‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 228 sur 367 · Stralil, Gesc/uchte d. R. À., t. Ier, p · texte numérisé non relu

Stralil, Gesc/uchte d. R. À., t. Ier, p

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fusèrent point de le reconnaître en qualité de métropolitain, et pour le moment l'élection de Jonas resta sans effet: il ne fut intronisé qu'en 1447, comme nous le verrons.

A peine entré en fonctions, Isidore parla d'aller au concile général qu'Eugène IV, de concert avec Jean Paléologue II, réunissait à Ferrare, mais qui fut ensuite transféré à Florence. Vassili III, étonné de ce désir, fit des objections, et le métropolitain n'en ayant pas tenu compte, il lui déclara, sans s'opposer à son départ, qu'il ne pourrait résulter de cette démarche aucun changement dans l'organisation et le dogme de l'Église nationale1. Isidore partit accompagné d'un évêque, de beaucoup d'autres ecclésiastiques et de différentes personnes laïques. Il prenait le titre de métropolitain de Kief et de toute la Russie; avec Bessarion et d'autres Grecs, il fut une des lumières du concile. Ce fut en partie grâce à lui que l'Union, qui fut publiée le 6 juillet 1439, s'accomplit. C'est dans le sens de l'Église latine que furent conciliées les divergences, qui se rapportaient aux cinq points suivants: 1° la question de savoir si le Saint- Esprit procède du Père et du Fils, ou uniquement du Père, selon la tradition de l'Eglise d'Orient ; 2° sur l'authenticité , dans le symbole de Nicée, des mots Filioque, lesquels étaient regardés par la même Église comme une addition postérieure indûment faite; 3° sur la nature des peines du purgatoire nié par elle ou du moins qu'elle n'admettait pas sous la même forme, et sur les lieux qu'elle regardait, quant à elle, comme le séjour des âmes avant le jugement dernier ; 4° sur l'usage des pains azymes dans la célébration des saints mystères, que l'Église d'Orient condamnait comme une pratique juive, le pain levé étant celui dont Jésus-Christ

I. Voir sur l'histoire de l'Union, Karamzine, t. V, chap. m (p. 224); Oustrialof, t. Ier, p. 296 et suiv. ; Strahl, p. 4-37 et suiv.; Wengerski, Slavonia reformata (1679), p. 464 et suiv.

s'est servi dans la sainte Cène; et enfin sur la primatie du pape, rejetée par elle. Ces cinq points ne comprenaient pas toutes les questions qui divisaient les deux parties, mai* on n'attribuait pas la même importance aux autres. Nous * noterons ici encore quelques-uns des points soutenus par l'Église d'Orient. Le baptême, pour être efficace, doit se faire par immersion et à trois fois, et non par aspersion; conféré par un prêtre régulièrement ordonné, il est valide sans qu'il y ait lieu de le faire confirmer par un évêquc, d'où il suit que les enfants peuvent être admis à la communion sans confirmation préalable. La communion doit se célébrer sous les deux espèces; mais l'usage veut que le pain, coupé en petits morceaux, soit trempé dans le vin; les prêtres ordonnés et le monarque après son sacre reçoivent seuls le pain et le vin séparément. Uanlidoron ou pain bénit, que l'on distribue à la messe, ne fait pas partie du sacrement de la sainte Cène. Le culte dont on honore les saints est légitime; mais il ne doit être adressé qu'à ceux qui ont été canonisés par l'Église universelle avant le schisme, ou à ceux que l'Eglise « orthodoxe» a reçus depuis parmi les bienheureux. Leurs images doivent toujours être linéaires seulement, toutes les figures à ronde-bosse, statues ou bas-reliefs, devant être exclus du temple. Le jeûne du sabbat est contraire à la tradition; d'un autre côté, le grand carême est de sept semaines et non pas de six : pendant toute sa durée, l'usage des œufs et du lait est non moins prohibé que celui de la viande; la chair d'oiseaux ou d'animaux suffoqués étant immonde, le chrétien ne doit pas y toucher, et les religieux, après avoir renoncé aux jouissances de la vie du siècle, doivent s'abstenir conslamment de toute espèce de viande. Le divorce, en général proscrit par l'Église, devient cependant légitime en cas d'adultère; le célibat des prêtres est en opposition avec les préceptes po-

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sitifs de l'Évangile et avec l'usage suivi par le clergé pendant les premiers siècles: pour remplir dignement ses fonctions, tout prêtre doit nécessairement être marié, il ne peut même les continuer s'il a le malheur de perdre sa femme, que, dans aucun cas, il ne peut remplacer.

