‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 143 sur 367 · Voir Meiners, t. II, p. 35; Hupel,t. Ier, p. 179 et · texte numérisé non relu

Voir Meiners, t. II, p. 35; Hupel,t. Ier, p. 179 et

loi être privé de sa noblesse, ni de l'honneur, ni de la vie, ni de ses biens. Un noble ne peut être jugé que par un tribunal composé de nobles, et si la condamnation emporte la perte de la noblesse, de l'honneur ou de la vie, elle a besoin d'être confirmée par le Sénat et par le souverain. Les châtiments corporels n'ont pas d'application aux membres de cette classe, dussent -ils être au service comme sous-officiers ou comme simples soldats. Ces mêmes membres sont libres de prendre du service ou de s'en abstenir, de voyager, de servir au dehors, au dedans de prendre leur congé quand il leur plaît. Ils peuvent s'appeler seigneurs héréditaires ou concessionnaires et disposer de leurs terres suivant les lois. En cas de condamnation à la perte de leurs biens, ceux-ci ne sont pas sujets à confiscation, mais ils restent dans la famille et passent au plus proche héritier. Les nobles peuvent vendre en gros toutes les productions de leurs terres, et tout ce que le sol recèle dans son sein leur appartient légitimement. Ils peuvent établir dans leurs terres des fabriques et des manufactures, créer des bourgs, pourvu qu'il n'en résulte pas de préjudice pour des marchés publics déjà existants. De même que leurs personnes sont exemptes de toute contribution personnelle, de même aussi leurs maisons sont affranchies de tous logements militaires, etc. D'un autre côté, la noblesse a le droit de se réunir tous les trois ans en assemblées de districts, puis en assemblées de gouvernements1, et de délibérer librement dans ces assemblées, auxquelles le gouverneur n'assiste pas. Le but de ces réunions est d'élire non-seulement les maréchaux de la noblesse (prédvodilel) , chargés de veiller à ses intérêts et d'être ses représentants légaux vis-à-vis du gouvernement de l'empire, mais aussi les juges et assesseurs des tribu-

1. Sur ie mode des élections, voir Haxthaaseo , t. III , p. 64.

naux, ainsi que le principal fonctionnaire de la police administrative (kapitân izpravnik) dans chaque district ; de plus, de surveiller la répartition de l'impôt et de prêter un organe à tous les intérêts de la province. Ces assemblées exercent un certain pouvoir disciplinaire sur les membres de l'ordre. Elles ont, du reste, une députation permanente qui, réunie à la noblesse des villes de gouvernement et de district, prépare les délibérations. Elles examinent aussi les preuves de noblesse, et avant l'émancipation, elles contrôlaient et jugeaient les propriétaires de biens accusés de traiter leurs serfs d'une manière contraire aux lois et usages. Enfin, en cas de dissipation de fortune, elles jugent les membres déférés devant elles et les mettent sous curatelle, s'il y a lieu. Alexandre Ier, dans son oukase du 4 février 1803 sur l'organisation de la chambre héraldique et sur les fonctions civiles, élargit le cercle de ces droits à plusieurs égards. En ordonnant une exactitude plus grande dans la tenue des livres généalogiques, il reconnut à la noblesse le droit de présenter à cette chambre des candidats pris dans son sein pour toutes les places d'ordre civil dans les gouvernements1.

Outre les droits généraux, quelques corps de noblesse, surtout ceux des trois provinces Baltiques, en ont encore de particuliers que nous nous abstiendrons d'énumérer ici*.

«Il n'y a en Europe, dit M. le baron de Haxthausen*. aucun institut de noblesse qui possède autant de fortune , de privilèges personnels, de libertés, autant de prérogatives

1. On peut voir les détails dans le recueil de H. Sturcb, Russland trnter Alexanderl., t. H, p. 188.

2. Ils figurent dans la codification russe (1845) et sont contenus dans deux volumes in-4° séparé». Voir aussi Haithausen , t. III, p. 20 et suiv.

