‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 142 sur 367 · Sur ce dernier mot, voir plus haut, p · texte numérisé non relu

Sur ce dernier mot, voir plus haut, p

2. Voir Ucutz, p. 266 et suiv. — Sur les digoités, voir plus baut , p. 278.

vèrent entre les principaux serviteurs du tsar, et c'est pour mettre fin aux querelles qui en furent la conséquence, que Ioann IV Vassiliévitch fit dresser un registre généalogique (rodoslovnaîakniga), qui fut comme le premier « livre d'or * des Russes'. On y inscrivit en premier lieu les descendants des anciens princes apariagés, issus de Rurik*; puis les rejetons deja famille des grands-princes de Lithuanic, ainsi que ceux de la famille des princes meschtchériaks qui prit le nom de Meschtcherski, et auxquels on ajouta divers autres mourzas tatars; de plus, une partie des familles (non pas toutes) dans lesquelles il y avait eu des boïars de Moscou, et enfin un petit nombre d'autres familles plus ou moins historiques, mais jouissant à ce moment-là de la faveur du tsar. Les personnes dont les familles figuraient dans ce livre généalogique (lioudi rodoslovniyé) plus connu sous le nom de stépenniyéknighi, livres des degrés , avaient seules le droit légal d'élever des prétentions de préséance \ et elles en usèrent largement. C'est là ce mestnitchestvo dont nous avons parlé plus haut et qui produisit des convulsions dans l'État. Le livre fut recopié en 4682, après l'abolition du pernicieux usage dont nous parlons, et sa reliure lui a fait donner le nom de livre de velours (barkhatnaîa kniga) : c'est le nobiliaire officiel de la Russie; il est conservé au département héraldique du Sénat. Le prince P. Dolgoroukof, tout particulièrement compétent en ces matières, nous apprend que bientôt on lui donna une plus grande extension. « Le droit de parité avec cette ombre d'aristocratie fut accordé, dit-il, à quel-

I . Les raxriadnyè kmghi , ainsi nommés de ratriad , classification , et dont il a déjà été question plus haut (p. 283) , étaient-ils autre chose? étaient-ils plus anciens? Nous penchons à le croire.

' 2. On sait qu'ils furent successivement dépouillés de leurs États par Ioann III et par son lils Vassili. Voir Hcrberstcin, ctMeiners, t. II , p. 2.

3. Cependant les nérodoslovnyé, ou nobles non inscrits, faisaient valoir entre eux les mêmes prétentions.

ques familles non inscrites, aux princes Tcherkasski, lorsqu'ils vinrent de la Circassie, aux princes Ouroussof, lorsqu'ils abjurèrent l'islamisme pour embrasser le christianisme, ainsi qu'à trois familles qui eurent l'honneur de s'allier, au XVIIe siècle, à la maison régnante, les Streschnef, les Miloslafski et les Naryschkine. » Le mot d'ombre d'aristocratie dont notre auteur se sert, il l'explique en ajoutant: «Il nous est impossible de considérer cette caste (?) de boïars comme une aristocratie. Soumis au caprice du tsar, soumis à l'infamie des châtiments corporels, ce n'étaient que des esclaves privilégiés, investis du droit d'opprimer d'autres esclaves, à la condition de se laisser opprimer eux-mêmes par le tsar, suivant le bon plaisir de ce dernier. »

Quoi qu'il en soit, depuis la confection du livre généalogique d'Ioann IV il y eut , en Russie, une noblesse héréditaire constatée par document. Elle se partageait alors en noblesse de Moscou ou noblesse de service de cour (dvoriamtvo) et en noblesse urbaine de l'intérieur. Cependant elle n'avait ni cette importance ni cette dignité qui, dans les pays d'Occident, faisaient de la même classe un corps respectable et respecté1. Dans YOulojénié d'Alexis Mikhaïlovitch (1647), cette noblesse est reconnue comme un ordre dans l'État, possédant des terres de deux espèces, patrimoniales ou obtenues du prince à titre de concession*, et, dans ces terres, des serfs abandonnés au bon plaisir du maître. Peut-être pouvait-on alors la diviser en haute noblesse et noblesse

t . L'éloge splendide que fait de la noblesse russe l'impératrice Catherine II dans le manifeste qu'elle a publié à l'occasion du statut dont nous parlerons bientôt , fait contraste avec les jugements sévères des voyageurs et diplomates plus anciens. Voir sur les mœurs de la noblesse d'alors Olearius, t. Ier, p. 227 et suiv.; Meiners, t. II, p. 21 et suiv. ; et d'autre paît, Y Antidote, livre qu'on a attribué à la même impératrice Catherine II , p. 41 et suiv, (édit. de 1799). Cf. La Vérité, p. 176. 190, 207.