Mais revenons à l'Union, à laquelle les cinq points indiqués d'abord servirent de bases. Après lavoir signée le G juin, Isidore, revêtu par le pape de la pourpre romaine et nommé son légat a latere pour toutes les églises du Nord, retourna en Russie, prenant son chemin par la mer Adriatique, laDalmatie et la Hongrie. Arrivé à Kief, il fut reconnu sans contestation comme seul métropolitain russe, et reçut l'accueil le plus empressé. Au printemps de 1441, il fit aussi son entrée à Moscou. Déjà l'appareil inusité étalé dans son cortège excita l'étonnement; mais une vraie stupeur s'empara ensuite des esprits dans la vieille cathédrale Ouspenski (de l'Assomption)1, au moment de l'ecténie2 par laquelle la liturgie se termine. Le nom du pape Eugène y prit la place de celui du patriarche et ensuite un diacre en surplis et portant l'étole monta à l'ambon pour donner lecture de l'acte d'Union du « huitième concile œcuménique. » En même temps, le métropolitain remit à Vassili III une lettre d'Eugène IV, écrite pour lui annoncer «les effets pleins de bénédictions» des délibérations de cette assemblée. Selon le récit de Karamzine, avec lequel Strahl toutefois n'est pas complètement d'accord, le tsar prêta aussitôt son organe à la consternation générale. Il interpella Isidore au sujet de ces nouveautés et n'hésita pas à l'appeler un faux pasteur ,

i. La nouvelle, construite en pierre, ne fut commencée qu'en H75. Voir Strahl, t. 1er, p. 489.

1 II y avait de grandes et de petites ecténies. Voir lâ-dessus, comme sur tous les termes liturgiques, le Lexidion de l'Église d'Orient, que M. Ed. de Murait <i fait imprimer à la suite de sa traduction allemande des Lettre* sur rette tfjjlist citées plus naut (p. 483),

séducteur des âmes et Jui-raême entaché d'hérésie; puis, en appelant aux autres pontifes qui assistaient à la cérémonie sans rompre le silence, il leur ordonna de se réunir afin d'examiner le document qu'on leur apportait. Ceux-ci, dès leur première réunion, votèrent des remercîments au monarque. «Prince, lui dirent-ils dans leur adresse, nous avons sommeillé; toi seul tu as veillé pour nous et sauvé la foi.» D'après leur rapport, Vassili fit arrêter le métropolitain, qui fut enfermé au monastère Tchoudof (des Miracles), dont le premier pasteur est toujours archimandrite. Isidore toutefois n'y resta que quelques mois, au bout desquels on vint annoncer au tsar son évasion. Vassili ne jugea pas prudent d'ordonner des recherches afin de se ressaisir de la personne du fugitif, qui arriva à Rome, y fut comblé d'honneurs et conserva le titre d'évêque de Russie. Vassili rappela Jonas dans la chaire du métropolitain et maintint la séparation; puis, pour justifier cette mesure, il dépêcha un dignitaire àConslantinople avec des lettres pour l'empereur et le patriarche. Cependant, ayant appris ensuite la défection du premier, il rappela cet envoyé et se réserva à lui-même la direction suprême de l'Église russe1. On sait que Constantin XII, successeur de Jean Paléologue, n'osa pas donner suite aux décrets du concile de Florence, ce qui prévint un schisme entre la Russie et le siège patriarcal de Constantinople, avec lequel néanmoins elle resta pendant de longues années sans lien direct, par suite de la prise de cette ville par les Turcs en 1453.

Quant au schisme entre Moscou et Kief, il ne devint irréparable qu'au bout d'un siècle et demi ; au temps dont nous nous occupons, il ne fut qu'un incident passager. Voici les faits en peu de mots. Après la mort d'Isidore (1463), le pape consacra en qualité de métropolitain (uniate) de Kief,

I. Karamzine, t. V, chap. m (p. 240 et 363). — Sur l'Église de Constantinople, voir notre Allas historique et pittoresque , t. III, tnW. 107.

Grégoire de Bulgarie, disciple du défunt. Celui-ci établit son siège dans la vieille métropole russe et, sous les auspices du grand-prince de Lithuanie, y fit reconnaître la suprématie du pontife de Rome. Les évêques de Loutsk , Briansk, Galitch, Pérémyschl, Tourof, Vladimir de Volynie, Khelm, Smolensk et Polotsk firent tous acte de soumission. A Grégoire succéda un autre métropolitain uniate (1468), mais sans réussir à faire prévaloir son autorité. Déjà l'Eglise de Kief avait renoué ses liens avec Moscou et Constantinople1, et en 1482 le patriarche œcuménique lui préposa un métropolitain en communion avec lui, par opposition à celui qui tenait ses pouvoirs de Rome. Il y eut donc alors deux métropolitains à Kief. Lorsqu'en 1516 celui de l'Église unie, Joseph Zoltân, vint à mourir, Sigismond Ier, grand-prince de Lithuanie et roi de Pologne, permit, à la sollicitation du noble prince Constantin d'Ostrog, partisan dévoué de la foi nationale, qu'un prélat de l'Église «orthodoxe,» l'évêque de Minsk Jonas, fût nommé à sa place. Celui-ci eut ensuite six successeurs orthodoxes, et de 1516 à 1578, l'Union fut presque entièrement extirpée dans les provinces lithuaniennes, dans la Petite-Russie, la Russie Noire , la Russie Rouge et la Russie Rlanche, malgré les efforts que les jésuites commencèrent bientôt à multiplier d'année en année, non-seulement dans ces diocèses occidentaux et du sud, mais aussi en Moscovie et à la cour même du tsar , ainsi qu'on le verra bientôt. L'Union, à laquelle nous reviendrons alors, ne fut proclamée de nouveau qu'en 1594 (2 déc.) au concile de Brzesc ou Brest-Litofski.