3. T. III, p. 47. Un peu plus haut, p. 27, il a fait ressortir avec raison la différence qu'on remarque entre la noblesse russe et celle des divers autres pays avant 1789

politiques (?) clans l'administration intérieure de l'empire, ni une telle puissance matérielle que la noblesse russe.» Il y aurait sans doute beaucoup à rabattre de cette affirmation, si elle n'avait son correctif dans les lignes qui suivent presque immédiatement. «On ne saurait prétendre, d'après nos idées européennes, que la noblesse russe forme une aristocratie puissante. Elle montre peu d'esprit de corps, n'a aucun caractère corporatif, ni aucune tendance vers un but commun. » Et relativement à sa fortune, qu'on nous présente ici comme immense, le lecteur se rappellera sans doute ce que nous avons dit plus haut (p. 194 et suiv.) sur ce point en citant le même écrivain parmi nos autorités. Sur un nombre d'un peu plus de 100,000 propriétaires ruraux, possesseurs de près de 11 millions de serfs, plus de 44,000 propriétés avec plus de 7 millions d'âmes étaient, en 1859, hypothéquées aux banques pour 425,500,000 R. A.1, ce qui fait au delà de 1 y, milliard de francs, quand la valeur totale des terres était estimée, approximativement, à moins de 2 milliards de R. A. ou 8 milliards de francs. On comptait, avons-nous dit, près de 80,000 petits propriétaires n'ayant pas plus de 100 serfs, et parmi eux 42,978 si peu riches, qu'ils n'avaient, pour toute population de leurs terres, que 339,586 paysans, capital vivant qui leur rapportait, à 8 roubles par âme, 2,716,688 R. ou 10,866,752 fr., lesquels, partagés entre les propriétaires, ne donnaient pour chacun que 252 fr. par an. Sans doute à ceux-ci faisaient pendant environ 1,400 grands propriétaires possédant plus de 1,000 âmes et quelques-uns plus de 10,000. Cependant, même cette propriété exceptionnelle, en la supposant libre de toute hypothèque, ne produisait pas, de son propre chef, en moyenne, plus de 80,000 R. ou 320,000 fr., revenu

1. Nous indiquons ainsi le rouble en argent, d'une valeur d'environ 4fr.

médiocre quand il n'était pas grossi par des exploitations diverses, distilleries d'cau-de-vie, sucreries, fabriques et manufactures, ou par des débouchés tout particulièrement faciles pour les peaux, le suif, la laine et d'autres produits animaux, ainsi que pour le commerce des grains. En résumé, nous doutons que la noblesse russe fût très-riche, même avant l'émancipation des serfs; depuis, sa fortune, considérablement réduite par cette grande opération, ainsi que par une dépense disproportionnée, ne dépasse plus une mesure assez ordinaire, et nous croyons que les situations grandioses et les richesses colossales que l'on peut trouver dans certaines familles britanniques sont très -rares en Russie. Avant le règne de Nicolas il n'y avait point de majorals en Russie , et encore aujourd'hui on ne peut obtenir qu'exceptionnellement l'autorisation impériale nécessaire pour en créer un. Nous ne pensons pas que plus d'une vingtaine de familles participent à cette institution.

La noblesse semble déjà assez nombreuse, puisque, rapprochée de la population entière, elle donne à peu près cette proportion: 1 à 65. C'est beaucoup, car on assure qu'en Prusse il y a 1 noble seulement pour 263 habitants ; en Autriche, 1 pour 353, et en Angleterre, 1 pour 2,225. Et néanmoins , grâce au tchine , le nombre va toujours en croissant, ce qui n'augmente pas la considération dont ce corps jouit encore. Ses plus riches membres sont enlevés à l'exploitation des terres, qui aurait tant besoin de leurs lumières pour sortir de la routine , par la rage de l'absentéisme, qui est une des plus grandes plaies de la nation1.

Nous avons dit que la noblesse se compose d'environ 200,000 familles, d'autres disent 220,000. Les nobles sont ou titrés ou non titrés, sans que cela nuise à l'égalité de

!. Voir t. Il, p. 231. En 1864- , on a évalué les absents, nobles et autres, i 250,000, et l'on estimait qu'il y avait 50,000 Russes rien qu'à Parts.

