‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 219 sur 367 · Die europâische Pentarchie, p · texte numérisé non relu

Die europâische Pentarchie, p

cléments nationaux russes. L'Église d'Orient a délivré la Russie, alors que le despotisme des Mongols voulait lui imposer l'islam et perpétuer l'oppression. Elle a sauvé de même le pays, quand une soldatesque fanatique envoyée par la république de Pologne voulut, au moyen du catholicisme, river à une chaîne indigne Moscou, la ville sainte. Kl. la palme du martyre, alors glorieusement conquise par la Russie frappée de malheur, s'attacha au trône des Romauof , lui fut une sauvegarde et le conserva jusqu'à ce jour. Toutes ces bénédictions, ces bienfaits sans nombre, que l'Eglise d'Orient répandit sur la Russie, durent lier la nation à elle par une union indissoluble et s'emparer, comme par miracle, du caractère sérieux (?), du sentiment profond et de la piété austère de la nation russe. C'est en effet ce qu'ils liront: aussi n'a-l-on pas, sans cette clef du ciel, l'intelligence de la vie nationale des Russes. »

Un rapide historique de l'Église gréco-russe aidera sans doute le lecteur à trouver la clef dont il s'agit1.

Dans certaines parties de l'empire actuel des Tsars, en Arménie, en Géorgie, dans la Crimée, dans d'autres pays riverains de la mer Noire, les salutaires doctrines de l'Evangile se répandirent dès les premiers siècles de notre ère ; les Slaves d'Orient, au contraire, ne les connurent que plus lard. L Église a toutefois recueilli à ce sujet une tradition consignée dans la Chronique de Nestor, mais que le savant moine de Kief, comme il a soin de nous le dire luimême, n'a apprise que par ouï-dire!. Voici cette légende, selon les termes de son texte. « C'est par cette mer (le Pont

1. Cet historique différera très- notablement, par des raisons que nous n'avons pas besoin d'expliquer, des récits que, sous le titre de Coup d'œil sur l'histoire de l'Église rtdfiènc, M. Viquesncl a cru devoir comprendre dans les Appendices île son Voyage dans la Turquie , t. l, r, p. 505-6 11.

"2. îakojé rècha. Miklosich, Chronica Ncstoris (dans l'original), IV, p. i.

Euxin), à ce qu'on dit, que S. André, frère de Pierre, vint prêcher l'Évangile. Après l'avoir d'abord porté à Sinope, il passa de là à Korsoun (Kherson), où il apprit que le cours du Dniêpr n'était pas éloigné. Alors il résolut de se rendre à Rome par celte voie, gagna l'embouchure du fleuve et prit terre une première fois au pied d'une montagne. Et se pla- / çant là, il dit à ceux de ses disciples qui l'accompagnaient: « Voyez- vous ces montagnes? c'est sur elles que se mani- « festera la grâce de Dieu; car ici s'élèvera une grande ville « et dans de nombreuses églises le nom de Dieu sera pro- « clamé.» Puis il monta sur ces hauteurs, y planta la croix et pria. C'est en effet sur ces montagnes que fut fondée et bâtie la ville de Kief. S. André continuant de remonter le Dniepr, arriva chez les Slovènes, là où est aujourd'hui Novgorod;.... puis il alla chez les Varèghes et de là à Rome

Kt après avoir quitté Rome, il revint à Sinope. » C'est sur ce récit que repose la croyance que l'introduction du christianisme en Russie est due à l'apôtre S. André, surnommé Protoclète, en russe pervozvanmi, le premier appelé, par l'Église d'Orient1.

En réalité, Péroun et d'autres divinités mythologiques régnèrent encore près de mille ans sur les Slaves de Kief et de Novgorod2, et quoique, Procope8, au VIe siècle, assure qu'ils n'adoraient qu'un seul Dieu, «celui qui produit la foudre et qui est le maître de toutes choses,» ils partageaient tout au moins leur dévotion entre le dieu blanc (Biel Bog) et le dieu noir (Tchernoï Bog), qu'ils se tiguraient entourés de génies, de nymphes, d'esprits divers. Cela

1. Voir là-dessus Strahl, Geschichte der Rnssischen Kirche , t. Ief, p. \\1 , ouvrage savant, mais resté incomplet, que l'auteur basait sans doute sur l'Histoire de l'Église russe du célèbre Platon , métropolitain de Moscou.

