L'auteur de La Vérité sur la Hussie, p
2. Le manifeste du 12 (24) mai 1826 , que nous trouvons dans St. Petersburgisehe Zeitung , 1826, n° 4U.
364 SECONDE SECTtON. — CHAPITRE PREMIER.
dépens de la simplicité des paysans... Et comme des pétitions de paysans auxquelles il est impossible de faire droit et qui se fondaient sur ces mêmes bruits, sont arrivées aussi directement jusqu'à Nous, Nous ordonnons, pour mettre des bornes à cette inconvenance cl dans l'intérêt du maintien de Tordre et de la tranquillité, de poursuivre devant les tribunaux les auteurs de ces pétitions et de les punir selon toute la rigueur des lois. » Ce manifeste, nous en convenons, avait de quoi décourager les amis de l'émancipation, dont le nombre ne cessait d'augmenter, car l'esprit du siècle exerce son influence en Russie comme ailleurs et avec non moins d'impétuosité. Cependant, après s'être ainsi montré menaçant envers une classe malheureuse et opprimée, Nicolas ne tarda pas à faire aussi preuve d'énergie vis-à-vis de ceux à qui elle attribuait son infortune. Après les émotions et les troubles qui venaient d'avoir lieu dans les populations rurales, certains propriétaires avaient usé et abusé d'une faculté exorbitante qui jusqu'alors leur avait été reconnue. Quand ils voulaient se débarrasser de l'un ou de l'autre de leurs serfs, les seigneurs pouvaient les faire déporter en Sibérie, sans autre forme de procès qu'une autorisation obtenue de l'administration provinciale. L'empereur jugea cette faculté incompatible avec un état légal bien ordonné, et, par un oukase du 19 août 1827, il la limita, en attendant qu'il devînt possible de la supprimer tout à fait. A la suite d'une délibération du conseil de l'empire, il fut ordonné qu'à l'avenir elle ne pourrait plus être exercée que sous les conditions suivantes : elle sera sollicitée du gouverneur général dans une pétition accompagnée d'un certificat du maréchal de la noblesse du gouvernement, lequel attestera que le serf destiné à la déportation appartient réellement au maître qui veut lui infliger cette peine; il n'y aura pas lieu de l'infliger toutes les fois que le serf aura
dépassé l'âge de cinquante ans, de peur que ses fautes supposées ne soient err* réalité qu'un prétexte pour se débarrasser de lui au moment où la vieillesse et les infirmités en auraient fait un être inutile et onéreux; on ne pourra pas le séparer de sa femme , ni de ses enfants au-dessous de cinq ans; le maître aura d'ailleurs l'obligation de le munir de bons vêtements pour le voyage et de pourvoir à sa subsistance jusqu'à son arrivée au lieu de déportation. Longtemps celte mesure d'humanité resta isolée, à cela près que différents oukases de l'année 18341 montrèrent le gouvernement soucieux des moyens de subsistance du paysan; néanmoins aux yeux du monarque, elle n'était que le prélude d'un travail législatif embrassant toute la question du servage, dont il ne détourna jamais son attention, et qui ne visait à rien moins qu'à l'émancipation , quoique le législateur, évitant soigneusement de le qualifier ainsi, ne se servît jamais que du terme de « amélioration de l'état des paysans. » La création du ministère des domaines de la couronne, en 1838, et le choix que Nicolas fit de M. le comte Paul Kisselef, bien connu comme un administrateur éclairé et libéral, pour le diriger, se rattachaient à la grande question dont nous parlons*; cet homme éminent donna aux paysans de la couronne une organisation excellente, qui aurait produit de grands résultats si l'on eût trouvé pour l'appliquer un personnel suffisant et assez honnête. Cependant, c'est seulement dans l'oukase du 2 (14) avril 1842 que les effets des nobles vues du monarque parurent au grand jour. Il fut accueilli comme il devait l'être par les vrais patriotes. «C'est là une mesure bienfaisante,» dit avec son équité habituelle M. Tourghénief 8 ; et ailleurs,
1. Ils sont spécifiés dans l'article de Unsere Zeit , t. Il, p. 631.