III
auparavant, il est nécessaire de présenter aux lecteurs l'historique de cette classe, depuis l'origine de l'État jusqu'au grand acte de l'émancipation des serfs.
De temps immémorial, on a fait, ici comme ailleurs, la distinction entre gens libres et gens qui ne l'étaient pas. Les additions à la loi de Iaroslaf le Grand faites par ses fils mentionnent le smerd, l'homme du commun1. Pourtant, à cette époque où déjà Normands et Slaves ne formaient plus qu'une seule et même nation , ce n'était pas une race vaincue , et les cultivateurs n'étaient pas attachés à la glèbe. Ils payaient l'impôt et faisaient fonctions de fermiers; car la propriété de la terre leur échappa complètement, à ce qu'il parait. Gomme le dit cependant M. de Storch, aucune loi ne les en excluait formellement. Après l'introduction du christianisme, ils prirent le nom de khristiané, chrétiens, qui, plus tard, fut changé en celui de kristiané, paysans*. Au temps de la domination des Mongols, toute cette classe était désignée sous le nom de tchornyiè lioudi, gens noirs, d'où l'on fit tchorn, la plèbe. Elle était traitée avec hauteur par les nobles, mais ce n'étaient pas des serfs, des hommes attachés à la glèbe. «Nous savons, dit Karamzine3, qu'en Russie, depuis un temps immémorial, les paysans jouissaient de la liberté civile, quoique sans propriété transmissible , de cette liberté de passer, au bout d'un délai légalement déterminé, d'un endroit à l'autre, d'un propriétaire à un autre, à charge de cultiver la terre, partie pour le seigneur et partie pour eux-mêmes, ou de payer la redevance traditionnelle.» Mais s'il n'y avait pas de serfs, il y avait des esclaves (kholopi), provenant sans doute des prisonniers de