Voir Slrahl, ouvrage cité, p
1 Même traduction, t. rr, p. 122 et suiv.
3. Voir, sur tout cela, Stralil , ouvrage cité , p. C5 et suiv. ; Karam/ine , l Ier, chap ix.
métropolitain, et c'est là le point de départ de l'Église russe. L'évêque Joachim alla en même temps porter la bonne nouvelle à Novgorod. Vladimir, prince énergique et passionné, mit beaucoup de zèle, et au besoin même de violence, à faire renoncer ses sujets à leur idolâtrie et à adopter la religion du Christ. A Kief, les habitants, voyant la statue de Péroun ren versée et publiquement battue de verges, se laissèrent baptiser en masse. Une église s'éleva aussitôt à l'endroit où l'on avait adoré les faux dieux. «Vladimir fil également élever dans les autres villes des églises, où il envoya des prêlres; il n'y eul point de ville, de bourg, ni de village où le peuple ne fût amené à la foi par le baptême. Puis il choisit les enfants des personnes distinguées, qu'il fit instruire et auxquels on apprit à écrire; mais les mères pleuraient sur leurs enfants comme s'ils allaient mourir , car elles n'étaient pas encore affermies dans la foi. » L'église de la Dime (Déciatinnata) , le couvent Petcherski, dans les souterrains duquel furent réunis les ossements des martyrs, d'autres monastères et plusieurs évêchés furent alors fondés. Les plus anciens sièges, apiès l'évêché de Kief, furent ceux de Novgorod, Rostof, Tchernigof, Bielgorod, lourief, Vladimir, Péréïaslavl, Tourof, Khelm, Tmoutarakàn et Polotsk, lesquels tous existèrent déjà à la fin du XIe siècle. Par la publication du Nomocanon, le grand-prince assura au clergé (996) une existence honorable et indépendante1, et les revenus de cet ordre furent encore considérablement augmentés par Iaroslaf 1er, fils de Vladimir. Ce dernier, comme la régente Olga (993), comme les princes Boris et Glieb (1072)*, fut canonisé un certain temps après sa mort, et l'Église lui reconnut le titre de ravnoapostolnii , égal aux apôtres.
I. Slrahl, Beiirâye *ur Rusthchen Kirchemjeschkhte, p. G. Il sera question du Nuuiucanou dans la suite de ce chapitre.
2 Voir Strahl, Gesrhirhte tl H. K., t. Ier, |>. 80.
LA SOCIÉTÉ religieuse; église nationale. 49i
Fondée sous les auspices du patriarche de Constantinople, l'Église russe resta pendant des siècles sous l'obédience de ce siège primatial et jusqu'à ce jour en communion avec lui. Cependant elle ne fut pas toujours sans rapports avec le siège de Home, qui, dès le pontificat de Grégoire VIÏ, ne ménagea pas ses tentatives d'union. On se souvient de celle qui lut faite à Galitch, à la fin du XIIe siècle et dont nous avons déjà parlé1.
En attendant, le schisme avait éclaté de nouveau. D'abord, après la chute de Photius, que l'empereur d'Orient fit condamner et déposer, en 869, par un concile dit œcuménique, Ignace, son successeur, s'était montré enclin à la conciliation et on ne fut pas loin de s'entendre. Cependant les Boulgares étaient toujours un sujet d'irritation, l'encycliqué de Photius subsistait toujours el attestait des divisions intérieures dans l'Église. Aux griefs articulés dans celte pièce fameuse, le patriarche Michel Cérularius, dans une lettre au pontife de Rome (1053), en ajouta de nouveaux en désignant l'usage des pains azymes comme une hérésie juive et en reprochant de plus à l'Église latine de permettre de manger de la chair d'animaux suffoqués, pratique réprouvée parles peuples d'Orient. Des légats du pape vinrent demander satisfaction, et comme elle leur fut refusée, ils déposèrent une bulle d'excommunication sur le maître-autel de Sainte-Sophie. Un synode réuni à Constantinople excommunia le pape de son côté, et les autres patriarches d'Orient adhérèrent à sa décision. Ainsi la rupture était consommée ; les croisades, en donnant des aliments aux haines nationales entre les grecs et les latins, la rendirent irrévocable. A son défaut, les destinées de la Hussie auraient - elles
I. Voir plus haut, p. 42. — Sur les tentatives antérieures, voir Strahl, Geschichte d. R. À'.» p. 107 et buiv., 200, 217, 240, 269, eW., et notre Atlas historique et pittoresque , t. Il, tabl. 89, col. G
192 SECONDE SECTION. — CfîAPlTRE III.
été différentes? On en peul douter, car sous le régime de l'union, les Russes n'auraient sans doute pas changé d'obédience, et leurs rapports avec Constantinople seraient restés les mêmes jusqu'à la prise de celle ville par les Turcs.
Pendant trois siècles, Kief fut le principal, et même Tunique siège métropolitain des Russes. Les successeurs du Syrien Michel vinrent presque tous de Byzance. Le patriarche n'envoya longtemps que des Grecs ou Romains orientaux, et c'est en 1145 seulement qu'on trouve un Russe revêtu de celte haute dignité; encore ne put-il pas s'y maintenir. Toutefois, en procédant à une telle nomination, le palriarche avait la condescendance de consulter les intentions et les convenances du grand-prince; en 1164, Rostislâf stipula même qu'à l'avenir le chef de l'Église demanderait toujours l'agrément du souverain avant de proclamer un métropolitain1. Jusqu'à ce temps-là, le premier pasteur était le seul archevêque en Russie, mais en 1166 les Novgorodiens, ambitieux en toutes choses, demandèrent ce titre et la prééminence purement honorifique qui s'y attachait , pour leur évêque , déjà distingué parmi tous les autres par la qualification de vladyka, seigneur régnant, et le métropolitain Ioann ou Jean III exauça leur désir. Le pouvoir spirituel du métropolitain, rarement, il est vrai, en désaccord avec le grand-prince, était fort étendu, et, en 1135, le Grec Michel H mit l'interdit sur toute la république de Novgorod. C'est le premier exemple, en Russie, d'un tel acte: aussi produisit-il une grande consternation. Vers le même temps, l'évèque de Novgorod Niphon opposa son veto au mariage, contraire aux lois de l'Église, du prince Sviatoslaf Olgovitcli.
En attendant, le christianisme fit des progrès d'année en année. Le partage que Vladimir le Grand, avant sa murt