III
l'autorité du pontife de Moscou sur celui de Kief sera purement nominale.
Nous voici arrivés à l'époque de l'Union entre l'Église gréco-orthodoxe et l'Lglise latine '. Cette époque est, comme on sait, celle du concile de Florence, 1439; elle ne devança que de quatorze ans celle de la prise de Constantin ople par les Turcs. Avant de raconter les faits essentiels de cette union -là, rappelons -en quelques-uns qui, antérieurs en daLe, peuvent servir d'introduction à l'histoire de son établissement définitif et sérieux.
On fait remonter jusqu'en 1147 le premier exemple d'un métropolitain élu par un concile national, sous les auspices du grand-prince1. Un autre se présenta en 1437, après une longue vacance du siège de Moscou, vacance dont le métropolitain de Kief chercha vainement à profiter. Jonas, archevêque de Riaisàn, fut alors élu et il se mit en route pour Constantinople, afin de solliciter la confirmation du patriarche. Mais celui-ci avait déjà fait son choix: Isidore arriva en Russie avant que Jonas eût pu atteindre la Corne d'or. C'était un Grec de Thessalonique, un des plus savants théologiens de l'Église d'Orient, grand orateur du reste et négociateur habile qui possédait parfaitement la langue latine. Une fois déjà envoyé à Rome par l'empereur d'Orient, il s'était concilié la faveur du pape, et nul plus que lui n'était propre à devenir l'instrument de l'Union que le pontife projetait à ce moment où les Grecs, ayant lant besoin de l'assistance des chrétiens d'Occident, étaient tout disposés à faire des concessions. Arrivé à Moscou, Isidore y trouva un bon accueil; le grand-prince et le clergé ne rc-
1. Le mot d'Union , dans l'histoire religieuse, s'emploie dans deux sens différents. Ici il est pris dans le sens qu'y attache l'Église catholique. Pour les Rosses, l'Union est l'abolition de l'Union avec l'Église papale.