La Hmtste en IS39, t. IV, p. i
LA société religieuse; église nationale. 483
fort complexe et qu'il n'est permis d'aborder qu'à la suite d'une observation attentive et persévérante. Cette question , la voici : Jusqu'à quel point le culte des Russes sanctifiet-il leur vie? quelle assurance leur donne-t-il relativement au salut de l'âme dans ce monde et dans l'autre? Or, làdessus les humbles aspirations de la foi primordiale et les orgueilleuses affirmations du positivisme moderne ne seront jamais d'accord, et quel homme ayant réfléchi et souffert oserait prononcer entre eux magistralement, en se flattant d'avoir terminé le débat? Non que les fidèles de l'Église d'Orient aient sur la sainteté et la vie spirituelle les idées de S. François de Sales, de Pascal, de Port-Royal et de Mme Svetchine: leur besoin est plus restreint, la nourriture qui leur convient plus simple, la lumière dont ils appellent sur eux les rayons plus indépendante de la science et de la méditation; mais dans leur culte, comme dans le culte de ceux-là, tout est mystère et symbole1; la sagesse humaine n'y peut rien mêler. Sans doute l'Église russe ne perdrait rien à donner plus d'ampleur et de jeunesse à son spiritualisme, ni à prêter incessamment aux doctrines morales cet appui vigilant qu'elles réclament; mais si l'écrivain français que nous avons cité, ne voyant partout que formalisme, ajoute que ce culte «n'a aucun pouvoir sur les cœurs,» l'histoire est là pour lui répondre. « C'est avec et par l'Église d'Orient, dit avec vérité à ce sujet l'anonyme mentionné tout à l'heure2, que la Russie est devenue grande , comme la France l'est devenue par le catholicisme, la Prusse par le protestantisme. L'Église d'Orient a vivifié, uni, sanctifié les
1. Pour se rendre compte du symbolisme de ce culte, on fera bien de consulter les Lettres sur les offices divins de l'Église d'Oiient, par A.-N. Mouravief, et traduites du russe en français, Saint-Pétersbourg, 1837, in-8°. Il existe aussi de ce livre une traduction allemande, par M. de Murait. Plus loin; il sera ques* tion de l'ouvrage de Stourdza, non moins célèbre.