tous entre eux*. Le tilre le plus élevé est celui de prince , qui néanmoins est porté par un très -grand nombre de nobles, tous les membres d une même famille en héritant également. La qualification qu'on donne aux princes est celle de siyatelstvo, sérénité (eu allemand Erlaucht); mais à un petit nombre d'entre eux, personnellement, a été conféré celui de svétlosth, splendeur, que l'on traduit en français par altesse et en allemand par Durchlaucht. Parmi eux sont d'anciens khans ou d'anciens mourzas musulmans. Dans certains gouvernements, on compte plus de 100 familles ayant droit au titre de prince. Celui de comte, qui, comme nous l'avons dit, ne date que de Pierre le Grand , est moins commun, quoiqu'on l'ait conféré avec assez de libéralité depuis un siècle. Celui de baron, auquel prétendent tous les nobles d'ancienne race des trois provinces Baltiques, malgré la distinction qu'ils font entre Freiherr et Baron, n'est plus rare non plus, comme il l'a été sous les premiers règnes après le mouarque réformateur, depuis que ces mêmes provinces sont réunies à l'empire. On sait que le premier baron russe fut Chafirof; puis, pendant longtemps, on ne nommait que les barons Slroganof, aujourd'hui comtes dans toutes leurs branches. Catherine II et ses successeurs ont créé un certain nombre de barons.

Nous parlerons plus loin de la noblesse polonaise et de celle de Finlande, et nous ajouterons aussi quelques renseignements sur celle des pays caucasiens.

Le meilleur ouvrage généalogique usuel, pour les Russes, est celui du prince Pierre Dolgoroukof, Rossiiskata Rodos-

1. Les Naryscbkine. qui ne sont pas titrés paire qu'ils n'ont pas voulu l'être, ne se regardent pas pour cela comme inférieurs à qui que ce soit parmi les sujets de l'empereur; et l'auguste famille de Romanof elle-même, sans porter le titre princier, avait néanmoins le pas, â la cour des tsars, sur la plupart des prince:» avec lesquels elle s'y rencontrait.

lovnaïa Kniga1: on y trouve de riches détails sur les principales familles. Dans sa publication plus récente, le même auteur affirme qu'il y a encore dans ce moment trente-neuf maisons princières issues de Rurik en ligne directe, masculine et légitime*. C'est là la partie la plus ancienne et la plus illustre de la noblesse russe. Comme il n'est pas sans importance de connaître les noms de ces familles historiques, dont divers membres ont le plus souvent, dans le passé , exercé de l'influence sur la direction des affaires, nous reproduirons la liste que donne le savant généalogiste et qui se rapporte à l'année 1860. En tête, par rang d'ancienneté, nous sommes heureux de trouver un nom qui nous est cher, celui d'un homme de bien et d'un écrivain de talent, qui s'honore de ces qualités plus que de sa vieille race et qui vient encore de nous prouver, à Moscou, que chez le grand-seigneur, comme chez d'obscurs mortels, il y a des affections qui résistent à l'action du temps.

Princes Odoïefski 3 (il n'en reste plus qu'un, n'ayant point d'enfants), Koltsof-Massalski (il y en a deux n'ayant point de fils), Gortchakoff, Iéletzki, Zvénigorodski, Bariatinski, Obolenski , Dolgoroukof , Chtcherbatof , Tchetvertinski - Sviatopolk, Sviatopolk-Mirski, Droutzkoï, Babitchef, Poutiatine, Druçki-Sobolinski4, Druçki-Lubeçki , Viasemski", Chtchéti-

1. Saint-Pétersbourg , 1854-, 4 vol. in-8". Voir aussi du même auteur une Notice sur les principales familles de la Russie , Paris, 1843, et les détails contenus dans La Vérité, etc., p. 157. Cf. Haitbausen, t. III, p. 73-91, Olearius, Strahlenberg , et notre première Statistique de la Russie , p. 238 et suiv.

2. Beaucoup d'entre elles, bien entendu, se divisent en de nombreuses branches, comme les Galitsyne, les Dolgorouki ou Dolgoroukof, les Obolenski (prononcez Abalenski), etc.

3. On prononce Adoïefski , mais nous craindrions de dérouter le lecteur en écrivant ainsi. — Les additions entre parenthèses sont du prinr.e P. Dolgoroukof.

A. Druçki est l'orthographe polonaise du nom écrit plus haut, en russe, Droutzkoï. — Druçki-Lubeçki doit être prononcé Droutzki-Loubetzki. 5. Nous n'avons pas besoin d'écrire Viazemski . Prozorofski , etc. , par un « ,

ninc, Zassékine, Sontsof, Sontsof-Zassékine , Chakhofskoï, Mortkine (nous ignorons si cette famille existe encore), Chékhonskoï, Lvof , Prosorofski (il n'en reste plus qu'un n'ayant point d'enfants , et leur nom a été transmis à un prince Galitsyne), Doulof, Krapotkine, Kozlofski, Chlchépine- Rostofski, Kassalkine-Roslofski, Labanof-Rostofski, Biélocelski-Biéloserski, Vadbolski, Chéleschpanski, Oukhtomski, Chouïski, Gagarinc, Khilkof.

