Voir Haithausen, t. III. p. 534 et suiv
dont il est juste de rapporter l'honneur à Nicolas , ne se borna pas à ce mécanisme des autorités : elle s'étendit à tout, prévit tout, exploitation, administration, instruction et perfectionnements moraux, etc., et les réformes s'accomplirent sans faire violence ni aux mœurs , ni aux coutumes du peuple. L'Europe, préoccupée de la polémique des partis, a trop peu d'attention pour des travaux qui n'ont d'autre mérite, sans doute, que d'assurer à la fois l'existence et le progrès de populations, qui égalent celles de ses plus vastes royaumes !
11 nous reste à jeter un rapide coup d'œil sur quelques rubriques spéciales de la classe des paysans, que nous étudions ici dans son ensemble.
On appelle odnodvortsy (de dvora, cour, et odine\ un) ou possesseurs d'une seule cour, d'une seule maison, des paysans libres depuis longtemps et propriétaires des champs ou terres qu'ils cultivent. A ces terres étaient même souvent attachés des serfs, que les odnodvortses avaient achetés soit sous un nom emprunté, soit même quelquefois sous le leur3. Soumis à la capitation et au recrutement, mais non aux prestations, ils formaient une classe intermédiaire entre les propriétaires nobles et les paysans libres ordinaires ou simples fermiers, et vivaient dans une certaine aisance. On en comptait en 1838, d'après Kœppen3, 1,365,886, le sexe féminin non compris, ce qui ferait un total d'environ 2,700,000
1. On prononce adine, adnodvortex. — Voir t. Il, p. 86, note 1 ; et pour l'historique, Meiners, t. II, p. 31.
2. Hupel (t. Ier, p. 208} n'admettait pas que les odnodvortses pussent faire de ces acquisitions en leur propre nom; mais M. Tourghénief le laisse supposer, et Kœppen l'affirme positivement, en citant à l'appui le Digeste, SvodZakonof, t. IX, art. 742. Voir de cet excellent statisticien, que la mort a récemment enlevé à la science qu'il honorait, le mémoire intitulé : Ueber die Vertheilung der Bewohner Russlands nach Stânden, dans le t. VII des Mémoires de l'Académie, p. 409; et Déviataïa Révinya, ouvrage semi-officiel , p. 217 et suiv.
3. Mémoire cité, p. 407. Voir aussi notre t. II, p. 86. 98 et 262.
individus, et ils possédaient 10,983 serfs. Il ne faut pourtant pas confondre avec eux les 67,756 cultivateurs libres qui figurent à part dans les révisions et dont il a déjà été question plus haut (p. 358). On n'a pas de notions certaines sur l'origine des odnodvortses; quelques auteurs les regardent comme d'anciens petits nobles déchus de leur rang, et c'est dans ce sens que les hommes de cette classe parlent d'eux-mêmes; d'autres1 aiment mieux croire qu'ils sont les descendants d'anciens paysans non encore attachés à la glèbe et qui, à raison des biens-fonds qu'ils possédaient, n'auraient pas été compris dans la confiscation. D'après Kœppen, ils payeraient la capitalion depuis 1724, et un oukase du 16 juin 1764 les aurait mis sur la même ligne que les autres paysans de l'empire. Les petits szlachcic polonais en ont depuis augmenté le nombre*. On voit par un tableau du mémoire de ce même statisticien que les odnodvortses se trouvent surtout en grand nombre dans les gouvernements de Koursk, de Voronègc, de Tambof, d'Orel, etc.; mais il en existe dans 37 gouvernements ou provinces sur 53.
Les colons étrangers, établis sur les terres de la couronne ou sur celles des particuliers, forment une autre rubrique, fort respectable , de la classe des paysans. Les tables des révisions n'en indiquent pas bien clairement le nombre3, mais selon la Statistique de 1863, il est tout près de 450,000 (229,542 du sexe masculin et 220,011 du sexe féminin). Ce
1. Hupel, t. Ier, p. 208, et t. II, p. 348. Cf. Meiners, t. II, p. 31. D'après M. Ghermanof, les odnodvortses des gouvernements de Voronège, Tambof et autres seraient les descendants d'anciens soldats de la garde-frontière, auxquels, dès le temps (floann IV, on aurait distribué des terres. Voir Publications de la Société impériale géographique de Russie, p. 202 et suiv.
2. Voir t. II, p. 98, et le Mémoire de Kœppen, p. 410, ainsi que Déviatàia Hevisiya, p. 239.
3. Voir t. il, p. 99. Cf. Déviatàia Hevisiya, p. 215 et suiv.; Kôppen, Die Gesammtbevblkermuj Rvssland* , p. 229, et la Statistique officielle «le 1863, p. 272.
sont en majeure partie de ces Allemands et Suisses dont il a été question dans le volume précédent (p. 686), descendants d'immigrés dont les époques d'arrivée ont été notées par le savant Kœppen dans un ouvrage spécial*. Ils sont nombreux surtout dans les gouvernements de Saratof, de Samara et de Kherson; ils y dépassent le chiffre de 260,000. Les colons de la Molotchna, dans les steppes du gouvernement de Tauride, sont au nombre d'environ 25,000; puis il y en a autour de Saint-Pétersbourg (de 5 à 6,000) et ailleurs. Ces colons jouissent de certains privilèges et immunités. Leur économie rurale, surtout celle des Allemands, est infiniment supérieure à celle des paysans russes , auxquels ils pourraient servir de modèles8: aussi ces laborieux cultivateurs sont-ils généralement dans l'aisance et ne manquent-ils pas d'envoyer leurs enfants à l'école. Au reste, comme on l'a vu précédemment ' , il y a aussi en Russie des colonies boulgares, serbes, grecques, etc.; le chiffre de leur population est plus restreint, cependant dans le gouvernement d'iékatérinoslaf, on en compte 85,000 et en Bessarabie jusqu'à 48,000.
Les iamlchiks1 ou paysans-voituriers, paysans de la poste, forment aussi une rubrique à part, car ils sont exempts de la capitation et ils ne payent pas de redevance pour les terres qu'ils cultivent; quanl au recrutement, ils y sont soumis en thèse générale . La charge publique qui pèse sur cette
i. Malérialy dlia istorii inoiodtsef ievropeiskoï Rassit (Matériaux pour l'histoire des étrangers établis dans la Russie d'Europe), p. 390 et suiv. Cf. Hupel . t. I". p. 206 et 163; Schubert, p. 166.
i. Voir une comparaison dans Menscheu und Dinge, p. 187 et suiv.