2. Voir sur leur religion primitive, t. II. p. 367. J. Ile bellu llolhico, III, U. Cf. t. Il . p. '.107.

i8G SECONDE SECTION. — CHAPITRE III.

resta ainsi jusqu'en 864. Mais à peine les Varèghes eurentils établi leur domination sur les Slaves, que deux chefs de ce peuple, Askold et Dir, furent, dit-on, convertis au christianisme, à l'occasion de leur descente dans le voisinage de Conslantinople1. Effrayés à la nouvelle de l'arrivée de barbares dont le nom même leur était resté inconnu jusqu'alors, les Byzantins invoquèrent le secours delà religion. Dans les moments de grand danger, on lirait du palais des Blaquernes le vêtement de la vierge Marie, qui y était conservé. Photius, le patriarche, l'ayant porté processionnelleraent jusqu'à la mer et plongé dans ses flots, une tempête épouvantable s'éleva aussitôt, dit la tradition, brisa les vaisseaux des Russes ou les dispersa, de telle sorte qu'Àskold ol Dir regagnèrent à grand'peine les plages d'où ils étaient partis. Ce miracle, ajoute-t-elle, les frappa si vivement qu'ils se bâtèrent d'envoyer à Gonslantinople demander des prêtres chrétiens qui pussent leur administrer le baptême. Photius se rendit avec joie au désir des chefs russes : un évêque, accompagné d'autres ecclésiastiques, se transporta près d eux, et depuis ce temps la Russie paraît avoir élé comptée parmi les soixante archevêchés qui relevaient du siège patriarcal de Byzance \

C'est sous ce même Photius, comme on sait, qu'il fut pour la première fois question d'un schisme entre l'Église d'Orient et celle d'Occident ou de Rome. Le pape Nicolas 1er ayant déclaré le patriarche illégalement élu, et, sur son refus de se démettre de sa dignité, l'ayant excommunié, Photius lança, de son côlé, contre le pape l'anathème, ainsi que sa fameuse encyclique de 866, dans laquelle il reprochait aux latins, d'une part d'avoir altéré, falsifié même, le

1. Slralil, ouvrage cité, p. A'A; Karamzinc, t. Ier, «hap. iv.

2. Nous avons dit, t. IJ, p. 393, que Photius, dans son enculiqne de 866, pronouce, uu des premiers, le nom des Musses (' Pw;>.

LA société religieuse; église nation alk. 487

symbole de la foi, d'autre part de recommander sans aucun motif plausible le jeûne du sabbat et le célibat des prêfres. 11 existait depuis longtemps des dissensions entre la cour de Rome et le siège patriarcal de Gonstantinople: le culte des images, des rivalités de juridiction, la question de savoir si le S. Esprit procédait du Père et du Fils, ou seulement de Dieu le Père, c'étaient là autant de sujets de querelle, auxquels s'ajoutait encore la prétention à la suprématie spirituelle sur les Boulgares récemment convertis, par les soins des latins aussi bien que par ceux des grecs; supréniatie que les deux Eglises se disputèrent longtemps, mais qui resta finalement au patriarche1. C'est dans l'intérêt de ces Boulgares que fui inventé l'alphabet slavon dit cyrillique, du nom de S. Cyrille, Grec de Thessalonique qui, de concert avec son frère S. Méthode, traduisit ensuite en slavon illyrien ou serbe une grande partie des Écritures saintes, « l'Apôtre et les Évangiles, les Psaumes, lesOclaves (Oktoikh) et d'autres livres, » comme s'exprime Nestor*. Le premier de ces «apôlres des Slaves,» S. Cyrille, mourut déjà en 868, le second environ vingt ans après, après avoir été vivement contrarié, dans l'accomplissement de son œuvre, par la rivalité entre les deux Églises et par les effets du schisme, que ce digne prélat se fût estimé heureux de prévenir.

La traduction slavonne de la Bible, dont il a suffisamment été question précédemment \ n'arriva en Russie qu'en 988, et les «apôtres des Slaves» ne furent pas ceux de cet empire, bien qu'ils y soient vénérés parmi les plus grands saints. Les premières semences du christianisme n'y furent

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