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I. Catherine II et ta cour, lecture publique, p

une, soit par plusieurs personnes, le grand-chambellan, les grands-maUres de la cour, dont on compte dans ce moment jusqu'à cinq, le grand-maréchal de la cour, les grandséchansons, les grands-écuyers (stallmeister) et les grandsveneurs. Puis un nombre à peu près égal de secondes charges , les maîtres de la cour, le maréchal de la cour, les écuyers, les veneurs, le grand -écuyer tranchant (forsehneider), le grand-maître et les maîtres des cérémonies. On compte ensuite environ cent vingt chambellans, mais qui naturellement ne sont pas tous, pas plus que les suivants, en activité de service, et près de deux cent quarante gentilshommes de la chambre (kamer-younkery). L'impératrice a sa part de ces services, mais en outre sont spécialement attachées à sa personne les dames d'honneur (statsdamy), dans ce moment au nombre de dix -sept, et les demoiselles d'honneur de la chambre (kamer-freiliny), dont il n'y a actuellement que trois, après lesquelles viennent les simples freUiny, toujours très-nombreuses et dont, dans ce moment, on compte environ cent cinquante, pour la plupart desquelles toutefois ce titre est purement honorifique. Il faut ajouter le clergé de la cour, confesseurs, prêtres assis** tants et chapelle, ainsi que le service médical, dont les chefs ont souvent rang de conseiller privé. Et dans tout ce nombreux personnel, aux degrés inférieurs duquel sont les kamer-fouriéry et les valets de chambre, ne se trouvent pas encore comprises les cours particulières des grandsducs et des grandes-duchesses. Nous n'y comprenons pas non plus les aides-de-camp généraux et les aides-de-camp (flighel-iidyoudanty), que l'Almanach impérial (Adre$s-Kalendar) range dans la rubrique de l'état-major général, mais qui forment le cortège habituel du souverain et des princes et sont les exécuteurs ordinaires de la volonté impériale. Dans ce moment , on compte environ cent vingt aides-de-

camp généraux et plus de soixante- dix aides -de -camp. L'église du Palais d'Hiver, quoique très-vaste, ne tiendrait pas à la fois la moitié de ce personnel d une cour justement renommée pour sa magnificence.

Les honneurs de cour ne doivent pas être confondus avec les distinctions sociales proprement dites. Ces dernières dérivent soit du rang plus ou moins élevé que l'on occupe au service de l'État, hiérarchie que l'on appelle le tchine (de là tchinovniks, fonctionnaires gradués), soit de la noblesse par droit de naissance. Nous traiterons successivement de ces deux genres de distinctions sociales, en ajoutant aussi à la suite du premier les ordres de chevalerie.

1° Le tchine et les tchinovniks. L'échelle des rangs, particulière à la Russie, fut introduite par Pierre le Grand, en vertu de l'oukase du 24 janvier (4 février) 1722. Elle subordonna la noblesse de naissance à une noblesse de service, et par conséquent sans aïeux ni parchemins.

Il existait pourtant quelque chose de semblable dans la vieille Russie; seulement, pour le trouver, il ne faudrait pas remonter jusqu'aux temps dont l'histoire nous est racontée par le moine Nestor. Ce chroniqueur, pour lequel les plus hauts emplois de l'État sont celui de voîévode, commandant d'armée, et celui de poçadnik, premier magistrat d'une ville, fait en outre déjà mention des boiars*, qui étaient les leudes du prince, membres des familles les plus considérables jouissant du droit de se trouver habituellement près de sa personne. De son temps, selon toute vraisemblance, on naissait

1 . Il n'y a aucune raison pour écrire boyard : aussi Le Clerc déjà répudiait le d. En russe, le mot est boïarine et, au pluriel, boïaré, ce qui nous autorise à retrancher la terminaison ine. On n'est pas d'accord sur l'élymologie du mot : les uns le dérivent de boï, combat, les autres de boïarik ou potarik, prudent, sage-

boïar, quoique Karanizine1 mette ce point en doute, même pour cet âge reculé. Suivant lui, cette haute dignité paraîtrait ' avoir toujours été purement personnelle et viagère. Il en fut ainsi incontestablement plus tard à la cour de Moscou, à laquelle nous voulons ici nous restreindre. Quoique rabaissée déjà, comme notre historien l'affirme, cette classe de fonctionnaires était la première de toutes ; les princes mêmes ambitionnaient d'y être élevés, et nous avons vu plus haut (p. 239) le droit dont jouissaient les boïars sous les premiers Romanof, au moins nominalement, peut-être un instant de fait, d'être entendus par le souverain à l'occasion des lois importantes qu'il rendait. Tsar oukasall, i boiaré prigavarili. Il y avait des boïars au service militaire et des boïars dans les* hauts emplois civils, où leur fonction répondait à celle de conseiller intime. Leur nom semble désigner qu'ils entouraient le prince dans les combats (bot) ou qu'ils commandaient ses troupes, et c'est sans doute plus tard qu'ils devinrent aussi juges et présidents de collèges ou de prikases. Comme tels, aussi bien que comme généraux d'armée, ils étaient appelés à former le conseil du tsar.

