T. II, p. 409, note
3. T. II, p. 388, note. Il faut voir en outre le paisage du liv. LVI , qui 4 été écrit en 1573.
Roxolanie, comme il appelle aussi celte région, est sous la domination des Lithuaniens, il affirme que ce nom a une extension bien plus vaste, puisque, d'après les limites qu'il indique, il se rapporte à tous les pays en deçà du Volga ou même de l'Oural et de la mer d'Asof. Le capitaine Margeret nous parle, en bon français de l'époque de Henri IV, du «zar de Russie s , et, après avoir dit, à son début, Russie est un pays de grande étendue, il nous fait voir sur chacune de ses pages, écrites en 1606, que c'est de la Moscovie qu'il veut parler. Si un homme d'un talent supérieur, le comte de Salvandy, avait connu tous ces témoignages, il ne se serait pas tant étonné de trouver dans le Mercure hollandais de février 1675 cette formule: Sa Majesté russique. Enfin, dans un abrégé de géographie publié en latin par les Elzevirs, en 1643', on lit: «La Moscovie est aussi appelée Russie Blanche ou Grande- Russie. On la nomme encore Roxolanie, et elle a le titre de grand-duché. Le grand-duc lui-même est intitulé tsar, c'est-à-dire empereur. »
Ils sont décisifs ces témoignages, on ne le niera pas; ils le sont avec tant d'évidence qu'on doit à juste litre s'étonner qu'un point de droit si clair ait pu être révoqué en doute , nié même absolument. Le curieux passage de Y Histoire de Pierre le Grand, où Voltaire se montre de la force de nos écrivains d'aujourd'hui traitant des affaires du dehors , ce passage, disons-nous, que nous nous sommes aussi fait un devoir de reproduire1, loin d'établir le contraire, affirme plutôt qu'anciennement Moscou était la résidence «des grands-ducs de Russie.! Il a fallu toute l'acrimonie des haines nationales pour dénaturer le fait et faire accepter cette altération. Mais aussi que n'accepte pas, sur la foi des journaux, notre public crédule et peu instruit, dans les
1. Abraham Goloitz, Compendium geographicum, Amsterdam , lC43,iu-18, p. 101.
i. T. II, p. 7 , la note.
rangs duquel les gens qui ne jugent que sur pièces sont si excessivement rares, et pour lequel, comme pour les savants eux-mêmes, personne n'allume plus sérieusement le flambeau de la critique! A voir tout ce qui s'écrit, se lit, et trouve créance de notre temps, il semblerait qu'il est permis à chacun d'affirmer tout ce que bon lui semble, toujours sûr de trouver assez de lecteurs disposés à souscrire à ses assertions aventurées, à ses jugements sans base certaine, pour ne jamais rester sans encouragement. Aujourd'hui plus que jamais, il suffit de parler haut pour être écouté et applaudi, surtout quand le langage qu'on tient flatte les préjugés et les passions de la multitude.
Qu'il y ait eu d'autres Russies que la Russie de Moscou, la Russie de Kief, la Russie de Galitch, etc., personne ne songe à le contester. Que ces Russies-là, collectivement appelées Ruthénie d'après le latin, aient temporairement appartenu soit aux Lithuaniens, soit aux Polonais, c'est un point historique avéré. Seulement, qu'on veuille bien ne pas oublier que même ces Russies-là , ainsi que Smolensk , Pskof, Novgorod, etc. , ont fait partie de la monarchie de Vladimir le Grand (980-1015), dont les grands-princes de Moscou se glorifiaient de descendre et dont ils ont recueilli et conservé les traditions; que c'est en partie de Kief, de Novgorod, de Pskof, que la Moscovie a reçu sa population; qu'elle en était la fille par la langue, la religion et les mœurs; puis, que dès 1667, plus de cent ans avant le premier partage de la Pologne, non pas Novgorod et Pskof seulement, plus anciennement assujettis, mais aussi Kief et Smolensk, étaient réintégrés à la mère-patrie, tirée enfin par les Romanof de ce long abaissement qui avait permis aux Polonais, poussés par le fanatisme religieux et les conseils des jésuites, de fouler impitoyablement la Moscovie et d'entrer deux fois dans Moscou. Toute médaille a son revers !
En définitive, n'est-ce pas vraiment prendre une peine inutile que de vouloir prouver que la Russie s'appelle légitimement la Russie? Sur près de 70 millions d'habitants, 55 millions y parlent la langue russe, l'idiome national, et généralement dans toute sa pureté, telle qu'elle s'écrit, et non pas dans des patois ou jargons. Pour prouver le mouvement, un philosophe de l'antiquité, organe du bon sens, s'est mis à marcher; pour faire comprendre à tous quel nom est le sien, il suffît au peuple russe d'user de la parole. Peu importe au reste qu'il soit le résultat d'une fusion : la nation française l'est également, et personne pour cela ne s'avise de lui marchander son nom.
De ce nom, revenons à la substance de l'État. On sera curieux de connaître l'historique de sa formation et celui de sa délimitation, différente selon les époques.
Et d'abord a-t-on raison de dire que la Russie soit un
Etat jeune? Ceux qui soutiennent cette opinion d'ime manière réfléchie, — nous ne pouvons tenir compte que de ceux-là, — ce sont ces mêmes écrivains pour qui la Moscovie est autre chose que la Russie, un Etat, non pas slavon, mais ouralien datant de 1462 ou tout au plus de 1328', et par conséquent le dernier-venu de tous les grands États européens. Si cette* manière de voir était fondée, on aurait évidemment eu tort de célébrer dernièrement (1862), à Novgorod, la fête millénaire de la nation russe; ce jubilé eût été une imposture, car une erreur en pareil cas est impossible. Mais elle n'est nullement fondée. Ce jubilé était celui de la monarchie de Rurik : or, toute l'histoire des Moscovites est imprégnée des traditions de la dynastie de Rurik, que continua celle des Romanof, qui en était parente par