‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 216 sur 367 · T. II, p · texte numérisé non relu

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présente sous le rapport de la foi. A peu d'exceptions près, tous les cultes de l'Europe et de l'Asie, et même de toutes les parties du monde, s'y trouvent représentés, il est vrai dans des provinces plus ou moins éloignées du centre, provinces fruits de la conquête et que l'empire s'est annexées dans le cours des siècles. Dans son noyau , dans la Moscovie de Ioann III Vassiliévitch, tout est unité, au moins dans ce sens que l'Église d'Orient est la mère commune de tout le peuple; car si la division y a trouvé accès comme ailleurs, elle ne se montre, sous le nom de raskolh, que dans des proportions restreintes et sous des formes qui rappellent toujours l'origine byzantine, commune à tous.

Nous aurons donc à traiter d'une grande et puissante société religieuse, celle même dont nous avons dit qu'anciennement elle absorbait presque la société politique, laquelle, jusqu'à un certain point, ne formait avec elle qu'une seule et même société. Seule , l'Église d'Orient peut être regardée comme le pendant de l'Église de Rome, et ce pendant auquel on faisait à peine attention il y a un siècle, protégé maintenant par un sceptre à portée immense, ne se laisse plus éclipser. Cette Église, une des grandes formes sous lesquelles le christianisme s'est produit dans le monde,

— car son sublime spiritualisme n'était intelligible aux peuples que sous des symboles qui tombent sous les sens,

— cette Église nationale des Russes devra nécessairement primer dans le présent chapitre; nous ne pourrions pas aborder ce sujet sans lui donner, avec la place d'honneur, tous les développements qu'il exige et qui ne seraient pas en disproportion avec les dimensions de notre cadre. Les autres cultes sont plus ou moins des cultes étrangers à l'empire, seulement le catholicisme est le culte de la majorité dans le royaume de Pologne, et le luthéranisme le culte presque exclusif de la grande-principauté de Finlande.

LA SOCIÉTÉ religieuse; église nationale. 481

Relativement à ces deux derniers, nous aurons aussi à rappeler quelques faits historiques essentiels et à entrer dans quelques détails d'organisation, mais beaucoup plus succinctement à raison de l'espace restreint dont nous disposons ; et relativement aux petites minorités religieuses, on comprendra qu'il nous sera commande de nous renfermer dans les parties tout à fait indispensables de la matière.

A. L'Église gréco-russe.

Pourquoi le peuple russe désigne-t-il son pays, cette patrie que rien ne vaut ni n'égale à ses yeux, par cette qualification de « sainte Russie, » en apparence si pleine de prétention 1 ? pourquoi parle-t-il du russkii Bog (Dieu russe) comme les Hébreux pouvaient parler du Dieu d'Israël? C'est par la raison que ce peuple se sent différent des autres, surtout sous le rapport religieux ; que la religion — nous voulons dire ce qu'il appelle ainsi, — est tout pour lui et qu'il ne lui fait pas seulement telle ou telle place dans son existence. «La dévotion du peuple russe, dit avec raison le baron de Haxthausen*, découle principalement d'un sentiment instinctif d'une force irrésistible; elle forme, pour ainsi dire, un tout et pénètre l'homme entier, avec tous ses sentiments, ses pensées, ses sensations; elle est pour lui l'air vital sans lequel il ne saurait exister. Sa vie entière est comme enfermée dans la sphère des sentiments reli-

1 . Sviatcna Housa (mais prononce* ttouça) ; voir plus haut , p. 2 1 2. A toutes les époques de nise, le gouvernement a fait sous ce rapport écho avec le peuple, nlin d'exalter son enthousiasme. Voir, par exemple, le manifeste de Nicolas en date du 2fi mars 1848, dans V Histoire de l'empereur Nicolas, par Halleydicr, t. Il , p. 190. Dans un rescril adressé le 3 mai 1854- au baron Osten-Sacken , général de la cavalerie, il s'est aussi servi de ce terme « notre sainte patrie ».

2. Études, t. III, p. 92. Voir encore la suite, et p. 220-227. Cf. Die europdische Pentarchie, p. 330-331.

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