Voir t. II, p. 68, la note
AiO SECONDE SECTION. — CHAPITRE II.
la Russie dans sa marche ascendante et continuer à détenir des provinces que celle-ci regardait comme des membres arrachés à son corps, la Russie Blanche, la Russie Noire, la Russie Rouge1. Elle n'en avait plus la force; pour défendre son territoire, il eût fallu le concours déterminé de tout un peuple : or, malheureusement il n'y avait pas là de peuple, il n'y avait que des nobles, encore ceux-ci furent-ils constamment désunis.
Le second et le troisième partage achevèrent de rendre le mal irrémédiable; quand ils furent consommés, l'Europe avait changé de face. Sans doute ces partages furent un méfait, et une Némésis inexorable semble poursuivre encore aujourd'hui la punition de ces actes inouïs, quoique cependant prévus5; au point de vue de la moralité publique, les gouvernements qui les accomplirent furent coupables. Mais pour revenir aujourd'hui sur les effets de ces actes, il faudrait bouleverser le monde; bien plus, il faudrait réagir contre le principe de nationalité dont les Polonais eux-mêmes sont le symbole vivant. Entre les mains de Dieu, le mal tourne en bien, et qui peut dire si, en détruisant un état de choses incompatible avec les droits de l'humanité, la Providence ne s'est pas servie des puissances copartageantes comme d'instruments pour l'exécution de ses décrets? Car, là aussi, il y avait un méfait à venger, la méconnaissance de la dignité de l'homme dans les millions de paysans réduits à l'état de parias5.
La mission de la Pologne, importante et auguste jadis,