‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 159 sur 367 · T. H, p. 296, note · texte numérisé non relu

T. H, p. 296, note

2. Ce dernier mot trouvera son explication dans la suite. Quant au passage, il se trouve t. 111, p. 148. On fera bien d'y recourir pour en voir encore la suite; c'est une des parties les plus importantes des remarquables Études sur la Russie.

peuple est pénétré du sentiment que tout le territoire de la Russie, autant qu'il est occupé par la tribu russe (l'auteur veut dire par la race indigène), appartient par indivis à toute la nation et, par conséquent, à chaque membre de la tribu, et que le tsar, en sa qualité de chef suprême de la commune, a le droit de répartir les terres entre les différentes classes de la population, tandis que les individus n'ont à en revendiquer que la jouissance usufructuaire d'une partie aliquote. »

Eh bien! cet amour de la vie errante (non pas nomade , car l'idée de troupeaux, inséparable de la vie nomade, est ici hors de cause), cet amour de la vie errante trouve son correctif dans l'esprit d'association naturel aux Russes d'une manière remarquable. Comme le dit le même observateur, un chef est absolument indispensable à leur existence; au père qu'ils ont perdu, à l'ancien de la commune qu'ils ont quitté, ils s'empressent d'en substituer un autre, toujours prêts à se soumettre à son autorité. Voici ce que nous lisons à ce sujet dans un livre allemand ! : « Que le Russe devienne soldat, ou artisan, ou marchand, il trouvera toujours, dans sa nouvelle carrière, une compagnie assortie à sa situation, comme une commune mobile appelée arlelh, qui lui offre une compensation des avantages communaux de son pays natal auxquels il a renoncé. L'artelh est pour lui un besoin pour ainsi dire inné et qui se manifeste quelquefois d'une manière vraiment singulière. Quand, par exemple, il y a société dans une maison de maître et que les antichambres sont peuplées de domestiques, ceux-ci ne perdent pas un moment pour former un arlelh, choisissent un chef et un conseil qui répondent de la garde-robe et qui ont l'obligation d'avertir les autres domestiques, qui se sont répandus

I. Aurelius Buddeus . p. 24. Cf. Bodenstedt, Russische fragmente, t. Ier, p. xv.

dans les cabarets voisins, aussitôt que leurs maîtres les appellent. A l'armée, chaque compagnie s'organise en artelh. Et comme, dès l'origine, la commune slavonne n'a pas connu de propriété individuelle, de même aussi dans Fartelh aucun membre ne possède personnellement , mais remet ce qu'il a gagné au chef, qui administre en bloc ce qui appartient en commun à tous, et restitue à chacun, quand il se retire de l'artelh, la somme que lui assigne la proportionnalité. » On le voit, c'est du socialisme, mais dans le bon sens, et ce socialisme nous le retrouverons dans la vie des champs, car on peut appliquer au paysan russe ce mot de Tacite, qui, chez lui, se rapporte aux Germains : Privaii ac séparait agri apud eos nihil est, neque quisquam agri modum certum et fines tiabet proprios. M. de Haxthausen, qui consacre à cette matière un chapitre plein d'intérêt, affirme un fait encore plus singulier. «En outre, dit-il f, il existe encore de vastes contrées où la plus grande partie du sol n'est pas même affectée à des communes particulières, mais où elle n'est pas sortie de la possession commune et de l'exploitation indivise de la population d'une grande commune provinciale.» Tout chez le Russe se fond dans l'unité: après l'existence de Dieu, de Jésus-Christ et des saints, l'unité de l'empire est son dogme principal , et l'auteur cité dit avec raison que le sentiment de l'unité dans la nation, dans la commune et dans la famille , est la base de la vie nationale russe.

4° Les paysans ou les populations rurales. Un auteur fort estimé qui a consacré à cette classe un ouvrage spécial*, le commence par la définition suivante : «Sous la

î. T. III, p. 165.

2. M. Platon de Storch, Der Bauernstand in Ruxtland, Saint-Pétersbourg, 1850, 495 p.iges in-8°.

dénomination de paysans on entend en Russie la classe de sujets1 qui, astreints à la capitation et au recrutement, vivent à la campagne, adonnés aux travaux de l'économie rurale, ou sont inscrits dans les villages ou les terres comme y ayant leur domicile. Les paysans forment la plus basse classe de la nation.» Ils en sont aussi la plus nombreuse, tellement nombreuse, qu'elle embrasse, nous le répétons, les '% ou tout au moins les •/„ de la population totale. La Statistique officielle de 1863 en compte, ainsi qu'on l'a vu par l'extrait placé plus haut (p. 298) , dans les 49 gouvernements de la Russie d'Europe, près de 48 millions*, et le total peut bien être estimé à environ 56 ou 58 millions.

Cette population a son siège dans environ 300,000 villages de toute espèce et hameaux. Dans les 49 gouvernements de la Russie d'Europe, on compte 244,927 villages, dont 182,922 de second ordre (dérevnï), 22,640 de premier ordre ou villages à églises (séla), 2,395 slobodes, 644 colonies, etc.8, sans compter 86,716 groupes disséminés, composés quelquefois seulement de un ou de deux feux, tels qu'on les trouve en Kourlande, en Livonie, en Esthonie et dans les gouvernements lithuaniens. On assure que le nombre des communes proprement dites ne dépasse pas 80,000.

On sait déjà que les paysans sont le noyau et le fond principal de la population russe, si bien qu'on a pu assimiler le pays à un immense village, vivant de la vie rurale et très -exceptionnellement seulement de la vie urbaine. Nous reviendrons à ces idées dans ce qui va suivre; mais,

1. Le terme de StaaUbûrger est peut-être un peu ambitieux ici.

2. Selon Buschen (p. 66), 53,748,684, dont 26,327,125 du sexe masculin et 27,421,559 du sexe féminin. — Voir aussi la fin de ce paragraphe sur les paysans.

3. Voir L II, p. 262; Statistique de 1868 1 p. 92 et 93, 94 et 95. Sur la nature des villages, voir P. de Storch, p. 477.

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