théodore voulait avoir d'Empereur, les Suédois ne le voulans reconnoistre pour tel. Les Russes disent que le mot de Zar estoit encores plus grand que Empereur, et ainsi fut l'accord fait qu'ils le nommeroient tousiours Zar et grand-Duc de Moscovie , chacune des parties pensant avoir trompé l'autre par ce mot de Zar1. »

Cependant, malgré cette haute importance du titre de tsar, le roi de Géorgie et celui d'Iméreth le prenaient également, et du consentement de la Russie: aussi Fœdor Ioannovitch, ajouta-t-il, en 4586, à ses autres titres les suivants: « Seigneur des pays d'Ibérie, des tsars de Grousie, du pays de Kabarda, des princes de Tcherkasses et de la Montagne9 ». Il est vrai, même le tsar d'Iméreth s'intitula jusqu'à la fin, sans façon et sérieusement, rot des rois*.

Relativement à l'attitude de la France, en présence de telles prétentions, nous devons dire qu'elle s'y soumit à cette époque reculée. Louis XIII, en écrivant le 3 mars 1635 à Michel Fœdorovitch, lui donna les titres suivants: « Trèshaut, très-excellent, très-puissant et très-magnanime Prince, notre très-cher et bon ami, le Grand-Seigneur, Empereur et Grand-Duc, Michel Féodoritz, souverain Seigneur et conservateur de toute la Russie , etc. * » Louis XIV, écrivant en

1. Voir aussi sur tout cela Olearius (1636), dans la traduction française de Wicquefort, t. Ier, p. 252. Ce voyageur confirme tout ce qu'on vient d'apprendre par le capitaine Margeret.

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