‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 177 sur 367 · Mieux , une assistance sera accordée , etc · texte numérisé non relu

Mieux , une assistance sera accordée , etc

mineux, devaient être envoyés à tous les propriétaires de biens seigneuriaux, ainsi qu'à toutes les communes rurales établies sur leurs terres, sa promulgation ne put pas avoir lieu immédiatement. Le Sénat dirigeant fut convoqué seulement le 2 (14) mars pour prendre connaissance de ces décisions impériales, ainsi que de l'oukase qui lui ordonnait de pourvoir à leur promulgation. Après en avoir entendu la lecture que le dirigeant du ministère de la justice avait reçu mission de lui faire, l'assemblée prit, à la presque unanimité, la résolution de présenter une adresse à l'empereur, afin d'exprimer à S. M. les sentiments de gratitude dont tous ses membres étaient pénétrés. Même pour les deux capitales, plusieurs semaines se passèrent ainsi en mesures préparatoires, et de nouveaux délais étaient inévitables pour mettre en possession de toutes ces pièces les contrées éloignées de l'empire. Cependant, d'après la volonté du souverain, le manifeste fut publié à Saint-Pétersbourg et à Moscou le 5 (17) mars, un dimanche, dans les églises et à l'issue du service divin. On s'attendait à une grande émotion populaire, et des mesures de sûreté étaient prises afin de parer à toute éventualité de désordre. Chose étrange, mais digne d'admiration! le silence du recueillement succéda à cette publication solennelle et d'une signification si éminemment nationale. Frappés comme d'étourdissement d'abord et saisis violemment, les serfs de la veille eurent besoin de quelques moments pour se reconnaître et s'assurer que c'étaient bien eux qui avaient ainsi changé de condition; puis, comprenant que leur chaîne était brisée et qu'ils étaient libres, — car il s'agissait moins là de cultivateurs que d'ouvriers et journaliers de toute espèce — ils épanchèrent leur joie au pied des autels et des saintes images, dignement, pieusement, et en s'abstenant de toutes démonstrations bruyantes, de toutes ces libations dans lesquelles ils trouvent d'ordi-

'.m SECONDE SECTION. — CHAPITRE PREMIER.

naire un bonheur décevant. Mais ce jour eut son lendemain : alors la jubilation commença ; on alla se porter les uns aux autres des compliments de congratulation, et dans les rues on ne voyait que des gens qui s'embrassaient, se félicitaient, se répandaient en joyeux discours. Un millier d'hommes, se souvenant que la gratitude est le privilège des caractères bien faits et une haute jouissance pour le cœur, alla assiéger l'entrée du Palais d'Hiver et solliciter la faveur de voir la face du père-empereur, leur libérateur, leur providence. Ensuite, quand le monarque parut, il fut reçu par les plus vives acclamations de respect, de sympathie et de reconnaissance , et ceux qui étaient chargés de parler pour tous, mirent à ses pieds € le pain et le sel » , sur un riche plateau en argent. A ce moment, le père de la grande famille jouit délicieusement de son œuvre et connut que les efforts laborieux ne restent pas sans dédommagement, que l'amour du peuple n'est pas un vain mot, même dans ce XIXe siècle qui a désappris tant de choses dont ses prédécesseurs se glorifiaient justement. Quand ensuite cette foule s'écoula, ce fut pour retourner dans les temples et y renouveler ses actions de grâces devant le Roi des Rois.

Des capitales, la grande nouvelle se répandit successivement dans toutes les parties du colossal empire et jusqu'à ses extrémités si lointaines. Des généraux de la suite et des aides-de-camp de l'empereur partirent pour se rendre, munis des documents, chacun dans le chef-lieu du gouvernement qui lui était assigné; des télégrammes du 19, 20, 21 mars et des jours suivants annoncèrent à la cour l'arrivée du bienfaisant message dans ces chefs-lieux , d'où il était ensuite expédié dans les districts, afin d'être publié dans la plupart des communes le dimanche suivant, après la grand'messe. A l'étranger, les applaudissements furent unanimes et sincères, car le conflit nouveau avec la Po-

logne ayant à peine commencé, on faisait trêve alors à l'animosité contre la Russie et l'on se passionnait déjà d'ailleurs pour «le réveil des nationalités», avec lequel le grand acte d'Alexandre II parut en parfait accord. Ce mot du Times eut de l'écho : « Gréer une nation, c'est là ce qu'a entrepris l'empereur de Russie, et, au bout d'une génération , nous aurons sans doute devant nous un peuple russe vérilable, à la place de ce mécanisme de nobles, de bureaucrates et de serfs. »

Les séances du Comité supérieur furent closes le 1er (13) mars; mais un sixième département créé au sein du Conseil de l'empire fut chargé de toutes les affaires auxquelles pouvait donner lieu le nouvel état des paysans, et les membres de ce département furent pris dans le Comité.

Nous avons dit que les documents accompagnant le manifeste de libération étaient volumineux. L'oukase du Sénat, en date du 2 (14) mars, également déjà mentionné et qui décrète la promulgation de toutes les pièces, en énumère une vingtaine, compris dans un volume officiel dont parurent aussi des traductions en plusieurs langues1. Elles sont rangées sous les rubriques suivantes :

I. Manifeste impérial du 19 février 1861, signé de la main de S. M., lequel confère aux serfs les droits de la classe d'habitants libres des campagnes et pourvoit à l'organisation de leur mode d'existence.

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