Dans l'Église « orthodoxe » dont Moscou était le siège, se passèrent dans l'intervalle divers faits dignes d'être remarqués. D'une part, de nouvelles tentatives de rappro-

1. Engel . Histoire deTOukraine, dans l'Histoire universelle de Halle, t. XL VIII, p. 38 eir.8;Strthl,t. 1", p. 498.

chement furent faites, d'abord en 1472, à l'occasion des fiançailles de Ioann III Vassiliévitcb avec l'héritière des empereurs de Byzance1, et ensuite en 1581 , sous le règne de Ioann IV, quand le pape, mû par des espérances que ce tsar, alors dans de grands embarras politiques, lui avail données sans prendre ces suggestions au sérieux, envoya à Moscou l'habile jésuite Antoine Possevini, fauteur d'une relation curieuse fort connue*, avec lequel Ioann lui-même, savant en matière de foi, ne dédaigna pas d'avoir un colloque qui remplit trois séances. D'autre part furent tenus, dans la capitale de l'empire, des synodes sur lesquels nous devons nous arrêter au moins un instant. Celui de 1525 prononça l'excommunication contre le moine grec Maxime, qui, après de longs travaux de collationnement des manuscrits slavons de la Bible avec ceux en langue grecque trouvés par lui en très-grand nombre à la bibliothèque synodale, avait découvert entre eux de grandes divergences et avait fini par déclarer inexactes les versions en slavon d'Eglise*. Le synode de 1551 avait pour objet de relever la discipline ecclésiastique, de réformer le clergé et de mettre fin à de nombreux abus, ainsi qu'à la corruption des livres saints. Ioann IV le Terrible, alors jeune et bien intentionné, y prit une remarquable initiative. Non-seulement il soumit à l'examen des prélats assemblés dans son palais duKreml le code de lois profanes qu'il donnait à son peuple sous le nom de Soudebnik, et dont nous parlerons ultérieurement, il leur proposa aussi d'assurer l'ordre intérieur de l'Église par une

1. Sur le mariage, voir plus haut, p. 261, et sur l'arrivée d'un légat du pape à Moscou, voir Strahl , Geschichte d. R. K., t. Ier, p. 483.

2. A. Possevini, Moscovia, Vilna, 1586 , et Capita qiùbus Grœci et Rutheni a LatiiM in rébus fidei dissenserunt , 1585. Cf. Strahl, p. 613; Karamzine, t. VIII, ebap. v (p. 263); Schrœck, Kirehengeschichte seit der Reformetion, t. V, p. 417,

3. Strahl, même ouvrage, p. 545, et Das gelehrte Ruuland, p. 1U9-1Î0,

législation spéciale dont il indiqua les bases. Telle fut l'origine du Stoglavnik, ou du Livre aux cent chapitres1. Adopté par le synode, il resta en grande partie lettre morte et ne paraît même pas avoir reçu la sanction suprême. En 1580, une autre assemblée abandonna au souverain une partie des biens du clergé2, etc. Parmi les métropolitains de Moscou du XVe et du XVIe siècle, plusieurs se firent remarquer par leurs vertus et par la force de leur caractère. C'est ainsi que Barlaam (1511-1524) aima mieux abdiquer que de se soumettre à l'arbitraire de Vassili IV % et sous Ioann IV, successeur de ce dernier, S. Philippe (1566-1569) s'honora par le courage dont il fit preuve vis-à-vis du despote. Nonseulement il se permit des représentations, mais un jour, 5 la cathédrale métropolitaine, lorsque Ioann, suivant la coutume, s'approcha de lui pour recevoir sa bénédiction, le pontife la lui refusa. Transporté de rage, le tyran quitta la cathédrale en jurant de se venger. En effet, quelques jours après, il fit arracher de l'autel ce vieillard presque octogénaire, et ordonna à une assemblée d'évêques de le juger. Condamné, sous prétexte de sorcellerie, à la prison perpétuelle, Philippe fut encore une fois mis en présence de Ioann ; il le conjura d'avoir pitié de son peuple et de cesser de le torturer. Le tyran ordonna de le traîner dans un couvent, où il devait rester jusqu'à la fin de ses jours. Sommé de bénir le prince, le vieillard refusa encore. On le laissa souffrir la faim et le froid , et à la fin Skouralof , un des favoris d'Ioann, l'étrangla dans sa prison (15G9)\ Dans l'intervalle entre le pontificat de Barlaam et celui de S. Phi-

1. Karamzine, l. VII, chap. vu (p. 274); Strahl, Geschichte d. R. K.,L Ier, p. 577; Bodenstedt, Russùche Fragmente, t. 1er, p. 269 et suiv.. p. 23 etsuiv.

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