C. La grande-principauté de Finlande
Le lecteur n'a pas oublié les notions historiques et autres que nous avons déjà données sur cette seconde grande annexe de l'empire1; et comme nous avons fait remarquer (p. 154) qu'elle ne perdit son indépendance primitive, c'està-dire son état de nature, que pour être rangée sous la loi de la Suède, il a dû en conclure qu'il y aurait peu de chose à dire de son organisme social. La Finlande, aujourd'hui grande-principauté indissolublement liée à la Russie, avait déjà anciennement ce titre de grande-principauté*. Les documents relatifs à la prise de possession par Alexandre 1er parlent non -seulement d'antiques usages, mais aussi de
1. Notions historiques et statistiques , p. 151-158 et 207-210; notions géographiques et ethnographiques, t. Ier, p. 118-124 et 175-179; t. II, p. 555-568. On peut comparer Possart, Dos Kaiserthum Russland, p. 1-126.
2. Il est constaté dans la Géographie de Busching, édition de 1766, t. Ier, p. 471 ; voir aussi plus haut, p. 154. Mais d'où venait ce titre? ni Busching, ni Schlœzer ne nous le disent. Probablement les rois de Suède le prenaient accessoirement comme une espèce de pendant au titre du grand-prince de Moscovie ; ou bien il date des courts moments d'indépendance dont nous avons dit un mot à l'endroit cité. — Dans les Révélations sur la Russie, traduites de l'anglais (t. III, p. 157), nous lisons : «Avant la conquête (russe), la Finlande se gouvernait par ses propres lois; elle jouissait du bienfait d'un gouvernement représentatif, et bien qu'incomplet, il suffisait à un peuple dont les goûts modérés ne demandaient pas plus de libertés politiques que n'en comportaient ses institutions civiles. » Cela ne peut se rapporter qu'à la participation des Finlandais aux libertés des Suédois; et l'auteur cite lui-même les deux actes suivants, qui se rapportaient avant tout au royaume : celui du 21 août 1772 sur la forme du gouvernement et l'acte d'union et de sécurité, en date du 21 février et du 3 avril 1789. Voir aussi Lindemann, Finnland, p. 22 et 38.
«lois fondamentales» et de «droits et privilèges dont chaque ordre en particulier et tous les habitants de la Finlande en général ont joui jusque ce jour;» néanmoins nous ne sachons pas que le pays ait été anciennement en possession de formes constitutionnelles particulières , autres que celles du royaume de Suède. Son droit purement national ne date, à vrai dire, que de 1809, et celui-ci, nous pourrons le résumer en peu de lignes.
A la suite des événements par nous racontés dans la première section du présent volume (p. 80), Alexandre Ier, dans son manifeste du 20 mars (1er avril) 18091, déclara la Finlande détachée de la Suède et placée sous son propre sceptre, c Cette province ainsi conquise par nos armes, disait-il, Nous la réunissons à jamais, à dater de ce jour, avec l'empire de Russie, et en conséquence, Nous avons ordonné de faire prêter à ses habitants le serment de fidélité envers Notre trône. » Cette prestation de serment eut lieu solennellement à Borgo, le 17 (29) du même mois, devant les « députés des États*» et toutes les sommités du peuple rassemblées, ou, comme il est dit dans le manifeste du 23 mars (4 avril) 1809 dont il va être parlé, devant «les États de Finlande réunis en une diète générale. » Alexandre luimême, dans le discours qu'il prononça8, mentionne qu'elle était faite, au nom des habitants, «par l'organe de leurs représentants » et qu'il y répondait « en leur garantissant le maintien de leur religion et de leurs lois fondamentales. »
1. On peut le trouver dans le Manuel diplomatique de Ghillany, édition française, t. II, p. 103 des traductions.
2. Ces députés des États mentionnés dans la relation donnée par le prince Km. Galitsyne (La Finlande, t. II, p. 363) étaient sans doute ceux qui jusqu'alors avaient siégé à la diète de Stockholm.
3. Comme les autres pièces mentionnées ici , il se trouve imprimé dans notre Statistique de 1829, p. 408.
Dès l'avant- veille (15 mars), il avait fait publier un manifeste de la teneur suivante :
«Ayant pris possession, selon les décrets de la Providence, de la grande-principauté de Finlande, nous avons voulu confirmer et sanctionner par les présentes la religion et les lois fondamentales de ce pays1, ainsi que les droits et privilèges dont chaque ordre de la grande -principauté en particulier et tous ses habitants en général jouissaient par le passé, en vertu de la constitution; promettant en même temps de maintenir inviolables et en vigueur tous ces avantages et institutions. Signé : Alexandre. »
Ces mêmes promesses furent renouvelées dans le manifeste du 23 mars (4 avril) de la même année, par lequel le monarque donna acte à la population de la Finlande du serment * « librement et volontairement prêté par les États du pays en commun et les députés de Tordre des paysans en particulier, tant en leur propre nom qu'en celui de leurs frères qui sont restés dans leurs foyers. » Depuis, la constitution de la grande-principauté a été confirmée par Nicolas (manifeste du décembre 1825) et par Alexandre II (manifeste du septembre 1863). Il est entendu que c'est le souverain qui convoque les États et qui a l'initiative des matières à proposer à leurs délibérations, qu'aucun vote n'a force de loi s'il n'a obtenu sa sanction. Pour tout changement à apporter aux lois fondamentales, pour l'introduction d'un nouveau code de lois et d'impôts nouveaux, il faudrait, outre l'agrément du souverain, l'unanimité des quatre ordres3. Cependant de 1808 à 1861 il n'a guère été question ni d'une « diète générale » ni de toute autre assemblée des États , dont le comité permanent devait se