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riaux nécessaires pour le déterminer plus exactement. En nombre rond et par conjecture, nous supposons qu'il peut être de 60 millions.
M. de Buschen fait cette observation importante : « Quoique, dans la législation russe, les droits des classes (Standesrechte) des divers groupes occupent un gros volume, il n'est pourtant pas possible, à raison des contradictions nombreuses et d'obscurités de toute espèce, d'établir d'après les caractères communs une classification rationnelle. Le seul élément positif que l'on ait pour cela, ce sont les catégories diverses relatives à l'impôt, qui elles-mêmes toutefois sont sujettes à des exceptions, à des exemptions, etc., et d'ailleurs, certaines classes payent l'impôt à deux ou à plusieurs titres différents. » Néanmoins ce statisticien, membre du bureau officiel de statistique, ajoute que la législation russe reconnaît quatre classes ou ordres (Stœnde) différents: 1° la noblesse, y compris tous les fonctionnaires jouissant à titre personnel des droits nobiliaires; 2° le clergé; 3° les habitants des villes, et 4° les paysans. Trois de ces classes figurent comme telles dans les tableaux de recensement; mais la troisième n'est pas inscrite ainsi en bloc: on la range officiellement sous plusieurs rubriques particulières , ainsi que le constate M. de Buschen lui-même1. Voici les classes telles que nous les trouvons dans la Statistique officielle de 1863 (mais seulement pour les 49 gouvernements de la Russie d'Europe), avec indication du chiffre pour les deux sexes :
Suc masculin Sexe féminin. Total
Noblesse héréditaire . . . 304,448 305,525 609,973 — personnelle. . . 140,963 135,846 276,809
1. Même ouvrage , p. il et »uiv. Cf. Statistique de 1863 , p. 267 et suiv. ~ On peut comparer, daus le présent ouvrage , t. 11. p. 104, 265 et 74fi,
Sexe matculin Sexe féminin. Total.
Clergé de tous les cultes. 290,143 311,786* 601,929
Population urbaine :
Notables citoyens héréditaires 6,219 5,858 12,077
Notables personnels . . 4,695 4,576 9,271
Marchands 204,311 195,272 399,583
Bourçeo\s(me8chtchané) 1,705,846 1,847,447 3,553,293 Ttékhovyyé (artisans). . 145,629 132,759 278,388
Gens de peine 15,080 17,107 32,187
Individus divers ... 7,304 8,252 15,556
Population rurale:
Paysans de la couronne. 9,747,357 10,302,891 20,050,248
Colons , . 229,542 220,011 449,553
Paysans des apanages. 986,054 1,083,959 2,070,013
— des raines et usines. 129,857 137,426 267,283
— d'autres dénomina-
tions 1,179,581 1,270,771 2,450,352
— ayant des obligations
temporaires , savoir :
Paysans proprement
dits 10,354,700 10,809,249 21,163,949
Dvorovyyé ou gens de
service 690,234 692,549 1,382,783
En résumé, et en ne tenant pas compte des sexes, cela donne pour chacune des quatre classes principales, dans les 4-9 gouvernements en question, les chiffres suivants :
1. On dirait qu'il y a beaucoup do veuve* daos cette classe, et qu'il y naît plus de filles que de tils. Au fait, les religieuse» y sont aussi comprise*.
Noblesse héréditaire et personnelle 886,782
Clergé (de tous les degrés, sacristains compris) . . 601,929
Habitants des villes 4,300,355
Paysans 47,834,181
Total dans lesdils gouvernements. . . . 53,623,247 Et en ajoutant les colonies militaires (les deux sexes réunis) et l'armée, avec les femmes et les enfants
qui s'y rapportent, savoir en tout 4,886,738
Le total sera 58,509,985
Et sur ce total encore incomplet de près de 60 millions d'âmes, moins de 4 millions et demi, ou, en mettant les choses au maximum, 6 millions seulement d'individus, c'està-dire un dixième, appartiennent aux classes urbaines! On a vu, en son lieu', qu'en Angleterre la moitié des habitants sont dans les villes, et qu'en France la proportion est au moins comme 1 : 3. En revanche , dans le royaume de Suède, pour 3,548,834 individus vivant à la campagne, il n'y a dans les villes que 474,230 individus : c'est la proportion de 4 à 7 y,. Elle est toujours meilleure que celle qu'offre la Russie, et c'est sans doute de là en grande partie (d'autres causes encore seront indiquées dans la suite) que vient l'infériorité économique de ce grand pays, l'échelon peu élevé qu'il occupe encore sur l'échelle de la civilisation et de la richesse.
Maintenant nous envisagerons séparément, et en nous éclairant du flambeau de l'histoire, chacune des quatre classes principales. Cette étude est pleine de difficultés , dont nous espérons que le lecteur nous tiendra compte.
1° La noblesse est ainsi définie dans le Svod ou Digeste* :
1. T. Il , p. 250. — Le vrai total des paysans russes dépasse 55 millions. . 1 De la noblesse . cbap. i", g U. C'est une variante de la définition placée eu tète du Statut dont il sera question plus loin. Voir aus»i p. 228.
tLa noblesse est une conséquence des qualités et vertus des hommes anciennement revêtus des dignités de l'Étal qui se sont distingués par leur mérite. En changeant le service public en services rendus, ils ont acquis à leurs descendants le titre de blagorodnii, bien-né. Sont qualifiés blagorodnii tous ceux qui descendent de personnes pourvues de cette distinction ou qui Font obtenue eux-mêmes par la volonté de l'empereur. La noblesse se divise en noblesse héréditaire et en noblesse personnelle. »
On vient d'en voir la force numérique. Au total, elle forme environ 200,000 familles, dont jusqu'à 35,000 ont leur domicile à Saint-Pétersbourg, et moins de 5,000 à Moscou.