Les boïars occupaient donc le plus haut échelon de l'ancienne hiérarchie des rangs. Après eux venaient les okolnitchiyé, ainsi appelés parce que, à l'origine, ils étaient préposés à la démarcation et à la garde des frontières (okol, 1 . bordure). Inférieurs aux boïars d'un degré, ils commandaient, comme eux, des corps de troupes et présidaient des prikases; comme eux aussi, ils siégeaient dans les conseils du prince. Puis il y avait des gentilshommes du conseil (doumnié dvorianini*), qui n'occupaient que le troisième

4. T. V, cbap. iv (p. 300). Cf. Meiners, t. Ier, p. 306 et suiv.; Hupe), t. Ier, p. 240 et suiv.; Reutz, p. 1U.

2. Dvorianine, gentilhomme, vient de dvor, cour, et désigne habituellement le noble de naissance.

rang, mais étaient consultés comme les autres. Le sceau du conseil était habituellement confî.é à l'un d'eux, et le souverain avait recours à leurs services, même dans les affaires secrètes. Leur charge n'ayant été créée qu'en 1671 et pouvant être confiée à toute personne, noble ou non, cette classe était dans une certaine infériorité et les hommes de haute naissance trouvaient moyen de la sauter. Les secrétaires intimes du conseil et du prince, ou doumnié diaki, paraissent aussi y avoir appartenu. Les stolniks, dont nous avons déjà parlé, formaient la quatrième classe, et c'est dans la cinquième, celle des streptchéi, que la noblesse commençait le service civil de l'État. Elle commençait le service militaire dans les rangs soit des enfants de boiars (diéti botarskiyé), qui formaient comme la garde d'honneur des boïars chargés du commandement des troupes et composaient souvent tout un corps nombreux de cavalerie sur lequel on comptait dans les grandes occasions, soit dans les rangs des ryndi, qui servaient au souverain de trabans ou de gardes du corps, soit encore dans ceux des jiUsy, nobles sédentaires dans les villes et qui devaient être toujours prêts à son premier appel.

C'était là une noblesse de service, et nous avons dit qu'elle n'était point héréditaire. Elle le devint pourtant jusqu'à un certain point par la coutume du mestnitcheslvo, mot dérivé de mesta, place, et qui signifie droit de préséance, cil ne suffisait point à la maison de Moscou , dit le prétendu comte d'Almagro' dans ses regrets d'aristocrate princier qui rappellent un peu les nobles colères du duc de Saint-Simon , il ne lui suffisait pas d'avoir dépouillé ses agnats, il fallait les confondre avec l'aristocratie moscovite. Deux mesures furent prises dans ce but sous le règne de Ioann III. » La

\. Notice sur les principales familles de la Russie, p. 10. Cf. La Vérité sur la Russie, p. 81 , 154 et 172.

première mesure fut l'introduction du livre généalogique , dont nous reparlerons; la seconde, rétablissement du mestnitchestvo. Cette dernière, dont il a déjà été question1, « porta un coup bien plus rude à la position politique des descendants de Rurik et de Ghédimine » , ajoute le même écrivain. On se souvient que d'après cette loi, sans doute dénaturée par la vanité des courtisans, le rang politique se déterminait suivant les dignités de cour ou d'armée occupées par le père, le grand -père et les aïeux de chaque personnage. L'état de service de chacun était inscrit dans les razriadniyé knighi, espèce de nobiliaire, qu'il ne faut pourtant pas confondre avec le livre généalogique dit rodoslovnaia kniga. On en appelait à ces états de service; on s'en procurait des extraits : de là des querelles journalières, des procès, des embarras, des scènes d'insubordination fâcheuses pour la discipline de l'armée et qui paralysaient quelquefois les opérations. Aussi fut-ce un grand bien, un coup d'État salutaire , que l'abolition de cette loi. Elle eut lieu le 12 (22) janvier 1682, et c'est à Fœdor Àlexéïévitch , frère aîné de Pierre le Grand, qu'en revient le mérite*. « Pour en éteindre jusqu'au souvenir, dit ce prince dans une assemblée convoquée à cet effet, je veux que les registres en soient livrés au feu. »

Cette institution était un abus: Pierre le Grand, par son oukase déjà mentionné du 24 janvier (4- février) 17223, en mit à sa place une autre qui, pendant longtemps, a eu incontestablement, de bons effets, bien qu elle paraisse maintenant surannée et nuisible au développement et à l'élévation graduelle de la bourgeoisie, à laquelle elle enlève incessamment

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