‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 158 sur 367 · Il sera question tout à l'heure de ce dernier point · texte numérisé non relu

Il sera question tout à l'heure de ce dernier point

2. L'imitation des mœurs des peuples de l'Occident se fait généralement remarquer sans doute dans les villes russes, ainsi que l'affirme l'auteur de l'excellent livre Menschen und Dinge in Russland (p. 231); mais, comme il en fait également l'observation (p. 222), le besoin de participer, à leur exemple, aux irradiations graduelles et permanentes de la science et des arts, leur semble resté étranger jusqu'ici.

bourgeois ne songent qu'à imiter ceux-là et où la multitude n'a presque pas de besoins et n'apprécie pas beaucoup la perfection du travail professionnel. Le paysan, fort de sa remarquable aptitude pour tous les travaux manuels, se suffît à lui-même. Chez lui, l'usage du fer même est trèsrestreint, et ce qui se confectionne en bois, sa cabane, ses écuries, son charroi, ses instruments aratoires, ses barques, il le bâcle lestement, presque sans autre outil que sa hache qu'il porte habituellement à sa ceinture. De la grosse toile, une peau de mouton, une chaussure primitive constituent son habillement; s'il y joint un chapeau et des bottes, on les lui confectionne au village, aussi bien que toute la bourrellerie nécessaire pour son cheval. De meubles, il ne lui en faut guère; des bancs de bois régnent dans son logement autour d'une table, et il couche sur le four ou sur un banc, enveloppé dans des couvertures de laine. Sa nourriture est primitive aussi : elle se compose de pain noir, de gruau, de choux, de poissons, dont il farcit aussi ses gâteaux ou pirogues, assaisonnés de gros sel; et avec cela, il boit de l'eau et de l'eau-de-vie, ou de la boisson faite avec de l'orge fermentée et aigrie qu'on appelle hvass. Pour tout cela, il n'a pas besoin de la ville; l'épicier, il s'en passe, comme du sellier, du tapissier ou de l'ébéniste ; s'il n'est pas son propre tailleur, son propre bottier, il en trouve parmi ses voisins du village ou du canton, comme il y trouve des charrons, des cordiers, etc. Le sacristain de l'église lui vend les cierges. Tout paysan est surtout charpentier et couvreur. Finalement le moujik n'est une bonne pratique que pour le débitant d'eau-de-vie. Qui donc alimenterait dès lors les villes dont la plupart des habitants ne connaissent pas beaucoup plus que les paysans le comfort de la vie? Puis, la grande industrie a son domicile dans les villages encore plus que dans les villes: celles-ci, quand elles ne

sont pas les sièges de grandes foires, ou des ports, ou les capitales et résidences, ou des villes de gouvernement et de district, n'ont presque pas de raison d'être.

Nous parlons du pays russe proprement dit. Dans quelques gouvernements occidentaux et notamment dans les provinces baltiques, on trouve un ordre de choses différent. Ainsi, la ville de Riga a conservé en grande partie son ancienne constitution. A la tête de la commune est placé un conseil composé de quatre bourguemestres et de seize conseillers , dont la moitié pris parmi les jurisconsultes et l'autre moitié parmi les négociants. Ce conseil, qui se recrute par lui-même et que préside le bourguemestre en fonctions, a droit de nomination à toutes les places du ressort soit de la cité, soit de l'Église. Deux fois par an, il se réunit en assemblée générale avec une députation de la grande guilde, qui embrasse les irois guildes russes, plus tous les citoyens notables, et une députation de la petite guilde (à laquelle appartiennent tous les autres habitants en jouissance complète du droit de bourgeoisie), afin de délibérer sur les affaires municipales, les contributions, l'administration de l'Église, des œuvres de bienfaisance, hôpitaux, fondations de toute espèce, caisse des pauvres, des établissements de sauvetage, des assurances contre l'incendie, etc. Sur le modèle de Riga sont aussi organisées les villes kourlandaises de Windau, Libau, Goldingen et Hasenpoth, et sur un pied qui approche de celui-ci, Mitau, Revel et Dorpat, qui sont, après Riga, les villes principales des provinces baltiques1. Si nous ne nous trompons, la commune de Sarepta et quelques autres fondées par des colons étrangers, ont également leur organisation communale particulière.

t. Voir Schubert, p. 300.

Il a été fait mention plus haut, dans un passage emprunté au baron de Haxthausen, d'associations qui, en Russie, prennent la place des corporations, telles qu'elles existent ailleurs. Nous avons déjà eu l'occasion 1 de dire un mot des artelh, dans le sens spécial qu'on donne à ce mot relativement à une partie du personnel employé par le commerce: mais il convient, avant de terminer notre paragraphe sur la bourgeoisie, de faire connaître, d'une manière plus générale, cette institution assez remarquable, à laquelle les hommes du peuple tiennent fortement, plus peut-être qu'au sol natal, dont l'amour est assez peu développé chez eux. Ace sujet, une observation du même auteur et qui s'applique à la bourgeoisie aussi bien qu'aux habitants des campagnes, nous paraît caractéristique, et nous demandons la permission de la reproduire ici.

« On trouve chez les Russes , dit le baron westphalien , peu d'attachement au pays qu'ils habitent et à la terre qu'ils cultivent temporairement1. Leur véritable existence consiste à voyager continuellement et dans toutes les directions.... Ce n'est pas le sol de leur village, ce sont leurs familles, leurs voisins, leur commune, les personnes enfin auxquelles ils se sentent attachés. Ils prennent facilement le parti d'émigrer avec tout leur bagage et sont toujours disposés à se rendre dans les régions les plus lointaines pour y fonder des colonies, pourvu que la commune entière prenne part à l'émigration et qu'ils restent dans la société de leurs parents et de leurs voisins. Le seul regret qu'ils éprouvent peut-être en pareille occasion, c'est de ne plus voir le clo- . cher de leur village et les tombeaux de leurs ancêtres. Le

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