Les princes Volkonski , qui descendent aussi de Rurik, en seraient issus, selon le même auteur, par « le fils naturel du prince George de Torousse» (XIIIe siècle); une branche de ces princes, celle des Volkonski-Repnine, est devenue en 1801 héritière des princes Repnine, qui descendaient de Rurik en ligne directe et légitime.

Notre généalogiste énumère ensuite les huit maisons dont l'origine remonte à la famille des grands-princes de Lithuanie, savoir: Princes Khavanski, Galitsyne, Kourakine, Troubetzkoï, Voronietzki, Czartoryiski , Koryatovitch-Kourtchévitch et Sanguszko (cette dernière plutôt polonaise). Il ajoute sept maisons qui ont eu leur point de départ à l'étranger, savoir: les princes Meschtcherski, Ouroussof et Ioussoupof, d'origine tatare ; les princes Tcherkasskoï, descendants des pcheh de Kabarda, et les maisons grousiennes Bagrathion (ou mieux Bagrathione), Dadianof et Tsitsianof, dont la première est issue des anciens tsars de Géorgie, la seconde des dadians de Mingrélie, et la troisième d'une famille géorgienne non régnante, mais illustre'. Enfin, il

\'s pincé entre deux voyelles ayant la même valeur en français ; dans d'autres langues, le * pourrait donner lieu a des malentendus.

I. Dans le Livre généalogique , t. Ier, p. 13 et 14-, on en trouve plusieurs autres , par exemple les princes Chervachidzé d'Avkhasie , les princes Dadischkiliàn du Svanetli, etc., et toute une liste de princes reconnus par l'oukase du £ décembre 1850. Les Orbélians ou princes Orbélianof étaient la première famille de la Géorgie après les Bagratides. Sur les princes ou pcheh de Kabarda , voyez

compte encore seize maisons auxquelles le titre de prince a été conféré depuis 1707 par les souverains moyennant diplôme. Ce sont: Princes Menchikoff (1707), Romodanofski, Lapoukhine, Souvorof, princes d'Italie, Argoutinski-Dolgorouki, Saltykof, Barclay de Tolly 1 7 de Lieven, Paskévitch, princes d'Érivari et de Varsovie, Kotchoubéï , Vassilschtchikof, Tchernychef, Voronlsof, Tarkofski, Tchinghiz, et Orlof (1856). Quant à la famille lithuanienne des Oghinski, notre auteur ne peut nous dire si c'est avec ou sans l'assentiment de l'empereur qu'elle a repris, encore de nos jours, le titre de prince.

Relativement aux nobles non titrés, il affirme que les suivants, au nombre de onze, descendent incontestablement de Rurik, quoiqu'ils aient perdu leur titre de prince: Aladiine, Bérésine, Dmitrief-Mamonof, Iéropkine, Ilyine, Liapounof, Oghinski, Pousina, Rjefski, Satine, Tatischtchef.

Dans son Livre généalogique, œuvre de science qu'il nous permettra de placer bien au-dessus de son brillant, mais trop peu patriotique pamphlet , le même auteur s'efforce d'être complet. Après les princes, il y énumère les comtes, litre qui, selon lui, appartient à soixante-trois maisons*, dont les plus anciennes sont celles de Chérémétief (1706), de Zotof (1710), d'Apraxine (1722), et de Tolstoï (1724); la plus récente celle de Pérofski (1849). Puis viennent les barons, au nombre seulement de dix (barons de l'empire, bien entendu). Enfin, après avoir donné les noms des familles qui tiguraient déjà dans le Livre de velours , tels que les Sa-

Klaprotb, Voyage an Mont Caucase, t. I r, p. 3-48, et sur les plus anciennes familles de la Crimée, Pallas, Voyage dans les gouvernements méridionaux, t. Il, p. 386. Nous croyons que même la maison des Ghiraï n'est pas complètement éteinte.

1. Les princes Koutousofde Smolensk sont éteints. Les princes de Wittgenstein paraissentrètre également en Russie ; ce nom ne figure plus dans V Adrets- Kalendar.

Page 1