Nous n'avons pas la prétention d'écrire ici l'histoire de la noblesse russe; déjà le savant pasteur Hupel* a fait remarquer l'insuffisance des matériaux dont on aurait à se servir pour cela. Tout ce que nous pouvons faire , c'est de noter quelques époques de cette histoire et d'en classer ici dans l'ordre chronologique quelques-uns des principaux éléments.
On a parlé plus haut (p. 227) de la droujina, c'est-à-dire des compagnons des premiers princes, ainsi que des boiars (p. 280), dont l'histoire fait mention dès ces temps-là, et Ton a fait remarquer que cette aristocratie non héréditaire ne ressemblait en rien à la noblesse féodale des pays de l'Occident de l'Europe, quoique pourtant, comme ceux-ci, la Russie nous montre à ce moment-là un élément étranger conquérant et un élément indigène vaincu. A ce sujet, voici comment le baron de Haxthausen entend les choses* : «Rurik, dit-il, partagea le pays entre lesVarèghes qui l'avaient accompagné. Déjà sous ses premiers successeurs Oskold et
1. T. 11. p. -428. Voir aussi son <:napitie sur la noblesse, I. Ier, p. 176 etsuiv.
2. Études sur la Hussie, t. III, p. 35. Cf. Reutz. p. iUetroiv. Ce que Le Clerc donne comme une Histoire de la noblesse russe . dans son Histoire de la Russie moderne , t. 1er, p. 388-128 , manque de toute base solide.
Dyr, on les appelle boïars, guerriers nobles. Plusieurs Varègnes semblent aussi s'être approprié certaines parties de territoire de leur propre autorité. Dans les «Négociations d'Oleg et d'Igor, * on trouve mentionnés les titres de « princes sérénissimes,» qui sont distingués des nobles de service, des boïars; mais bientôt ils disparurent et il ne resta plus que la noblesse de service Des étrangers, les Varèghes, formèrent la base de la plus ancienne noblesse russe. Elle n'était point un élément de la nation slave, bien que les Slaves nationaux prissent bientôt part à la nouvelle institution et que les Russo-Varèghes fussent devenus tout à fait slaves après deux générations. Les bases de la noblesse furent évidemment d'origine germanique. » Si les choses se passèrent effectivement ainsi, ce que nous ne voudrions pas affirmer faute de preuves, il est étonnant que le régime féodal n'ait pas pris racine en Russie comme ailleurs. Ce qui est certain, c'est que la droujina ne tarda pas à disparaître et que les boïars, s'ils ont commencé par être héréditaires, furent ensuite purement viagers. Les gridni, qui, selon l'agronome westphalien , auraient pris le premier nom , n'étaient autre chose que des gardes du corps dans le sens moderne. Le savant professeur Reutz, sur lequel cet écrivain s'est appuyé, entre là-dessus dans des détails dont il résulte que, dans la période qui du milieu du XIe siècle s'étend jusqu'au XIVe, il y avait bien des grands propriétaires, mis en possession de leurs terres soit par héritage, soit par un don du souverain, et qui constituaient la vraie classe des guerriers, mais point d'aristocratie proprement dite et même, à la rigueur, point de noblesse. Néanmoins ce légiste, qui n'affirme rien sans preuves, ajoute: «Au lieu de la droujina du prince, on commença alors à parler de la cour, dvor (de là dvorianine, gentilhomme, et dvorianstvo , corps des personnes admises à la cour), dénomination dans laquelle on
renfermait quelquefois tous les guerriers et serviteurs du prince. Cependant l'ancienneté de leur famille différencia ceux-ci de tous temps; une origine noble était, au sens du peuple, chose nullement indifférente. Ainsi, les descendants des boïars et sans doute des guerriers les plus considérables en général, s'attribuèrent le litre d'enfants de boïars ou de beaux-fils, petits-fils de boiars (pasipiki), tandis que les descendants des fonctionnaires civils considérables prenaient celui d'enfants de poçadniks1. •* Un peu plus loin M. Reutz continue en ces termes : « De privilèges proprement dits et dont ne jouissait pas le reste du peuple, il ne saurait guère en être question quant à ces classes. Le libre droit de service était sans doute une distinction, mais il cessa d'être en usage vers la fin de celte période. Si la plupart des fonctions militaires et civiles étaient occupées seulement par des serviteurs du souverain, c'était là une nécessité plutôt qu'un honneur qu'il aurait voulu conférer. Que la classe des guerriers ait eu le privilège de la possession exclusive des terres, c'est ce qu'il serait difficile de prouver par des textes, et l'on ne peut pas affirmer non plus d'une manière certaine qu'elle ait obtenu, ni dire quand elle aurait obtenu, l'exemption des impôts. C'est seulement dans la période du milieu du XVIe au milieu du XVIIe siècle qu'il paraît s'être formé ce que nous pouvons appeler une noblesse; encore n'avait-elle en hérédité que la considération dont elle jouissait en mémoire des services et hautes fonctions de ses aïeux, et non les titres et privilèges de ceux-ci1.» Nous l'avons vu, les boïars, les okolnitches, les doumniyé dvo~ riané, etc., ne transmettaient pas leurs titres à leurs enfants. Cependant dès le XVe siècle, époque où la cour se régularisa et devint splendide, des questions de préséance s'éle-