Voir ci-dessus, p
alliance1; et, de plus, à la tête de leur noblesse, figurent encore aujourd'hui une trentaine de familles (en ne comptant même que celles qui sont en possession du titre de prince), issues deRurik et rappelant par leurs noms des incidents d'époques diverses de l'histoire nationale. Une de ces familles, par exemple, est aujourd'hui représentée par l'illustre vice-chancelier actuel de l'empire, prince Alexandre Gortchakof. Elle fournit, au commencement du XVIIe siècle, l'un des deux héros qui défendirent pendant dix-huit mois Smolensk contre le roi Sigismond de Pologne.
Sans aucun doute, la Russie était en droit de célébrer cette fête millénaire. Elle est , à peu de chose près, aussi ancienne que les plus vieux Etats de l'Europe, excepté peutêtre la France, l'Angleterre et l'Espagne. L'Allemagne date, comme État, du traité de Verdun (843); l'Autriche ne se constitua, comme tel, que depuis la bataille du Lech, en 955; et même l'histoire de la Hongrie, du principal élément de cette monarchie multiple, n'offre un terrain solide qu'à partir de cette époque-là. La Pologne, de son côté, ne prit naissance que vers le milieu du Xe siècle. Le Portugal a reçu son baptême national à la bataille d'Ourique, l'an 1139. Nous ne parlerons pas des royaumes Scandinaves, dont les origines sont enveloppées d'épais brouillards. Quant à la Prusse, elle est, comme on sait, une fdle de la réformation et ne figure même que depuis un siècle et demi parmi les États indépendants.
Or, comme la Russie date de 802, et non pas seulement de 1328 ou de 1462, c'est sur la vieille Russie que nous devons d'abord jeter un coup d'œil dans cet historique, ainsi que nous l'avons fait, en 1829, dans notre premier ouvrage
1. On trouvera dans notre Histoire intime de la Russie, t. Ier, p. 310-381, une notice très-dctaillée sur cette maison, y compris celle de Holstein-Gottorp , depuis son origine jusqu'à l'empereur Nicolas 1er.
sur la matière1. Vers le Xe siècle, elle avait pour limites, du côté de l'ouest, le lac Péipous, la Vélikaïa, puis, au delà de la Duna, le Dnièpr et le Boug; au nord, le golfe de Finlande, le lac Ladoga et des déserts en deçà de la Dvina; à l'est, le Volga supérieur jusqu'à son confluent avec l'Oka, cette même Oka, le Don supérieur, etc.; au sud , les steppes. Voici ce que nous lisons dans Karamzine* : « Déjà au premier siècle après son origine, la Russie surpassa, quant à la superficie, presque tous les Etats européens d'alors. Les conquêtes d'Oleg, de Sviatoslaf et de Vladimir en étendirent le territoire, comprenant les principautés de Novgorod et de Kief, à* l'ouest, jusqu'à la mer Baltique, la Duna, le Boug et les Karpathes; au sud, jusqu'aux cascatelles du Dnièpr et au Bosphore Cimmérien. Au nord et à l'est, elle touchait à la Finlande et avoisinait les peuples tchoudes, habitants des gouvernements actuels d'Arkhangel, Vologda, Viatka, puis les Mordouans, les Boulgars de Kasan, au delà desquels, vers la mer Caspienne, demeuraient encore les Khvalisses, dont l'origine, ainsi que la foi, était la même que celles des Boulgars et qui, pendant un certain temps, ont donné leur nom à cette mer. » Dans une note justificative , l'historien ajoute : « Toute la Livonie payait tribut à Vladimir le Grand ; il conquit le pays des latviaghs (où sont aujourd'hui Bélostok, Bielsk et Droghitchine8) et les villes tchervonnes ou de (ialitch\ Les Lithuaniens, qui habitaient au delà de la Duna,
1. Statistique de l'empire de Russie, p. 44. M. Schubert (llandbmh der ailgemeinen Staatskunde, t. Ier, p. 124) a cru mieux faire eu prenant pour point de départ l'an 1462.
2. Histoire de Russie, t. Ier, chap. x. Cf. Strahl -Herrmann, Geschichte des RussUchen Staates, t. Ier, p. 118. Strahl évalue l'étendue de la Russie d'alors à 18,000 railles carrés d'Allemagne, ce qui est deux fois la grandeur actuelle de la France.