Dogh vyssoko, Tsar daloko
plus ou assurent mieux l'existence et ont en outre l'avantage de tenir le corps en mouvement et l'intelligence en éveil. L'expérience des années à venir fera connaître si le paysan, devenu libre, tirera de la terre tout ce qu'elle a besoin de produire, s'il saura s'astreindre, avec le sérieux nécessaire, à un travail de tous les jours, nécessairement dur et très-souvent ingrat. Le comte Joseph de Maistre a fait valoir, en faveur du servage, un autre argument encore, dont toutefois le temps a depuis considérablement diminué la force. «La Russie souffre certes beaucoup, a dit ce diplomate dans un premier passage1; cependant elle est tranquille, et cette tranquillité montre à découvert une de ces compensations qui méritent d'être pesées bien attentivement : c'est la servitude d'une partie du peuple qui rend cet état possible. Si chaque individu y était maître de ses actions , je ne crois pas que l'ordre pût se maintenir à l'époque actuelle (1815).» Puis, dans un second passage, il insiste. « Personne assurément n'a moins envie que moi , reprend-il» de disputer sur les bonnes qualités du peuple russe, qui est naturellement bon, obéissant, hospitalier, nullement sanguinaire, etc.; cependant je crois absolument impossible qu'une société quelconque de 40 millions d'hommes libres pût se passer de son souverain pendant deux ans*. Il y aurait trop de volontés en mouvement. C'est la dépendance du plus grand nombre qui rend le phénomène possible. Il y a plus. Je crois que le souverain lui-même ne pourrait pas tenir dans sa main, quelque forte, quelque habile qu'elle fût, un tel faisceau d'hommes libres. » Cependant, cela s'est vu, cela se voit encore en des lieux où
1. Correspondance diplomatique, t. II, p. 70; le second passage se trouve ibid., p. 118.
2. Allusion à la longue absence d'Alexandre Ier, depuis le commencement de Tannée 1813.