Voir plus haut, p
qui se sont distingués par leur bravoure. La croix émaillée en rouge, et dont les quatre branches sont liées entre elles par des ornements , est suspendue à un cordon ou à un ruban rouge liséré de jaune; on la porte, suivant les degrés, à l'épée, à la boutonnière, au cou en sautoir ou sur le côté en écharpe. La croix de première ou de deuxième classe en brillants est surtout conférée à des étrangers de distinction.
L'ordre de S. George, le seul qui soit purement militaire, a été fondé le 23 novembre (4 décembre) 1769 par Catherine II, pendant la guerre contre les Turcs, et rétabli par Alexandre Ier, à la fin de 1801. L'impératrice s'en décora elle-même en qualité de grande - maîtresse de ses ordres ; mais ses successeurs n'en firent pas de même, du moins en ce qui concerne la première ou les deux premières classes (car il y en a quatre). Se conformant, exagérant même quelquefois leur soumission aux statuts*, qui veulent que pour être admis dans la première classe on ait gagné une bataille décisive, sauvé le pays, ou conquis une province, et qui exigent encore pour la seconde que le candidat ait remporté une victoire sur l'ennemi, les derniers souverains ne se sont permis modestement que le port de la croix d'une classe inférieure. Au total, on ne compte pas beaucoup plus de douze ou quinze personnes qui, en Russie même, aient obtenu la décoration de première classe. Elle consiste en une croix émaillée en blanc, sauf le liséré d'or; sur le médaillon du milieu on voit S. George, à cheval, domptant le dragon. Le cordon est noir et orange. La légende de la plaque porte : Za sloujebou i khrabrosth , pour les services et la valeur. La croix de troisième classe se porte en sautoir au cou; celle de quatrième à la boutonnière. On donne
1. Sur les statuts de l'ordre, voir Schlœier, Netiverândertes Russland, t. II, \> 207, et Nettes St. Petersburgùchet Journal, 1782 , t. IV, p. m et suiv.
cette dernière indistinctement à tous les militaires irréprochables et ayant le grade d'officier, après vingt-cinq ans de service. Après le même temps de service, les soldats mêmes peuvent être décorés d'une croix en argent suspendu au ruban de S. George.
L 'ordre de S. Vladimir, à la fois civil et militaire, mais surtout civil dans l'intention de sa fondatrice Catherine II , fut institué le 22 septembre (3 octobre) 4782 , et aussi rétabli après la mort de Paul. Il a le pas sur l'ordre de Ste Anne, et est recherché pour la considération qu'il donne, surtout dans ses classes supérieures. Le grand cordon prime même celui de S. Alexandre Nevski. Il y a quatre classes de S. Vladimir. La croix, à quatre branches comme les précédentes, est émaillée en rouge foncé, avec un triple liséré or et noir. Sur le petit médaillon du milieu on voit le manteau impérial, et au revers la date de la fondation. La plaque montre les chiffres russes C. P. K. B., qui signifient : saint prince Vladimir, égal aux apôtres (ravnoapostoV).
L ordre de S. Stanislas , aujourd'hui russe , et à la fois civil et militaire, était originairement un ordre militaire polonais, fondé le 7 mai 1765 par le roi Stanislas Poniatowski. Il portait alors la légende: Virtuti militari. Le nombre de ses classes a varié , mais les quatre classes ordonnées en 1815 par Alexandre 1er ont prévalu. La croix, à quatre branches et huit pointes, est émaillée en rouge, avec l'aigle impériale entre les branches et d'autres ornements. Deux S entrelacés se voient au milieu. Le cordon et le ruban rouge ont un double liséré blanc.
Uordre de l'Aigle blanc lui-même doit être compté aujourd'hui parmi les ordres russes, quoique fondé par le roi Auguste II, comme ordre de sa maison, et confirmé, comme
1. On peut voir les statuts de cet ordre dans Neuet St. Petersburgischet Journal, 1782 , t. III, p. 193 et suiv.
le premier en rang pour la Pologne, par la constitution de 4815. Le statut organique du 26 février 1839. a ordonné son affectation nouvelle, et depuis, la croix, où s'étale l'aigle blanche polonaise privée de sa couronne royale, repose sur la double aigle de Russie, surmontée de la couronne impériale. Sur la plaque , on voit dans un médaillon une croix blanche lisérée de rouge, avec cette légende: Pro fide,rege et lege.
A ces différents ordres on peut ajouter encore celui de Malte ou de S. Jean de Jérusalem, renouvelé en Russie par Paul 1er, en 1798, mais depuis tombé en désuétude; et, si l'on veut, la croix d'honneur de Marie , fondée par un manifeste du 14 (26) décembre 1828, et destinée à récompenser le service irréprochable des femmes. Mais il importe de ne pas les confondre avec les nombreuses médailles qui se portent, soit à l'armée, soit aussi dans les fonctions civiles, après un service irréprochable , et qui ont le plus souvent pour but la commémoration d'une campagne ou d'un fait d'arme signalé. Ces médailles se portent suspendues au ruban de l'un des ordres, même à celui de S. George.
Les ordres proprement dits ont leurs statuts et donnent des droits de noblesse, même héréditaires à leur degré supérieur et dans quelques-unes de leurs classes. Les négociants ou autres personnes de la bourgeoisie qui sont décorés d'une simple croix de cette nature, ont par cela même droit au titre de notable citoyen, dont nous avons parlé. Dans certains cas , la jouissance d'une pension est assurée soit aux chevaliers eux-mêmes d'un de ces ordres, soit encore à leurs enfants.
3° La noblesse par droit de naissance. Comme elle constitue une des quatre classes de la population, et la première de toutes, nous en ferons mention ici pour mémoire seulement, en renvoyant au paragraphe suivant les dévelop-
pements de toute nature dans lesquels nous devrons entrer à son sujet.
Les classes de la population. On peut dire que sous ce rapport la Russie est encore bien loin de son organisation définitive; l'émancipation des serfs semble devoir être le point de départ d'un ordre de choses tout nouveau, et en attendant tout est provisoire. La noblesse sent elle-même que, comme caste, elle a fait son temps; la bourgeoisie, comme telle, est encore dans les langes, et les classes rurales, qui viennent de naître seulement à une condition d'indépendance limitée, renferment encore des éléments nombreux qui n'en font pas partie intégrante, mais semblent plutôt destinés à renforcer la population des villes, auxquelles, du reste, nous n'oserions pas pronostiquer un bien grand avenir, par des raisons que nous développerons ailleurs.
La division la plus générale de la population, division naturelle et permanente, c'est celle en habitants des villes et en habitants des campagnes, ce qui n'équivaut pas tout à fait à la division en habitants des villes et en habitants des districts présentée par M. de Buschen', qui donne pour les premiers (dans l'empire proprement dit, Sibérie non comprise) le chiffre de 5,582,068 et pour les seconds celui de 59,330,752. D'après nos propres calculs, dans les sections précédentes de cet ouvrage*, il y aurait environ 6 millions d'habitants dans les communes urbaines et moins de 50 millions dans les communes rurales, chiffre que toutefois nous déclarions incomplet, à raison de l'insuffisance des maté-
1 . Bevolkeruny des Rnssischen Kaiserreichs, tableau , p. 66. Cf. Von Olbei g , Statvtt ische Tabellen des Hussischen Reicha , p 46, et la Statistique officielle de 1863, p. 182 et suiv.