‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 164 sur 367 · Dogh vyssoko, Tsar daloko · texte numérisé non relu

Dogh vyssoko, Tsar daloko

plus ou assurent mieux l'existence et ont en outre l'avantage de tenir le corps en mouvement et l'intelligence en éveil. L'expérience des années à venir fera connaître si le paysan, devenu libre, tirera de la terre tout ce qu'elle a besoin de produire, s'il saura s'astreindre, avec le sérieux nécessaire, à un travail de tous les jours, nécessairement dur et très-souvent ingrat. Le comte Joseph de Maistre a fait valoir, en faveur du servage, un autre argument encore, dont toutefois le temps a depuis considérablement diminué la force. «La Russie souffre certes beaucoup, a dit ce diplomate dans un premier passage1; cependant elle est tranquille, et cette tranquillité montre à découvert une de ces compensations qui méritent d'être pesées bien attentivement : c'est la servitude d'une partie du peuple qui rend cet état possible. Si chaque individu y était maître de ses actions , je ne crois pas que l'ordre pût se maintenir à l'époque actuelle (1815).» Puis, dans un second passage, il insiste. « Personne assurément n'a moins envie que moi , reprend-il» de disputer sur les bonnes qualités du peuple russe, qui est naturellement bon, obéissant, hospitalier, nullement sanguinaire, etc.; cependant je crois absolument impossible qu'une société quelconque de 40 millions d'hommes libres pût se passer de son souverain pendant deux ans*. Il y aurait trop de volontés en mouvement. C'est la dépendance du plus grand nombre qui rend le phénomène possible. Il y a plus. Je crois que le souverain lui-même ne pourrait pas tenir dans sa main, quelque forte, quelque habile qu'elle fût, un tel faisceau d'hommes libres. » Cependant, cela s'est vu, cela se voit encore en des lieux où

1. Correspondance diplomatique, t. II, p. 70; le second passage se trouve ibid., p. 118.

2. Allusion à la longue absence d'Alexandre Ier, depuis le commencement de Tannée 1813.

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