payent l'obrok jusqu'au rachat définitif
15.5 sont devenus propriétaires, non - seulement de leur enclos , mais de terres.
Ainsi l'opération a complètement réussi. Au bout de moins de quatre ans, 23 millions de serfs (des deux sexes) étaient en pleine possession de tous les droits civils et d'un régime municipal dont nous aurons plus loin à étudier la nature 3 ; de plus, environ 6 millions d'hectares étaient de-
1. Nous reviendrons là-dessus; voir en attendant le Discours de M. N. Milutine, p. U, et surtout P. de Storch . Der Bauemsland in Russland, p. 413 etsuiv.
*. M. N. Milutine dit (Discours, p. 12) : « Cc> chartes représentent autant do communes rurales»; mais ceci nous semble une erreur: elles représentent autant de terres, avec des communes rurales en beaucoup plus grand nombre.
M. Alors nous examinerons aussi ce que différents publiristes ont objecté contre le
venus la propriété irrévocable de 4 millions et demi de ces mêmes serfs (aussi des deux sexes). Qu'on l'entende bien! 4 millions et demi de propriétaires, au lieu des 120 ou 150,000 d'aulrefois V Quelle révolution pacifiquement accomplie !
Et ces chiffres ne disent pas tout ; car indépendamment des 23 millions de serfs , naguère seigneuriaux, il y a , on s'en souvient \ les paysans de la couronne ou des domaines impériaux et ceux des apanages dont le sort , comme on l'a vu , a été amélioré en même temps. Les paysans de la couronne sont au nombre d'environ 20 millions (chiffre officiel, 9,747,357 du sexe masculin et 10,302,891 du sexe féminin); les paysans des apanages d'environ 2 millions. Ceuxci sont nombreux surtout dans les gouvernements de Simbirsk, Samara , Novgorod, Vialka, Kostroma, Moscou, Orel et Nijegorod; ceux-là dans les gouvernements de Viatka, Voronège, Kasan , Perrn , Tambof , Poltava et Koursk. L'état des hommes de ces deux classes avait déjà subi d'heureux changements. Depuis le 1er janvier 1838 il avait été l'objet d'une sollicitude aussi vive qu'éclairée de la part du mi-
mir ou ta commune russe, entre autres ce passage d'un ouvrage, très-digne d'une grande attention, de M. F. Le Play, La Réforme sociale en France , déduite de l'observation comparée des peuples européens , t. II, p. 283 : « Les communes rurales échapperont sans doute à la tutelle des seigneurs, mais elles continueront à peser lourdement sur la propriété, sur les individus et sur les familles. Leurs propensions communistes maintiendront pendant longtemps beaucoup de biens dans l'indivision , etc. » On peut voir aussi sur le système communal , Tourghénief, Un dernier mol sur l'émancipation des serfs, p. 16 et 19, et La Vérité sur la Russie, p. 127.
1 . Nous aurons plus tard a rechercher quels sont les moyens d'exislnnce et de prospérité de ces nouveaux propriétaires; pour le moment, nous renvoyons à ce qui a déjà été (lit plus haut, p. 198, ainsi qu'aux Fragments russes de M.Bodenstedt, t. II, p. 57 et 131 , et hMenschen und Dhuje in Russland, p. 176 et suiv. Quel sujet de débat pour les académies, bile plus souvent elles ne manquaient pas pour s'y livrer des éléments les plus essentiels!
2. Voir p. 186, p. 365 et 367. Cf. Haxthausen. t. III, p. 501 et suiv.; 522 et suiv.
nistère des domaines que l'empereur Nicolas venait de créer1. Nous ne pouvons exposer ici le système qui fut alors arrêté et introduit*, mais nous ferons remarquer que c'est en grande partie sur l'organisation des paysans de la couronne qu'a été basée celle des anciens paysans seigneuriaux. Ainsi, l'administration locale y avait été confiée aux communes , dont il avait été ordonné que la circonscription s'étendrait toujours à un minimum de 1,500 âmes; des réunions avaient été effectuées parmi celles dont la population n'atteignait pas ce chiffre. Puis on avait institué des volosth ou cantons, au minimum de 6,000 âmes , ayant leur tribunal de police et de conciliation, dont les membres élus s'appelaient hommes de conscience (dobrosovestnyié) et étaient présidés parle chef (golova) du voloslh. Ce chef a un adjoint et deux secrétaires ou greffiers, tous salariés, comme lui, quoique très - faiblement ; autour de lui se groupe le conseil cantonal, composé de délégués des communes, à raison de 1 sur
10 feux. Les communes ont à leur tête le starchina, qui a sous lui, pour chaque village séparé , un starosta ou ancien;
11 se trouve de plus, dans chacune, un percepteur des impôts et un préposé au grenier communal. Le conseil communal se forme par élection , à raison de 1 membre pour 5 feux. Ses fonctions consistent à élire le chef et ses adjoints, à régler l'appropriation des lots de chacun , à établir le contrôle des comptes et la répartition des impôts, à prononcer sur l'admission comme membre de la commune ou sur les congés à donner à ceux qui veulent la quitter ; les affaires de recrutement, la nomination de fondés de pouvoirs , les communications à adresser aux autorités supérieures, sont également de son ressort. Cependant l'organisation nouvelle ,
1. C'est par une ineiplicable distraction qu'il a été dit à la fin de la p. 183 que ce ministère a depuis été supprimé.