On prononce Salaviof
pied normal. C'est au plus ou moins que se rapportèrent les dissidences d'opinion parmi les membres, dont quelques-uns étaient des hommes ardents.
L'opinion publique suivait avec une attention soutenue, mais avec confiance, ces importantes discussions qui, rapportées et commentées dans les salons, entretenaient une vive irritation dans la majorité des intéressés, mis en demeure de souscrire à un sacrifice douloureux. Ne voulant pas laisser ceux - ci sans garanties sérieuses, le gouvernement , sur la proposition de Rostoflsof , ordonna à tous les comités provinciaux d'envoyer à Saint-Pétersbourg deux de leurs membres, qui feraient connaître à la commission de rédaction l'avis de leurs mandataires et lui fourniraient en même temps toutes les informations dont elle aurait besoin. Pourtant, comme on ne voulait pas que tous ces députés arrivassent à la fois, l'invitation ne fut d'abord adressée qu'aux dix-neuf gouvernements du centre où les comités avaient été les premiers à élaborer leurs projets Une seconde série des députés devait succéder à la première quand celle-ci aurait été congédiée, et c'est, en effet, ainsi que les choses se passèrent. Celte convocation excita dans le pays une rumeur immense : on y vit une convocation de notables dont sortiraient infailliblement les États généraux. Les imaginations se mirent en campagne ; la downa des boiars de 1613, grand conseil national qui appela au trône le premier des Romanof , était présente à tous les esprits. De là à une constituante il n'y avait pas loin.
Cependant les idées et les exigences que les députés apportaient dans la capitale , donnèrent à penser au gouvernement. L'esprit d'abnégation ne semblait pas les inspirer ; car en échange de sacrifices qu'ils marchandaient , ils de-
1. On en trouve rémunération dans La Véiilé, etc., p. 101 , ainsi que d'autres détails pleins d'intérêt , mais pour lesquels l'espace nous manque.
mandaient des concessions politiques que l'état du pays n'eût peut - être pas supportées. À leur ardeur il sembla nécessaire d'opposer beaucoup de prudence , afin de n'être pas entraîné dans une voie révolutionnaire qui , en Russie plus que partout ailleurs, pouvait tout perdre. En conséquence, la délibération en commun fut refusée; la commission de rédaction ne fit pas siéger les députés avec elle , mais se contenta d'appeler successivement dans son sein , pour être entendues, non pour prendre part à une délibération commune , les députations des différents gouvernements. On comprend le désappointement qui en résulta pour toutes. Une vive irritation s'empara des députés. A défaut de séances officielles, ils se serrèrent autour du maréchal de la noblesse du gouvernement de Saint-Pétersbourg, le comte Pierre Pavlovitch Chouvalof, conseiller d'État et chambellan. Le salon de cet opulent seigneur, dont l'hôtel est un des plus riches de la capitale, remplaça pour eux la douma; ils y tinrent des séances, quelquefois orageuses, mais que le gouvernement ne troubla pas par une intervention inopportune, et signèrent des adresses, des pétitions et des mémoires. Tous les autres salons de la capitale retentirent des plaintes des députés; ils demandaient d'être entendus collectivement, sinon, d'être congédiés. Comme ils se donnaient l'air de croire que leurs observations ou réclamations n'arrivaient pas jusqu'au trône, Alexandre H jugea nécessaire de s'expliquer directement avec eux. Ils furent tous mandés pour le 4 (16) septembre au château de Tsarsko-Sélo. Là , en présence du général Rostoflsof, l'empereur leur donna l'assurance qu'il était parfaitement au courant de tout ce qui avait été dit pour ou contre les propositions impériales; que tout, sans doute, n'était pas de nature à entrer dans le projet de la commission de rédaction, mais que tout serait renvoyé au comité lli. 25
supérieur et compris par lui dans son examen final ; que tous les intérêts seraient pesés dans la même balance , avec le même esprit d'équité. Après avoir ainsi cherché à les rassurer, le monarque acheva son discours en disant: *Vous êtes vous-mêmes convaincus , je lésais, que l'œuvre ne saurait s'accomplir sans des sacrifices de votre part; mais ma volonté est que ces sacrifices aient des limites. Je m'efforcerai de vous aider ; cependant , en retour , je compte sur votre coopération , et j'espère que vous justifierez ma confiance non - seulement par des paroles , mais aussi par vos actes.» Ce langage, empreint de sincérité, ne produisit pas son effet , ainsi que nous l'avons raconté ailleurs avec plus de détails1. L'agitation continua; elle devint d'autant plus forte que les députés de la première série, qui restèrent à Saint-Pétersbourg pendant neuf mois, furent presque tout ce temps dans un véritable désœuvrement et qu'ensuite, congédiés enfin, ils portèrent dans leurs provinces leur désappointement et leur mauvaise humeur. Dans quelques-unes , les assemblées de la noblesse étaient alors réunies pour leur session triennale. Comme elles reçurent du ministre de l'intérieur l'injonction de ne pas s'occuper de la question du servage , leur mécontentement s'en accrut, et dans quelques-unes de ces assemblées certains membres se portèrent jusqu'à faire entendre un langage presque séditieux*.
L'année 1860 avait commencé sous de fâcheux auspices; la mort du général Rostoftsof , arrivée le 6 (18) février, ne tarda pas à l'assombrir encore. Il n'y a guère de grande cause sans martyr : le président de la commission de rédaction fut celui de l'émancipation des serfs. Frappé de maladie dès le mois d'octobre de l'année précédente, il n'avait pas