2. Voir Meiners , qui cite la traduction latine de VOidojéniè due au baron de Mayerberg, t. H, p. 14.

inférieure; mais par l'abolition du tnestnicheslvo , sous le règne suivant, l'égalité fut établie entre tous ses membres, déclarés tous également astreints au service de l'État, suivant la bonne volonté du tsar. Pierre le Grand, il faut en convenir, traita la noblesse avec un sans-façon inouï, sans admettre même son exemption des châtiments corporels; cependant c'est aussi lui qui l'organisa sur le pied européen. Nous avons déjà parlé (p. 280) du tchine qu'il introduisit , noblesse de service qui ne fut pas substituée à la noblesse historique (car le réformateur laissa à chacun son titre et ses honneurs traditionnels), mais qui prit le pas sur cette dernière, laquelle, sans la consécration du service et du rang nouveau qu'il conférait, devait finir par n'être plus que nominale. Pour cette noblesse historique, il institua une chambre héraldique, devant laquelle les familles étaient tenues de faire la preuve de leur ancienneté et de leur droit aux privilèges. Il lui ordonna aussi de prendre des noms et des armoiries fixes, et permit en revanche que les terres qui n'étaient que de simples concessions fussent converties en terres patrimoniales'. Voulant, d'un autre côté, affaiblir la noblesse princière indigène, il introduisit des titres nouveaux. «Avant Pierre Ier, dit Le Clerc, on ne trouve point d'exemples que les souverains de Russie aient jamais créé des princes, des comtes et des barons.» C'est de 4710 que datent ces créations. D'abord, Pierre avait seulement permis à ses sujets d'accepter les titres de ce genre qui leur étaient accordés par des souverains étrangers, et c'est ainsi que son favori, le prince Menchikof, devint prince et Golovkine comte du Saint -Empire Romain; mais depuis l'année indiquée, usant lui-même de ce droit, il créa des comtes russes et conféra aussi le titre de baron jusqu'alors inconnu

!. Meinors, 1. 11, p. 27; baron de Haxthausen, t. 111, p. 44. III. 20

dans le pays. En un mot, quoique prévenu contre la noblesse russe, trop peu favorable à ses innovations, dont la première avait été Tordre pour elle de se raser la barbe et d'adopter le costume européen, il fut pourtant comme le restaurateur de cette institution.

Nous ne reparlerons pas de la tentative qui fut faite, quelques années après la mort de Pierre, pour associer quelques-unes des sommités de la noblesse à l'exercice du pouvoir suprême ou pour leur assurer un droit de contrôle sur le souverain. L'espèce d'oligarchie qu'on forma n'eut qu'une durée éphémère, et elle se fonda moins sur les droits de la naissance que sur l'influence empruntée aux hautes fonctions gouvernementales. Sous le règne d'Anne et sous celui d'Élisabeth, la position du corps dont nous parlons resta modeste; le service public l'absorbait, et ceux de ses membres qui cherchaient à s'y soustraire, s'ils ne perdaient pas absolument leurs droits et privilèges, tombaient cependant dans un état d'infériorité qui les assimilait pour ainsi dire à des mineurs. Ce furent des souverains originaires du dehors, Pierre III et Catherine H, qui relevèrent la condition de la noblesse russe et lui donnèrent plus de dignité. Le manifeste signé par le premier, le 18 février (2 mars) 1762 !, peu de jours après la suppression de la chancellerie secrète et l'abolition de la torture, la déclara libre de continuer ou de quitter le service à volonté, d'aller et de venir au gré de chacun de ses membres, de voyager et d'entrer, après en avoir obtenu l'agrément du souverain, au service des puissances étrangères, sans perdre leurs droits de propriété ou autres; de plus, l'empereur prenait l'engagement «de ne rien faire à l'avenir qui puisse porter atteinte à un corps qu'il regardait comme un soutien du trône. » L'exemption

1. Il se trouve en français dans le Voyaye de l'abbé Chappe, t. Fr, p. 121, et dans Y Histoire de Pierre III, t. Ier, p. 15»- J 71. Cf. V Antidote, p. 42.

de tout châtiment corporel était sous-entendue; mais en revanche le législateur, outre quelques autres restrictions, confirma la suivante, déjà en usage depuis Pierre le Grand. Fin de l'article 9 : « Nous voulons et ordonnons que tous les nobles qui, par nonchalance et amour de l'oisiveté, n'occuperont aucune charge civile ou militaire dans notre empire, ou qui négligeront de faire inscrire leurs enfants selon la manière prescrite, soient regardés avec mépris par tous les vrais patriotes et fidèles sujets; que, comme gens inutiles à l'État et au bonheur de la société, ils ne soient soufferts ni à la cour ni dans les assemblées solennelles ou dans les fêtes publiques.» Jusqu'à présent, la noblesse russe a essentiellement été une noblesse de service, et certes cela n'a pas été pour elle un titre sans valeur à la considération publique. Catherine II le proclama dans sa fameuse loi du 24 avril (5 mai) 4785, qu'on appelle le statut sur la noblesse et qui en est toujours la charte fondamentale, sauf les modifications que la nouvelle législation d'Alexandre II y a apportées1. Car s'il y fut dérogé en plusieurs points sous le règne de Paul, Alexandre Ier, par son manifeste du 2 (14) avril 1801, rétablit les choses sur l'ancien pied et déclara le statut loi de l'empire, obligatoire pour lui et ses descendants1. Nous ne trouvons pas, dans cet acte, qui d'ailleurs confirmait à la noblesse tous les droits à elle octroyés par Pierre III, celui qu'on lui a attribué jusqu'à nos jours, mais que la loi d'émancipation a annulé, le droit exclusif de posséder des serfs, pas plus que le droit exclusif d'être propriétaires ruraux *. Les points essentiels qui résultent du

statut sont les suivants : Nul ne peut sans jugement selon la

1. Nous l'avons devant nous dans la traduction allemande de C. G. Arndt, Votn Adel, Milan, 1796, 71 pages in-8°.

2. Voir Slorcb, Rutxland unter Alexander /., t. II, p. 187, et ci-dessus, p. 254.

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